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Non publics des bibliothèques et missions des BDP : réflexions à partir du cas de la Meuse

Claude Poissenot , IUT Nancy-Charlemagne Nancy2 et DOCSI ENSSIB/Lyon1

publié le jeudi 25 août 2005

impression

Avant d’entrer dans les réflexions précises, il me semble judicieux de présenter le rapport dans lequel je suis avec le sujet. Cette précaution n’est pas en soi très intéressante mais vise à lever de possibles réserves quant à ma démarche. L’intervention de sociologue n’est en effet pas toujours bien perçue même si votre invitation (dont je me réjouis et pour laquelle je vous remercie) exprime manifestement une confiance a priori.

Il ne s’agit pas pour moi de produire une sociologie du soupçon ou encore moins de chercher à culpabiliser des bibliothécaires fragilisés par un doute qu’ils éprouvent déjà. Si les sociologues alimentent quelque chose c’est une réflexion qui existe déjà et qui découle du constat d’un décalage entre la théorie de leur métier (ses valeurs, ses tabous, ses habitudes) et certains constats qu’ils peuvent faire.

Mon objectif n’est donc pas de faire le procès de quoi que ce soit. Je cherche seulement à essayer de mieux comprendre la fréquentation des bibliothèques. Ce faisant, je pose la question en des termes qui ne sont pas nécessairement ceux de la profession. Et ainsi, par exemple, je pars de l’idée que la fréquentation ne se comprend que par l’analyse de la non fréquentation.

Ce qui m’intéresse c’est tout ce qui produit le résultat qui sépare la population desservie entre ceux qui viennent à la bibliothèque et les autres. On peut certes penser le public (c’est-à-dire ceux qui viennent) en lui-même mais on le comprend mieux par comparaison avec le non public. Cette thématique des non usagers n’est donc pas pour moi une façon de montrer du doigt les bibliothécaires mais une façon de comprendre des processus sociaux susceptibles d’intéresser des professionnels dont l’activité de l’institution les intéresse ainsi d’ailleurs que ceux qui les financent.

Je revendique une certaine liberté liée à ma position légèrement décalée (1). Je pense pouvoir contribuer modestement à un débat interne à la profession avec d’autant plus de liberté que je suis détaché d’éventuels enjeux de pouvoir en son sein. Ce débat me semble salutaire car il me semble que rien ne serait pire que l’évaluation hâtive des financeurs.

En ces temps de restrictions budgétaires, les bibliothèques doivent parvenir à mieux montrer leur caractère indispensable. Comme citoyen, je suis convaincu de l’importance des bibliothèques à plus d’un titre et au titre de l’expression du pluralisme, dont c’est l’un des lieux somme toute assez rare.

Contexte et objectifs de l’enquête dans la Meuse

Le paysage des BDP connaît d’importants contrastes. Selon les caractéristiques du département, l’ancienneté de la BDP, le volontarisme du Conseil général, les situations prennent des visages très différents. Certains départements ont procédé à la restructuration de leur réseau de lecture publique autour d’un nombre limité de bibliothèques relais. D’autres sont engagés dans cette même voie et d’autres enfin, n’ont pas entamé cette mutation. Ces derniers sont moins connus. Ils font moins parler d’eux, n’étant pas conçus par les professionnels (des autres départements mais aussi des départements concernés) comme des " modèles ". La Meuse fait partie de ces départements qui offrent à leurs habitants un service fondé sur une multitude de dépôts (253) et de bibliothèques relais (47) souvent réduites par leur fonds, leur personnel, leur superficie ou leurs heures d’ouverture.

Dans le cadre d’une réflexion du Conseil général de la Meuse sur l’évolution des services de lecture publique proposés aux habitants, nous avons eu l’occasion de réaliser une étude. Celle-ci a comporté

  • un état des lieux de l’offre marchande et non marchande de livres sur le département,
  • un bilan de la fréquentation des bibliothèques du département (et de certaines communes limitrophes) par les Meusiens
  • une enquête sur les comportements et attentes des habitants des communes de moins de 10 000 habitants en matière de lecture publique.

Si les deux premiers volets sont assez particuliers à ce département, le dernier aspect nous semble en mesure d’intéresser les acteurs des BDP dans la diversité des situations dans lesquelles ils se trouvent. En effet, s’il existe des travaux sur les usagers des BDP(2), notre enquête s’intéresse à la population desservie par les BDP, c’est-à-dire aux usagers potentiels autant que réels. Il n’existe pas d’enquête concentrée sur cette fraction de la population française vivant en dehors de l’espace urbain(3).

D’après le recensement de 1999, ce sont pourtant 51% des Français qui vivent dans une commune de moins de 10 000 habitants. Notre travail vise à combler très partiellement cette faiblesse dans la connaissance des publics potentiels. Mais la population de la Meuse peut-elle permettre de tirer des conclusions valables pour la population des autres départements ?
La Meuse se singularise d’abord par la faiblesse de sa population : les 192 198 habitants se répartissent sur un vaste territoire avec une densité de 31 habitants au km2 (contre 108 en moyenne nationale) ; plusieurs cantons sont à moins de 10 habitants au km2. La population du département se distingue également par le niveau plus faible du niveau d’instruction : la proportion de titulaires d’un diplôme égal ou supérieur au bac y est plus faible (17,9% contre 26,4% en moyenne nationale).

La pyramide des âges de la Meuse se distingue de celle de la population française par son sommet plus large : les 60 ans et plus représentent 23,3% (contre 21,3%).
Au total, les éléments d’information obtenus sur la population de la Meuse, nous semblent d’autant plus transposables que les populations se rapprochent de ces caractéristiques. Cela vaut donc pour les départements ruraux ainsi que les zones rurales de départements qui le sont moins.

Dans cette présentation, à partir de l’enquête dans la Meuse, nous brosserons rapidement un portrait de la population des non usagers avant de nous concentrer sur les raisons de la non fréquentation et les attentes des non usagers en matière de lecture publique. Nous terminerons par réfléchir, au-delà du cas de la Meuse, à la lumière de ce qui précède, sur les missions des bibliothèques.

Les non usagers des bibliothèques

Dans l’état actuel de la situation, l’enquête révèle que 86% de la population desservie n’est pas inscrite dans une bibliothèque municipale. Cette proportion est supérieure à la moyenne nationale puisqu’on comptait un peu moins de 18% d’inscrits en France en 2000. Si l’examen des statistiques des bibliothèques du département indique un taux d’inscription de l’ordre de 10 à 11%, les médiathèques des communes de plus de 10 000 habitants représentent un quart des inscriptions, ce qui signifie que le Conseil général de la Meuse, à travers les services de la Bibliothèque départementale, ne dessert que 7 à 8% de la population.

Mais qui sont les non usagers ? En quoi leurs caractéristiques expliquent-elles leur non fréquentation ? L’enquête auprès des Meusiens permet de comparer systématiquement ceux qui viennent aux autres et de mettre à jour des différences significatives.

Un univers domestique centré sur la télévision

Les personnes interrogées qui possèdent au moins deux télévisions fréquentent moins souvent les bibliothèques que celles qui en possèdent une seule. Ceux qui regardent la télévision plus de 20 heures par semaine se rendent moins en bibliothèque que ceux qui la regardent moins longtemps. La non fréquentation de cet équipement se nourrit d’une attention plus importante à la télévision. Elle provient aussi d’une moindre diversification des pratiques de loisirs dans le foyer. De même, la non possession d’un lecteur de CD audio, d’ordinateur et de connexion Internet s’accompagnent d’une moindre fréquentation des bibliothèques que leur possession. On observe d’ailleurs qu’en moyenne le niveau d’équipement des ménages en magnétoscope et autres biens de loisirs est plus faible chez les non visiteurs que chez les visiteurs réguliers. Quand la télévision connaît des concurrents, elle peut plus facilement s’articuler avec d’autres pratiques de loisirs.

Une culture sans accumulation ?

Les non visiteurs de bibliothèque regardent plus longtemps la télévision que les visiteurs mais surtout s’approprient moins souvent d’autres pratiques de loisirs telles que l’écoute de musique enregistrée, la pratique de l’ordinateur et/ou d’Internet. Tout se passe comme si la télévision apportait une diversité de contenus(4) qui rendait facultative ces autres biens d’équipement. C’est en cela aussi qu’elle occupe une place centrale.
Mais surtout, la télévision offre la possibilité d’une variété de distractions sans devoir accumuler de supports. Les non visiteurs se recrutent davantage chez ceux qui possèdent peu de supports de contenus culturels, qu’il s’agisse de cassettes vidéo, de CD audio ou de livres. La bibliothèque, elle-même lieu d’accumulation (ou perçue comme telle), peine à faire venir ceux qui sont réticents à l’accumulation.

Le caractère systématique de la non possession chez les non visiteurs suggère qu’il s’agit d’un rejet de l’amoncellement de supports culturels en dehors même de questions économiques. Le refus de posséder des livres, des cassettes vidéo et des CD audio réside dans l’hésitation à constituer un capital culturel dont ils ne se sentent pas légitimement détenteurs du fait de leur plus faible niveau de certification scolaire. Il faudrait disposer des ressources culturelles (et économiques) liées à un niveau élevé de diplôme pour accumuler des signes d’appartenance à un univers dans lequel l’accumulation de biens culturels est valorisée.

Cette réticence à l’accumulation de biens culturels chez les non visiteurs en bibliothèque paraît un peu paradoxale car cette institution permet justement d’utiliser une multitude de livres sans les accumuler. Ce paradoxe s’observe également pour les cassettes vidéo puisqu’ils ne louent pas plus souvent ce genre de support que les visiteurs. Dès lors on peut reformuler leur réserve en considérant qu’elle porte davantage sur l’abondance que sur l’accumulation. Ils cherchent à éviter les situations dans lesquelles ils devraient choisir parmi une offre trop vaste (publique ou marchande). La capacité à choisir suppose d’autant plus de codes et/ou d’aisance vis-à-vis du lieu que l’offre qui y est proposée est plus étendue. L’approvisionnement préférentiel des non visiteurs en livres dans les clubs de lecture ou les points presse repose sur cette réduction du choix effectué par ces points de vente.
A l’inverse, les visiteurs réguliers des bibliothèques se recrutent davantage chez ceux qui achètent leurs livres en grandes surfaces spécialisées ou en librairie, c’est-à-dire dans des lieux caractérisés par une abondance relative d’offre et un personnel spécialisé.
Les non visiteurs en bibliothèque puisent des raisons de ne pas venir dans leur réserve à l’égard de l’abondance et de l’accumulation des biens culturels. Ils redoutent peut-être de devoir affronter une offre trop vaste qu’ils ne parviendront pas à cerner. Atteindre cette fraction de la population suppose de penser à ce problème de l’effet repoussoir de l’abondance ou du " choix ". Il serait en effet erroné de croire que les bibliothèques sont d’autant plus attractives qu’elles offrent un large choix. Pour attirer les non visiteurs, la présentation même des fonds doit intégrer cette contrainte en proposant des modalités de réduction de l’offre : tables de livres, étagères de nouveauté, présentation des livres de face (et non par leur tranche).

L’abondance n’étant pas nécessairement source de satisfaction des non visiteurs, il est en revanche important de pouvoir (si on souhaite atteindre cette population) assurer de façon assez large la demande parfois redondante des usagers par l’acquisition d’exemplaires multiples.

La distance à la lecture de livres

La venue en bibliothèque dépend de l’engagement de la population dans la lecture de livres. Ceux qui déclarent lire moins de 3 livres par an sont visiteurs réguliers dans 4% des cas contre 11% chez ceux qui en déclarent de 3 à 9 et 24% chez ceux qui en déclarent 10 et plus. La non fréquentation des bibliothèques se nourrit d’un faible investissement dans la lecture de livres. De ce point de vue, l’implantation des bibliothèques dans des zones rurales, dans lesquelles on sait que la lecture de livres est moins développée que dans les villes, présente une difficulté supplémentaire pour attirer un public moins captif.
L’enquête montre également que la lecture de journaux et de revues est indépendante de la fréquentation des bibliothèques. Cela signifie que les non visiteurs se recrutent autant chez les lecteurs que chez les non lecteurs de journaux et de revues. Il en serait peut-être autrement si les bibliothèques proposaient et étaient davantage identifiées comme proposant un choix de revues ou de journaux. Cette ouverture à d’autres supports de lecture permet de capter une partie de la population qui n’est pas toujours investie dans la lecture de livres.
Dans la Meuse, 43% de ceux qui déclarent lire moins de 3 livres par an, lisent un quotidien tous les jours ou presque. 54% de ces mêmes faibles lecteurs de livres déclarent lire au moins une fois par semaine une revue ou un magazine. Signe supplémentaire de l’attrait des revues : les plus faibles lecteurs (moins de 3 livres par an) répondent à plus de 80% à la question sur le type de revue qu’ils lisent le plus souvent. Au total, si les abonnements aux revues sont coûteuses pour les lecteurs individuellement, la charge est sans doute plus facile à supporter pour une collectivité. Cette offre de revues apparaît comme une demande forte des Meusiens puisque 23% souhaiteraient pouvoir disposer d’un vaste choix de revues ou de magazines dans une bibliothèque

La distance à un réseau de relations tournée vers les loisirs culturels

La venue en bibliothèque ne relève pas de l’évidence pour une partie importante de la population. Elle suppose le franchissement d’une série d’obstacles le plus souvent invisibles : connaître l’existence de ce type de service, savoir où il se situe, maîtriser le fonctionnement et les règles d’une bibliothèque, se sentir capable de choisir des livres, etc. Toutes ces barrières peuvent être surmontées à l’aide de ressources culturelles (familiarité avec l’univers du livre acquise dans le cadre scolaire ou familial) mais aussi sociales. La fréquentation de cet équipement résulte de l’accompagnement par un familier de la bibliothèque avec le visiteur potentiel.
Le premier exemple accessible est celui disponible dans le cadre domestique. De façon très nette, d’autres enquêtes ont montré que la fréquentation de la bibliothèque dépendait de la familiarité de l’environnement familial avec cette institution. Ce résultat est confirmé dans la Meuse : 20% seulement des personnes interrogées vivant dans un foyer où au moins deux personnes sont inscrites dans une bibliothèque ne sont pas visiteurs de cet équipement alors qu’ils sont plus de 80% dans ce cas quand ils ne bénéficient d’aucun exemple dans leur foyer.
La vertu de l’exemple suggère qu’il existe un effet boule de neige dans la fréquentation des bibliothèques : plus nombreux sont les visiteurs, plus nombreux sont les exemples et donc plus nombreux sont les visiteurs. Cela signifie que, en moyenne, la conquête d’un usager ramène à la bibliothèque un peu plus d’un usager.
L’efficacité de l’exemple ne concerne pas seulement le cadre domestique : 40% des répondants qui connaissent un proche bénévole en bibliothèque n’y viennent jamais ou presque contre 75% de ceux qui n’en connaissent pas. Le recours à du personnel bénévole contribue à faire connaître la bibliothèque en l’inscrivant dans les réseaux de sociabilité déjà existants(5). Les réseaux de relations semblent agir comme des sources de stimulation pour la pratique d’activités culturelles.

Un univers culturel éloigné des services

La non fréquentation se nourrit de comportements mais aussi d’appartenances sociales. La participation à certains groupes sociaux définit un univers de valeurs, de références, d’habitudes qui contribuent à définir la venue à la bibliothèque comme normale ou incongrue. Plusieurs éléments nous incitent à penser que la non fréquentation des bibliothèques s’observe principalement chez ceux qui sont éloignés de l’univers des services, c’est-à-dire d’un univers dans lequel se conjuguent les compétences en lecture et écriture avec des compétences relationnelles.
Les femmes sont deux fois plus nombreuses à fréquenter régulièrement les bibliothèques que les hommes (16% contre 8%). Ce résultat gagne à être rapproché des résultats montrant que les femmes lisent davantage, et notamment de romans, que les hommes. Le rôle féminin implique davantage que le masculin la prise en charge des relations humaines, tant dans le domaine professionnel que personnel. La lecture romanesque permet la capitalisation d’expériences utiles dans la prise en charge par les lectrices de ces situations(6).
Les ouvriers et agriculteurs sont moins souvent dans les murs des bibliothèques que les employés, professions intermédiaires, cadres et professions intellectuelles supérieures, artisans, commerçants et chefs d’entreprise. Leurs univers professionnels sollicitent dans une moindre mesure la compétence et le goût de la lecture. On sait en effet que le type de savoir-faire attendu d’un groupe social façonne son rapport à la lecture. Cette distance à la lecture explique principalement la faible représentation de ces groupes sociaux dans les bibliothèques.
Le niveau de diplôme détermine fortement la propension à fréquenter les bibliothèques. Si plus de 40% des titulaires d’un diplôme supérieur ou égal au DEUG fréquentent ce lieu, ce n’est le cas que de 23% de ceux qui détiennent un CEP ou qui sont sans diplôme. La certification scolaire agit comme une sélection pour l’accès au marché du travail et au marché des services et décide du niveau auquel on y accède. On observe encore que la proximité à l’univers des services favorise la venue en bibliothèque.

Le recrutement par concours dans la fonction publique favorise ceux qui détiennent des diplômes. Partiellement pour cette raison, les salariés du secteur public sont sensiblement plus souvent visiteurs des bibliothèques que ceux du secteur privé ou que les actifs à leur compte (38% contre 25%). Ce résultat conforte les résultats obtenus par d’autres enquêtes montrant de façon systématique la sur-représentation(7) des salariés du secteur public dans ces équipements culturels.

La non fréquentation du point de vue de la population

Le fait de ne pas fréquenter les bibliothèques s’explique par une multitude de causes. Tous ces éléments n’épuisent pour autant pas le sens que peut prendre l’absence de visite. Nous voulons savoir comment les Meusiens donnent sens à leur non fréquentation et ce qu’ils attendent comme services de la bibliothèque.

Expliquer la non visite

Anticipant une probable faible fréquentation, nous avons construit une question afin de soumettre aux non visiteurs en bibliothèque des éléments de réponse à leur comportement. Cela permet de saisir leur propre interprétation de l’absence de visite en bibliothèque et éventuellement d’identifier des lacunes importantes des bibliothèques.

Tableau 1
Raisons de la non fréquentation des bibliothèques
de ceux qui déclarent venir rarement, jamais ou presque

RAISONS DE LA NON FRÉQUENTATION Nb. cit. Fréq.
Non réponse 41 12%
Ne sait pas qu’elle existe 8 2%
Ne sait pas ce qu’elle propose 25 7%
Ne connaît personne qui y soit inscrit 9 3%
Trop loin

44

13%
On ne peut pas emrunter de disques 6 2%
Pas besoin ou envie 208 60%
Il faut rapporter les livres trop vite 37 11%
Bib pas assez ouverte 13 4%
Livres proposés pas intéressants 18 5%

Trop de livres

19 5%
Effectif total 349  

De façon massive (six cas sur dix), les non visiteurs expliquent leur absence de visite par l’absence de besoin ou d’envie. Le succès de cette modalité de réponse s’explique par le fait qu’elle rassemble une large palette de situations puisque les faibles lecteurs peuvent s’y retrouver autant que les lecteurs intensifs qui souhaitent posséder leurs livres (la proportion de lecteurs intensifs chez ceux qui ont choisi cette modalité de réponse n’est pas nettement moins forte que dans le reste de la population). L’attrait de cette modalité réside également dans le fait qu’elle est formulée positivement et de ce fait ne déprécie pas ceux qui la choisissent.
L’explication de la non fréquentation la plus souvent donnée après celle de l’absence de goût ou d’envie concerne la distance spatiale qui sépare les personnes interrogées de la bibliothèque. Mais de quelle distance s’agit-il ?
Pour 39% de ceux qui déclarent être trop loin, ils estiment la distance à plus de 20 kilomètres et pour 30% ils l’évaluent à entre 10 et 20 kilomètres (contre respectivement 11% et 16% dans la population totale). Cette précision permet d’estimer ce qui pourrait former l’aire géographique de proximité des bibliothèques. Il semble que cette aire soit limitée à un cercle de 10 km autour de la bibliothèque. Au-delà et encore plus au-delà de 20 km, la bibliothèque devient trop éloignée et ne permet plus des échanges réguliers.

Les autres motifs de non fréquentation sont moins souvent cités. Ils touchent les bibliothèques dans les services qu’elles proposent : durée d’emprunt trop courte (11%), livres pas intéressants (5%), surabondance de livres (5%), bibliothèque pas assez ouverte, absence de disques (2%). Tous ces éléments accumulés finissent par établir une distance à la bibliothèque. Les autres motifs avancés concernent la promotion que la bibliothèque peut faire de ses services : ignorance des services qu’elle propose (7%) et ignorance de l’existence même d’une bibliothèque (2%). Ces éléments incitent à imaginer que la bibliothèque gagnerait à conduire une politique de promotion plus large et diversifiée.

Portraits de la bibliothèque souhaitée

Afin d’imaginer comment faire évoluer les services auxquels les Meusiens ont accès, nous leur avons demandé quels étaient les services qu’ils souhaiteraient trouver dans une bibliothèque. Nous nous concentrerons ici sur la réponse des non usagers à cette question.
Si, pour l’instant ils ne fréquentent pas les bibliothèques c’est qu’ils n’en n’éprouvent pas le besoin ou l’envie étant donné les services qu’on leur propose ou qu’ils pensent qu’on leur propose. S’ils ne trouvent pas de raison de venir, il faut leur en offrir de nouvelles pour qu’ils entrent dans ces établissements.

Tableau 2
Services souhaités dans une bibliothèque par ceux qui viennent
rarement, jamais ou presque

SERVICES SOUHAITÉS
(3 réponses possibles)
Nb.
cit.
Fréq.
Non réponse 101 28,9%
Emprunt de disques 76 21,8%
Débats rencontres 28 8,0%
Choix de livres qui plaît 89 25,5%

Bâtiment architecture moderne

7 2,0%
Larges horaires d’ouverture 68 19,5%
Possibilité de retrouver voisins 9 2,6%
Espace de travail sur place 26 7,4%
Utilisation d’ordinateurs et d’Internet 77 22,1%
Vaste choix de revues 83

23,8%

Des informations pratiques 34 9,7%
Un personnel accueillant 53 15,2%
Autres 14 4,0%
Effectif total 47  

Avant de commenter le contenu des revendications des non visiteurs, il faut d’abord constater que l’absence de souhait est le cas le plus fréquent. Il concerne 29% de cette population et se rencontre plus particulièrement dans certains univers sociaux. Les non répondants sont avant tout des personnes peu investies dans le questionnaire et qui ont omis de répondre à d’autres questions. Elles ont partiellement répondu au questionnaire parce qu’elles ne se sentaient pas concernées par le sujet de l’enquête. Ainsi, il n’est pas étonnant de remarquer que les personnes déclarant peu lire ou ne pas lire s’abstiennent de répondre légèrement plus souvent que celles qui disent lire beaucoup ou moyennement (32% contre 25%).
Pour répondre, il faut aussi se sentir " compétent ", " habilité " ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Les personnes titulaires d’un diplôme égal ou supérieur au DEUG s’abstiennent moins souvent que celles détentrices d’un CEP ou d’aucun diplôme (16% contre 38%). On assiste à une situation paradoxale et difficile puisque les groupes sociaux qui fréquentent le moins les bibliothèques sont aussi ceux qui s’expriment le moins souvent sur les souhaits qui pourraient les conduire à entrer dans ces établissements. On touche ici aux limites de l’accès aux demandes de certains usagers potentiels : comment savoir ce qui pourrait les intéresser ? Comment servir une population dont on peine à identifier ce qui serait susceptible de la faire venir ?

Pour répondre à la question sur les souhaits de services, il faut aussi penser que des évolutions pourront intervenir dans un délai suffisamment court pour pouvoir en bénéficier. En un sens, il faut pouvoir se projeter dans un avenir assez lointain. Cette faculté semble inégalement partagée selon l’âge des personnes interrogées. La proportion de non répondants s’élève avec l’âge : 14% chez les moins de 40 ans, 28% chez les 40-60 ans et 46% chez les plus de 60 ans. Certaines personnes interrogées ont fait part de leur désarroi en rédigeant des phrases sur les questionnaires exprimant l’idée selon laquelle le service des bibliothèques ne les concerne désormais plus et que leurs idées n’ont plus d’intérêt pour la collectivité. Ces personnes âgées extériorisent la position marginale qu’elles occupent et qu’elles ont intériorisée. Une sorte de fatalisme prédomine et rend difficile l’expression de souhaits. De façon pratique, cela pose la question de savoir comment satisfaire une population dont une partie importante ne semble plus attendre de services nouveaux.

Les demandes les plus fréquemment formulées par les non visiteurs interrogés concernent le type de documents imprimés proposés au public. Elles concernent d’abord le choix de livres (26%) et le choix de revues (24%). Les Meusiens non visiteurs en bibliothèque ressemblent à ceux qui viennent déjà puisqu’ils souhaiteraient plus de choix de revues et un choix de livres qui plaise.
Ces demandes tiennent certainement leur sens de la réalité de ce à quoi ils ont accès mais elles tiennent aussi à la manière dont les non visiteurs se représentent ce qui leur est proposé. Pour nombre de Meusiens, l’offre publique de livres, se limite à un dépôt offrant un nombre très limité de livres donc peu de choix et pas de revues. Pour d’autres, leurs demandes s’appuient sur une expérience (y compris limitée) des bibliothèques qui ne leur a pas permis de voir dans ce qui était proposé ce qu’ils auraient aimé trouver.
Ce constat en forme de jugement ne se transforme en souhait qu’à la condition d’être suffisamment investi dans la pratique de la lecture. Ceux qui lisent peu se considèrent comme tels et/ou possèdent peu de livres, formulent moins souvent le vœu d’un large choix de revues et surtout moins celui d’un choix de livres qui plaît que leurs homologues plus investis dans la lecture.

Le souhait de pouvoir emprunter des disques en bibliothèque est exprimé par un peu plus d’un non visiteur sur cinq. Ce service attire les classes d’âge les plus jeunes : 34% des moins de 40 ans et 9% des 60 ans et plus. Il est plus demandé par les hommes que par les femmes (27% contre 15%) ce qui paraît logique puisque le public des discothèques est moins féminisé que celui des bibliothèques. Ce service attire aussi ceux qui sont les plus investis dans l’écoute de musique : un tiers de ceux qui écoutent au moins 10h par semaine de la musique demandent ce service contre un dixième de ceux qui en écoutent moins de 4h.

De la même façon, l’attrait de ce service augmente avec le nombre de CD possédés : 38% de ceux qui en détiennent au moins 50 contre 6% de ceux qui en détiennent moins de 10. La demande de CD émane également plus souvent de personnes se définissant comme lisant moyennement, peu ou pas, que de personnes se présentant comme lisant beaucoup (23% contre 13%) ce qui fait de la demande de musique un domaine distinct de la pratique de la lecture.
Pour finir, le souhait de pouvoir emprunter des disques s’observe plutôt dans le sommet de la hiérarchie culturelle : 37% des titulaires d’un DEUG ou plus l’exprime contre 15% des titulaires d’un CEP ou d’aucun diplôme. Autrement dit, la mise en place de ce service consiste à diversifier l’offre des services en direction d’une même population mais moins investie dans la lecture plutôt qu’à diversifier la population qui fréquente la bibliothèque.
Cette présomption est confirmée par les résultats obtenus à la médiathèque de Vandoeuvre qui ne recrute pas davantage de peu diplômés que la bibliothèque, c’est-à-dire quand le service d’emprunt de disques n’était pas proposé, mais recrute maintenant des lecteurs peu intensifs des classes moyennes.
Dans la même proportion (22%) que le souhait d’emprunt de disques, les non visiteurs expriment le souhait de pouvoir utiliser des ordinateurs et Internet en bibliothèque. Cette demande qui vise à faire entrer dans ces équipements un outil rompant avec la prédominance de l’objet livre n’est donc pas marginale. Elle est globalement partagée par toutes les catégories de population à quelques exceptions près. La population âgée de 60 ans et plus demande très rarement ce service (4%) parce que, de même qu’elle est peu acheteuse de ce type de bien d’équipement, de même elle n’éprouve pas le besoin d’y avoir accès en bibliothèque.
La demande d’ordinateurs et d’Internet s’observe sans beaucoup d’écarts selon la position occupée dans la hiérarchie des diplômes. Du point de vue des CSP, ce souhait est celui des professions intermédiaires, employés et ouvriers plus que celle des agriculteurs, artisans-commerçants, cadres supérieurs. Ce type de variation s’explique par les variations dans la possession d’un ordinateur et d’Internet : les catégories de population les plus riches, jeunes et diplômées sont plus souvent équipées que les autres. Les employés, ouvriers et surtout les professions intermédiaires se situent dans un entre-deux, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de revenus très importants mais sont sensibilisés à la dimension culturelle ou éducative de ces nouvelles technologies. Le souhait semble surtout concerner Internet puisqu’il est plus souvent exprimé par ceux qui possèdent un ordinateur (29% contre 17%) mais pas par ceux qui ont déjà une connexion Internet. Le coût de l’abonnement et des communications apparaît comme un obstacle perçu directement par cette population. Il l’est encore davantage quand les parents ont des enfants : le nombre moyen d’enfants de ceux qui formulent le souhait que les bibliothèques offrent ce service est plus élevé qu’en moyenne dans l’échantillon (1,5 contre 1,15). Cela signifie que la mise en place de services de ce type serait de nature à satisfaire non seulement les jeunes mais également leurs parents qui se verraient ainsi soulagés d’une dépense réelle ou envisagée qu’ils n’ont pas toujours la possibilité financière de se permettre.

Le troisième pôle de souhaits des non visiteurs interrogés en fréquence d’apparition concerne les conditions d’accès aux bibliothèques. Un peu moins d’un cinquième de cette population souhaite de plus larges horaires d’ouverture et 15% un personnel accueillant.
On observe que les plus investis dans la lecture (lecteurs intensifs, possesseurs de plus de 100 livres) c’est-à-dire ceux qui ont le plus de chances de venir souvent à la bibliothèque sont les plus sensibles à l’étendue des horaires d’ouverture. Il serait toutefois malvenu de ne pas prendre au sérieux ces requêtes car les citoyens décident de leur fréquentation ou non des bibliothèques en tenant compte des conditions de l’accès à ces lieux. Si les horaires d’ouverture sont trop étroits ou mal situés dans la journée, si le personnel n’est pas accueillant, ces visiteurs potentiels resteront à l’extérieur de ce service qui leur est pourtant destiné.
La demande de larges horaires d’ouverture dépend des contraintes d’emploi du temps dans lesquelles se trouvent les personnes interrogées. Pour cette raison, on l’observe plus souvent chez les moins de 40 ans (31%) et elle se fait moins fréquente chez les 40-60 ans (19%) et encore moins chez les plus de 60 ans (7%). De même, on constate cette demande chez les parents d’enfants encore jeunes (l’âge moyen du premier est de 17 ans contre 23 en moyenne) c’est-à-dire chez ceux qui ont le plus de tâches domestiques (au sens large du terme) à assumer. L’élargissement du public des bibliothèques aux fractions les moins âgées suppose donc un accroissement des horaires d’ouverture.
Cette " revendication " correspond à des contraintes pratiques réelles mais aussi à l’idée que l’on se fait d’une bibliothèque. De ce point de vue, il convient de remarquer que les cadres et professions intellectuelles supérieures ainsi que les professions intermédiaires formulent ce vœu plus souvent que les autres catégories sociales (37% et 34% contre 15%). De même, les titulaires d’un BEPC ou plus expriment ce souhait plus souvent (31%) que les titulaires d’un CAP, BEP (16%) ou que les titulaires d’un CEP ou ceux qui n’ont d’aucun diplôme (7%).
Les contraintes temporelles ne diminuant pas avec le niveau de diplôme, il faut rendre compte de ces variations d’une autre manière. Plus les personnes interrogées sont proches de l’univers culturel de référence de la bibliothèque, plus elles considèrent que ce lieu doit être largement ouvert. Comme si le bien fondé de leur univers de référence devait être visible à travers une large ouverture d’une institution qui le représente.
Ce résultat est inédit et mériterait d’être confirmé par d’autres(8) pour en tirer des conclusions pratiques. Il faudrait notamment étudier la relation entre l’étendue et la structure des horaires d’ouverture et le volume de visiteurs ainsi que leurs caractéristiques. Il serait, par exemple, intéressant de pouvoir répondre à la question de savoir si l’ouverture élargie des horaires contribue (ou non) à la venue des fractions populaires de la population. En Grande-Bretagne, une enquête très fine a montré que les réductions d’horaires d’ouverture affectaient principalement les enfants, les adolescents et les personnes âgées(9).

Les autres services souhaités par les non visiteurs recueillent un moindre succès. Le souhait d’informations pratiques s’observe dans un cas sur dix. Il émane de populations peu familières avec la bibliothèque : 11% ce ceux dont aucun membre du foyer n’est inscrit dans une bibliothèque contre 4% de ceux dont c’est le cas. On l’observe également plus souvent chez les lecteurs les moins investis dans la pratique (14% de ceux qui disent lire peu ou pas contre 6% de ceux qui lisent beaucoup). Ce service est le seul à contenir un effet particulièrement attractif sur les populations les moins familières avec la lecture et les bibliothèques.
A l’instar de ce qui est très souvent le cas dans les pays anglo-saxons, il pourrait prendre place dans une stratégie de conquête de ces fractions de population très nombreuses dans la Meuse : environ les 4/5ème de la population interrogée n’est entourée d’aucun inscrit en bibliothèque, 40% déclarent lire peu ou pas. S’il est peu demandé, ce service l’est par une population nombreuse. Il est en revanche mis à l’écart de la représentation que les classes moyennes et supérieures se font de la bibliothèque : 7% des professions intermédiaires montrent de l’intérêt pour ce service, mais personne parmi les cadres et professions intellectuelles supérieures ne le mentionne.

A l’inverse, la demande de débats ou rencontres (observés chez 8% des non visiteurs interrogés) se rencontre dans une autre population. C’est le cas de ceux qui sont entourés d’inscrit(s) en bibliothèque dans leur foyer (15% contre 7%), des titulaires d’un diplôme égal ou supérieur au DEUG (17%) et des cadres et professions intellectuelles supérieures (13%). Ce service, qui constitue une forme d’animation, paraît correspondre à des attentes assez étroitement distribuées dans l’espace social.
Toute politique d’animation qui insisterait sur ce type d’opération ne ferait qu’éloigner encore davantage les nombreux habitants les moins familiers de la lecture et des bibliothèques. Il existe un effet pervers important à la mise en œuvre de ce type d’animation : les usagers les moins familiers de l’univers scolaire, voyant ce type d’activité étrangère à leur univers, risquent de conclure de façon générale à l’inadéquation des services de la bibliothèque avec leur univers de sens. Les non usagers des animations font l’expérience négative d’un service proposé par l’institution.

Le souhait d’un espace de travail sur place ne recueille pas un grand succès puisque seulement 7% des non visiteurs le formulent. La très large majorité des citoyens ne souhaitent pas faire de ce lieu un espace de travail. Ils vivent avec un idéal de bibliothèque davantage tourné vers la distraction. Ce souhait émane d’ailleurs davantage de ceux qui ont eu l’occasion de cette expérience au cours de leurs études : les cadres et professions intellectuelles supérieures (20%) et diplômés d’un DEUG ou plus (16%). L’offre d’un espace de travail servira à une population socialement située et donnera une connotation à la bibliothèque qui risque de repousser les fractions de population qui pourraient voir dans cette mise en scène des signes de leur position sociale inférieure.

Pour finir, il faut mentionner deux demandes très nettement marginales : la possibilité de retrouver ses voisins (3%) et un bâtiment à l’architecture moderne (2%). Le premier souhait correspond à celui d’un lieu de sociabilité. On l’observe d’ailleurs un peu plus souvent chez les personnes âgées (4% chez les plus de 60 ans) et surtout chez les veufs, veuves ou célibataires (10%). Cette demande correspond probablement à une attente plus fréquente que la fréquence déclarée car elle n’est peut-être pas très valorisante et dépend aussi de l’accessibilité et de l’organisation de l’espace de la bibliothèque. Elle trouve sa source dans la disparition des lieux d’échange et de rencontre tels que les cafés ou l’église, disparition qui ne s’est pas accompagnée de l’émergence de nouveaux cadres de convivialité.
De tels constats suggèrent que les bibliothèques implantées dans des zones rurales pourraient développer leurs services en s’appuyant sur une mission davantage sociale que culturelle, c’est-à-dire faciliter les relations entre citoyens.

S’agissant de l’architecture moderne du bâtiment, il paraît très clairement que cela ne correspond pas à une attente de la population. Un tel résultat conduit à s’interroger sur le soutien " populaire " dont peuvent et ont pu bénéficier tous les projets de nouvelles bibliothèques tant au niveau national que local. Cela semble davantage correspondre à une demande d’élus ou de bibliothécaires qu’à une demande des usagers. De ce point de vue, on peut s’interroger sur l’adéquation de l’insistance du programme des " ruches " de la DLL sur l’architecture avec les attentes de la population desservie. Il est fort probable que ces lieux d’architecture soient perçus comme une réalité extérieure, importée des milieux culturels urbains, et soient de nature à accroître les réticences des non usagers à fréquenter ce type d’établissement plus qu’à les lever.

Relire les missions à la lumière des non usagers

La question des missions des bibliothèques pose une difficulté initiale. Parle-t-on des missions affichées, poursuivies ou des missions réellement remplies ? La nuance est de taille car les deux ne correspondent pas toujours. Par exemple : la bibliothèque se définit en partie par la gratuité, le plaisir de la lecture(10). Cela correspond en effet au rapport d’une partie des usagers à la lecture et à la bibliothèque, mais nombreux sont les usagers qui utilisent la bibliothèque dans le cadre d’une contrainte scolaire qui confère à la bibliothèque le rôle de soutien logistique (lieu de travail et de documentation). A l’inverse, la bibliothèque remplit des missions qu’elle n’affiche pas souvent : elle joue ainsi un rôle important de rencontres entre les citoyens. La notion de mission pose donc un problème de précision du fait de l’existence de ce décalage.
Pour cette raison, il est sans doute plus judicieux de parler des services offerts et des usages faits du lieu qu’ils soient ou non rattachés à des missions affichées ou remplies.
Les missions des bibliothèques résultent partiellement d’une négociation entre des professionnels pris dans leurs relations entre eux et avec leurs tutelles, d’une part, et des usagers, d’autre part, qui investissent le lieu avec leurs propres logiques d’usage.

Notre question devient alors la suivante : les services proposés par la bibliothèque sont-ils indépendants de la fréquentation dont elle fait l’objet ? On peut imaginer de ne pas vouloir modifier les services en les considérant intrinsèquement bons et en demandant aux citoyens de prendre conscience de la qualité de ce qui leur est offert. Cette position est un temps tenable, mais ne correspond pas à la posture professionnelle qui met en relation la bibliothèque avec son environnement. Si donc on laisse de côté cette attitude, comment penser les services des bibliothèques en pensant aux non usagers ?

La non fréquentation est le résultat d’un processus plus qu’un état :
L’importance en volume de la justification de la non fréquentation par l’absence de besoin ou d’envie souligne le fait que, dans l’état actuel des choses, c’est-à-dire en l’état des services et de la publicité qui en est faite, la bibliothèque ne fournit pas de raisons de venir aux nombreux non usagers.
Une modification dans les services proposés et dans la manière dont ils sont promus est susceptible de changer la situation. La non fréquentation n’est pas seulement une fatalité, elle est aussi la conséquence de choix.

Les limites de la politique d’offre 

Tous les travaux de sociologie de la culture montrent que, contrairement au vœu des responsables culturels, les œuvres en elles-mêmes ne suffisent pas à conquérir le public. Cela signifie que la culture, c’est-à-dire le corpus des œuvres reconnues comme appartenant à cette catégorie elle-même définie par sa séparation de l’actualité et de la sphère marchande, ne saurait attirer un vaste public.
S’il s’agit de faire venir les citoyens vers les œuvres, il faut d’abord les faire venir vers les lieux qui les proposent. La coexistence des formes plus ou moins cultivées de culture est donc non seulement une façon de rassembler la population dans sa diversité mais aussi le seul moyen de permettre de capter des catégories de population qui pensent a priori que la bibliothèque n’est pas pour eux.

Une légitimité populaire à conquérir

La promotion de la culture n’est pas un moyen suffisant pour capter le public ni pour justifier son existence auprès d’élus locaux. Ce constat suscite parfois (pas forcément à tort) le sentiment d’une profonde solitude chez les bibliothécaires. Prendre en compte les non usagers c’est se donner les moyens de bénéficier d’une audience qui rende la bibliothèque indispensable à la collectivité desservie. Comme l’affirme une bibliothécaire américaine : " Ce que j’espère c’est que les bibliothèques deviennent un tel joyau pour toutes les communautés que cela devienne une idée ridicule de dissoudre quelque chose qui rime avec éducation ou opportunités pour la population(11) ". Le système américain de référendum occasionnel pour soutenir les grands projets de bibliothèque d’une commune présente le mérite de faire de cet équipement un outil pour la population dans son ensemble c’est-à-dire pour tous les citoyens, y compris les non usagers. Cela demande à la bibliothèque d’intégrer ce point de vue dans ses projets et donc de chercher à satisfaire les non usagers.

Est posée alors la question de la place accordée aux usagers (et aux non usagers) dans la définition des missions et des services proposés par la bibliothèque. Cette question nécessiterait de plus amples développements, mais elle a des incidences sur l’identité professionnelle des bibliothécaires : le métier se définit-il par la culture à transmettre ou par la position de la bibliothèque au cœur de la population à desservir ?
Mais comment faire pour arriver à conquérir cette légitimité populaire ? Je crois que l’objectif que se donne votre collègue d’une bibliothèque rurale du Colorado est cohérente avec cet objectif : " Mon but est que chaque personne utilise la bibliothèque pour quelque chose au moins une fois par an. Je veux que la bibliothèque ait quelque chose pour chacun(12) ". Cette attention aux attentes des citoyens dans leur diversité mais aussi dans leur redondance implique des services en phase avec les évolutions observables plus globalement. Nous en identifions quelques-unes :

  • la diversification des supports de lecture et d’information : cette évolution est bien connue des bibliothécaires. Elle demande de prendre acte de la fin de l’hégémonie du support papier. Il convient aussi de tenir compte du " déplacement du centre de gravité des pratiques culturelles vers le pôle audiovisuel(13) " depuis les années 80. Les citoyens s’instruisent, se documentent et se divertissent à travers d’autres supports. Ils apprécient (ou apprécieraient) de les trouver dans les bibliothèques : CD, DVD, Internet, etc.
  • la délégitimation de la culture cultivée : les bibliothèques sont confrontées à ce processus(14) qui fragilise leurs références, lesquelles ont façonné leur image de marque, c’est-à-dire la manière dont leurs collections peuvent être perçues par la population (y compris et notamment par les non usagers). Soit elles prennent en compte cette évolution et elles peuvent espérer desservir une large fraction de population, soient elles laissent de côté cette partie de l’offre éditoriale et les citoyens iront s’approvisionner ailleurs (offre commerciale ou amicale). Toutes les situations intermédiaires entre ces deux cas limites sont observables.
  • la question des best-sellers prend place dans ce cadre : limiter leur présence (au nom d’un soutien aux " petits éditeurs " par exemple) c’est aussi ne pas satisfaire la demande redondante et s’exposer à ce que les citoyens se détournent du service (" il n’y a rien dans cette bibliothèque ! ").
  • Le rythme effréné de l’actualité éditoriale : qu’il s’agisse de livres, de disques ou de films, les nouveautés se succèdent très vite. Certaines productions disparaissent des circuits de diffusion alors qu’elles peuvent encore intéresser des catégories de population. Comme l’affirme C. Belayche, " la bibliothèque installe de la permanence sur le marché du livre(15) ". La bibliothèque pourrait aussi remplir cette fonction pour la musique et les films.
  • Le lien social en question : l’aspiration collective à la liberté individuelle crée une interrogation sur ce qui relie chacun d’entre nous à l’ensemble. Est posée la question de la construction du lien social dans un contexte de fragilisation des institutions(16). Comment faire vivre ensemble des individus attachés à leur liberté individuelle ? Cette question préoccupe certains élus y compris en zones rurales : comment faire pour que les habitants des villages aient des occasions d’échanges ? La bibliothèque est un espace public qui peut être ce lieu de regroupement des individus, de passage de la somme des individus à la société. Elle dispose d’un atout majeur dans le cadre d’une politique de développement local ou d’ animation du territoire. Il reste que cette mission de tissage de lien social ne peut être effective que si la bibliothèque parvient à rassembler une proportion large de la population. Cette mission sociale de rendre service à la communauté est difficilement compatible avec celle de promotion et défense de la culture (au sens étroit) du fait des déterminants sociaux qui pèsent sur cette dernière.
  • La construction des identités : les individus se caractérisent aujourd’hui par des " identités fluides(17) ". Ils sélectionnent les éléments de leurs origines qu’ils souhaitent conserver et mettent l’accent sur certaines de leurs appartenances plutôt que d’autres. La bibliothèque peut être une ressource dans la construction des identités en apportant des informations ou des histoires dans lesquelles le lecteur peut entrer et essayer des rôles(18). Accessoirement, la bibliothèque peut aussi être le lieu de validation par d’autres (personnel, usagers) d’une identité que l’on souhaite reconnue(19).

Invitation au pragmatisme

Face à ces évolutions, les bibliothèques affrontent des questions auxquelles les réponses données décideront de leur avenir. On peut imaginer un scénario (ce n’est pas le plus probable) dans lequel elles ne parviennent pas à conserver ou développer leur attrait et doivent faire face à de brutales coupes budgétaires. Aux Etats-Unis, le 11 septembre a engendré des baisses fortes de crédits aux bibliothèques et leur succès populaire les protège en partie (les citoyens expriment leur soutien et leur désir de conserver ce service).
On peut aussi imaginer un scénario dans lequel, les bibliothèques deviennent (encore plus qu’aujourd’hui) le lieu de réunion de populations variées autour de collections de niveaux différents qui cohabitent.
Les bibliothèques départementales ont un atout qu’il faut utiliser. Elles rassemblent une multitude de lieux, d’équipes, de collections, etc. Chaque bibliothèque de leur réseau constitue une expérimentation grandeur nature, riche d’enseignements pour toutes celles qui lui ressemblent. Chaque bibliothèque est à la fois singulière et le fragment d’une généralité. Les BDP peuvent (doivent ?) exploiter ce potentiel en identifiant les tentatives couronnées de succès et en cherchant à en comprendre les ressorts de façon à en assurer la transposabilité. Cela se fait déjà(20) mais il faudrait mettre au point une démarche rationnelle d’analyse des situations. De cette façon, pourraient être cumulées des données utiles pour d’autres, ailleurs.

Il existe un espace à combler pour la production et la mise en forme de connaissances sur la fréquentation des bibliothèques. Cet espace reste vacant pour une part à cause de la séparation entre recherche et monde professionnel. Que ce soit sous la forme d’un observatoire(21), d’une équipe mêlant bibliothécaires et enseignants de l’ENSSIB, ou autre, cette démarche me semble susceptible d’améliorer la situation.


Questions à Claude Poissenot

Joëlle Pinard

Vous avez parlé des pratiques culturelles des non usagers... Pourriez-vous nous donner des précisions sur leurs réticences à l’accumulation et à l’abondance. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait de refus d’accumulation de biens culturels. Ne pourrait-il s’agir d’un comportement culturel de rejet d’une certaine forme de consommation ?

Claude Poissenot

L’hypothèse est intéressante et mériterait d’être explorée. Est-ce que ceux qui ne veulent pas trop de disques, de cassettes ou de livres ont la même attitude pour d’autres biens de consommation ?
Dans l’enquête, ce qui ressort, c’est que ceux qui souhaitent posséder peu possèdent peu quel que soit le support. A l’intérieur de ce que nous avons mesuré, les pratiques culturelles, cette attitude est donc bien transposable. Peut-on aller au-delà ?

Dominique Lahary

Pour revenir à ce que nous constatons dans nos bibliothèques, il est certain que le trop de livres écrase un certain nombre de gens et qu’une offre forte aurait tendance à éloigner.

Autre question

Avez-vous des éléments sur les structures familiales des non lecteurs ?

Claude Poissenot

Je n’ai pas repéré d’éléments particulièrement discriminants. J’ai repéré des modalités de réponses qui varient en fonction des ces structures familiales.

Christine Bonnefon (Direction du livre et de la lecture)

Toutes les tranches d’âge sont-elles représentées au sein des personnes dont vous avez reçu les réponses ?

En ce qui concerne l’architecture des bibliothèques... Si l’on me demandait tout de go ce qui m’intéresserait dans ma bibliothèque, je ne citerais pas l’architecture ; cela ne me viendrait pas à l’esprit. En revanche, à considérer les statistiques, quand un bâtiment neuf remplace un bâtiment ancien, le taux de fréquentation monte. Si donc la qualité de l’architecture, n’est pas explicitement mentionnée comme critère par les usagers, elle peut cependant jouer un rôle en termes d’attraction.

Claude Poissenot

Dans l’échantillon, toutes les catégories d’âge sont représentées. Les réponses données ne proviennent donc pas spécialement d’un public âgé. Ce sont les réponses des non usagers de la Meuse.
Pour ce qui est de votre deuxième question : 29% des personnes ne savent pas ce qu’ils souhaitent en ce qui concerne la bibliothèque. Ces 29 % sont très intéressants : il s’agit de gens plutôt âgés et décalés par rapport aux bibliothèques.
Comment savoir ce qui est susceptible d’intéresser ceux qui ne viennent pas et qui ont le moins de chances de venir, puisqu’ils n’ont pas de souhait.
La seule solution, c’est d’essayer. Confronter à une offre, ces usagers votent avec leurs pieds.

Pour l’architecture, je suis comme vous... Les bâtiments nouveaux attirent certes du monde. Mais il conviendrait de savoir qui vient à l’occasion de ce changement. L’hypothèse que j’émets, mais il s’agit de davantage que d’une hypothèse, puisqu’on la vérifie à Vandoeuvre, il s’agit plutôt des classes moyennes. Ces usagers qui utilisent les bibliothèques, les utilisent même si elles sont belles ! Les classes populaires, elles, ne sont pas plus attirées par un beau bâtiment.

Sur cette question, je remarquerai que le programme des BMVR est ancien ; il a déjà plus de dix ans, il est dommage qu’on n’ait pas fait d’enquête un peu rigoureuse sur les incidences de l’architecture sur la fréquentation.

Christine Bonnefon La Direction du livre reçoit annuellement les statistiques de fréquentation ; on peut voir l’impact des BMVR, ville par ville, en fonction de leur entrée dans le programme.

Dominique Lahary

Ne peut-on faire l’hypothèse que l’accroissement, parfois spectaculaire, de la fréquentation des nouveaux équipements, renforce en fait leur marquage social ?

Nelly Vingtdeux

Dans quel cadre cette étude a -t-elle été réalisée et a-t-elle été suivie de préconisations ? Le cas échéant, quelle a été la décision du Conseil général de la Meuse ?

Claude Poissenot

Il s’agissait d’une démarche du Conseil général de la Meuse, préalable à un éventuel plan de développement de la lecture publique. Cette étude a été utile au sein de la BDP de la Meuse. Les effets sur les décisions politiques ne sont pas encore très affirmés. Disons qu’il s’agit d’un premier pas.


Notes

(1) Je rejoins D. Martucelli selon lequel " la connaissance sociologique est une altérité familière " (" Sociologie et posture critique " in B. Lahire (dir.), À quoi sert la sociologie ?, Paris, La Découverte, 2002, p. 149.).

(2) Cf. par exemple, C. Leblond, " le public des bibliothèques des petites communes du Rhône " in M. Briault, C. Leblond et alii, Les médiathèques et leurs publics, Villeurbanne, Ed. de l’ENSSIB, 1997, pp. 59-108.

(3) Il faudrait conduire un travail d’exploitation secondaire des données de l’enquête Pratiques culturelles des Français de 1997 sur la sous-population des personnes interrogées vivant dans les communes de moins de 10 000 habitants.

(4) Parler de " la " télévision est aussi réducteur que de parler de " la " lecture. Les pratiques culturelles ne se définissent pas seulement par leur support. Ce sont avant tout une relation entre du sens et des récepteurs. Pour une réflexion synthétique sur cette question, Cf. J.-P. Esquenazi, Sociologie des publics, Paris, La Découverte, 2003.

(5) Cf. N. Vingtdeux, " Bénévoles et volontaires de l’offre de lecture en milieu rural " in Bulletin des bibliothèques de France, t. 48, n°2, 2003, p. 62.

(6) Pour plus de développements, Cf. G. Mauger, C. F. Poliak, B. Pudal, Histoires de lecteurs, Paris, Nathan, 1999.

(7) C’est un résultat que nous avons observé à Vandoeuvre-lès-Nancy : " De la bibliothèque à la médiathèque " in BIBLIOthèque(s), n°5/6, déc. 2002.

(8) L’enquête SOFRES pour la Direction du livre et de la lecture (mai 1997) sur les non usagers des bibliothèques municipales confirme partiellement cette tendance. Les moins diplômés sont les moins nombreux à justifier leur non fréquentation par le fait que " la bibliothèque n’est ouverte qu’à certains moments qui ne [leur] conviennent pas toujours " : c’est le cas de 23% des personnes interrogées ayant terminé leurs études en primaire contre 51% de ceux titulaires d’un diplôme de deuxième ou troisième cycle.

(9) Cf. R. Proctor, H. Lee, R. Reilly, " Access to public libraries, The impact of opening hours reductions and closures 1986-97 ", in Research and innovation Report, British library, t. 90, 1998.

(10) Le choix de Michèle Petit et de son livre sur l’éloge de la lecture pour introduire ce congrès révèle bien l’attachement (qui n’est pas illégitime) de votre profession à cet idéal.

(11) A. M. Turner, " Balloting backs growth " in Library Journal, vol. 128, n°6, 15 mars 2003, p. 49.

(12) Cf. l’article stimulant de J. N. Berry III, " Dawn in Delta County " in Library Journal, vol. 127, n°5, 1er mars 2002, pp. 52-55.

(13) O. Donnat, Pratiques culturelles des Français, Paris, La Documentation française, 1998, p. 309.

(14) Pour plus de développement sur ce point, Cf. C. Poissenot, , " Les bibliothécaires face à la sécularisation de la culture " in B. Calenge (dir.), Bibliothécaire, quel métier ?, Paris, Éd. du Cercle de la Librairie, à paraître en 2004.

(15) C. Belayche, " La démocratisation culturelle n’est pas gagnée ! " in Livres Hebdo, n°206, 21 mars 2003, p. 139.

(16) Cf. F. Dubet, Le déclin de l’institution, Paris, Le Seuil, 2002.

(17) F. de Singly, Les uns avec les autres, Paris, Armand Colin, 2003.

(18) La lecture remplit un rôle dans l’activité de projection et récit de soi. Cela entre dans le " petit cinéma " que l’on se fait et qui permet de s’auto-représenter y compris autrement que l’on est. Sur cette notion, Cf. J.-C. Kauffman (Ego, Paris, Nathan, 2001, p. 214) mais aussi B. Lahire (L’homme pluriel, Paris, Nathan, 1998, p. 115) qui écrit : " Les textes littéraires sont des déclencheurs de rêves éveillés qui permettent de faire un retour sur, de prolonger, d’accompagner ou de préparer l’action ".

(19) C’est ce phénomène qui peut expliquer l’observation de la directrice de la bibliothèque de Berlin : " Il y a aussi une nouvelle génération de jeunes qui souhaite pouvoir connecter à la bibliothèque leurs ordinateurs portables. On peut se demander pourquoi ils ne travaillent pas chez eux : c’est qu’ils n’aiment pas ça. Libre accès, pour eux, veut dire libre accès à un espace public " (C. Lux, " Le libre accès à l’heure de l’information électronique " in Les 25 ans de la BPI, Colloque international BPI/ Centre G. Pompidou, Paris, 23-24 octobre 2002, BPI/ Centre G. Pompidou, 2003, p. 110).

(20) Par exemple, P. Leroy analyse le cas du village de Négrepelisse près de Montauban dont la bibliothèque " inscrit 30% de sa population " (" D’une statistique globale et du travail sur le terrain " in Bulletin des bibliothèques de France, t. 48, n°1, 2003, p. 95).

(21) Nous en avions formulé la proposition dans " Un projet pour la lecture publique à la croisée des chemins ", in Lorraines [ Revue du groupe Lorraine de l’Association des Bibliothécaires Français], avril 2001, n°7, pp. 33-36.



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