CR journées d'étude Ouverture...

Rebonds

Michel Melot , Directeur des études, de la documentation et de l’Inventaire général à la Direction de l’architecture et du patrimoine

 

Vous imaginez que c’est avec une grande joie que je me trouve aujourd’hui parmi vous. Je remercie les organisateurs de m’avoir demandé de me livrer une fois encore à cet exercice que j’ai souvent pratiqué, celui de la synthèse de colloques. Cela me rajeunit de plusieurs années. C’est donc aussi plaisant que de constater votre fidélité à mon égard. Vous voyez qu’elle est réciproque.

En acceptant votre invitation, j’étais heureux de retrouver l’ambiance des congrès de l’ADBDP, la même chaleur, cet enthousiasme dont j’avais le bon souvenir et que je retrouve intact. Ma première impression est que vous avez pris encore de l’assurance par rapport aux années que j’ai vécues auprès de vous, années d’incertitudes et de doutes parfois. L’ambiance m’a paru encore plus positive qu’elle ne l’était par le passé.

Je n’ai pas pu résister, vous l’imaginez, à la tentation de consulter les rapports du Conseil supérieur des bibliothèques(1)pour savoir ce que l’on disait de vous il y a dix ans. Vous vous attendiez en m’invitant, j’en suis sûr, à un tel petit regard en arrière... Le rapport(2) de 1992 s’étend assez longuement sur les BDP de l’époque. Je constate que les grands problèmes d’alors étaient un peu, déjà, les grands problèmes qui nous ont occupé pendant longtemps, comme la décentralisation, ou la desserte scolaire (même s’il s’agissait déjà du passé). Ces grands débats commençaient à se calmer, mais étaient encore chauds. Les grandes questions, dans les années 1990, étaient plus positives déjà et plus novatrices, comme la disparition annoncée des bibliobus remplacés par des bibliothèques relais.

Ce problème avait des corollaires :

  • la multiplication des bénévoles (que nous préférions appeler volontaires au Conseil supérieur des bibliothèques et pour lesquels nous avions édicté une sorte de Charte(3) ).
  • l’intercommunalité qui commençait à devenir d’actualité et dont l’enjeu est tel que vous en avez fait le thème, je crois, de votre précédent congrès. Cette intercommunalité change profondément la donne de la ruralité. Son mouvement se confirme et va se poursuivre. L’intercommunalité change de façon sensible votre public et votre clientèle dans le cadre de ce qu’on appelle maintenant la rurbanité. La possibilité pour une part croissante de la population de se déplacer a, bien sûr, des conséquences considérables sur l’organisation et la conception même de votre travail.

Dans les débats que l’on menait, il y a dix ans, il n’était pas question encore d’animation culturelle. Non pas, qu’elle ne se pratiquât point. Elle était bien sûr présente déjà, mais ce n’était pas un sujet problématique comme il pouvait l’être dans les bibliothèques municipales ou, en tout cas, à la BPI, où elle était pratiquée sur une grande échelle. Cette question de l’animation n’était pas préoccupante, mais vous avez bien raison de l’avoir inscrite dans votre programme de réflexions d’aujourd’hui. Car cette question ne semble aller de soi que si l’on n’y prend pas garde. Comme en matière d’acquisitions ou de services, il est nécessaire de savoir quelle ligne se donnent les bibliothèques publiques, et les vôtres en particulier, dans ce domaine mouvant qu’est l’animation.

J’ai entendu Robert Damien dire qu’il n’aimait pas le mot action culturelle : pour lui, l’action c’était la bonne action... Il y a toujours cette idée sous-jacente que l’action culturelle véhicule la volonté prescriptive ou missionnaire, dont les bibliothécaires souhaitent se démarquer. En ce qui me concerne, je n’aime pas trop le terme animation culturelle. Les animateurs, ce sont les animateurs de télévision, les animateurs que l’on invite dans les fêtes pour faire rire les gens qui n’ont pas envie de rire. On parle aussi d’animateur pour les marionnettistes par exemple. Or on ne peut en aucun cas confondre les bibliothécaires et les manipulateurs : je le dis, sans aucune réserve, ce n’est pas dans la culture des bibliothécaires d’être des manipulateurs ; ce sont des fonctionnaires extrêmement attachés à l’intégrité, à la neutralité, à l’honnêteté intellectuelle. Je vous dis ceci sans aucune flatterie, ni ironie, c’est comme ça. Et c’est très bien comme ça.

Pour vous convaincre du fait que l’animation ne va pas de soi, je voudrais vous raconter une histoire qui m’a beaucoup marqué lorsque j’ai visité les bibliothèques de Finlande. La Finlande, vous savez, c’est un peu La Mecque des bibliothèques, c’est le pays béni des bibliothèques. L’architecture y est superbe et a beaucoup influencé toutes les écoles d’architecture des bibliothèques. Je savais qu’en Finlande, où il y a six millions d’habitants, c’est-à-dire dix fois moins qu’en France, on prête pourtant autant de livres qu’en France. Ceci, statistiquement, reviendrait à dire que les Finlandais lisent au moins dix fois plus de livres. Ces chiffres laissent rêveur et j’allais donc visiter les bibliothèques Finlandaises avec beaucoup d’humilité, un peu comme en pèlerinage.

Quand je suis arrivé là-bas, j’ai été très surpris d’être accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par des collègues Finlandais (je devrais dire Finlandaises, parce qu’alors je crois n’avoir pas rencontré un seul homme bibliothécaire) qui me dirent, que vraiment, en France, nous avions des bibliothèques extraordinaires où se passaient des choses surprenantes, au point qu’ils souhaitaient venir les voir de plus près pour s’en inspirer. C’était le monde à l’envers ! Et l’on me questionna sur la Fureur de lire, sur les signatures d’écrivains dans les bibliothèques, sur les expositions dans nos bibliothèques. Ce qui les passionnait c’était l’animation et j’ai constaté que ces bibliothèques si performantes sur le plan du prêt où tout était automatisé, étaient finalement des bibliothèques sans animations. On m’a montré une exposition, à Helsinki, dans la plus grande des bibliothèques municipales : elle était insignifiante. L’association Finlandaise des bibliothécaires est donc venue visiter nos plus récentes médiathèques et leurs activités si variées. Je me souviens de leur avoir fait visiter celle d’Issy-les-Moulineaux, qui était alors toute neuve.

Le modèle anglo-saxon, qui nous a si heureusement inspirés, a des limites et les bibliothécaires finlandaises se plaignaient amèrement d’être devenues, comme elles me le disaient alors, des machines à prêter. C’était d’autant plus vrai que tout étant automatisé, leur travail était équivalent à celui d’une caissière de supermarché. Ce modèle anglo-saxon est-il protestant, et opposé, comme cela a été dit bien souvent à un modèle qui serait catholique ? Je ne sais pas si Internet est protestant... Il est américain, ce qui revient un peu au même, et pour éviter ces querelles de religions, je préfère parler des bibliothèques de type anglo-saxon et des bibliothèques de type latin. L’opposition entre ces types de bibliothèques est réelle. Opposition, différence, complémentarité ? Cela reste à explorer.

J’ai essayé de faire une géopolitique des bibliothèques en m’inspirant des analyses de Max Weber qui a bien montré la différence de mentalité en matière de lecture, en particulier entre les protestants et les catholiques, entre le monde anglo-saxon et le monde latin. Martine Poulain, dans un article récent, revient sur ce sujet avec beaucoup plus de finesse et d’acuité en s’inspirant de Tocqueville (4) . Elle montre en quoi les bibliothèques françaises, ou latines en général, mais françaises surtout, sont différentes des bibliothèques anglo-saxonnes par leur histoire longue, profonde et par leur mentalité. Les bibliothèques françaises ont certainement beaucoup progressé en suivant l’exemple américain, mais cet exemple n’est peut-être pas complet. On peut ajouter du génie latin à la rigueur anglo-saxonne.

Producteur ou prestataire ? Il est certain, que dans l’esprit anglo-saxon qui nous inspire ou qui a été notre modèle, la bibliothèque est prestataire. La bibliothèque c’est un service qu’on rend au citoyen, et le citoyen mobilise la bibliothèque. Dans les bibliothèques publiques américaines, les communautés sont juxtaposées et financent elles-mêmes la partie de bibliothèque qui leur revient : elles ont leurs collections, leurs salles de réunions et les bibliothécaires, en bons démocrates laïcs s’effacent devant leur public qui occupe la bibliothèque et l’anime lui-même. Si une communauté souhaite faire une fête à la bibliothèque, elle l’organise elle-même et le bibliothécaire est là pour servir des prestations. Mais il y a peu d’animations au sens où nous l’entendons ici. L’esprit anglo-saxon, c’est l’esprit de neutralité, d’ouverture, dans lequel la bibliothèque est à la disposition de tous.

J’ai remarqué que dans les enquêtes qui ont été présentées, une majorité d’entre vous considère que vous êtes plus des prestataires que des producteurs et que les BDP ont à fournir des services, ont à fournir une logistique, à donner du matériel. Une autre formule m’a bien plu, elle résume cette position : est-ce que l’animation culturelle des BDP est soluble dans celle des autres ? Elle est sans doute soluble dans celle des autres, parce qu’elle est un support, un cadre et une aide, mais elle n’est pas elle-même l’auteur ni l’objet de la création. La bibliothèque, qui n’écrit pas ses livres et qui n’est pas éditeur non plus, n’a pas non plus a être entrepreneur de spectacles ou imprésario. Il est sain et que la bibliothèque ne sorte pas de son rôle et observe une sorte de retenue dans ces manifestations, si l’on veut garder l’esprit admirable du bibliothécaire.

Pourtant, à cet esprit de laïcité, d’intégrité, de neutralité, la bibliothèque latine apporte beaucoup de choses. Si j’en crois les résultats de l’enquête, l’animation, ce sont d’abord des expositions et l’on peut considérer que les expositions sont une autre forme du livre.

Après avoir fait l’éloge de la neutralité, de la modération en matière d’animation, je voudrais déculpabiliser ceux qui auraient encore des scrupules à organiser des manifestations de ce genre parce que je crois qu’en ce domaine, les bibliothèques latines ont beaucoup à apporter aux bibliothèques anglo-saxonnes pour leur enlever de leur froideur.

Je n’insisterai pas beaucoup sur les expositions : c’est une activité devenus classique. La présence de l’image dans la bibliothèque est une chose acquise(5) . L’image, curieusement, dans les bibliothèques, n’a pas posé autant de problèmes que dans l’enseignement. L’enseignement s’est toujours défié de l’image, depuis l’invention de la gravure. Il y a toujours eu contre le cinéma, la télévision aujourd’hui les jeux vidéo, des levées de boucliers. Les bibliothèques, au contraire, ont intégré l’image relativement aisément. Il me semble que la bataille de l’audiovisuel est derrière nous. La variété des supports a, en quelque sorte, banalisé la question.

Pour l’oralité, j’ai l’impression que le c’est l’inverse : l’oralité est intégrée dans l’enseignement de façon naturelle, parce que le professeur parle... L’oralité, c’est l’enseignement ; ça s’enseigne ; ça s’apprend ; mais les images, pour les enseignements, c’est suspect. Sans doute parce que l’image est sauvage. Elle est indomptable ; elle ne s’apprend pas ; elle est totalement analogique et libre. L’oralité est problématique dans les bibliothèques parce qu’elle ne s’intègre pas naturellement dans l’ordre du livre (6) . L’image, c’est de l’espace, c’est de l’objet, ça va dans les livres, mais ça va aussi sur des écrans. Le langage s’apparente plus au spectacle, c’est du temps, ce sont des équipements différents, surtout quand il s’agit de langage vivant non enregistré. Il y a là une sorte de chassé-croisé dû au fait que les bibliothèques sont davantage liées à l’objet-livre et justement à cette neutralité qui fait que le bibliothécaire se retire devant son lecteur, alors que l’enseignant, lui est là pour prescrire, pour parler et pour apprendre à parler. Si j’insiste un peu sur ces clivages, c’est qu’aujourd’hui ils sont totalement bouleversés : les oppositions traditionnelles depuis le XVIIe siècle entre le visuel et le son existent toujours certes, mais sont en train de voler en éclats puisque la numérisation permet de réduire à un dénominateur commun tous les messages, quelle que soit leur nature analogique ou numérique, orale, visuelle ou écrite... Jusqu’où va la bibliothèque dans cette perspective fusionnelle des supports ?

Le retour contemporain de l’oralité me semble extraordinaire. On a beaucoup parlé de l’image ; on l’a problématisée ; les débats sont vifs aujourd’hui sur la pornographie, sur la violence à la .télévision par exemple. L’oralité, on n’en parle pas. La radio a été inventée sans susciter le moindre éclat, ni le moindre débat ; le magnétophone aussi ; le téléphone prend aujourd’hui une place considérable dans notre vie quotidienne, et tout cela se passe sans qu’il y ait de débat de moralité. Pourtant, ce retour de l’oralité dans notre civilisation est considérable et les bibliothécaires doivent le prendre en compte. Depuis l’invention de la radio, du phonogramme, l’écrit a perdu le privilège extraordinaire qu’il avait d’être le seul véhicule de la parole. Véhicule imparfait, incomplet, réducteur, mais longtemps seul véhicule de la parole. Depuis, la parole se promène toute seule, à distance. Le bibliothécaire doit prendre en compte ce phénomène.

Je n’étais pas tout à fait d’accord avec les mots de M. Damien selon lesquels la bibliothèque a perdu de son évidence avec l’évolution qu’a connue le livre. Le livre n’est pas l’évidence même de la bibliothèque. A cette assimilation de la bibliothèque au seul livre, je préfère ce qu’a dit Robert Damien : la bibliothèque n’est pas le lieu du livre, mais le lieu des liens. Ces liens, ils peuvent être oraux. A Alexandrie, on ignore où était la bibliothèque (elle n’avait peut-être pas d’espace particulier), mais on sait qu’elle était incluse dans ce que l’on appelait le Musée. Et le Musée n’était pas un musée au sens actuel, c’était le lieu où l’on pratiquait les neufs arts des muses ; c’était une école de philosophie et je pense qu’on y parlait beaucoup plus qu’on y lisait, c’était un lieu de paroles et d’enseignements.

Je me réjouis donc de l’irruption de l’oralité dans la bibliothèque et ce sont bien les animations qui en donnent le plus souvent l’occasion : on a beaucoup parlé du conte, mais ce sont aussi les conférences, les débats, les lectures à hautes voix, les rencontres avec les écrivains, activités qui ressortissent clairement de la bibliothèque. L’oralité ne peut pas être exclue de la bibliothèque, aujourd’hui d’autant moins qu’elle prend une telle importance dans nos relations publiques. On pourrait, à cette occasion, pour faire des paradoxes, rappeler les méfaits de l’écriture et du livre. M. Damien en a dit deux mots : le livre n’a pas eu que des conséquences heureuses. L’une de celles que l’on remarque peut-être le moins, et qui n’est pas tragique, c’est que le livre et l’écriture nous ont rendus amnésiques. Nous n’apprenons plus par cœur. Notre mémoire a totalement failli. Nous n’avons plus de mémoire parce que nous l’avons externalisée dans des outils. Homère n’était sans doute pas aveugle par hasard : il s’agit d’une une métaphore pour dire qu’il n’était pas un homme de la lecture, du visuel, mais un homme de la parole comme ces bardes ou ces griots qui savent des centaines de milliers de vers par cœur ou encore ce Néo-Zélandais Maori qui avait appris la Bible par cœur, à la grande surprise du missionnaire, qui lui avait donné un livre sachant même qu’il ne pourrait pas le lire.

L’égalité dans la bibliothèque est nécessaire et c’est une valeur qui est partagée de part et d’autre de l’Atlantique et du Nord au Sud. Ce que nous ont appris les bibliothèques anglo-saxonnes, c’est la liberté, parce que dans ces morales, ou ces conceptions politiques, la liberté l’emporte sur l’égalité. Nous pouvons contester cette hiérarchie, puisque souvent les libertés s’exercent au détriment de l’égalité, mais dans un système libéral c’est la liberté qui prime. Nous avons appris la liberté : l’accès libre, la bibliothèque circulante, les bibliothèques mobiles ou roulantes, je ne sais plus comment on disait après la guerre de 14, quand justement les dames américaines sont venues militer en France pour la lecture publique. Le bibliothécaire n’a pas à choisir les opinions qu’il diffuse : il n’est pas un prescripteur, il n’est pas un enseignant, il n’est pas un missionnaire, ni un orateur... Il doit accueillir toutes les idées et respecter toutes les croyances. L’égalité est acquise, culturellement, enfin je l’espère. Sur la liberté, nous avons beaucoup appris, mais il nous reste à nous, bibliothécaires latins qui sommes d’incorrigibles bavards, à y ajouter la parole, qui est un autre lien nécessaire.

Je me souviens d’une anecdote, sur laquelle je vais conclure. A la BPI, on m’avait signalé que chaque jour, des vieux messieurs se réunissaient (ils étaient cinq ou six). Ils se mettaient dans un coin de la bibliothèque et discutaient. Ils ne regardaient jamais de livres ; ils venaient, prenaient des chaises et s’installaient silencieusement dans la bibliothèque. Cela doit arriver dans d’autres bibliothèques où des gens viennent simplement se voir en partageant l’atmosphère de la bibliothèque, respirer les livres et la lecture. On a dit très justement que la bibliothèque est ce lieu où l’on vient ensemble pour se tourner le dos ; on peut dire la même chose du café du coin ou du jardin public. Ce sont des lieux nécessaires de la socialité, ce qui ne veut pas dire que l’on va nécessairement faire ce que l’on attend qu’il y soit fait. Pour revenir à mon anecdote, après avoir constaté que ces messieurs étaient très discrets et ne dérangeaient personne, j’ai demandé de quel droit on irait les chasser de la bibliothèque. Cela ne se serait sans doute pas passé à Helsinki, peut-être pas non plus dans une bibliothèque américaine où pourtant les communautés ont une place plus identifiée que dans les nôtres.

Rêvons donc ensemble à ce modèle de bibliothèque idéale qui emprunterait d’un côté à tout ce que les anglo-saxons nous ont appris, à cette neutralité, à cette retenue de se substituer aux auteurs y compris dans l’animation culturelle, qui emprunterait de l’autre côté à cette culture latine pour donner toutes les facilités qui permettent à chacun de s’exprimer selon ses besoins, selon ses convictions et selon ses modes, qui peuvent être peut-être plus oraux dans le Sud que dans le Nord et, en tout cas, qui ajoutent à l’égalité et à la liberté le troisième terme de notre devise nationale : la fraternité. Je suis sûr que vous en avez tous très envie.


Notes

(1) Note de l’éditeur : Michel Melot a présidé le Conseil supérieur des bibliothèques de 1992 à 1995.

(2) Note de l’éditeur : http://www.enssib.fr/autres-sites/csb/rapport92/csb-rapp92-accueil.html

(3) Note de l’éditeur : http://www.enssib.fr/autres-sites/csb/csb-char.html ouhttp://www.adbdp.asso.fr/outils/droit/chartebib.htm.

(4) Note de l’éditeur : Martine Poulain, Retourner à Tocqueville : pour comprendre l’histoire comparée des bibliothèques américaines et française au 19e siècle, BBF 2002, T. 47, n°5, pp.66-73. http://bbf.enssib.fr/bbf/html/2002_47_5/2002-5-p66-poulain.xml.asp..

(5) Note de l’éditeur : voir à ce sujet le dossier Images du Bulletin des bibliothèques de France, 2001, T.46, n°5 et en particulier : Michel Melot, Le temps des images, BBF 2001, T. 46, n° 5, pp. 15-21. http://bbf.enssib.fr/bbf/html/2001_46_5/2001-5-p15-melot.xml.asp.

(6) Note de l’éditeur : on peut se reporter sur ce sujet à Michel Melot, Le temps des images, BBF 2001, T. 46, n° 5, pp. 15-21.http://bbf.enssib.fr/bbf/html/2001_46_5/2001-5-p15-melot.xml.asp, où un paragraphe est consacré à laRéhabilitation de l’oralité.

 

Livres sur la plage : Trois départements en " INTERREG "

Dominique Jadoul, Cultural development unit, Kent County Council(Royaume-Uni)
Chantal Bedoy et Evelyne Herenguel, Médiathèque départementale du Pas-de-Calais
Marie-Odile Paris, Directrice de la Médiathèque départementale du Nord

 

1. Perspectives d’Outre-Manche

Dominique Jadoul

Interreg

L’Europe des régions, la diminution de l’importance des frontières nationales entre les pays membres et l’uniformisation du niveau de la vie au-delà de ces frontières sont des notions chères à l’Union européenne.

Le programme européen Interreg vise à permettre aux régions frontalières de développer des projets de coopération transfrontalière(1) avec leurs voisins immédiats.

Lancé au début des années 90, Interreg en est maintenant à sa troisième phase, Interreg III. La portée du programme Interreg I, permettant en particulier le co-financement de projets de régénération économique, fut vite jugée insuffisante et dès le lancement du programme Interreg II en 1996, le dépôt de projets de développement touristique et culturel fut admis.

Kent
  • Superficie : 3 543 kilomètres carrés
  • Population : 1 598 000 habitants
    • 14 districts
    • Chef-lieu : Maidstone
    • Autres villes principales : Canterbury, Ashford, Dover, Folkestone, Dartford

Accord de coopération

C’est dans ce cadre que les services de la lecture publique (et du développement culturel) du Kent County Council et le Conseil général du Pas-de-Calais (le County Council est l’équivalent anglais le plus proche d’un Conseil général) entreprirent un singulier rapprochement. Suite à deux années de reconnaissance qui virent ces services développer, avec d’autres partenaires européens, quelques projets culturels autour des célébrations de la Journée de l’Europe, un accord de coopération fut signé en 1996.

Interreg II

Deux projets réunissant la Bibliothèque départementale du Pas-de-Calais et Kent Arts & Libraries furent soumis à Interreg II en 1997. Le premier envisageait un développement timide des relations entre les personnels, via visites d’études et cours de langue ; le second portait sur un projet à la fois plus ambitieux et plus précis, à savoir le rapprochement des opérations Une plage à la page et Beach Bus Bonanza.

Comme nous l’avons vu, si Une plage à la page est né de l’opération Les Arts au Soleil, Beach Bus Bonanza fut la réponse à une visite de représentants des services du Développement Culturel et de la Lecture Publique du Kent Arts & Libraries sur un stand Une plage à la page en 1994.

Nous avons aussi appris la façon avec laquelle la Bibliothèque départementale de prêt du Pas-de-Calais s’est engagée, avec Une Plage à la Page, à remplir pendant l’été un rôle de bibliothèque dans des communes ne possédant pas un équipement fixe.

En Angleterre, cependant, c’est le County Council, et donc pas la commune, qui est l’autorité responsable de la mise en place d’un service gratuit de lecture publique (prêt direct). L’État demande aux Councils de mettre en place un service qui assure que nul ne soit à plus de 3 miles (5 km) d’une bibliothèque.

Afin de satisfaire cette demande, le Kent Arts & Libraries compte un réseau d’une centaine de bibliothèques et une flotte de 13 bibliobus (Mobile Library), qui assurent une présence, chaque semaine, tout au long de l’année, dans 724 autres lieux.

Ainsi, avec une biblothèque fixe, ouverte tout au long de l’année, dans chacune des villes côtières, il fut donc décidé d’organiser dès 1995 Beach Bus Bonanza autour de la promotion des arts de la rue et des arts plastiques plutôt qu’autour de la lecture publique. Et c’est l’Artbus (Mobile Arts Unit) du Kent Arts & Libraries, plutôt qu’une Mobile Library qui servait de galerie d’art et d’arrière-plan aux animateurs et autres activités inscrites au programme.

Grâce au financement Interreg II, il fut possible d’organiser entre 1997 et 2000, les deux opérations, pourtant sensiblement différentes, autour de thèmes communs. Chaque campagne de communication reposait sur une image commune, une conférence de presse unique, et chaque partenaire s’engageait à introduire des éléments de l’autre dans son programme : artistes et animateurs, échanges de personnel et de véhicules culturels.

Interreg III

Pourtant, l’intérêt croissant des bibliothécaires du Kent envers l’approche des lecteurs potentiels en dehors des bibliothèques, et l’annonce de l’ouverture d’une troisième phase d’Interreg amorcèrent en 2001 un remodelage important de l’opération, vers un service comparable à Une plage à la page.

Un nouveau dossier Interreg III fut dès lors déposé en 2002 et accepté. Portant le nom de Culture Mix, il s’agit d’un projet pilote portant sur une seule année, incorporant le new look Beach Bus Bonanza, rebaptisé The Beach Bus, et la continuation du développement des relations du Kent Arts & Libraries et de la Médiathèque départementale du Pas-de-Calais au travers d’échanges d’expositions, de collections de livres, de personnel, de savoir-faire, de stages de formation, de séminaires, de cours de langues.

Ainsi, l’édition 2002 de Une plage à la page et de The Beach Bus fut, tout comme auparavant, basée sur un thème commun (Les 4 éléments), une communication commune, une conférence de presse unique, et des échanges de personnel, d’artistes et d’animateurs.

Mais elle différait aussi des éditions précédentes par le fait que dans le Kent, la promotion de la lecture publique était mise au premier plan. Un bibliobus du Pas-de-Calais (les Mobile Libraries du Kent sont utilisées tout au long de l’année), contenant 3 000 nouveaux livres en anglais et une collection de livres pour enfants et de BD en langue française, devenait le principal élément visible de l’opération.

Le prêt direct en dehors des bibliothèques, jamais tenté auparavant dans le Kent, devenait la raison d’être du programme, les animateurs et artistes n’étant plus que des moyens d’attirer le public, de le faire rester sur le stand, et de l’inciter à emprunter des livres et de le pousser à découvrir nos bibliothèques fixes et les services qu’elles offrent (prèt de livres, de matériel audiovisuel, source d’information, accès à l’internet, galeries d’art, spectacles, boutique...)

Finalement, l’édition 2002 voyait aussi le nombre de partenaires augmenter. Bien qu’en dehors du partenariat Interreg III, les villes de Calais et de Boulogne-sur-Mer, et les médiathèques et bibliothèques départementales du Nord et de la Somme venaient s’ajouter au programme et tester les modes de communication et d’organisation en vue de la seconde phase de Culture Mix : un partenariat Interreg III de quatre ans entre le Kent, le Pas-de-Calais, le Nord et la Somme, qui pourrait aussi inclure, dès 2003, le East-Sussex County Council et la Province de Flandre Occidentale, en Belgique.

Kent Arts & Libraries
  • 106 Bibliothèques
  • 13 Bibliobus (Mobile Libraries) déservant 724 lieux
  • Service " Stratégique " desservant un hôpital, 8 centres pénitentiers, 800 écoles primaires et secondaires et 478 résidences pour personnes âgées
  • 3 Musées
  • 19 Galeries d’art

2. Les opérations menées par la Médiathèque départementale du Pas-de-Calais : 1992-2002

Chantal Bedoy et Evelyne Herenguel

Rappel Historique

L’opération Une plage à la page se déroule sur les plages du Pas-de-Calais depuis 1992. Elle vint en suite logique à une autre opération, nationale, celle-ci, appelée Les Arts au soleil, qui fut lancée en 1989 par le Ministère de la culture et qui fut relayée dans les régions par les DRAC.

Les Arts au soleil ont animé, de 1989 à 1992, les 3200 kilomètres de côte du littoral français. Cette initiative avait pour objectif de rencontrer quinze millions d’estivants et de leur proposer, pour le temps de leurs vacances, diverses formes artistiques, aussi proches que possible de leurs activités de loisirs : danse, arts plastiques, arts de la rue.

En 1990 et en 1991, à la demande du Conseil général du Pas-de-Calais, les équipes de la BDP ont accompagné les animations proposées sur les plages. C’est donc tout naturellement qu’en 1992, la BDP s’inspire des Arts au soleil pour créer Une plage à la page. Elle lance alors sa propre programmation pour la première fois.

Les étapes

Les objectifs sont simples : il s’agit de se manifester de façon intensive auprès des vacanciers et de stimuler, par le biais de diverses animations, le goût pour la lecture chez un public jeune et souvent socialement défavorisé. Si cette première édition de 92 reste modeste, elle permet cependant de fixer les bases d’un fonctionnement qui dure encore aujourd’hui : du 15 juillet au 15 août, 6 jours sur 7, les bibliobus de la BDP stationnent sur les plages du département (de 4 à 8 stations touristiques selon les années) et proposent :

  • des prêts de livres,
  • des ateliers de dessin, des stands de maquillage pour les enfants,
  • des jeux-concours autour des livres récompensés par des chèques-lire,
  • l’exploitation d’un module, décor interactif complété par une sélection de livres, réalisé à la demande de la BDP par des artistes plasticiens, selon le thème de l’année.

Un tiers du personnel se mobilise dans le cadre de cette opération. Il se charge de l’accueil des publics, des ateliers (c’est ainsi que certains d’entre nous ont appris l’art du maquillage), et de l’exploitation du module.

En 1992 n’apparaît qu’un seul intervenant extérieur, il s’agit d’une association subventionnée par le Conseil général, association qui va assurer des lectures quotidiennes sur les stands.

Dès 1992, la BDP va confier la communication de l’opération à des agences qui imagineront un visuel qui sera décliné sur une multitude de supports, depuis l’affiche jusqu’au marque-page, en passant par la bibliographie.

L’opération se renouvelle annuellement, et en 1996, la BDP enrichit ses animations en multipliant les intervenants extérieurs.

C’est ainsi qu’une fois le thème de l’année défini, le service animation de la BDP part à la recherche des talents, qu’il s’agisse de conteurs, de danseurs, de musiciens ou de cracheurs de feu...

C’est ainsi que les jeunes vacanciers peuvent, une année, apprendre à jongler avec les formateurs d’une école de cirque, l’année suivante s’initier à la pratique d’instruments aussi étranges qu’une planche à laver ou un cruchon, et reviennent, douze mois plus tard, pour fabriquer des cerfs-volants ou inventer, avec des comédiens, le dénouement d’une intrigue policière.

Cette même année, l’opération est lancée pour la première fois à l’occasion d’une conférence de presse.

1996, c’est également l’année qui marque le début d’une longue, riche et sympathique collaboration entre le Pas-de-Calais et le Kent County Council, mais nous y reviendrons sans doute lors de la communication de Dominique Jadoul.

Un nouveau pas est franchi en 1998 avec l’apparition de ce que nous appelons les communes associées. Ces communes du littoral qui disposent déjà d’une bibliothèque municipale se chargent des opérations de prêt, de la logistique de l’accueil des intervenants, tandis que la BDP va mettre à leur disposition des outils de communication, bien sûr, mais aussi et surtout des spectacles et des animations qui déclinent le thème général retenu pour l’année.

Cette formule va leur permettre de mieux accueillir les estivants tout en leur laissant à chacune une réelle autonomie. C’est ainsi que chaque bibliothèque va fixer elle-même la durée et les modalités de sa participation selon la disponibilité des équipes en place.

En 2002, enfin, Une page à la plage élargit encore ses partenariats : après le Kent, ce sont deux départements, la Somme et le Nord, et deux communes importantes du littoral, Calais et Boulogne-sur-Mer, qui acceptent de rejoindre l’opération. Il s’agit de travailler sur le même thème (choisi de manière démocratique à l’issue d’une réunion de concertation...), de partager les mêmes outils de communication et de programmer les mêmes intervenants. Cette année-là, Une page à la plage prend donc une dimension euro-régionale.

Les moyens

Après les différentes étapes qui marquent dix années d’existence, voici maintenant un bref aperçu des moyens dont disposent les équipes de la Médiathèque du Pas-de-Calais pour mener à bien cette opération.

A titre indicatif, le budget d’Une plage à la page était en 1995 de 116 000 F. En 2002, il atteint 86 682 €, soit cinq fois plus (cf. annexe 1). Permettez-moi d’ajouter quelques précisions sur la nature des dépenses engagées et sur les moyens requis.

La campagne de communication en 2002 représente un coût global de 26 000 €¤ (170 300 F), pour la conception et la réalisation d’affiches, plaquettes, tracts, bibliographies sur le thème des quatre éléments, réalisés en collaboration avec la cellule de communication externe du Conseil général, (celle-ci faisant d’ailleurs parfois des choix très critiqués par le personnel de la Médiathèque du Pas-de-Calais...)

Ce coût s’explique car il s’agit de diffuser une information efficace sur sept communes et, plus largement, d’informer tout le département en utilisant comme relais toutes les bibliothèques et les offices de tourisme.

Autre poste de dépense non négligeable : les frais de transport, d’hôtel et de restauration : transports dans le cadre des échanges avec le Kent, frais d’hébergement pour le personnel de la BDP qui, parce qu’il se déplace pour une période de 3 à 6 jours, est logé la nuit dans les hôtels proches. Ce poste représente en 2002, une dépense de 9 147 €.

Toujours en 2002, les intervenants ont requis une enveloppe de 22 870 €. Cette somme servit à financer 14 ateliers d’écriture et 19 spectacles.

Et enfin, quand on liste les moyens mis en œuvre, il est indispensable de rappeler combien le personnel (ou une partie puisque, rappelons-le cette action a toujours été organisée en interne sur la base du volontariat) s’investit, toute l’année, pour un événement qu’il s’agit de préparer, de dérouler, mais aussi de conclure. Et puis, quand tout est fini, dès l’automne, il n’est pas question de s’accorder quelque répit car le temps presse pour choisir un nouveau thème et déjà enclencher une nouvelle opération.

Un bilan

Après dix ans d’activité, nous avons tenté de faire un bilan de la fréquentation des publics. Nous ne vous donnerons ici oralement aucune statistique, mais le détail en est disponible dans les documents disponibles à l’entrée de cette salle (cf. annexes 2 et 3).

Pour ce qui concerne l’origine géographique des familles inscrites, Une plage à la page touche principalement des estivants originaires de la Région Nord-Pas-de-Calais, avec une légère prédominance des habitants du Nord.

Pour ce qui concerne la répartition des familles par catégories socioprofessionnelles, l’analyse des inscriptions rejoint en partie les analyses nationales en matière d’inscription en bibliothèques : la population qui fréquente les activités de plage appartient aux catégories de population habituées à fréquenter les bibliothèques municipales ; il s’agit des professions intermédiaires, des employés et retraités.

Les catégories des cadres et des professions intellectuelles supérieures sont peu représentées dans nos statistiques, sans doute parce qu’elles fréquentent peu ces plages-là.

Deux autres catégories sont très sous représentées, et cela est plus problématique, il s’agit des ouvriers et des agriculteurs. Nous nous interrogeons sur leur quasi-absence durant notre opération.

Une étude sur la communication de l’opération Une plage à la page, menée en 1997 par une étudiante en maîtrise de communication, montrait que 94% des personnes interrogées étaient déjà inscrites en BM ou avaient l’intention de le faire. De ce point de vue, même si nous pouvons nous féliciter du succès des opérations plage (nous prêtons aux alentours de 10 000 documents et il s’agit là des seuls chiffres de la Médiathèque du Pas-de-Calais), les objectifs d’élargissement du public, que nous avions au départ, dès Les Arts au soleil, ne sont pas encore probants en dix ans d’intervention.

Pour ce qui concerne l’opération elle-même, nous avons rencontré quelques difficultés avec certaines communes qui n’assumaient pas suffisamment la logistique d’accueil et la diffusion médiatique de l’opération.

Nous avons également essuyé un échec important, à mon avis : sur l’une des plages les plus populaires du littoral, nous avons dû arrêter l’opération, les conditions devenant trop difficiles.

Nous avons donc fait le constat que les interventions clé en main, les interventions directes de la Médiathèque du Pas-de-Calais sur les plages n’étaient en fait pas adaptées aux populations locales de jeunes en difficulté. Nous avons d’ailleurs travaillé avec l’ADNSEA (Association départementale du Nord pour la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence) pour mettre en place une action autour de la lecture, mais qui durera toute l’année.

Les opérations estivales demandent un investissement très important de la part de l’équipe de la Médiathèque du Pas-de-Calais. Aussi, après 10 ans d’intervention, une partie du personnel souhaiterait repenser la formule de l’opération.

Les problèmes énoncés concernent la nature et la finalité du partenariat avec les communes qui bénéficient encore d’une intervention directe de la Médiathèque du Pas-de-Calais, communes qui, par ailleurs, au bout de dix ans, n’ont toujours pas ouvert de bibliothèque municipale, nous y reviendrons en conclusion.

Au vu de ces réorganisations, il est difficile de mesurer quantitativement l’évolution de l’impact des actions-plages. La Médiathèque du Pas-de-Calais ne comptabilise pour l’instant que ses propres activités de prêt. Aussi, la baisse sensible du nombre global des prêts depuis 1992 s’explique-t-elle par la diminution du nombre de plages desservies en direct par la Médiathèque du Pas-de-Calais. Quant aux résultats de l’impact médiatique et de leur répercussion en termes d’image du littoral sur le public, il conviendrait de renouveler l’étude très encourageante de 1997.

Conclusions

Les opérations-plages s’inscrivaient dans une stratégie d’élargissement des publics. L’année 2003 sera l’occasion, au moment de rédiger un nouveau projet Interreg, d’inventer avec nos partenaires de nouvelles modalités d’intervention, et avant toute chose de redéfinir ensemble de nouveaux objectifs, de nouvelles stratégies.

Il s’agissait également dés 1992 de s’inscrire dans la politique de sensibilisation au livre et à la lecture engagée par le Conseil général. Dix ans plus tard, les équipes de la Médiathèque départementale souhaiteraient développer d’autres actions culturelles sur l’ensemble du territoire.

Outre les objectifs de développement culturel, les activités estivales ont contribué à assurer la promotion de la Médiathèque Départementale. Effectivement, si nos activités d’été ne reflètent pas à elles seules la totalité du travail que nous effectuons, leur originalité et leur aspect festif sont plus faciles à médiatiser que la diversité de nos tâches quotidiennes.

Après 10 années de présence effective sur le littoral, nous souhaitons abandonner le rôle de prestataire de service et, par conséquent, nos interventions directes sur les plages et nous positionner, en collaboration avec nos partenaires, comme organisateur d’une opération eurorégionale dans l’espoir d’élargir encore les partenariats avec nos collègues belges.

Ces nouvelles coopérations donnent aux opérations-plages une couleur médiatique d’une tout autre envergure. De plus les économies d’échelle et le dynamisme des équipes respectives devraient impulser dans les années à venir des projets plus ambitieux, qui valoriseront l’ensemble des sites touristiques, littoral Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Kent, Flandre belge, et qui rendront à nos structures une plus grande visibilité en tant qu’acteurs culturels.


Annexes

1. Bilan des actions de la Médiathèque Départementale du Pas-de-Calais

2. Origines géographiques des familles inscrites

3. Répartitions des familles inscrites au bibliobus des plages par catégories socioprofessionnelles en 2002


3. Les opérations menées par la Médiathèque départementale du Nord
Marie-Odile Paris

Comme dans le Pas-de-Calais, l’idée d’animations estivales sur les plages est née, dans le Département du Nord, à l’occasion de l’opération ministérielle Les Arts au soleil, en 1989.

Le département du Nord présente la particularité d’avoir une grande plage très populaire, la plage de Bray-Dunes, située sur la commune du même nom. L’autre plage très fréquentée est celle de Malo-les-Bains qui dépend de Dunkerque et ne relève donc pas du domaine de la BDP.

Il se trouve que Bray-Dunes, 4 628 habitants, n’avait pas de bibliothèque municipale. Dès le début de l’opération, l’un des objectifs de la présence de la BDP a été d’inciter la municipalité à créer une bibliothèque. L’autre objectif était bien sûr de toucher le public populaire en vacances.

L’opération a débuté chez nous, en 1995, par la présence d’un bibliobus sur la digue plusieurs fois par semaine. Elle s’est renforcée à partir de 1997 par l’installation d’un porta-cabine équipé de rayonnages ; y étaient proposés un choix de livres pour adultes et pour enfants ainsi que des revues et des quotidiens.

Cette bibliothèque de plage fonctionnait du lundi au vendredi, de 10 heures à 18 heures, à partir du 14 juillet et jusqu’au 25 août environ.

Parallèlement à cela, se sont développées des animations : heures du conte ou animations assurées par le personnel de la BDP, ateliers d’initiation à internet et aux nouvelles technologies, à partir de 1999, et spectacles par des artistes et des intervenants extérieurs.

Les animations ont été l’occasion de toutes les fantaisies, du spectacle de contes relativement traditionnel à l’installation du lit d’Antoine le Rêveur sur la digue, en passant par l’enlèvement d’une touriste sur la plage !

Le public touché par ces animations est à la fois le public des lecteurs du bibliobus ou du porta-cabine auquel on a donné rendez-vous à l’occasion de l’emprunt des documents, mais aussi le grand public des vacanciers, vacanciers de tous âges, attirés par l’événement qui se déroule sous leurs yeux.

Nous avons donc des spectateurs en shorts, en maillots de bain ou sous leurs parapluies, en fonction de la météo locale ; Ils se déplacent en rollers, en poussettes, ou bien restent même assis sur leurs vélos pour écouter.

Jusqu’en 2001 la BDP a poursuivi son activité de manière assez indépendante, déconnectée de ce qui se passait ailleurs sur le littoral, et notamment chez nos voisins du Pas-de-Calais, en éditant son propre programme d’animations diffusé sur place.

Au cours de l’année 2001, les directeurs des deux BDP ont souhaité développer des partenariats et monter ensemble un certain nombre de projets concrets. Ceci a été relayé au niveau politique par la volonté de nos élus à la culture de se rencontrer et d’adopter un certain nombre de positions communes sur un certain nombre de dossiers du domaine culturel.

Le ralliement de la BDP du Nord à l’opération Page à la plage initiée par le Pas-de-Calais a été perçu comme le premier exemple concret de cette politique.

En s’associant à cette opération, la BDP du Nord rejoignait, comme cela vient d’être dit, le Kent et La Somme.

Pour l’année 2002, cette coopération s’est traduite par la réalisation d’une communication commune (affiches, programmes et dépliants), la conception commune d’une bibliographie et la participation à un programme d’animations, puisque tous les partenaires ont élaboré ensemble le calendrier d’animations sur le thème retenu alors des quatre éléments.

Ce sont donc les mêmes intervenants qui ont sillonné les plages du Nord, de la Somme, du Pas-de-Calais et du Kent.

La difficulté à mettre en place des programmes européens ne nous a pas permis d’intégrer directement, en 2002, le programme Interreg, qui avait été mis au point pour une année. Cela, ce sera le projet 2003.

L’année 2001 a vu, d’autre part, la réalisation de l’un de nos objectifs de départ, puisque la ville de Bray-Dunes a ouvert au public sa propre médiathèque, un équipement de 650 m2 comprenant un espace multimédia et géré par des professionnels.

La présence du porta-cabine de la BDP sur la plage ne se justifiait plus en 2002 : il n’était bien sûr pas question de faire de la concurrence au nouvel équipement !

Il a donc été décidé conjointement de faire stationner le bibliobus trois jours par semaine (lundi, mercredi et vendredi), tandis que la bibliothèque municipale était ouverte au public du mardi au samedi.

A chaque permanence du bibliobus, ainsi qu’à chaque animation, était associé un membre de l’équipe de la bibliothèque municipale. Grâce à une carte de lecteur commune, les usagers de la BM avaient la possibilité d’emprunter les documents d’un côté et de les rendre de l’autre. Nous diffusions par ailleurs largement les horaires et l’adresse du nouvel équipement.

Le nombre de lecteurs inscrits au bibliobus est d’environ 1000 pour 10 000 prêts en six semaines. Ce nombre doit naturellement être enrichi de celui des nouveaux inscrits à la bibliothèque municipale.

Le premier constat est que les propriétaires de résidences secondaires, habitués depuis des années à fréquenter le bibliobus, sont maintenant inscrits à la bibliothèque, alors qu’au départ ils n’avaient pas eu ce réflexe : ils ne se considéraient pas comme des habitants de la commune à part entière.

En conclusion, je rejoindrai mes collègues du Pas-de-Calais : les animations de plage touchent le public populaire, mais cela ne signifie pas que ce public vient emprunter des documents au bibliobus.

C’est la présence d’une structure permanente, me semble-t-il, telle que la bibliothèque municipale, qui permettra sans doute de fidéliser ce public.

Quant à nous, il nous faut inventer d’autres approches, d’autres méthodes en nous inspirant de ce qui se fait déjà dans les bibliothèques de rues.

Nos projets, liés à celui-ci, sont d’approfondir et d’améliorer nos partenariats avec les Pas-de-Calais, La Somme et le Kent, d’habituer nos équipes à travailler ensemble, car il ne suffit pas que les chefs décident : il convient que les équipes aussi soient motivées.

L’un des souhaits de notre Département serait par ailleurs d’associer à ce projet les collègues de la Flandre occidentale (Belgique) ce qui permettrait l’intégration d’un troisième pays à ce projet européen, mais aussi de drainer toutes les plages de La Somme à la Belgique.


Questions à la table ronde Livres sur la plage

Hervé Roberti, Directeur de la Bibliothèque départementale de la Somme,

Je ne reviendrai pas sur les actions qui ont été développées dans le cadre de cette opération, ce serait revenir sur ce que viennent de dire chacun de nos collègues. Je voudrais juste apporter une petite note européenne.

Il se trouve qu’à la BDP de la Somme, nous avons participé, nous aussi aux Arts au soleil... Bref, nous avons suivi le même parcours. Nous avons eu l’occasion, à deux reprises, de nous insérer dans des projets Interreg, puisque nous appartenons à une zone éligible à ce programme. Il s’agit là d’une véritable opportunité pour les bibliothèques qui mènent une activité culturelle à forte dimension sociale.

Le projet que nous développerons l’an prochain concernera plus de partenaires européens et il nous contraindra à nous poser d’avantage de questions. Quand on monte en effet ce genre de programme, on pose au fond plus de questions qu’on n’apporte de réponses.

Annie Fisseux

Question classique du bibliothécaire : Comment faites-vous pour, lors des inscriptions, prévenir la perte ou le manque de retour des documents prêtés ?

Réponse ...

On emmène les bibliobus sur les plages, avec les portables à bord. On crée des cartes spécifiques pour la période des plages. Il s’agit d’une inscription traditionnelle, telle qu’on la pratique dans le cadre d’un prêt direct, par exemple.

Certains livres qui ne sont pas rendus avant la fin de l’opération sont finalement rapportés dans l’antenne la plus proche du littoral, ou dans des mairies proches. Les estivants de ces plages sont, ne l’oublions pas, des habitants de la région et rapportent leurs livres dans différents points du réseau.

Il y a finalement très peu de pertes de documents.

... Autre réponse d’Hervé Roberti

Dans La Somme, sur la plage, nous n’inscrivons pas les individus mais les familles. Nous faisons preuve d’une grande tolérance sur le nombre de documents qui peuvent être empruntés : en juillet et août dernier, nous avons inscrit 137 familles rassemblant 484 personnes et nous avons prêté un peu plus de 4000 documents. Tout est rentré.

... Autre réponse

Touche amusante, les gens ont tendance à garder leur carte d’une année sur l’autre : ils se représentent l’année suivante en disant qu’ils sont déjà inscrits.

Didier Guilbaud

Dans le cadre d’Interreg, n’y a-t-il pas eu des essais de relation de coopération avec de grosses villes du littoral ? Je pense à Dunkerque, à Calais, à Boulogne...

Marie-Odile Paris

Ceci fait partie de nos projets, de façon à ce que l’opération couvre de façon cohérente l’ensemble du littoral.

Hervé Roberti

Pour développer en commun des projets de ce type, les personnes, les personnalités des interlocuteurs sont importantes. Il ne suffit pas de développer des idées et des projets, il faut des porteurs de projets. Nous avons, en BDP, à prendre cette dimension de porteurs. Cela nécessite des tâtonnements et des apprentissages.

Marie-Odile Paris

Il faut aussi prendre en compte une véritable culture de relation et de coopération. Depuis plusieurs années, nous sommes en contact avec le Nord, avec la Somme, avec les BM de Calais et de Boulogne. Avec ces interlocuteurs, les projets se montent tout naturellement.

Didier Guilbaud

Non pas une question, mais une remarque : la remarque sur la création de la Médiathèque de Bray-Dunes comme l’un des objectifs de l’opération me semble très importante : la finalité du projet, c’est de fabriquer des lecteurs et, une fois encore, il n’y a de lecteurs que dans le cadre de réseaux constitués et structurés.

Marie-Odile Paris

Vous m’offrez ici l’occasion de prolonger ma conclusion : les actions en direct, nous souhaitons les arrêter. Les actions directes sont menées là où il n’y a pas de bibliothèques municipales ; derrière ces actions, personne ne prend le relais ; on peut donc s’interroger sur la fécondité de ces actions et, au bout du compte, sur leur sens.

Même si tout marche bien et que le public répond présent, nous sentons bien la superficialité de notre action, dans le sens où nous ne touchons pas exactement le public que nous visons.

Notre souhait, pour l’avenir, est de travailler avec les communes que nous appelons associées : les communes équipées de bibliothèques municipales et avec lesquelles nous pouvons développer des projets tout au long de l’année.

... Réponse et débat

Il y a une part de danger dans ce qui vient d’être dit : à Bray-Dunes, si nous nous étions découragés dès le départ, le projet n’aurait pas abouti. Il a fallu faire des choses de toutes pièces pendant des années, et Didier(2) peut en parler, jusqu’au jour où les décisions sont prises et les choses démarrent.

Didier Guilbaud

Dans ce cas, la BDP du Nord a joué son rôle de locomotive pour implanter et irriguer le réseau ; aujourd’hui, vous en avez peut-être assez de faire les danseuses !

 

Les scolaires en bibliothèque

Véronique-Marie Lombard, Livre et Lire Bourgogne, Chalon-sur-Saône

 

Qui sont les scolaires qui demandent aux bibliothécaires tant d’attention et tant d’heures et d’énergie ?

Ce sont des individuels qui fréquentent épisodiquement ou régulièrement la bibliothèque et l’utilisent comme un lieu-ressources ou un espace de travail.

Les scolaires aînés, collégiens et lycéens, squattent les salles de travail faisant de certaines tables des substituts de bureau personnel, des cabinets de travail collectif ou des annexes de salles d’études. Ce qui demande aux professionnels diplomatie mêlée de rigueur pour veiller à la bonne cohabitation des publics.

D’autres, ou les mêmes car l’usage peut être cumulé, se servent de la BM comme d’une annexe du CDI. C’est une source d’approvisionnement pour l’information et la documentation nécessaire pour mener à bien des travaux demandés par les enseignants. Ce service exige des professionnels qu’ils sachent anticiper et évaluer les besoins des élèves autant qu’ils doivent connaître le fonds et les acquisitions. Répondre aux questions et être de bon conseil suppose une connaissance de ce public autant que des ressources, ce que ne permet pas toujours la segmentation des fonctions et des tâches qui font que dans certains établissements ceux qui achètent ne sont jamais au prêt et inversement !

Les scolaires, ce sont surtout des groupes de maternelle et de primaire qui viennent à la bibliothèque accompagnés d’un enseignant et, pour les plus jeunes d’autres adultes, ASEM ou parents pour des visites de plusieurs types. . Nous pouvons repérer quels profils types de visites :

  • La visite de type " musée ", 1 fois/an. Répérage d’un lieu dans la ville. Que privilégier pendant cette visite découverte ? Le fonctionnement du lieu ou sa richesse ? Comment trouver un livre( fichier manuel ou informatique, classement) ou quelles histoires peu-on lire et se faire lire ou quelles informations on peut trouver ou chercher ? Faire de ce moment une dégustation ou un cours illusoire d’initiation à l’autonomie ?
  • La visite de type " spectacle ", occasionnel . Rencontrer un auteur, voir une exposition, écouter un conteur. Ces activités sont des offres culturelles intéressantes mais périphériques au lire, au dire et au regarder. Ce sont des bornes dans l’histoire individuelle des enfants, rarement des moteurs pour lire soi-même.
  • La visite de type " supermarché ". 3 à 10 fois par an où chaque élève peut emprunter un ouvrage de son choix (quand il n’y a pas de restriction ou d’interdit : pas de BD, pas d’album au cycle 3).

Exemple : Une classe de CE2 vient toutes les trois semaines soit environ 10 fois dans l’année. Chacun des 25 élèves emprunte un livre. Au total : 250 emprunts. Questions : Combien la maîtresse a-t-elle lu de livres ? Combien d’enfants ont-ils lu le même livre ? Que sait la bibliothécaire de la lecture (difficulté, goût, interprétation, réception) ? Sans compter que certains scolaires viennent déjà à la BM avec leur famille et bénéficient du même service. Pourtant leur statut est différent, le mercredi ils sont lecteurs individuels, en semaine, ils sont lecteurs scolaires : ils n’ont pas choisi de venir, ils font partis d’une classe, elle-même élément d’une école. Le moteur d’intervention, c’est le groupe.

  • Les visites de type "projet". Plusieurs rencontres ont lieu, qui sont des séquences thématiques ou de découverte d’un genre. Qui fait le choix des axes de découverte ? L’enseignant qui a ses objectifs pédagogiques centrés sur le savoir lire ou la bibliothécaire qui sait quelle réserve d’imaginaire est la littérature-jeunesse et qu’il y a autre chose que l’eau ou les couleurs ? que les genres ont tendance à se croiser et les frontières à s’estomper : que par exemple des documentaires ont des apparences de fiction (Archimède, Ecole des loisirs) ou de jeux (Kididoc, Nathan), que des textes illustrés existent pour les grands comme Petite Mère de Dominique Sampiero, rue du Monde) ou Les derniers géants de François Place chez Casterman.

Si chacun de ces types de visite peut constituer de beaux moments d’éveil (et la vie n’est-elle pas faire d’occasion de découvertes communes qui s’inscrivent dans la mémoire de chacun ?), aucune ne procède véritablement d’une mise en place d’un habitus lectoral.

En 1993, dans la revue Pratiques (décembre), Jean-Marie Privat, s’inquiétait que le travail d’institution des lecteurs soit :

  • trop ponctuel : l’accidentel ne suffit pas à la mise en place d’un comportement de lecteur autonome
  • trop fréquemment transmissif ou simplement incitatif : nécessité d’intégrer les coups culturels dans une stratégie générale
  • trop désocialisé : la lecture est un échange. On devrait en parler...

Après avoir été chargé de l’enquête nationale sur la coopération entre la culture et l’éducation, il constatait l’attitude très consumériste de l’école vis à vis des bibliothèques.

A entendre des dizaines de bibliothécaires en formation, la situation a peu changé.

Et l’on est en droit de s’inquiéter face aux nouvelles directives ministérielles de la rentrée qui imposent aux enseignants de cycle 3 la lecture de dix titres pris dans une liste imposée. Comme les enseignants ne connaissent pas les livres (au demeurant très bons voir même trop bons livres car relevant de l’exceptionnel), certains sont allés voir les libraires en septembre : on voudrait voir la sélection. Comment vous n’avez pas les 180 livres en rayon ? Alors donc voir en Bibliothèque ? Vous pensez bien que vos relais n’ont pas les livres. Je pense pouvoir assurer qu’aucune bibliothèque de France n’a les 180 livres enregistrés dans son ordinateur. Et qui va payer ? Pas d’argent dit l’école ! Les bibliothèques n’ont qu’à nous les prêter ! Même si la liste a été établie par des bibliothécaires très qualifiées, quels rôles vont jouer les bibliothécaires du terrain ? Encore une fois la bibliothèque est complément de l’école. Elle n’est pas partenaire. Si la bibliothèque veut être partenaire à part entière, c’est-à-dire ne pas faire pour l’école mais avec l’école, elle doit être un moteur et un lieu de lectures partagées. Et pour ce faire elle doit faire une offre aux scolaires : celle de vivre une histoire commune de lecture avec une classe, c’est à dire avec l’enseignant, les enfants et leurs familles.

Pour vivre une histoire commune de lectures, il faut :

1. Avoir une assise commune de lecture

Faire une offre limitée de livres au groupe classe. D’ou la constitution de pack-lecture au double sens de paquet et de pacte, reliés ou non par un fil (un thème, un héros, un auteur), ce qui donne un socle sur lequel caler des ouvertures culturelles et sociales. Une douzaine de titres sélectionnés par ceux qui connaissent les livres (les bibliothécaires). Le livre n’est plus l’objet personnel que l’enfant emprunte au hasard. Au centre du projet, il est outil individuel et collectif. Il parle à l’imaginaire de chaque enfant et de chaque adulte, son jardin secret, en même temps qu’il embarque le groupe dans une aventure commune qui éveille la curiosité, suscite des occasions d’échange et organise une mémoire vivante des textes. Les acquisitions sont elles aussi partagées, l’école met des sous dans l’affaire.

2. Engager l’histoire avec les lecteurs

Ce sont les animations de présentation des livres qui ont lieu à la bibliothèque sur le principe d’un livre phare, qui sera promu intégralement, et des lectures périphériques qui seront simplement introduites à charge à l’enseignant de relayer la bibliothécaire surtout en maternelle en lisant ensuite les albums aux enfants. L’accueil de la classe est centré sur le contenu des livres et le temps de la rencontre comme un moment exceptionnel pour lequel on investit et on prend le temps nécessaire à sa réalisation.

3. Accompagner la lecture

La bibliothécaire se retire. L’histoire de lecture va se jouer dans le groupe classe. L’enseignant organise le prêt, visualise les emprunts. Il vitalise la lecture par exemple avec un carnet de bord . Il enracine la lecture par des liens avec des activités d’apprentissage, des jeux de repérage, des exercices d’écritures ou d’oralité pour promouvoir le livre, en discuter, thésauriser de l’imaginaire, encourager des séquences d’interprétation. Les activités succèdent à la découverte des livres. Elles sont des balises qui bornent l’itinéraire individuel et collectif des lecteurs.

4. Relier la littérature à la vie sociale et culturelle

Deux exemples avec Le Noël de Monsieur Belloni (Ben Kemoun, Père Castor-Flammarion) et les artisans du bois. Nina de Krings à L’école des loisirs et les beaux livres d’art sur la mer. Les bibliothécaires reprennent contact avec les scolaires. En présentant des beaux livres,
elles font connaître le fonds documentaire jeunesse et adulte
elles font savoir qu’une bibliothèque c’est aussi un espace de consultation
elles aident à une contextualisation des histoires par des images et du son.

5. Partager la lecture

Clore l’aventure commune avec ceux qui l’ont engagée (les bibliothèques) qui auront enfin un peu de retour.
Prolonger l’aspect contagieux de la lecture. Singulariser au moins une lecture c’est à dire accorder de l’importance au lecteur et à son plaisir interprétatif qui fait que c’est la lecture qui est investie par les lecteurs et non pas le livre. Une des meilleurs formes est sans doute la mise en scène cadrée comme la marionnette qui allie oralité et arts plastiques. Les partages de lecture s’organisent dans les bibliothèques sous formes de rencontres privées (entre classes) ou publiques et sous forme d’exposition des mises en scène.

Conclusion

La stratégie est simple. Elle repose sur l’idée de réseaux de livres et de lecteurs. Elle permet à chacun, adulte et enfant ou jeune, d’être acteur, tantôt à l’avant-scène, tantôt en coulisses :
Les bibliothécaires sont les passeurs de textes,
les enseignants et les familles sont des accompagnateurs de lecture
les scolaires sont des parleurs d’histoire.

Voilà ce que permet le voyage-lecture, le 10e du nom en Saône-et-Loire, mené en coopération avec la BDP et sur son territoire, fédère cette année, 33 bibliothèques de la grande ville au tout petit relais (soit 50 bibliothécaires jeunesse) et 165 classes ou groupes sans compter l’Ain où l’annexe de Pont-de-Vaux joue comme Livre et lire le rôle d’agence de voyage-lecture avec une douzaine de classes.

A celui d’entre vous qui se demanderait le rôle possible d’une BDP dans cette aventure de coopération, je répondrai ceci : les magasins et les bibliobus sont habités en bonne partie par de la littérature. La littérature prétend parler du dialogue entre l’homme et le monde. La lecture de la littérature doit emprunter le même chemin. Reste à en inventer l’accès et se donner les moyens de s’y engager.

 

L’action culturelle en BDP

Enquête réalisée dans le cadre des journées d’études de l’Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt de 2002
Dépouillement et analyse par Didier Guilbaud, Directeur départemental des Bibliothèques et de la lecture de Touraine

 

Cette enquête avait pour objet de tenter une approche quantitative des différentes activités des BDP dans le domaine de l’action culturelle. Au delà des domaines connus que les questions fermées permettait de noter, l’enquête repère des axes de travail des BDP, des pratiques nouvelles et la philosophie qui se dégage de l’action quotidienne.

I - Les différentes activités

La première question portait sur les différentes activités pratiquées par les BDP. Un choix d’activité était proposé dans le questionnaire, que ces activités soient pratiquées en direct ou non par les BDP , qu’elles soient partenaires ou opérateurs. Les résultats bruts sont les suivants :

1 - Résultats et grands axes

Type d’activité

Nbre d’occurrences Pourcentage
balades littéraires 11 22%
lectures à haute voix 28 55%
lectures publiques 18 35%
accueil d’auteurs 31 61%
concerts 9 18%
expositions 44 86%
soutien à l’édition 18 35%
autres 15 29%
activités contes 32 63%

On remarque donc que les 51 BDP qui ont répondu au questionnaire pratiquent l’action culturelle, de manière diverse et variée. On note une prédominance forte de l’ " exposition ", qu’elle soit pure création de la BDP ou prêt d’expositions. Si les réponses sont concentrées sur les champs d’action culturelle proposés, 29 % des réponses concernent des activités " autres ".

Les grands axes de ces activités sont analysés plus loin (actions particulières) et une liste de ces actions est donnée en annexe.

Un regroupement des activités par type d’activité permet néanmoins de lire ces résultats de manière plus précise :

Type d’activité

Nbre d’occurences Pourcentage
Activités de lecture et contes 57 28%
accueil d’auteurs et édition 49 24%
activités contes 32 16%
concerts 9 4%
expositions 44 21%
autres 15 7%
total 206 100%

 

 

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Le regroupement des activités permet de dégager 3 grands axes :

  • une prééminence forte des activités culturelles tournées autour du livre, la littérature et le conte,
  • l’exposition n’est pas (plus ?) l’action culturelle principale (1),
  • les activités autour de la musique sont très peu représentées.

3 - Les prêts

a) Expositions et matériels associés

Type de prêt

Nbre % des BDP
Grilles caddie 44 76%
Expositions 54 93%
Vitrines 27 47%

Autre matériel

24 41%

Les BDP sont donc majoritairement un centre de ressources qui met à disposition des bibliothèques partenaires des expositions et du matériel ; : grilles d’exposition de type " caddie ", vitrine et autre. Le prêt d’expositions est largement représenté.

a) Autres prêts de matériels

Liste non exhaustive des autres prêts(2) :

  • matériel lié à des activités de lecture de type " Petite enfance " :
    • coussins
    • kamishibaï
    • raconte tapis,
  • présentation de documents et documents variés :
    • valises thématiques
    • supports livres
    • présentoirs
    • matériel audiovisuel et informatique, projecteurs, et

II - Les actions particulières

1 - Actions nationales et régionales

Les BDP, probablement en raison de leur rôle de diffusion de l’information culturelle signalent largement les grandes manifestations nationales dans le cadre de leurs activités d’animation :

  • Lire en Fête
  • Le printemps des poètes
  • Le mois du film documentaire

ou encore la manifestation " Littinérance " en partenariat avec l’ agence de Coopération

Des actions liées aux manifestations nationales se produisent ou ont des déclinaisons départementales :

  • Lire en fête départemental
  • Théâtre pour lire en fête
  • Semaine de la science
  • Journée départementale de la Lecture Publique (56)

2 - Actions départementales

Ces actions s’expriment par la participation de la BDP à la politique en faveur de la lecture : soutien aux festivals littéraires, aide à la promotion de la lecture, valorisation du patrimoine culturel littéraire et plus particulièrement dans le cadre d’une action culturelle dans les collèges.

Certains départements organisent des manifestations particulières où la BDp est plus ou moins fortement engagée. :

  • Fête du ciel pyrénéen : festival international de cerfs volants et rapaces,
  • semaine culturelle,
  • Une plage à la page (BDP du Pas-de- Calais).

3 - Salons du livre

De nombreuses BDP participent ou organisent elles-même des salons du livre

  • Le Salon du livre jeunesse " A l’abordage "
  • Premier festival de la BD à Tarbes
  • salon du livre et du multimédia
  • Stand au salon du livre de Colmar
  • Des livres et des bébés
  • Carambolimages
  • Couleurs Caraïbes
  • Premiers romans en tournée
  • Salon du livre du terroir d’Hermettan
  • La tente à lire : festival au bonheur des momes
  • Été à lire
  • Lettre frontière

4 - Autres actions particulières

Ces actions sont liées soit à la structuration particulière du réseau, tel que dans le département de la Drôme (action au niveau des médiathèques ouvertes au public) la Fête des Bibliobus dans le Haut-Rhin, ou touchent des domaines culturels proches, ou encore des activités qui n’ont pas été évoqués précédement :

  • soirées cinéma,
  • accueil d’éditeurs,
  • conférences,
  • défis lecture,
  • participation au prix " Découvertes " de Mantes-la-Jolie.

III - Le service " animation "

1 - Service animation ou non ?

La première question portait sur l’existence ou non d’un service animation. Oui répondent 41 BDP soit 79% des BDP. Les observations faites par les BDP où il n’existe pas de service animation portent essentiellement sur le fait que l’action culturelle est le fait de tous les agents. L’inexistence d’un service en tant que tel ne prouve par que la BDP ne s’implique d’une manière ou d’une autre dans l’action culturelle.

2 - Le personnel

 

Le nombre d’agents total recensé est de 87,5 soit une moyenne de 2,13 agents (ETP) par BDP affectés à l’animation.

La qualification de la personne responsable du service se décline de la façon suivante :

Qualification Nombre %

Conservateurs

5 12%
Bibliothécaires 15 37%
Assistants Qualifiés 14 34%
Agent 1 3%
autres 1 3%
Emploi jeunes 2 5%

Il est entendu que ces fonctions n’occupent pas nécessairement ces agents à temps plein.

3 - Le budget du service

45 bibliothèques sur 52 disposent d’un budget pour un total de 102 422 € soit une moyenne de 22&nbso;760,44 € par BDP (env. 150000 F). 22 BDP affirment disposer d’un budget communication identifiable ou non.

Le budget provient totalement de dotations du Conseil Général pour 19 BDP. Onze BDP signalent la participation d’autres collectivités, une seule l’implication du mécénat, une seule une participation du public.

IV - Partenariats et réalisation des actions et licence...

1 - Partenariats

toutes les communes du département 8
bibliothèques du réseau uniquement 46
des associations 18

Les réponses laissent logiquement apparaître une prédominance forte d’un travail en direction du réseau sous le principe de " dynamiser le réseau ". On voit apparaître des actions dans le cadre de l’intercommunalité (Mayenne, Pas-de-Calais) ou des bibliothèques ouvertes au public (Drôme).

2 - La réalisation des actions

la BDP elle-même 37
associations 26
service culturel du département 6
autres 16

Autres structures réalisatrices :

  • structures intercommunales (53) ou communautés de communes (62)
  • Centre régional des lettres (39)
  • artistes (32)
  • éditeurs (2)

3 - Licence d’entrepreneur de spectacle

9 BDP répondent à la question. Cela signifie-t-il que cet aspect soit inconnu ? Sur 9 réponses :

Le Directeur de BDP

0
le Président du CG 5
Pas de licence 1
ADAC 1
Vice-président culture 1
Directeur des affaires culturelles 1

IV - Conclusions ? Le rôle de la BDP dans le domaine de l’action culturelle

Citations : " On ne dira jamais assez l’importance des animations concertées et constituées autour du livre. Le centre de ressources que représente la BDP est à la fois initiateur, moteur et assistance logistique et technique " (BDP 06)
" Aucune de nos actions culturelles n’est menée en faveur de la BDP. Seul l’intérêt des bibliothèques du réseau justifie et motive nos différentes actions. " (BDP 66)

Acteur culturel ou prestataire de service ? La BDP se situe sur ces deux terrains et les commentaires donnent de précieuses indications sur le sens que les établissements donnent à cette action.
Majoritairement la BDP joue un rôle d’achat et de diffusion d’expositions (par le prêt).
Minoritairement la BDP joue un rôle de concepteur et réalisateur de spectacles.

Tôle de conseil

Par contre elle joue un rôle de conseil :
" la BDP met en place des stratégies visant à stimuler le " réseau " pour la mise en place d’actions puis à l’aider à l’accompagner dans la mise en place concrète des projets jusqu’à leur réalisation finale. service impliqué dans la politique du CG " (BDP 22) " La BDP instruit les dossiers présentés et les soumet à l’assemblée départementale. La BDP est dans certains cas l’initiatrice de projets en partenariat avec des associations " (BDP 25)

Dynamiser le réseau

" La bibliothèque ne se situe pas comme un producteur de spectacles (parmi de nombreux autres) Elle cherche d’abord à encourager et aider les bibliothèques de son réseau à monter leurs propres animations. Elle organise occasionnellement des actions pour faire apparaitre ce réseau " (BDP 18)

LA BDP contribue à la circulation de l’information concernant l’animation en répondant aux demandes de dépositaires. (Mise à disposition des plaquettes des compagnies théâtrales et intervenants divers). La BDP n’a pas de service animation en tant que tel. Les heures sont réparties entre les bibliothécaires adjointes au directeur pour chaque manifestation.

Outre qu’un questionnaire présente de facto des limites, il ressort une certaine ambiguïté de l’action culturelle et une absence d’autonomie par rapport aux autres activités de la BDP. La liaison animation/formation resterait à explorer dans un domaine où la BDP n’agit pas seule. L’action culturelle n’est-elle pas un secteur en développement avec d’autres partenaires ?


Notes

(1) Elle était probablement à l’origine de " l’animation " en BDP. L’exposition est un support d’information différent du livre qui se prête au même titre que celui-ci.

(2) Qui ne sont pas quantifiables. Cette liste reprend les réponses.

Pratiques autour du livre et de la librairie : la fête du livre de Saint-Paul-Trois-Châteaux

Joëlle Pinard , Directrice de la Médiathèque départementale de la Drôme

 

Je suis désolée que Denis Bruyant ne puisse être aujourd’hui parmi nous. C’est lui l’homme-orchestre de la Fête du Livre jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Le dialogue prévu sera donc un monologue et je vous prie de bien vouloir nous en excuser.

Je devais intervenir ici au moment où il serait question de l’action de la BDP au sein de la manifestation. Je vais donc devoir lire ce qu’aurait dit Denis Bruyant, mais sans l’arrière plan de vécu qu’il aurait sans doute mis à contribution dans une communication de vive voix.

I. La BDP de la Drôme et l’offre culturelle

I- 1 Contexte général de l’animation à la Médiathèque départementale

Hasards ou nécessité, tel était le sous-titre du colloque Animation et bibliothèques organisé par la BPI en 1995.

Locomotive ou danseuse, le sous-titre des journées d’étude de l’ADBDP en 2002, L’action culturelle en BDP se place sous des auspices moins génétiques mais tout aussi aléatoires !

Nécessité et locomotive dans l’euphorie des temps fastes d’ouverture d’esprit et de moyens, hasards et wagon de queue lorsque les restrictions budgétaires cherchent à recentrer l’activité sur ce qui est réputé être le cœur de métier. Il est un questionnement moins indirect et, disons, plus chimique pour introduire le sujet dont nous allons parler maintenant : l’animation culturelle d’une BDP est-elle soluble dans l’action des autres ?

A voir l’absence de lisibilité de la Médiathèque départementale de la Drôme sur le terrain de l’action culturelle départementale, c’est en effet la question qu’on peut se poser dans un département où peu d’animations d’envergure départementale paraissent sous le label Médiathèque départementale direct...

Cependant ... oui, la Médiathèque départementale de la Drôme a bien une politique d’animation, ancrée dans le territoire. Cette politique est partenariale et se met en œuvre en réseau.

Voici rapidement évoquée l’action en propre de la Médiathèque départementale de la Drôme.

Vous le savez la Drôme a choisi une déconcentration de la lecture publique qui frôle la décentralisation avec 5 sites dont 4 médiathèques ouvertes au public.

En matière d’animation et d’action culturelle, comme pour toutes ses autres actions, la Médiathèque départementale de la Drôme agit à deux niveaux, en s’efforçant de tenir les deux bouts de la politique de lecture publique : le local et le départemental.

I- 1.1 L’animation au niveau local

  • Il s’agit d’une démarche d’offre directe, territoriale, municipale et de secteur (bassin, pays, cantons, communes...) pour faire des médiathèques un lieu de vie, de rencontres, d’échanges et de réflexions
    • en faisant découvrir au public les œuvres, les créateurs par des actions culturelles.
    • en intégrant les médiathèques dans la politique culturelle des collectivités locales.
    • en travaillant avec les partenaires éducatifs, culturels, sociaux, politiques...
  • et pour contribuer à
    • fidéliser le public " traditionnel" des médiathèques par une offre d’animation et d’action culturelle.
    • conquérir de nouveaux publics par un esprit d’ouverture.

Dans cet objectif, il s’agit, pour les bibliothèques tête de réseau, que sont les médiathèques départementales de pays d’offrir des animations in situ et d’étendre l’animation aux bibliothèques communales voisines de manière à ce que les habitants des communes de faible population puisse bénéficier du travail accompli.

C’est dire qu’on cherche à optimiser le travail investi en un lieu, à partir du support logistique fort qu’est la Médiathèque départementale implantée dans la ville centre pour étendre l’offre aux membres du réseau moins favorisés et assurer le soutien à l’animation de pays.

Je ne décline pas le cortège d’animations qui sont réalisées dans les médiathèques chaque année : expositions temporaires de photographies, tableaux, sculptures, livres d’artistes, concerts, lectures, petites formes théâtrales, ateliers divers, conférences, débats, dédicaces, rencontres d’auteurs, et autres accueils de classes, séances de contes, spectacles pour enfants...

Rien de nouveau sous le soleil d’une bibliothèque municipale traditionnelle : ça marche et ça sert

  • à installer la médiathèque dans son environnement, à la faire reconnaître par bon nombre de partenaires politiques, sociaux, éducatifs et culturels...
  • à diversifier le public et à favoriser la cohabitation des publics : publics pluriels, objectifs pluriels, actions variées qui nécessitent parfois de conjuguer le culturel et le socioculturel.
  • à accroître l’impact de la médiathèque sur la population et en faire un lieu ouvert dans une perspective d’animation des collections et de rencontre des œuvres et des publics.

Dans ces perspectives, nous sommes allés d’une politique d’occupation des sols pour donner à la salle polyvalente présente dans chacune des médiathèques (60 à 80 m2) une forte légitimation culturelle -on craignait une occupation sauvage déconnectée de tout lien avec la bibliothèque (sauf dans le travail supplémentaire à accomplir), tant les espaces dans les communes rurales sont convoités-, en passant par une politique de la concession (d’emplacements et de locaux clé en main) à des associations qui proposaient des actions en phase avec les objectifs de la médiathèque, à un partenariat dans lequel les bibliothécaires deviennent force de proposition.

I 1.2 L’animation au niveau départemental : une démarche d’ingénierie et d’expertise départementale

Dans cet objectif, il s’agit d’accompagner les bibliothèques communales dans leur effort d’animation par la proposition de formations et de supports d’animation itinérants et par le soutien à la conception et à la présentation des dossiers de demande de subvention.

Une politique d’animation intégrée avec la boîte à outils (d’animation itinérantes), la formation des bibliothécaires à l’animation :

  • présentation des boîtes à outils avec mise en scène, étude du contenu et exemple d’animations possibles.
  • organisation d’un stage action pour apprendre à accueillir un écrivain.

Une démarche de conseil pour le montage des dossiers d’animation soumis au service départemental des interventions culturelles pour les demandes de subvention :

  • conseil pour l’organisation, le choix des intervenants, les publics à cibler,
  • conseil pour la rédaction et la présentation des dossiers de demandes de subvention à la DRAC ou au Conseil général.

La plupart des BDP pratiquent ces dispositifs et rendent ces services et ce n’est pas le strict objet de notre intervention d’aujourd’hui, mais il fallait resituer le cadre général de notre action.

Notre véritable sujet est plutôt d’évoquer le rôle partenarial moteur que nous pouvons jouer avec les acteurs locaux... ou comment profiter des compétences des uns et des autres.

I- 2 La place et le rôle de la BDP dans l’offre culturelle drômoise

Il se passe toujours quelque chose ou... longtemps j’ai laissé les autres animer...

L’environnement culturel drômois est relativement riche :

  • quelques festivals de musique : Bach à Saint-Donat avec Marie Claire Allain, Jazz vocal à Crest, Musiques méditerranéennes à Nyons, Saou chante Mozart, ...
  • 5 SMAC (scènes du musiques actuelles)
  • 1 scène nationale de théâtre, 5 compagnies professionnelles et 20 compagnies amateures
  • 1 scène nationale de cinéma et 7 salles dans des villes de moins de 8000 habitants des projections rurales fédérées par deux associations les Écrans de la Drôme et la FOL
  • des programmations départementales d’institutions comme l’ADDIM avec sonates d’automne, musiques d’hiver, jeunes pousses ...
  • 1 CCSTI (centre culturel scientifique, technique et industriel)
  • une dizaine de manifestations plus centrées sur les arts plastiques et la littérature :
    • Du soleil sur la page : salon du livre de petite édition
    • Festival de la nouvelle bande dessinée à Bourg les Valence
    • Salon de l’édition régionale
    • La cambuse du noir
    • Les cafés littéraires de Montélimar
    • Festival de la correspondance à Grignan
    • Festival est ouest et salon du livre de la littérature d’Europe centrale et orientale
    • Contes et rencontres au pays de l’olive dans les Baronnies
    • La neuvaine du conte à Bourdeaux
    • Fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux

Quelle place peut prendre la BDP au sein de toutes ces offres ?

Le choix a été de ne rien entreprendre en direct mais d’accompagner en fonction des moyens du bord, en fonction des relations que la Médiathèque entretient avec chacun des partenaires, en fonction de ce que demandent les organisateurs et de la qualité de la manifestation.

Il s’agit plus d’une politique de mise en valeur et d’amplification à partir de nos propres objectifs que d’actions particulières.
Dans de nombreux cas, l’action d’animation est liée à une action de formation des bibliothécaires bénévoles ou professionnels.
C’est en effet une manière d’optimiser l’investissement en temps de travail, en connaissances, en coût financier que de lier ces deux aspects.

Si l’animation en bibliothèque n’a de sens qu’en tant qu’acte de médiation, la BDP en tant que service instructeur et expert du Conseil général en termes de manifestation littéraire, musicale et d’animation culturelle (en partenariat avec d’autres instances : patrimoine, musique, archives...) a un rôle à jouer pour valoriser ses partenaires locaux, faire monter en puissance et en qualité les actions menées et chercher à rentabiliser un maximum par rapport à son public.

C’est ce que nous allons essayer de vous présenter à partir de l’exemple de La fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux qui prépare sa 19e édition pour 2003

II. la fête du livre de Saint-Paul-Trois-Châteaux

II- 1 Présentation générale

Née en 1985, la Fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux est devenue, au fil des années, un événement culturel important, et ceci autant pour la Ville de Saint-Paul-Trois-Châteaux, pour le département de la Drôme, qu’à l’échelle de la région Rhône-Alpes.

Située en zone rurale, dans une ville de 7500 habitants et en dehors des périodes estivales, cette manifestation a su s’imposer auprès des différents publics pour devenir, au cours des ans, un passage obligé de l’expression de la littérature de jeunesse en France.

Chaque année, depuis 18 ans bientôt, le projet culturel qui définit la Fête du livre est centré autour d’un thème. Les axes développés sont nés de l’écoute des publics et tentent de répondre aux questions et interrogations de chacun, en termes d’éducation des adultes, d’outils aux professionnels et d’ouverture d’esprit pour les jeunes. Ateliers, animations et rencontres avec les scolaires, journées de formation des médiateurs du livre (enseignants, bibliothécaires, documentalistes, libraires, professionnels de la petite enfance,...), conférences, tables rondes, portraits d’auteurs, expositions, spectacles sont au programme pendant les 7 jours de la Fête du livre de jeunesse. Reconnue dans le milieu professionnel de la chaîne du livre, par les médias régionaux et nationaux (Le Monde des livres notamment), la manifestation touche la très grande région puisque son influence sur les régions PACA et Languedoc-Roussillon est avérée depuis plusieurs années.

II- 2 Définition de la Fête du livre de jeunesse en termes de projets

II- 2.1 Projet artistique

La Fête du livre de jeunesse est un projet culturel abouti sur le livre et la lecture qui s’appuie essentiellement sur la littérature de jeunesse.

Ce projet est construit à partir des objectifs fixés en 1985 :

  • développer le goût du livre et la pratique de la lecture chez les jeunes d’abord et les adultes,
  • faire découvrir le livre comme support culturel, outil de communication et d’éducation,
  • mettre en contact direct auteurs, jeunes et adultes, enclencher le désir de lire, et le plaisir d’écrire
  • proposer aux jeunes et aux adultes une ouverture culturelle basée sur la diversité de la production éditoriale de la littérature de jeunesse francophone en général en laissant une place à la littérature étrangère.

Ce projet est décliné dans les différentes responsabilités inscrites dans la Charte des missions de service public des manifestations de promotion du livre et de la lecture en Rhône-Alpes, Charte, dont Denis Bruyant a été un promoteur particulièrement actif.

La Fête du livre de jeunesse est un salon d’auteurs. Elle propose des relations public / auteurs et public / livres, sous toutes ses formes : auteurs et illustrateurs invités, mais aussi des ateliers animés par des intervenants professionnels, expositions interactives ou guidées, spectacles jeune public et tout public, journées de formation, animations scolaires...

Les auteurs sont choisis en fonction de leur production littéraire et leur aptitude à animer des rencontres.

La programmation se fait autour d’un thème (Mémoire sur le fil, Familles je vous hais(me), J’ai peur et j’aime ça, Citoyens du monde, Comprendre le monde, Paroles d’humour, L’art à fleur des mots...). Rêver et comprendre sont les deux mots qui pourraient définir la fête.

La Fête du livre de jeunesse met l’accent sur la littérature de jeunesse d’un pays européen et la rencontre avec ses auteurs, illustrateurs, éditeurs...

La Fête du livre est très attentive à présenter un panorama le plus complet possible de la production de littérature de jeunesse, tant en termes de parutions récentes que dans le sens d’une présentation rétrospective.

Une place particulière est faite aux auteurs, illustrateurs et artistes vivants en Rhône-Alpes en fonction du thème de la Fête du livre de jeunesse et de la qualité de leur production.

De même, la Fête du livre s’attache à mettre en valeur le travail de petits éditeurs de qualité installés en région. Ces éditeurs, qui ont une vraie ligne éditoriale, sont des microstructures d’édition, assez peu représentées en librairie.

II- 2.1.1 Les prix littéraires : Le Pitchou et Le Sésame

Le Pitchou : meilleur album pour les tout-petits (0 à 3 ans) ; le jury est composé d’une centaine de professionnels du livre jeunesse et professionnels de la petite enfance (bibliothécaires, libraires, enseignants et assistantes maternelles).

Le Sésame : coup de cœur des collégiens. Une sélection de 6 titres de romans sur le thème de la manifestation est effectuée par la Fête du livre de jeunesse et les documentalistes de collèges.
Proposés aux classes de 4° des collèges, les ouvrages font l’objet d’un débat dans les classes. Une préférence est exprimée pour le collège et un représentant est choisi pour participer au jury. En 2002, 45 classes de 21 collèges ont participé à ce Prix.

II- 2.1.2 Les animations scolaires

Uniquement proposées aux écoles de Saint-Paul-Trois-Châteaux les 2 ou 3 premières années, ces ateliers - animations ont vite atteint une notoriété d’autant plus importante qu’ils n’étaient pas légions à cette époque et qu’ils s’inscrivaient dans un cadre culturel riche.
Les inscriptions se font à partir d’un dossier dit " dossier d’animations scolaires " composé de fiches pour chaque atelier - animation, spectacle et rencontre.
Entre les interventions dans les classes et celles réalisées au Salon du livre de jeunesse, ce sont environ 220 classes qui sont concernées par les animations scolaires.

II- 2.2 Projet professionnel

II- 2.2.1 Un réseau de compétences

La Fête du livre de jeunesse s’appuie sur un réseau de compétences :

Au sein du tissu local et en particulier avec la Médiathèque de Saint-Paul-Trois-Châteaux et la MJC.

Au plan départemental et régional

  • Partenariat avec la Médiathèque départementale de la Drôme,
  • Partenariat avec l’ARALD, Médiat Rhône-Alpes
  • Partenariat avec l’Education Nationale (Académie de la Drôme et de Vaucluse : conseillers pédagogiques et maîtres formateurs, réseau de documentalistes de collèges ...).
  • Mise en place de rencontres entre manifestations littéraires

Au plan national

  • Mise en place d’un réseau national (Fédération des Salons et Fêtes du livre de jeunesse) pour partager les expériences et mutualiser les forces et les idées.

Ce réseau de compétences s’inscrit notamment dans la composition de comités :
Comité d’organisation générale - Comité d’organisation des journées professionnelles - Comité d’organisation de la journée enseignants - Comité d’organisation de la Fête hors les murs - Comité de lecture pour la sélection des ouvrages du Prix Sésame - Comité de sélection du Prix Pitchou. Ces comités rassemblent libraires, bibliothécaires, enseignants, documentalistes, élus et organisateurs de la Fête du livre de jeunesse.

Les bibliothécaires

Les bibliothécaires jouent un rôle essentiel de médiateurs de la littérature de jeunesse. La Fête du livre situe son action dans une logique de promotion de la lecture et de la littérature auprès des publics les plus larges. En cela son rôle est complémentaire du travail mené dans les bibliothèques. Le travail en commun avec la Médiathèque municipale n’a pas été, tout de suite, évident. Les relations étaient presque tendues au début. Elles se sont améliorées après discussion en présence d’un "médiateur qui n’était pas là pour cela" : le conseiller pour le livre et la lecture de la DRAC.

Sans doute y a-t-il, à l’origine, un peu de méfiance de la part des professionnels à l’égard des bénévoles et de leurs compétences. D’un autre côté, il y a une difficulté de la part des bibliothécaires à gérer et à maîtriser le temps de travail dans le rapport aux bénévoles. Mais à partir du moment où l’on se met d’accord sur l’objectif, on apprend à travailler ensemble sur des rythmes hétérogènes.

Originalité notable du Salon dont les bibliothécaires sont les acteurs : le stand conseil lecture, appelé aussi salon d’essayage des livres. Une expérience tellement riche qu’elle fonctionne maintenant depuis plus de 12 ans

Les libraires

Quatre librairies sont actuellement impliquées dans l’organisation de la Fête du livre de Jeunesse. Deux sont spécialisés en littérature de jeunesse : L’eau Vive à Avignon et Tiers Temps à Aubenas. Deux sont des librairies généralistes, avec un rayon jeunesse significatif : Des cinq continents à Saint-Paul-Trois-Châteaux et Notre temps à Valence.

Les libraires s’associent pendant la manifestation et assurent une mutualisation de la gestion, des charges et des produits. Ils assurent le conseil auprès du public pendant toute la durée du Salon en renforçant leur équipe (12 à 14 personnes).

Les libraires proposent un espace à un éditeur pour un regard particulier sur sa production (généralement un éditeur de taille moyenne). L’espace livre du Salon est une librairie géante présentée par espaces thématiques, on y trouve un panorama complet de la littérature de jeunesse.

Nous allons revenir sur la vie des librairies et des libraires.

Les auteurs

Les auteurs, au même titre que tout autre intervenant culturel, sont rémunérés. Il y a toujours un parrain et un invité d’honneur.

La rémunération est décidée sur la base d’un contrat liant l’auteur et les organisateurs et précisant la nature des activités menées par l’auteur et le montant de la rémunération. Chaque auteur est rémunéré également pour la même activité.

Les modalités de rémunération de l’auteur sont établies dans le strict respect des droits et obligations sociales et fiscales afférentes aux auteurs en France.

II- 2.2.2 Les journées de formation

Des journées de formation sont proposées aux médiateurs du livre : enseignants, bibliothécaires, documentalistes, professionnels de la petite enfance, bénévoles. Lors de ces journées, en lien avec le thème de l’année, interviennent des professionnels d’horizons volontairement diversifiés : spécialistes de littérature de jeunesse, psychologues, historiens, universitaires, etc.

Ces journées ont été créées en 1995.
Au départ il s’agissait d’une journée avec 80 participants. La demande des professionnels a vite dépassé notre ambition. Il nous a donc fallu répondre au besoin important identifié.
La volonté de la Médiathèque départementale de la Drôme a permis l’apport de compétences professionnelles nouvelles indispensables à l’évolution de la manifestation. C’est ainsi que des institutions telles que la Médiathèque départementale de la Drôme, le CDDP, l’ARALD, Médiat Rhône-Alpes, la Médiathèque municipale de Saint-Paul se sont retrouvées impliquées dans l’organisation des journées professionnelles qui sont alors passées de une à deux et maintenant trois journées en direction des passeurs de littérature de jeunesse.

Psychologues, auteurs, directeurs de collection, éditeurs, universitaires, bibliothécaires, spécialistes de tous ordres interviennent pour apporter réflexions et outils destinés à favoriser le passage du livre.

La journée du mercredi est particulièrement dédiée aux enseignants de l’école primaire (maternelle et élémentaire). Elle est axée sur la littérature de jeunesse à l’école ; son utilisation mais aussi sa connaissance. De la lecture de l’album à la fabrication de jeux de lecture, de la découverte d’un auteur à l’édition poétique, les professeurs d’école quêtent parmi les interventions un savoir-faire à mettre en application dans leurs classes.

Les journées du jeudi et vendredi s’adressent plus spécifiquement aux bibliothécaires, documentalistes, libraires... Construites pour répondre au mieux aux attentes de chacun, ces journées de formation - information doivent satisfaire autant les bibliothécaires bénévoles que les " professionnels pointus ". L’évolution de la fréquentation, le déplacement par cars des bibliothèques départementales du Rhône, de la Loire, de l’Ardèche, du Vaucluse, de la Savoie/Haute Savoie, de l’Hérault, de l’IUT de Grenoble, de l’IUFM de Nice montrent, s’il en était besoin, l’importance d’une telle offre couplée avec le Salon du livre de jeunesse. En 2002, 1300 professionnels de 25 départements ont participé à ces journées (pour 1615 journées). La MDD représente à elle seule environ 190 participants pour 254 journées.

Cette dimension de formation de la Fête a été largement assumée par la MDD. En 1990, nous avons commencé modestement en incluant cette opportunité dans notre offre de formation à destination de nos bibliothécaires partenaires du réseau. Cette formation professionnelle a participé à crédibiliser la manifestation auprès des pouvoirs publics bailleurs de fonds.

II- 2.3 Projet territorial et social

La Fête du livre de jeunesse s’inscrit dans un calendrier de manifestations situées en dehors des périodes estivales ou liées à des événements nationaux (Lire en Fête...), elle participe ainsi à l’aménagement du territoire.

La Fête du livre hors les murs

Soucieuse de l’accès au livre et à la lecture du plus grand nombre, la Fête du livre a accentué l’irrigation du territoire en s’étendant hors les murs et enrichit ce développement chaque année, en partenariat avec les structures culturelles (écoles, bibliothèques, centres sociaux) des communes concernées.

L’association s’engage également à établir des liens avec d’autres festivals et salons du livre de la région Rhône-Alpes et à rechercher de nouveaux partenariats avec les acteurs culturels de la région.

Un projet culturel à dimension sociale

Dans un esprit de décentralisation, elle veille, dans un environnement rural, à proposer aux publics géographiquement éloignés des centres de diffusion de la culture, par différentes actions, une rencontre possible avec la littérature de jeunesse... L’entrée au Salon est gratuite et les entrées aux spectacles sont proposées à un prix modéré, dans le souci permanent de permettre l’accès à la culture pour le plus grand nombre, et de participer ainsi à la lutte contre toute forme d’exclusion culturelle.

La qualité des propositions, vecteur de la pérennité d’un projet nécessairement collectif

Notre objectif est d’asseoir, chaque année un peu plus, la manifestation. Nous cherchons une assise régionale, voire nationale, mais surtout une assise basée sur un travail en profondeur sur le livre et la lecture. Si la manifestation a fêté son 18e anniversaire, c’est bien là le gage d’une qualité tant dans l’organisation que dans le contenu. La pérennité est à ce prix. Chaque activité nouvelle développée doit l’être dans cet esprit.

Faire vivre une manifestation sur le livre et le livre de jeunesse en particulier, signifie en permanence : remise en question, innovation, évolution, mais aussi écoute des besoins, ou plutôt identification de ces besoins. La Fête du livre de jeunesse est donc une réussite à bien des égards : la fréquentation du public, les demandes d’animations scolaires, le succès des journées professionnelles, le chiffre d’affaires, l’impact, enfin, de la manifestation, qui dépasse les frontières du département et même de la région, tous ces paramètres en augmentation prouvent le succès et la pérennité de cet événement.

Promouvoir la littérature de jeunesse n’est pas un acte gratuit. Ce qui est sous-tendu, c’est l’approche culturelle et l’ouverture d’esprit qu’il induit. La littérature de jeunesse est aussi un outil pour donner le goût de lire. Elle est donc, dans un premier temps, une littérature plaisir qui se laisse croquer par tous les bouts, sans complexe. Elle devient ensuite un plaisir de lire.

La fête est là pour proposer tous les chemins qui mènent aux livres, à la littérature de jeunesse et donc à la lecture. Il s’agit d’une fête parce que tous ces chemins s’appellent : spectacles, expositions, auteurs, illustrateurs, débats, portraits, spectacles de rue, ateliers, animations, jeux, cinéma...

La pérennisation par la qualité des propositions résulte d’un travail collectif.

  • Participation des bibliothécaires au choix du thème principal, des auteurs invités, des animations à programmer.
  • Organisation d’un stage de formation des bénévoles sur le thème précis : par exemple la poésie en utilisant les intervenants programmés pour la manifestation, en visitant les expositions.
    • Gain pour la médiathèque : un environnement culturel motivant pour les stagiaires,
    • Gain pour la fête du livre : valorisation des actions, communication, apport de public,
    • Gain pour les deux : coûts partagés, optimisation des moyens, intégration des actions faisant meilleur effet auprès des bailleurs de fonds.
  • Introduction de journées professionnelles offertes aux acteurs du livre et de la documentation en structurant les interventions sur le thème du salon et autour d’une grande exposition d’œuvres originales (Nicole Claveloux, Éditions du Rouergue, Anthony Browne...)

C’est l’intervention de la Médiathèque départementale dans ce registre qui a permis à la manifestation d’évoluer et d’accroître son impact par :

    • la participation des organismes professionnels comme l’ARALD (agence Rhône Alpes pour le livre et la documentation) et MEDIAT (formation aux métiers du livres de l’Université de Grenoble) ; celle de la Médiathèque départementale de la Drôme s’est vue renforcée.
    • l’élargissement des publics et de la zone d’impact : aujourd’hui ce sont plus de 1000 professionnels -ceux de la Loire, de la Savoie et Haute Savoie, de l’Isère, du Rhône et de l’Hérault ont rejoint ceux de la Drôme et de l’Ardèche, du Gard et du Vaucluse- qui participent aux journées et qui profitent d’une offre de qualité qu’aucune bibliothèque ne pourrait réaliser à elle seule.
    • l’optimisation des moyens et des résultats : exposition d’envergure qu’aucune petite bibliothèque ne pourrait proposer ; auteurs, illustrateurs que personne ne pourrait inviter en si grand nombre et valoriser autour d’un thème.
    • valorisation du secteur librairie : livres à acheter, ce qui compte en milieu rural où il y a peu de librairies. Reconnaissance du rôle du libraire dans la chaîne du livre
    • intégration des publics et des partenaires : libraires, créateurs, éducateurs et documentalistes de l’Éducation nationale participent également à ces deux journées ; une offre de même nature est également faite aux enseignants.
    • crédibiliser la manifestation auprès des pouvoirs publics bailleurs de fonds ; pour le Conseil général de la Drôme, l’offre de journées professionnelles lors d’un festival ou d’un salon est un critère positif pour l’attribution de subvention et le conventionnement avec la DRAC (Direction des affaires culturelles), la Région, le Conseil général de la Drôme et la Ville de Saint-Paul permet de garantir le soutien des institutions et donc la pérennisation de la manifestation.
  • Délocalisation des actions : la fête du livre propose aux bibliothèques du secteur un choix d’animations avec des écrivains ou des illustrateurs intervenants
    • gain pour le réseau des bibliothèques communales : optimisation des moyens et des offres.
    • gain pour la fête du livre : amélioration de son impact, crédibilisation auprès des bailleurs de fonds

Ce travail en commun, où chacun profite des compétences de l’autre, permet de développer la crédibilité et de la médiathèque départementale et de la fête du livre dans la perception et la reconnaissance des pôles de compétence que peut avoir le département.

Conclusion : le partage des points de vue, ou comment l’animation se situe entre la solitude du coureur de fond et le sport d’équipe

La Fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux est bien le fruit d’une réflexion et d’un travail collectifs. Au sein même de l’association porteuse de l’initiative dans un premier temps, par l’apport de compétences locales et nationales dans un second et, dans un troisième temps, par une professionnalisation sous deux formes :

  • Élargissement de l’appui de professionnels tels que ceux de la Médiathèque départementale de la Drôme, de Médiat, du CDDP, des journalistes, des animateurs, ...
  • Professionnalisation des organisateurs.

La mise en commun de la réflexion, la création de commissions, la richesse de la diversité, l’ouverture aux autres, l’implication de chacun à différents niveaux, mais sans exception, a permis de construire un réseau solide, fiable, une véritable complicité culturelle.

Bénévoles, il ne faut pas avoir peur des professionnels !
Professionnels, il ne faut pas avoir peur des bénévoles !

Chacun a besoin de construire, de se réaliser et, de fait, l’expérience montre des réalités complémentaires. L’événementiel apporte au travail de fond et vice-versa.

Mais qui a donc peur des militants ?

Le sou des écoles laïques de St-Paul-Trois-Châteaux qui organise La fête du livre de jeunesse a su faire de cette manifestation un haut lieu de la littérature de jeunesse. Les rencontres avec les écrivains dans les classes, les spectacles tout public avec des conteurs, des acteurs ou des diseurs de textes, la présentation du salon avec les libraires, les conférences et les débats pendant le salon du livre sont organisés de main de maître depuis 20 ans . Dans les choix, Denis Bruyant et les 70 bénévoles qui organisent cette fête ont toujours su s’entourer de professionnels de tous les métiers nécessaires, de la restauration à l’électricité, de la pédagogie à la création artistique et font preuve eux-mêmes d’un professionnalisme guidé par un objectif de service public et de mission à remplir pour le public.

La Médiathèque municipale de Saint-Paul-Trois-Châteaux et la Médiathèque départementale de la Drôme sont des partenaires privilégiés et les bibliothécaires ont été présents dès la première heure tant pour les choix du thème principal et des auteurs invités que pour les animations à programmer.

Le développement de la lecture publique en milieu rural passe par un savant équilibre entre des bibliothécaires bénévoles bien épaulés par les professionnels de la médiathèque départementale, des associations compétentes et motivées, aptes à développer des festivals et des salons du livre grâce à un réseau relationnel dense et personnalisé, soutenues par des professionnels attentifs aux partenaires locaux et aux modes spécifiques de fonctionnements du milieu associatif.

Les écueils financiers et relationnels d’une telle entreprise ne sont pas minces. Ce genre d’action est toujours soumis, aux bonnes relations qu’entretiennent militants associatifs et professionnels (libraires, enseignants, bibliothécaires), au soutien des pouvoirs publics (si une collectivité baisse sa subvention ou refuse que sa bibliothèque soit partenaire, c’est toute l’organisation qui est compromise quel que soit l’investissement personnel des acteurs).

Il reste aussi que lorsqu’une manifestation prend une telle ampleur, elle est dans l’obligation de recruter. Il n’est jamais simple de passer d’une professionnalisation des bénévoles au recrutement de personnel professionnel rémunéré. Cela modifie l’équilibre financier des comptes de l’opération et de l’association gestionnaire, mais aussi les relations entre acteurs au sein de l’association, voire même l’engagement et la passion initiale des bénévoles qu’il s’agit pourtant de maintenir.

Ce travail en commun où chacun profite des compétences de l’autre permet de développer la crédibilité et de la Médiathèque et de la Fête du livre. Un tel partenariat permet de faire monter la qualité de l’offre. Il ne permet certainement pas d’économiser du temps de travail, mais il valorise les compétences des bibliothécaires.

La variété des actions et des angles d’attaque reste un des principes de la politique d’animation de la Médiathèque pour la raison que la découverte des œuvres et des documents est plurielle et bien souvent imprévisible. L’alchimie est donc plus facile à réaliser en travaillant à plusieurs.

La fête du livre de Saint-Paul-trois-Châteaux est bel et bien l’illustration que la vieille opposition corporatiste professionnels / bénévoles a fait long feu devant la nécessité, selon les termes de Denis Bruyant de mutualiser les forces et les idées.

Annexe 1
Un bilan de 18 années en direction du livre et la lecture

Le bilan pourrait se décliner sur la base des évolutions :

  • un public averti et toujours plus nombreux : 1300 en 91 - 16000 en 2002
  • une réelle demande des professionnels : 80 en 95 - 1300 en 2002
  • un site internet : www.slj26.com
  • 2 prix littéraires : Pitchou et Sésame
  • 220 classes en animation (limite d’accueil)

Il peut aussi être moins quantitatif et se décliner qualitativement :

  • Un public " éduqué ", formé par 18 années de conseils, d’informations, de formations ... *
  • 4 libraires performants, impliqués et partie prenante de la manifestation. Assurent conseils, sélection, vente, le tout avec une gestion mise en commun. *
  • Des professionnels toujours plus nombreux, qui trouvent sur le salon un panorama complet de la littérature de jeunesse, des libraires compétents, des interventions appréciées, des journées de formation répondant à leurs attentes ... *
  • Un intérêt pour les écoles et collèges de la Région, une opportunité pour les classes et les enseignants, une ouverture d’esprit pour les jeunes .. *
  • Un challenge pour les classes de 4° de collège avec le Prix Sésame. 6 ouvrages à lire, 1200 élèves, mais également 6 ouvrages qui continuent à vivre toute l’année. *
  • Une volonté de rassembler nationalement les manifestations sur le livre de jeunesse et de présider la Fédération qui a été créée en mai 2000

La Fête du livre de jeunesse de St Paul Trois Châteaux fait aussi l’objet d’une reconnaissance nationale.

En effet la volonté de rassembler qui a vu le jour en juin 99 à Valence a permis la rencontre et l’échange avec 35 manifestations venues de la France entière. Cette action, primordiale pour l’évolution et la promotion du livre de jeunesse, n’a été possible que par les contacts préalables établis par les organisateurs de la Fête du livre de jeunesse de St Paul Trois Châteaux.
Ce rassemblement a débouché quelques mois plus tard sur la création d’une fédération. La Fête du livre de jeunesse de Saint-Paul préside cette toute jeune fédération. C’est l’entrée dans une ère nouvelle. Celle du dialogue, de l’échange entre salons et avec les institutions, éditeurs, libraires et auteurs. Un dialogue basé sur l’écoute pour mieux comprendre le besoin, les contraintes de chacun. Cet acte fédérateur a également permis de faire entrer les manifestations dans la chaîne du livre par son action de promotion mais aussi par l’impact économique et social qu’une Fête ou Salon du livre apporte à la Région.
La Fête du livre de jeunesse de St Paul Trois Châteaux est maintenant bien reconnue et soutenue par les professionnels de la chaîne du livre au plan national, mais aussi par certains médias et notamment le journal Le Monde dont 5 articles ont couronné les 5 dernières années. (Citons encore Livre Hebdo, le Monde de l’Education, l’Ecole des Parents, ...). Les médias locaux et régionaux sont également très attachés à suivre la Fête du livre de jeunesse de St Paul Trois Châteaux. Qu’importe la place du Salon dans le microcosme des passeurs de littérature de jeunesse, l’important est le public touché. Le travail en direction du plus grand nombre, l’absence d’élitisme, l’ouverture culturelle proposée, mais aussi le positionnement de la Fête du livre de jeunesse au carrefour de l’instruction - éducation et la volonté d’une qualité toujours présente, font de notre action une référence culturelle reconnue.

 

Annexe 1
Fête du livre jeunesse de Saint-Paul-Trois-Chateaux
Budget de réalisation
Dépenses % du budget

 

Logistique Chapiteau
Scénographie
Eclairage et son
24,5
Auteurs et intervenants Rémunération
Transport
Hébergement
26
Communication 9
Secrétariat, divers 3,5
Journées professionnelles 6

Salaires

26
Spectacles
Expositions
Prix littéraires
5
Recettes

 

%du budget
Mairie 38
Etat (CNL + DRAC) 12,7
Région 7,3
Département 3,1
Site nucléaire 3,9
Autres partenaires 3
Recettes propres 32

Notes

(1) CDDP : Centre départemental de documentation pédagogique (Note de l’éditeur).

(2) ARALD : Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation, http://www.arald.org (Note de l’éditeur).

(3) Mediat Rhône-Alpes : centre régional de formation aux métiers du livre, des bibliothèques et de la documentation http://mediat.upmf-grenoble.fr (Note de l’éditeur).

Organisation de festivals de contes par les bibliothèques départementales : synthèse de l’enquête de l’ADBDP

Marie-Claude Julié , directrice de la Bibliothèque départementale de Tarn-et-Garonne

 

1-Présentation générale des réponses

45 bibliothèques départementales ont répondu.

  • 20 festivals :
    Aisne, Alpes-Maritimes, Côte d’Or, Finistère, Gard, Loir-et-Cher, Lot-et-Garonne, Manche, Nièvre (création), Oise, Bas-Rhin, Saône-et-Loire, Sarthe, Tarn, Tarn-et-Garonne, Touraine, Territoire de Belfort et dans le cadre d’un festival commun : Corrèze, Creuse, Haute-Vienne.
  • 3 participations sous autre forme :
    Mayenne (soutien financier), Pas-de-Calais, (soutien financier), Vosges (inclus dans manifestation plus large).

22 BDP répondent qu’elles "n’ont pas de festival" :
Alpes de Haute Provence, Ardennes, Ariège, Charente Maritime, Indre, Isère, Jura, Loire Atlantique, Loiret, Haut Rhin, Savoie/Haute Savoie, Yonne, Martinique, La Réunion,

Mais 7 répondent avec nuances :

  • Cher, " organise très régulièrement des formations au conte et cherche à encourager et coordonner les conteurs de son réseau.
  • Drôme, " 5 festivals dans le département "
  • Landes, " 1 festival sur une ville soutenu par le CG "
  • Moselle, en cours de réflexion.
  • Rhône, " la BDP prend en charge chaque année une formation spécifique pour un groupe de conteurs amateurs regroupés en association ".
  • Seine Maritime, " des formations et un réseau de conteurs en projet "
  • Vaucluse, " des stages "
  • Pyrénées Orientales, " thème conte pour le dernier " Lire en fête ".

Les premières initiatives de Festival de contes en BDP remontent aux années 1989.

Le "Festival du conte des Alpes Maritime", alors géré par l’association des amis naît en 1989, au même moment, en Alsace "Cordial" (Association de coopération régionale pour la documentation et l’information en Alsace) organise avec les Bibliothèques municipales (sans limite de population) et départementales du Bas-Rhin et du Haut-Rhin le festival "Contes en Alsace".

La forme était déjà trouvée : un territoire, une coordination, plusieurs conteurs, plusieurs lieux. "Les soirées contées en Lot-et-Garonne " datent de 1991, "Coup de contes en Côte-d’Or" de 1992. De même que " Conteurs en campagne " , organisé par la Fédération des foyers ruraux du Pas-de-Calais avec le concours de la BDP.

Au fil des années, de nouvelles BDP mettent ce type d’action dans leur politique d’animation, avec des variantes pour la construction et les partenariats.

Le mouvement s’amplifie vers l’an 2000, puisque pas moins de 8 festivals sur les 20 recensés voient le jour à partir de 2000.

On peut identifier - des festivals qui sont des initiatives exclusivement BDP (avec maîtrise d’œuvre complète) - des festivals où il y a un partenariat important avec autre structure (association, etc.) - des festivals où l’apport de la BD est d’expertise et de conseil, et où il y a subvention du CG pour achats de spectacles.

Chronologie de création des festivals en activité
1989 Alpes-Maritimes : "Festival du conte des Alpes-Maritimes" (1989-1994 : association, 1996 : reprise par la médiathèque).
1991 Lot-et-Garonne : "Soirées contées en Lot-et-Garonne"
1992 Côte d’Or : "Coup de contes en Côte-d’Or"
Pas-de-Calais : "Conteurs en campagne"(organisé par la Fédération des foyers ruraux du Pas-de-Calais avec le concours de la BDP.)
1995

 

Manche : "Le conte rêve en Manche"
1996 Tarn-et-Garonne : "Alors raconte !"
1997 Sarthe : "Mots d’hiver"

Creuse : "Coquelicontes", Festival itinérant du conte en Limousin
Corrèze : "Coquelicontes", Festival itinérant du conte en Limousin
Haute-Vienne : "Coquelicontes", Festival itinérant du conte en Limousin

1998 Gard : "Contes en balade"

Indre-et-Loire : "Conteurs en Touraine"

1999 Bas-Rhin : "Paroles d’hiver" Festival de la parole et du conte
2000 Oise : "Contes d’automne"

Saône-et-Loire : "A moi, contes... !"
Tarn : "Contes en balade"
Territoire de Belfort : "Festival du conte du Territoire de Belfort"

2001 Aisne : "Le printemps des conteurs"

Finistère : "Il était une fois le conte en Finistère"
Loir-et-Cher : "Amies voix"

2002 Nièvre : Pas de nom spécifique

2. La spécificités de festivals

La première question, ouverte, concernait la spécificité du festival.

Pour certaines BDP cette spécificité est lié à l’objectif recherché :

  • créer un événement qui fédère les bibliothèques du réseau
  • créer un événement qui donne une image à la Bibliothèque départementale
  • participer au développement culturel des communes en milieu rural.
  • permettre à des BM de petites communes de mettre en place des animations tous publics et de se faire une place dans le dynamique communale.
  • valoriser le conte en tant que littérature orale, partie intégrante du patrimoine littéraire, et à ce titre du domaine de compétence des bibliothèques.
  • mettre en valeur le lien livre, conte, bibliothèque
  • valoriser le patrimoine rural dans le choix des lieux de spectacles.

Pour d’autres elle est lié au choix de programmation : différentes formes à remarquer :

  • des manifestations exclusivement BDP de spectacles de contes en milieu rural, avec un souci de programmation tous publics, et pas seulement jeunesse.
  • la place accordée à des conteurs et conteuses locaux, intégrés dans une programmation de conteurs nationaux, comme dans le Tarn, le Lot-et-Garonne.
  • des programmations élaborées, surtout pour des BDP qui ont une dizaine d’années de pratique, comme les Alpes-Maritimes : spectacles en plein air, paroles non professionnelles en 1ère partie, conteurs en résidence depuis 98 et paroles croisées en clôture du Festival. Place de la " création " depuis 2001. Stage précédent le Festival depuis 2001.

Pour d’autres encore la spécificité est liée à l’organisation

  • des programmations avec une coordination originale à l’échelon régional ,
    • comme en Limousin où l’Association limousine de coopération pour le livre coordonne avec les 3 BDP du Limousin : Corrèze, Creuse, Haute-Vienne,
    • comme dans le Pas-de-Calais, où les spectacles de contes organisés en milieu rural visent à " capter " un public urbain. Organisé par la Fédération des foyers Ruraux avec le soutien de la MDP 62,
  • la coopération avec des scènes nationales, des théâtres, des villes de plus de 10 000 habitants, pour des programmation avec des spectacles "lourds" :
    • comme dans le Bas-Rhin. " Les Scènes du Nord " regroupent 8 salles de spectacles du Nord du département auxquelles se sont associées 6 BM (de communes de + de 10 000 h). La BDBR (centrale et annexes) participe à ce festival depuis 1999 avec un nombre variable de BM de son réseau. L’idée est de présenter " du conte et de la parole " sur des scènes de spectacles et aussi dans les BM.
    • comme dans le Territoire de Belfort,
      Partenariat avec 3 théâtres (dont une scène nationale) pour l’accueil de spectacles nécessitant une infrastructure importante. Pas d’accueil de conteurs amateurs dans la programmation, mais une soirée scène ouverte aux jeunes talents. En 2002, mise en place d’un temps de formation durant le festival. Organisation de joutes conteuses avec les collèges du département. Formation " conte en troc " en partenariat avec Jeunesse et sport. Le festival est un temps fort, mais les conteurs sont accueillis toute l’année à raison d’un artiste par trimestre.

3. La programmation

3.1 - Responsabilité de la programmation

Toutes les BDP sont responsables de la programmation ; avec des nuances quant à l’organisation de cette programmation et des partenariats , il peut y avoir :

  • un conteur professionnel associé à la programmation
  • un programmateur professionnel
  • l’association des amis
  • une équipe avec un ou des groupes de travail (programmation, formation, administration, auberge du conte,...).
  • un responsable en interne à la BDP
  • un théâtre
  • une agence régionale de coopération et une programmation liant 3 BDP (Corrèze, Haute-Vienne, Creuse).

ou bien :

  • chaque structure est responsable de sa programmation, la BDP se chargeant de la soirée inaugurale ou de celle de clôture.

ou bien :

  • la BDP a un rôle d’expertise et de conseils (recherches d’intervenants, de supports d’accompagnement comme les expositions,...) (Mayenne).
  • La BDS soutient à hauteur de 40 % les BM désirant organiser un accueil de conteur pour un spectacle (qui n’a pas forcément lieu à la BM), dans le cadre d’un festival organisé par la Fédération départementale des Foyers Ruraux (Sarthe).

3.2 - Sources d’information pour la programmation

Elles sont multiples.

Arrivent en premier les programmes des festivals et les publicités des conteurs, au même niveau que l’écoute des conteurs en spectacle ; suivis de près par "le bouche à oreille", ce qui est logique pour le conte , et par les sites internet des festivals et des conteurs. La littérature "professionnelle" informant sur le conte est connue, mais peu utilisée pour la programmation. L’agenda trimestriel de la littérature orale est cité 5 fois et la lettre de Chevilly-Larue 7 fois seulement.

Chaque structure a en moyenne plus de 4 sources d’information différentes. Mais ce qui est privilégié avant tout c’est l’écoute des conteurs. De nombreux collègues insistent : "Aucune programmation sans avoir vu tout ou partie du spectacle du conteur". "Entendre et voir les conteurs reste d’importance" - avec une remarque : mais génère de nombreux problèmes dans un contexte difficile (surcharge de travail liée aux 35 heures ; éloignement ; disponibilité...)

Un collègue signale un double réseau d’information : celui du conte et celui du théâtre, dans le contexte particulier de son partenariat.

Plus un festival est connu, plus il génère l’envoie de publicités par les conteurs.

Une collègue indique : Impossible d’aller partout ! Heureusement que nous pouvons croiser les différentes sources d’information. Cependant, nos publics étant très proches d’une BDP à l’autre, je trouverais très intéressant que nous puissions entre organisateurs trouver un lieu d’échanges de nos impressions. Site ADBDP ? Sinon nous sommes prêts dans le T de B à ouvrir un forum sur ce thème à partir de notre ECM. Avis aux amateurs. (Territoire de Belfort).

3.3 - Festivals fréquentés pour la programmation

C’est le festival du conte de Vassivières qui arrive en premier pour la fréquentation : 10 BDP y vont ; et ensuite les festivals de Chevilly-Larue et de Dinan (cités par 5 BDP). Le fait que ces festivals programment des journées professionnelles, au cours desquelles il est possible d’écouter un nombre important de conteurs n’y est sans doute pas étranger.

Pour les autres festivals, ils sont tous fréquentés, mais peu, et c’est surtout la proximité qui joue : Arts du récit -Grenoble, CLIO - Vendôme, L’Ogre de Barbarie - Paris, Mythos -Rennes.

Sont cités en plus : Les Allumés du verbe à Bordeaux, le festival du conte de Limoux, celui de Cap-Breton et bien sur les festivals dans les BDP voisines et ceux de moindre envergure.

Certains ne fréquentent pas de festival et le regrettent ; mais les occasions d’écoute sont nombreuses : soirées " isolées " de conteurs dans la grande région ; c’est surtout les questions d’emploi du temps qui limitent le temps consacré aux déplacements pour la programmation.

3.4 - Comment construisez-vous votre programmation sur le plan artistique (choix des conteurs, de thème, des spectacles...) ?

Plusieurs options, qui se recoupent pour certaines :

Ce qui apparaît en premier c’est le souci de diversité, de variété, d’équilibre ; la programmation selon des thèmes est très rare.

  • Equilibre entre conteurs déjà venus au festival et nouveaux venus.
  • Conteurs et répertoires variés quant aux cultures évoquées, aux pays de référence, aux types d’histoires.
  • Conteurs aux personnalités très différentes, pour "offrir un bouquet varié" aux spectateurs.
  • Parité conteuses/conteurs.
  • Une place est réservée aux " nouveaux talents " ; conteurs locaux.
  • Spectacle simples et spectacles plus importants dans des salles équipées
  • Spectacles adaptés aux communes et aux publics (facile, difficile, continu, histoires nombreuses...)
  • Programmation d’un moment fort : nuit du conte, balade contée,...
  • Souci de prolongement pour les BM de son réseau (découverte de conteurs pouvant intervenir dans les BM, expositions, conférences, scènes ouvertes de conteurs locaux).
  • " Le but de chaque programmation est de proposer des univers différents et des sensibilités toujours renouvelées : conteurs de régions et de pays variés, jeunes et moins jeunes, équilibre entre hommes et femmes, conteurs seuls et avec des musiciens. "

Conteurs locaux :
Une BDP donne la préférence aux conteurs régionaux et conteurs formés dans ses stages.

Thème :

- Nous travaillons beaucoup par thématique afin de faire le lien avec les BM par le biais d’expositions et/ou valises thématiques.

3.5 - Apportez-vous votre soutien à la création de spectacles ?

La réponse à cette question est "Non" à la grande majorité.
La seule raison donnée est "faute de moyens".

Malgré tout il y a des initiatives, timides, à l’occasion d’un évènement : la 50 ème soirée conté) ; l’expérience (une BDP qui en est à son 14 ème festival) ; un partenariat avec une structure plus importante et professionnelle.

Trois département signalent une aide à la création par le biais de subventions :

  • " aide à la création de spectacles légers de contes en direction des bibliothèques ". 25 spectacles créés de 1998 à 2001. Subventions accordées selon plusieurs critères (3) spectacles visant le tout public par des conteurs professionnels dont le cachet est inférieur à 915 € TTC.
  • Au travers de la Direction de l’action Culturelle, par une subvention à la création.

3.6 - Comment les communes participent-elles au choix des conteurs ?

La situation la plus fréquente est un choix "libre" - mais limité, encadré - dans une présélection établie par la BDP (conteurs, spectacles, dates), avec ensuite harmonisation : "L’organisation est simplement (semi) directive ! "

Les variantes :

- Une fois le conteur "attribué", les communes ont le choix du spectacle, à négocier avec le conteur.

Et dans le cas de partenariats ou de subventions :

- Publication d’une plaquette par le CG 62 présentant l’ensemble des spectacles vivants agréés par le CG dont les spectacles de contes en direction des BM.
- Les communes reçoivent 3 catalogues : jeune public, veillées scolaires), elles choisissent conteurs et dates souhaitées. ALCOL coordonne la programmation finale.

Et enfin :

  • Elles ne participent pas. Nous imposons le conteur, pour éviter qu’elles se précipitent toutes sur les mêmes, (les plus connus).
  • Elles n’y participent pas, c’est la BDP qui choisit, sauf s’il y a une demande plus spécifique par rapport à une animation prévue par la BM de la commune : ex. demander à recevoir un conteur africain lors d’une exposition sur l’Afrique.
  • Non, sauf si elles prennent en charge le financement. Les communes nous précisent si elles veulent un spectacle tout public ou enfant. Nous les mettons en relation avec un conteur avec lequel elles choisissent un thème.

4 - L’ORGANISATION

4.1 - Organisation temporelle

L’investissement temporel est important ; 10 BDP programment plus de 15 jours : 5 pendant 1 mois, 4 sur une période de 15 jours à un mois ; et même 1 programme durant 2 mois.

Pour le reste très variable : allant de 1 semaine, à étalé sur l’année, ou durant des week-ends ; avec en note : pas plus de 2 ou 3 spectacles simultanés, sinon, ça devient très lourd.

Avec des complément intéressants ou des enchaînements :

  • Ouverture faite dans une commune où le Festival s’est clôturé l’an passé.
  • spectacle unique " paroles croisées " : conçu par l’ensemble des conteurs tout au long de la semaine (puisqu’ils sont en résidence sur les 8 j.).
  • 1 dimanche consacré à une scène " dé-couverte " ;
  • 1 dernier dimanche pour le goûter conté de fin de festival qui réunit conteurs et spectateurs de la quinzaine.

4.2 - Nombre de spectacles

Les BDP constituent un réseau non négligeable pour la programmation : pour 2002, avec les éléments dont je disposais, je recense au moins 356 spectacles insérés dans des "festivals". Sans compter bien sûr les spectacles isolés ou ceux soutenus financièrement et non comptabilisés.

Ce qui est intéressant c’est l’affirmation d’une programmation tous publics par les BDP : 272 spectacles tous publics et seulement 57 pour enfants.

  • Spectacles pour enfants organisés directement par les BM du réseau.
  • Il y a eu des spectacles enfant au début, mais cela créait la confusion : conte = enfant.
  • Les BM choisissent la facilité en faisant des spectacles pour les scolaires (public garanti).
  • Volontairement, aucune programmation de spectacles spécifiques pour les enfants, ce sont des soirées pour grands enfants et adultes (quelques soirées à partir de 7 ans).
  • Le nombre des spectacles s’accroît chaque année, en liaison avec la création des MTR.

Quelques variantes par rapport aux spectacles traditionnels : 15 balades contées ; 5 apéro contés ; et 6 plateaux de conteurs et/ou scènes ouvertes pour amateurs.

Le nombre de spectacles organisé s’établit dans une fourchette très large : de 5 (pour un festival débutant) à 54 pour un festival qui programme essentiellement des conteurs locaux et régionaux.

La moyenne s’établit autour d’une vingtaine, avec une pointe vers la trentaine pour deux des plus anciens (Côte-d’Or et Lot-et-Garonne).

Le constat est l’accroissement du nombre de spectacles en fonction de l’ancienneté du festival. Pas de remise en question ; au contraire renforcement.

4.3 - L’organisation matérielle

Les BDP sont très présentes et portent vraiment les festivals dont elles ont l’initiative, non seulement sur le plan programmation, mais aussi sur le plan technique et pour tout ce qui concerne les conseils et la "formation" à l’accueil de spectacles :

  • les 3/4 font une réunion d’information, visitent les salles de spectacles, mettent des projecteurs à disposition.
  • la moitié fournissent une fiche technique, un fond de scène, une estrade, la sonorisation.

Parmi les remarques :

  • organisation matérielle aussi légère que possible quand c’est du ressort de la BDP : projecteurs, fond de scène ; pas toujours de sonorisation.
  • embauche d’un régisseur extérieur dans certains cas : soit payé par la BDP ; soit à la charge des communes mais par un service du CG et avec des tarifs spéciaux ; soit par une association ;
  • embauche d’une société spécialisée pour la technique, (sono et lumière) sur certaines soirées lourdes ou sur les salles "difficiles".

4.4 - Comment se fait le partage des tâches entre la BDP et les BM ?

BDP Commune
  • programmation artistique : choix.
  • administration : financement, contrats, conventions, calendrier, déclaration SACEM.
  • logistique : visite des salles, réservations (hôtels, restaurants), feuilles de route, transport des conteurs, interface conteurs et lieux,
  • communication : fournit affiches, dépliants, invitations ; informations à la presse : conférence de presse, dossiers de presse
  • régie : fournit projecteurs, fond de scène ; organise la régie sono et lumière (chauffeur-régisseur ou régie externe).
  • parfois participation financière : 1/3 du coût du spectacle (pour un département).
  • communication locale : invitations, contacts presse, pose des affiches,...
  • animations liées à la manifestation (réalisation de bibliographies, accueil des spectateurs).
  • logistique : aménagement de la salle (estrade, décor, loge) ; repas du conteur et des accompagnateurs.
  • accueil du conteur
  • convivialité : verre de l’amitié

5 - LA FORMATION

5.1 - Proposez-vous régulièrement des formations à l’art de conter ?

Presque toutes les BDP organisatrices de festivals proposent des formations à l’art de conter (16 sur 19). A noter que des BDP qui n’ont pas de festival organisent des formations et ont le souci de soutenir le travail de conteurs locaux.

  • C’est un des thèmes les plus demandés
  • avec des niveaux : initiation, perfectionnement.
  • avec des thèmes variés : raconter avec le livre, lecture à voix haute, initiation au conte, stage sur la voix, sur le répertoire. Stage ouvert au réseau et aux demandes extérieures.

5.2 - Avez-vous développé un réseau de conteurs, suite à des formations ?

Seulement 1/3 a développé un réseau de conteurs. On peut constater que là où existe un festival bien implanté et une politique de formation, une dynamique se crée à la suite des stages.
Les festivals développent chez les publics la sensibilité au conte qui entraîne une demande d’intervenants réguliers ou de façon exceptionnelle.
Il y a des conteurs/conteuses dans les bibliothèques. Selon les cas et la forme impulsée : des interventions d’un groupe de conteurs qui se réunit assez régulièrement à la BDP, se produit dans les bibliothèques du réseau ; la mise en place d’heures du conte régulières dans certaines BM ; des personnes susceptibles d’intervenir de façon professionnelle ; la création d’une association de " lectrices-conteuses ".

5.3 - Avez-vous un fonds spécifique important sur le conte ?

14 réponses positives. La notion d’ " important " est subjective ; et les réponses tellement diverses, entre les notices, les volumes, les livres adultes et jeunes, les ouvrages de référence sur le conte... Les réponses indiquent souvent des chiffres assez conséquents : 500 volumes sur le conte ; 6000 à 7000 volumes de contes, plutôt pour la jeunesse ; parfois le conte est intégré dans le fonds de fiction sans identification possible.
Une collègue précise avoir créé un fonds professionnel sur le conte pour les formations, les professionnels et bénévoles des BM ainsi que les conteurs dans lequel nous avons intégré tous les supports livres, revues, C.D. audio et K7 audio ainsi que vidéo. Nous avons aussi bien entendu un fonds d’ouvrages d’études sur le conte et de textes littéraires qui circule dans le réseau des BM du département. "

6 - LE BUDGET

Connaître le montant des dépenses des départements pour l’organisation des festivals s’est révélé tâche impossible.

Une raison majeure à cela : les modes d’organisation font intervenir des partenaires divers et la plupart des BDP n’ont pas une vision globale de la situation des dépenses.

Les réponses qui m’ont été fournies font très rarement la distinction entre les différents postes de dépenses : - honoraires des conteurs, Sacd ou sacem, défraiements, technique (sonorisation et éclairages), communication.

Certaines dépenses sont prises en charge directement par le service culturel du département, d’autres par l’association des amis (mais qui est subventionnée par les communes !), d’autres enfin directement par les communes, avec parfois une participation du public. Sans compter bien sûr toutes les manifestations en partenariat où la BDP joue un rôle d’impulsion, de conseil, etc. mais sans intervention financière directe.

Les chiffres relevés vont donc :

  • en 2001 de 9 000 € à 53 750 € (pour une BDP que je connais bien et où tout est compris ! le L&G - 5 départements se situaient au dessus de 25 000 €.) ;
  • en 2002 de 7 000 € à 49 000 €.

Seule conclusion à en tirer : pour quelques départements, c’est une manifestation très importante ! pour d’autres moins !

Quant aux financeurs, ni sponsors, ni mécènes ne sont signalés !

7 - LA MOTIVATION

Quelle est votre motivation pour organiser un "Festival de contes" ?

7.1 - Sur le plan professionnel ?

  • Offrir des petits spectacles de qualité à notre réseau.
  • Sortir de l’animation contes " Misérabiliste " de beaucoup de nos dépôts.
  • Dynamiser le réseau de petites bibliothèques.
  • Faire découvrir (ou redécouvrir) l’univers du conte aux adultes.
  • Animer les bibliothèques (BM/BR) du réseau BDP sans tout faire à leur place.
  • Participer à la politique culturelle du département.
  • Faire apparaître la BDP sous un angle nouveau.

Parmi toutes les réponses, les trois suivantes résument bien l’état d’esprit général.

" Grâce aux rencontres proposées entre conteurs et spectateurs, favoriser l’accès du public à des univers culturels différents dans un esprit d’ouverture aux autres, lui permettre de faire le lien entre les traditions locales et les coutumes d’autres régions ou d’autres pays, ouvrir la réflexion sur les coutumes diverses et la richesse des différences humaines, proposer de retrouver l’ambiance des soirées dans les ouvrages et les disques prêtés aux BM à l’occasion des soirées contées. ". BDP Manche

" Au départ, l’objectif était de bâtir un projet commun aux 3 BDP de la région. Le conte, nous avait semblé bien adapté aux besoins et aux moyens de nos BM rurales. Création de liens aussi BP - BM. Ouverture du milieu rural profond, pour certaines personnes, c’est le seul spectacle culturel de l’année ". BDP Corrèze-Haute-Vienne-Creuse :

" Le Conseil général souhaite que chaque BM devienne un relais culturel. Le conte est apparu comme la possible rencontre conviviale entre l’art de l’écrit et l’art de la parole. A noter que dans le même temps, la musique, l’image, le théâtre et la danse ont été pris en considération dans l’autres manifestations impliquant nos relais. " Territoire de Belfort

7.2 - Sur le plan personnel ?

Très nombreux témoignages de satisfaction :

  • plaisir !
  • de belles rencontres humaines
  • des rencontres très enrichissantes avec les conteurs et les formateurs
  • beaucoup d’engagement personnel, de fatigue (en temps, en information, en déplacements), mais énorme satisfaction de l’osmose qui se produit entre conteurs, spectateurs et organisateurs.
  • découverte de gens à la personnalité très riche et d’un univers de grande solidarité et convivialité.
  • approfondissement continuel des répertoires qui permet d’avoir des échanges privilégiés avec des créateurs et d’acquérir une philosophie de vie en tirant enseignement de toutes les histoires entendues.
  • moments conviviaux avec les équipes des BM où l’on peut échanger librement et où l’on peut voir les structures sous un angle différent du travail habituel.
  • plaisir aussi de voir au fil des ans, la création et la fidélisation d’un public.

8 - REMARQUES GÉNÉRALES

Quelles remarques vous inspirent votre expérience de programmation de spectacles de contes ?

Demande beaucoup de motivation, de disponibilité, d’implication avec les conteurs et avec le réseau.

8.1 - Par rapport à la Bibliothèque départementale ?

Réponses très diverses, avec du positif et du moins positif.

  • difficulté à mobiliser pour le moment beaucoup de collègues sur cette affaire. Réel manque de compétence interne chez beaucoup pour dialoguer avec des artistes.
  • difficultés à insérer une opération ponctuelle dans le travail quotidien. Parfois, difficulté à faire comprendre à certains collègues l’intérêt d’une telle opération !
  • lourd à gérer, et les bibliothécaires refusent de s’y engager (pas de temps).
    - 

Mais aussi :

  • une des actions fortes de la BDP.
  • Reconnaissance du service par les élus.
  • Important pour l’image de la BDBR. Constitue une ouverture vers l’extérieur (public) et une connaissance des missions de la BDBR.
  • Ce type d’animation permet de souder l’équipe de la BDT autour d’événements forts.
  • Reconnaissance répandue dans tout le département de l’action de la BDP pour la diffusion du conte. occasion pour les différents personnels de la BDP de travailler en commun
  • l’action " Conte " a fait des " petits " : plusieurs BM ont créé ou recréé l’heure du conte. Plusieurs conteurs ont trouvé des " débouchés ".

8.2 - Par rapport au réseau ?

Que du positif ! :

  • réelle satisfaction et surprise de nos dépositaires à découvrir la richesse du monde des conteurs.
  • Une moitié des BM participant au festival ont une " activité conte " en dehors du festival.
  • Transformation des rapports traditionnels BDP/réseau, encore centré sur la desserte.
  • Il fallait prouver aux maire que leurs subventions étaient utilisées à bon escient : je crois que c’est chose faite.
  • Le festival de contes est l’animation la plus demandée par le réseau et celle qui fonctionne le mieux.
  • Il y a toujours un très grand succès auprès du public dans les plus petites communes ; la soirée est vécue comme un événement culturel et social, favorisant les rencontres entre personnes de plusieurs milieux.

8.3 - Pour vous-même ?

Beaucoup de positif :

  • Moments de surcharge de travail mais " respiration " bien agréable.
  • Enorme enrichissement personnel par le contact avec ces différentes personnalités, conteurs, responsables de bibliothèques, mais surtout énorme satisfaction de pouvoir travailler avec les autres BDP et ALCOL au niveau régional.
  • Travail passionnant et enrichissant. Prise en compte des goût personnels dans un travail valorisant pour la BDP. Capacité d’organisation utilisées pour un projet intéressant.
  • Je reste subjugué par la force de la parole.
  • Possibilité et chance de rencontrer des personnalités toutes différentes, de voir évoluer leur répertoire au fil des années et de pouvoir apprécier leur réflexion par rapport à la création, à l’imaginaire, à l’oralité.

Et un collègue conclut : "Vive le conte"

Anthologie de textes d’introduction des plaquettes

Pour compléter le dépouillement de l’enquête, un travail intéressant et important aurait pu se faire sur les thèmes abordés dans les introductions et sur les signataires de ces introductions.

Le matériau disponible pour cela était insuffisant et manquait de cohérence. Il aurait fallu disposer des programmes de toutes les BDP et de toutes leurs années. Ce n’était pas le cas.

Par jeu, et tout en connaissant les limites de l’exercice, un dépouillement a néanmoins été fait sur une cinquantaine de programmes des deux dernières années (et 12 ans pour la BDP de Lot-et-Garonne dont les programmes étaient facilement accessibles !). Il en ressort un certain nombre de renseignements intéressants quant à l’image que les organisateurs souhaitent donner de leur manifestation.

A noter que tous les programmes n’ont pas d’introductions. Quand il y en a les signataires sont assez divers : président du CG, président d’association d’amis, élu à la culture, directeur de la BDP ; parfois il n’y a pas de signataire.

5 thèmes apparaissent, à des degrés divers, dans les introductions des plaquettes.

1 - L’AMBIANCE, LES CONTEURS, LE PROGRAMME
2 - L’ORGANISATION ET LA REALISATION
3 - LE CONTE
4 - LA PHILOSOPHIE DU PROJET
5 - LA POLITIQUE CULTURELLE

Ils sont très diversement représentés, en quantité. C’est surtout les thèmes 1 et 2 qui prédominent. Les thèmes 3, mais surtout 4 et 5 sont rarissimes. Mais ce sont ceux qui prêtent le plus au lyrisme et aux grandes envolées philosophiques ou humanistes !
La surreprésentation des textes du Lot-et-Garonne fausse très certainement les résultats.

AVERTISSEMENT
On trouve parfois un avertissement, pour indiquer à quel public s’adresse le conte : " On a coutume de croire que les contes sont des "histoires pour les enfants". On oublie que de tout temps, les "contes populaires", les légendes et les mythes s’adressaient aux adultes. "

Le public est informé que les spectacles sont accessibles à tous, (avec parfois une indication - aux enfants de plus de 10 ans), et que ce sera un temps de rencontres familiales, pour faire rêver grands et petits

1 - L’AMBIANCE, LES CONTEURS, LE PROGRAMME

On trouve très souvent des notations sur les sentiments que provoque/provoquera l’écoute des contes et sur l’ambiance qui sera vécue lors de la soirée.

Il n’y a pas assez de qualificatifs et d’adjectifs pour exprimer ce qui va se passer dans le domaine des émotions !

  • " Rire émotion et frisson seront comme de coutume au rendez-vous. "
  • " une source de découvertes, de rencontres intergénérationnelles, de rêve, d’évasion "
  • " certains sont conquis...d’autres vont se laisser subjuguer par ce festin de mots "
  • " ce plaisir que l’on a gardé de l’enfance " se faire raconter des histoires" "
  • " des récits où se mêlent tout à la fois l’émotion, l’humour ou l’envoûtement "
  • " enchantement...féerie, ...évasion "
  • " l’univers magique, fantastique et poétique du Festival de contes "
  • " petits et grands vous serez charmés par cette représentation théâtrale à la fois ouverte et intime, comme si la narration ne touchait qu’un seul cœur, alors qu’elle en enflamme des dizaines à la fois. "

Le premier mot au " hit-parade " des introductions est " MAGIE " !

  • " MAGIE des mots et des belles histoires "
  • " merveilleuses soirées illuminées par la MAGIE du festival..."
  • " la MAGIE du conte envahit les lieux ...
  • " aucunes paroles ne sont plus magiques que celles-ci " Il était une fois " " Raconte-moi une histoire " "
  • " promesse d’instants magiques. "

Les images et les compliments ne manquent pas pour présenter les conteurs :

  • " héritiers des troubadours" "gardiens de la tradition orale"
  • "compagnons de la parole"
  • "messagers du conte"
  • "colporteurs de rêve,"
  • " magiciens du rêve""
  • veilleurs de la mémoire collective,
  • "hommes et femmes de talent"
  • "inlassables troubadours de nos enchantements"
  • "vous ne résisterez pas à leur faconde envoûtante, à leur langage truculent et à la musicalité de leur élocution"
  • "seule ambition servir le conte avec ses meilleurs acteurs, les conteurs de notre temps"
  • "bien vivants, bien contemporains, et porteurs de récits venus du fonds des temps."
  • "les conteurs, artistes de talent, qui conjuguent création personnelle et enracinement dans des traditions."

Enfin, en ce qui concerne la présentation du programme, c’est la notion d’ouverture et d’horizons variés qui prévaut.

  • " ces moments privilégiés de rencontres avec les diseurs d’histoires venant d’horizons divers "
  • "des narrateurs venus de contrées éloignées...... mais également des artistes issus de notre terroir."
  • " conteurs venus de tous horizons."
  • "où défilent et se répondent les mythologies du Nord et du Sud, où s’entrecroisent cosmogonies celtiques, palabres africaines, légendes de Chine et proverbes des Grandes Antilles."
  • "à un grand voyage dans le temps et l’espace, car le conte, universel et intemporel, n’a aucune frontière."

On l’annonce avec ses composantes annexes :
Randonnette pour les petits... ou virée nocturne à la découverte de lieux phares et néanmoins symboliques du village, balades accompagnées par la musique des mots de conteuses et conteurs qui n’ont pas peur du noir ! Le voyage se poursuivra le mardi..., grande soirée du conte amateur..., soirée de clôture, ... des balades contées... et d’investir les châteaux et propriétés départementaux.

et stage..... - "Comme le conte n’est vivant qu’à la condition de se transmettre, trois actions de formation sont proposées."

On souligne souvent la continuité et l’innovation !

Quant à ce qu’apportent ces soirées où l’on écoute des contes !

  • " une aventure dont on ne ressort pas pareil "
  • " elles rapprochent petits et grands, français et étrangers, paysans et citadins, dans l’amitié, le rire, l’émotion "
  • " soir après soir, année après année, les spectateurs se retrouvent, complices dans l’émerveillement, l’émotion, le rire ".
  • " rêver, s’émerveiller, avoir peur, rire, se laisser séduire et émouvoir...pour faire halte ".

2 - L’ORGANISATION ET LA RÉALISATION

Bien souvent, l’introduction dit très simplement ce qui va se passer et qui organise ! C’est une présentation technique. Il y aura des soirées, des contes et des conteurs.

On trouve assez fréquemment une note d’autosatisfaction, qui en fait a pour but de convaincre ceux qui sont restés indifférents jusque-là de l’importance et de l’intérêt de la manifestation, puisque elle attire un nombreux public !
" Vous êtes dorénavant plus de 200 à répondre à nos invitations ",
" vous étiez plus de 2 500 spectateurs ",
" depuis la création du festival, ce n’est pas moins de 30 000 spectateurs qui les ont suivies ",
et un coup de chapeau a ce public :
"un public toujours plus nombreux d’année en année, fidèle, enthousiaste ".

- " une manifestation de qualité. "
- " un festival qui connaît un succès croissant. "

Il y a l’exercice obligé de citer le rôle du CG, de la BDP, des partenaires. Cette présentation permet aussi de dire le rôle de la Bibliothèque départementale par rapport aux BM de son réseau.

Dans la plupart des présentations, le texte de présentation insiste sur le fait que c’est une action commune aux BM et à la BDP.
" ... La Bibliothèque Départementale et ses relais naturels, les bibliothèques municipales "

- "Echange et enrichissement sont les maîtres mots d’une manifestation qui rencontre toujours plus de succès, grâce à l’aide précieuse des communes qui les accueillent."

Les termes de partenaire, complice, reviennent souvent. Ils sont listés : bibliothécaires et conteuses bénévoles,...

Le côté " monde rural " apparaît aussi : " un réseau très dynamique de petites bibliothèques en milieu rural".

Et il est parfois ajouté que c’est un temps fort d’une action menée au long de l’année autour du conte, que la BDP mène des actions plurielles, organise des stages,...

"Merci aux équipes des bibliothèques rurales de notre département qui se mobilisent pour accueillir avec chaleur et enthousiasme ces diseurs d’histoires et offrir à leur public une soirée d’exception, qui ne manque jamais de se prolonger par le verre de l’amitié et l’échange d’impressions et d’émotions avec le conteur."

On souligne la présence sur l’ensemble du département : - "les plus petits villages, éloignés des grands centres urbains." - "Tout le territoire départemental en a largement bénéficié, du nord au sud, et de l’est à l’ouest du département, tant dans l’espace rural qu’urbain."

3 - LE CONTE

C’est quoi le conte ?

  • "Le conte est, à la fois, nos racines et nos ailes. Nos racines bien sûr qui plongent loin dans la mémoire collective, des racines qui nous nourrissent, qui nous permettent de mieux savoir qui nous sommes, et par là même de mieux comprendre les autres. Le conte est aussi nos ailes car il nous ouvre à l’universel, il est une forme d’expression commune à l’ensemble des cultures. Par sa capacité de suggestion et sa valeur symbolique, le récit conté a la force d’un acte. Bien avant l’ère des réseaux électroniques, il a su, grâce à l’imaginaire, rassembler les hommes par delà leurs différences et signifier la permanence de la parole à travers la diversité des histoires. Sa double composante de mémoire et d’universalité font du conte un mode d’expression culturelle parfaitement moderne, une parole adaptée à la dimension quasi mythologique d’un changement de millénaire."
  • "Et d’abord c’est quoi le conte ?

Est-ce que c’est un conteur sur une chaise qui raconte des histoires que lui racontait sa grand-mère qui lui racontait des histoires que lui racontaient sa grand-mère qui rac... ?
Est-ce que c’est un, ou deux, ou douze conteurs qui évoluent sur scène, qui chantent et dansent et jouent leurs histoires sous les projecteurs ? Est-ce que c’est en musique, ou avec des objets, ou quand ça fait rire et pleurer, peur et rêver ?
Est-ce que ça parle de pays lointains il y a très longtemps, d’ici pas plus tard qu’aujourd’hui, ou de nulle part pas plus tôt que demain ?
Est-ce que c’est pour les enfants ou les adultes, pour les bibliothèques ou les cafés, pour les théâtres ou les prisons ?
Et bien le conte, c’est un peu tout ça à la fois, voilà.
C’est d’abord des histoires, beaucoup d’histoires, des histoires de par le monde, des histoires de dire le monde, en particulier et dans son ensemble, en réalité ou pour de faux.
Enfin et surtout, le conte, c’est vous, c’est ce que vous en faites, ce que gardez en vous d’une histoire, comment après vous la raconterez, à votre tour et à votre façon ; elle passera alors d’oreille en oreille, elle évoluera malgré elle et bientôt, par mégarde, elle se transformera déjà en une autre histoire. "

Pourquoi le conte ?

  • "Il n’y a pas plus simple et plus nécessaire à partager que des contes : rien de plus agréable à recevoir, rien de plus désirable à donner. Ils s’adressent à chacun d’entre nous : à l’enfant qui a besoin d’apprendre à lire et à parler, à l’adolescent qui cherche ses marques, aux parents, aux grands parents qui voient là un moyen de transmettre leurs valeurs, à ceux qui réfléchissent tout autant qu’à ceux qui ont besoin de se distraire. En un mot, les contes sont là pour nous rassembler."
  • "Ouvrez vos oreilles, donnez-lui votre cœur. Il vous nourrira de ceux qu’il a nourris depuis la nuit des temps."
  • "...ces paroles de conteurs. Faites de mots simples et forts elles nous parlent d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, de demain peut-être et toujours nous disent quelque chose de l’homme et de la vie".
  • " le conte propose à chacun une approche des grands mystères de l’humanité : la vie, l’amour, la mort."
  • "Dans cette société saturée de bruits, d’images et de paroles, ils nous réapprennent l’art de prendre le temps d’écouter et d’entendre, au-delà des mots, notre mémoire collective."
  • "La sagesse des peuples, leur humour, leur poésie sont fortement inscrits dans les contes et les grands récits de l’humanité. Chaque spectateur peut y reconnaître une part de son identité, par delà les différences culturelles."
  • "cette part importante de notre patrimoine que représente le conte."
  • "Les conteurs ont narré ce qui peut rapprocher les hommes, au delà des frontières, des mœurs, de la couleur de la peau. Le chemin est partout le même : vie, mort, épreuves, amour, renaissance..."

Il y a de très très rares notations sur l’opposition médias-audiovisuel sophistiqués-simplicité de la parole.

  • "A la veille de l’an 2000, alors que la communication emprunte aux technologies les plus sophistiquées pour transmettre en quelques secondes textes, images et sons d’un continent à l’autre, le média le plus simple et le plus naturel, la parole, a conservé toute sa force et toute sa MAGIE."
  • "Le temps d’une soirée, abandonnez l’agitation des villes, délivrez-vous de la dépendance audiovisuelle"

4 - LA PHILOSOPHIE DU PROJET

Echange et communication

  • "dire un conte, c’est faire un cadeau à autrui"
  • " écouter, découvrir et partager."
  • "échange et enrichissement sont les maîtres mots d’une manifestation"
  • "un temps où la parole retrouve le sens de la transmission et de l’échange."

Le conte ou l’ouverture à toutes les cultures, la tolérance

  • "Le conte n’est pas seulement un patrimoine culturel qui mérite d’être transmis. C’est aussi l’ouverture à toutes les cultures, la diversité et la richesse dans la différence, l’universalité. Cette immersion dans la mémoire collective des peuples du monde doit nous permettre d’aller de l’avant, de redécouvrir la parole comme source d’échanges et complément indispensable à notre culture écrite. C’est aussi une situation concrète de communication qui met en présence le narrateur et son public et dont la fonction traditionnelle est, à travers l’évocation du danger, du fantastique, du monstrueux, de l’anormal, du marginal, de réaffirmer la cohésion et le sens de la communauté. Un genre donc à méditer"
  • "... contribution, si modeste soit elle, à une meilleure connaissance de l’autre et par là même soit un élément de paix et de respect."
  • "Cette manifestation culturelle, organisée par la Bibliothèque départementale en lien avec les bibliothèques municipales, se veut porteuse de valeurs fortes. D’une part, elle met l’homme et son chemin de vie au centre de la scène. D’autre part, elle invite à voir ce qui peut rapprocher les hommes au-delà des frontières, des mœurs, de la couleur de peau."
  • "le Conseil général affirme une nouvelle fois son souci d’une culture humaniste faite d’accueil, de tolérance, d’ouverture."
  • "Elle révèle à chacun la proximité qui existe entre des peuples apparemment très différents. Elle montre l’autre dans sa richesse et sa diversité."
  • "Une manifestation comme celle-ci ne laisse pas indifférent. Ces contes sont des charmes qui transportent, ils sont aussi une invitation à la réflexion personnelle "
  • "Le Conseil Général affirme ainsi, par son soutien à une vie culturelle de qualité et de proximité, incarnée dans les diverses manifestations proposées par les bibliothèques, son souci d’une culture humaniste, faite d’épanouissement et de rencontre de l’autre."
  • "Enraciné et universel, il met face aux liens qui unissent et aux différences qui singularisent."

5 - LA POLITIQUE CULTURELLE,

L’introduction peut être l’occasion d’affirmer le rôle du Conseil général dans la vie culturelle, la place des bibliothèques et tout particulièrement de la BDP.
La BDP apparaît comme un outil majeur pour une offre culturelle de qualité et de proximité .

Vie culturelle et bibliothèques ; bibliothèques et aménagement du territoire

  • "Enjeu de la décentralisation culturelle, le développement de la lecture publique sur un territoire ne peut se limiter au " ravitaillement " des populations en information et documentation."
  • "Le Conseil Général confirme sa volonté de promouvoir une vie culturelle locale de qualité, dans laquelle les bibliothèques jouent un rôle irremplaçable."
  • "La Bibliothèque Départementale, qui s’affirme ainsi un acteur essentiel de la diffusion culturelle dans le département."
  • "Les bibliothèques lieux de vie, d’échanges et de rencontres voués à la lecture, à la musique, à l’image et aux nouvelles ressources documentaires "
  • "Un réseau qui apporte les outils d’un développement culturel durable au cœur des plus petites communes du département."
  • "Le rôle irremplaçable de centres culturels que jouent les bibliothèques dans les communes. Lieux d’ouverture au monde, outils majeurs de diffusion de la culture, elles contribuent au développement et à l’attraction d’une région et d’un terroir."
  • "Les bibliothèques du réseau de la Bibliothèque départementale affirment leur rôle d’acteurs du développement d’une vie culturelle faite de qualité et de convivialité, jusqu’au coeur des plus petits villages du département."

Et les bibliothèques ? et les livres ?

  • "De l’enfant conquis à l’adulte étonné, le conte va tous nous entraîner vers un imaginaire merveilleux dont les bibliothèques sont en permanence le chemin naturel."
  • "Quant au livre, l’enrichissement personnel, l’ouverture sur le monde, le sens du lien social qu’il peut offrir à chacun, réclament dès le plus jeune âge une médiation, un accompagnement de la démarche que l’alchimie du conte réalise pleinement. Au détour des mythologies grecques, chinoises, tibétaines, sibériennes.... qui peuvent nous étourdir l’âme, ce sont des cultures, des sentiments du monde qui nous approchent, nous accrochent et dont chacun aura envie de prolonger la rencontre seul avec un livre."
  • "La parole, aujourd’hui, véhicule des mots qui paraissent trop souvent éphémères et sans conséquence. Pourtant, des textes ont traversé les âges transmettant l’art de vivre, les valeurs et les idées des peuples qui les avaient élaborés de génération en génération. Il y a peu encore, donner sa parole était un acte qui engageait.
    Le conte n’est donc pas que rêverie et aventures extraordinaires, voyages dans le temps, dans notre monde ou dans l’imaginaire qui nous rappellent notre enfance. Même si ce seul aspect peut nous apporter un plaisir qu’il n’est pas question de bouder."
  • " Peut-être rappelleront-ils à ceux qui l’ont oublié que le livre est d’abord une voix qui raconte une histoire !"

 

Contes et conteurs

Muriel Bloch, Conteuse

 

Je n’aurais pas dû accepter cette invitation à réagir ici à une enquête sur le conte en BDP... Mais je connais Marie-Claude Julié depuis si longtemps ! Lorsqu’elle était à Mulhouse, j’étais déjà venue m’occuper d’une activité de formation auprès de bibliothécaires. Je la remercie de m’avoir invitée, car il est toujours important de tâcher de faire le point sur notre activité, à partir de ces différents points de vue dont Marie-Claude me croit capable !

J’ai eu la chance de pratiquer mon métier dans de nombreuses bibliothèques et dans de nombreuses BDP. Je vois comme une logique imparable le fait que le conte, qui est né dans une société rurale, retourne à cette société rurale où il est né. Ce mouvement pose cependant un certain nombre de questions qui sont parfois assez paradoxales.

J’habite et je suis née à Paris ; je suis donc ce qu’on appelle une citadine, une urbaine, et s’il fallait que je défende quelque chose, ce serait sans doute le concept de ville à la campagne... Chaque fois que je me suis trouvée à raconter loin de chez moi, loin de la ville, dans des villages et parfois dans des lieux absolument inconnus de moi, j’ai pensé que c’était une chance de pouvoir ainsi m’affronter à cette géographie... et à ces publics.
La plupart des autres artistes venant du théâtre ou du spectacle vivant n’ont pas cette chance de diversités des contacts, dans la mesure où il n’existe pas, dans ces lieux, les conditions techniques de leur venue. Une des caractéristiques techniques du conteur, c’est, me semble-t-il, son adaptabilité. Mais cette adaptabilité est aussi un danger potentiel : le grand danger est d’enrôler trop facilement le conte sous la bannière de l’animation...

Souvent, de retour de mes voyages dans les campagnes françaises, je me suis demandée à quoi j’avais servi, et ce que j’y avais appris.
J’ai souvent senti, de la part des personnes qui m’invitaient, une sorte d’inquiétude sur la qualité du public qui m’attendait : qu’est-ce qu’une parisienne va pouvoir raconter à ce public si éloigné de la réalité citadine et cosmopolite ? Son répertoire est-il adapté à la réalité du lieu proposé ?

Ces questions, que je pressens, m’ont toujours accompagnée. Cette question de l’adaptation du répertoire au public est cruciale, quand notre ambition est d’être conteur tout terrain et de raconter à tous les publics.
A l’époque où j’ai commencé, avant que nous connaissions la déferlante qu’est devenue la pratique du conte, raconter au public et former le public, il s’agissait d’une évidence pour nous, c’était un peu la même chose.

Je travaillais au Centre Pompidou en 1979, à l’occasion d’une exposition de livres pour enfants, intitulée Alice, Ulysse, Oh Hisse, dont les ouvrages étaient enchaînés à de la tôle ondulée ! (Paradoxe : on appelait le conte à la rescousse du livre, comme pour le libérer.) Cette année-là, j’avais participé à une rencontre qu’avait organisée la FNAC sur le thème des manuscrits refusés à des auteurs de jeunesse. 79, souvenez-vous ! c’est l’année de la parution en français de la Psychanalyse des contes de fée de Bruno Bettelheim, dont le titre anglais me semble bien plus fécond : The Use of enchantements. Le débat avait été vif, animé par des éducateurs ou psychologues de tout poil, qui venaient dire l’importance des contes pour la vie, le devenir et la croissance des enfants. Le public avait été considérable. La FNAC a profité de ce succès pour escamoter le débat promis et difficile sur les manuscrits refusés. Elle a donné rendez-vous à la semaine suivante...

La semaine suivante les éducateurs de tout poil étaient au rendez-vous, mais pour continuer sur le conte ! J’étais là pour lire des extraits de manuscrits refusés ; face à la foule revenue pour les contes, il était de moins en moins question de pouvoir faire ces lectures... On m’a poussée alors à me lever pour conter. Ce que j’ai fait en tremblant de la racine des cheveux jusqu’aux orteils.
Marie-Christine de Navacelle, qui était dans le public, est venue me voir ensuite ; c’est elle qui avait organisé l’exposition dont je parlais. Rendez-vous est pris dans son bureau, où, le jour venu, je me trouve en compagnie de Bruno Delassalle, qui, m’informant que les livres étant inaccessibles parce qu’enchaînés, il allait falloir raconter, raconter, raconter... En 79 donc, animer les livres, animer autour du livre, c’était raconter.

Depuis, la vague ou la vogue du conte n’a cessé d’enfler et, à cause de cet engouement, nous avons été amenés à faire régulièrement de la formation. Evidemment, le fait de proposer des formation conduit à s’interroger en profondeur sur ses propres pratiques.

Ainsi les questions que je me pose sont les suivantes : que raconte-t-on aujourd’hui Où le raconte-t-on ? A qui raconte-t-on ?

Ceci revient à poser la question du répertoire et du contexte dans lequel on met en œuvre ce répertoire. Je me pose ces questions d’autant plus volontiers que je n’appartiens pas à la tradition orale : je n’ai pas collecté sur le terrain... Moi, je viens des livres. La matière de ce que j’ai raconté, je l’ai trouvée dans les livres.

Il est paradoxal que la plupart des porte-parole de la littérature orale trouvent leurs sources dans les œuvres écrites : le renouveau du conte en France s’est fait d’une part grâce aux bibliothécaires et aux livres, d’autre part grâce à l’Âge d’or de France(1). Là, des gens âgés, n’ayant jamais été mis en contact avec la littérature orale, n’ayant peut-être même jamais entendu raconter, se sont trouvés confrontés au fait de raconter et sont allés chercher les contes dans les livres.
Au départ, puisque nous n’avions d’expérience ni du fait de raconter, ni du fait d’écouter, nous avons dû imaginer ce que cela pouvait être, nous avons dû re-imaginer ce qu’était, ce que pouvait être une veillée, mot que personnellement je n’aime pas beaucoup. Pour moi, le conte n’est pas un retour au bon vieux temps, au terroir... C’est pourquoi la veillée m’est un peu suspecte.

Le conte a pu rencontrer, dans les années 80, ce fameux mouvement du retour à la terre... Pour ma part j’étais finalement assez complexée, à cette époque : quelle était ma légitimité à raconter ici où là, dont je n’étais pas ? Par provocation, j’opposais alors ouvertement à la culture du terroir la culture du trottoir.

J’ai ainsi connu une expérience cuisante en Bretagne. C’était en 1980. Nous étions allés à la recherche de conteurs traditionnels, à l’initiative de Bruno Delassalle. France-Culture nous soutenait, nous accompagnait, nous enregistrait. Nous débarquons donc, un soir, dans un bistrot. On était en retard. Les conteurs locaux avaient déjà pas mal bu. L’ambiance était froide. Peu après notre entrée, Bruno se tourne vers moi et me dit :

- Tâche de faire quelque chose, raconte...

J’attaque donc un conte breton, une menterie, Le Malin petit pâtre que j’avais trouvé dans un livre... J’arrive au bout, mi-fière, mi-effrayée. Silence dans le bistrot. Un des conteur locaux, alors, se lève, prend sa chaise, s’y assoit à califourchon et se met raconter la même chose que moi... La même chose, mais totalement différente, avec ses mots et non avec la page d’un livre. Il savait, lui, ce que boire voulait dire ; il savait prendre son temps ; il racontait une expérience vécue : celle de dire quelque chose de fou à des gens qui prendraient son dire pour sa vérité.

Après l’avoir écouté, j’ai pensé arrêter de raconter. Racontant, en fait, je récitais un livre et ne témoignais pas d’une expérience. Nous étions secoués, là, dans ce bistrot. Nous, les porteurs du renouveau du conte, nous venions d’être confrontés à la ruralité, dont était précisément issue notre propre pratique.

Quand on a compris que raconter c’est, à travers un répertoire, témoigner d’une expérience, la question du public se pose différemment. On peut alors raconter à d’autres publics qu’à des enfants citadins bien élevés qui ont lu des livres.

Le fait de savoir ce qu’on fait, de savoir où l’on est et de savoir à qui l’on s’adresse est fondamental. J’accepte volontiers d’aller raconter dans un village, dans la salle polyvalente, qui set à tout et qui ne sert à rien... Où tout sera bricolé et inconfortable... On ne sait jamais où l’on met les pieds. En arrivant, il faut prendre le pouls du lieu pour progressivement savoir quoi raconter.
Il m’est arrivé d’être quelque part où l’on me disait :

- Vous savez, il n’y aura personne ce soir... Ça n’intéresse pas vraiment les gens ; on nous a demandé de le faire, on le fait. On ne sait même pas ce que vous allez raconter.

Et j’ai répondu : moi non plus !

Compte tenu des conditions souvent assez difficiles, qui ne sont pas des conditions de spectacle, et compte tenu des incertitudes sur le public, je ne crois pas qu’il faille proposer des spectacles dans ces lieux-là. Le conteur me semble devoir être invité pour faire une chose unique pour un lieu unique. Ce qui a lieu doit rester unique pour l’auditoire comme pour le conteur.

D’ailleurs, il y a lieu, au fond, de s’interroger sur l’idée même de spectacle de conte. Le théâtre est-il la meilleure place pour le conteur ?

Je perçois bien les contradictions que je porte en formulant à la fois une exigence de qualité artistique et une exigence d’authenticité du moment du conte dans lequel le conteur témoigne d’une expérience de vie avant de donner un spectacle. La pratique du conte est traversée par ces ambiguïtés : spectacle / expérience vécue, professionnels / amateurs, citadins / ruraux... Ces ambiguïtés ne sont pas près d’être levées : la demande de contes étant très importantes, l’offre est grande, elle aussi, et se compose donc de tout... et de n’importe quoi.

Indépendamment de la forme, le lieu, surtout s’il est difficile, commande la qualité : s’il y a un spectacle par an dans un village, il faut qu’il soit inoubliable. La qualité ici dépend de la possibilité du conteur de s’adapter, de se mettre en accord avec le lieu, le public, les attentes. Il faut de l’expérience pour réussir cet accord souvent unique... Ce qui ne signifie pas que ces moments ne doivent pas être l’occasion de manifester de jeunes ou de nouveaux talents.
la demande de contes étant très importantes Je voudrais évoquer ici quelques expériences heureuses.
L’année dernière, à Belfort, le spectacle-événement d’une programmation de contes, Ainsi soit-elle, qui devait être donné au théâtre Le Granite, est annulé pour raison de santé de l’une des conteuses.

On m’appelle en dernier ressort, parce que j’avais fait un spectacle avec cinq musiciens de jazz pour le Festival de Jazz de La Villette. Un spectacle lourd et coûteux, donc, difficile à faire tourner hors de grandes structures.
Ce qui est intéressant c’est que jusqu’alors le directeur de ce théâtre n’avait jamais programmé de conteur, par désintérêt, par manque de confiance, aussi, dans le professionnalisme des conteurs... Contraint de remplacer le spectacle prévu, il accueille, dans sa salle, le public de la manifestation de contes et le public du théâtre venu découvrir cette chose bizarre. Du coup, on a emballé tout le monde ; les publics se sont rencontrés et le directeur du théâtre a remercié la responsable de cette programmation en reconnaissant que la soirée avait été très réussie et que le théâtre avait été plein d’un public qui n’était jamais venu auparavant.

Dans les Alpes-Maritimes, où il existe un budget d’aide à la création, la difficulté des soirées est que la première partie est réservée aux amateurs... Cela crée des décalages qui mettent les professionnels en situation d’attente parfois assez difficile. Sans doute y aurait-il moyen d’harmoniser les différentes parties, si du temps était pris un peu en amont des soirées.

Ma conclusion ouverte, puisque va suivre un débat, c’est que la notion de spectacle de conte est problématique : dans quelle mesure la notion de spectacle prévu, préparé, ne fige-t-il pas l’art du conteur, qui me semble avant tout être un art de l’occasion, de l’adaptation, de l’improvisation, de la liberté de parole. Renouveler chaque fois la forme, maintenir l’incertitude, la capacité à déstabiliser le public, mais aussi le conteur, n’est-ce pas là la voie maintenue ouverte de l’avenir pour le conte, qui, je le répète, ne doit pas compter au magasin des accessoires des bonnes vielles choses du bon vieux temps.


Note

(1) L’Âge d’or de France : http://agedorfr.free.fr (note de l’éditeur).


Questions à Muriel Bloch

Didier Guilbaud

Nous organisons, en Touraine, un festival de conte qui marche bien. Ce festival a été un élément déterminant de la définition de la BDP comme opérateur culturel. A l’origine, comme j’avais quelque pratique du domaine, j’ai appelé quelques copains conteurs, qui sont venus... Le public aussi est venu. Le réseau des bibliothèques a joué le jeu. On souhaite aujourd’hui aller plus loin. Mais comment approfondir notre action ? Comment nous porter juges de la qualité de ce qui est proposé, puisque, comme vous l’avez bien dit, le conteur est, par définition, un artiste atypique ? Le panachage des genres (amateurs, professionnels, conteurs locaux, spectacles...) n’est-il pas une esquive à une nécessaire réflexion de fond sur le genre ?

Muriel Bloch

Mare-Claude Julié m’avait demandé de réfléchir au fait que le conte, comme vous dites, marche, et marche dans les deux sens : des publics différents et variés viennent au conte et les conteurs sont intéressés par cette rencontre avec les publics. Ce qui est presque inquiétant, c’est que le public vienne quoi que l’on raconte... sans doute est-il privé souvent de cette relation qu’installe un conteur avec son auditoire, sans doute est-il privé de la simplicité exemplaire de cette relation, qui permet de prendre en compte des personnes qui se sentent extérieures au spectacle, au théâtre ou au livre. On est heureux de raconter quand il y a des gens qui ont envie d’écouter des histoires ; cette implication réciproque et sans intermédiaire du public et du conteur est sans doute la formule qui explique le succès du conte.

Marie-Claude Julié

Souvent, notre objectif est de montrer que les bibliothèques sont des lieux vivants. Ce qu’apporte le conte, me semble-t-il, c’est le livre, mais en chair et en os. L’invitation d’un auteur, nous l’avons vu avec Marie Rouanet, va dans le même sens, mais avec le conte nous ancrons les histoires profondément, au niveau mythique, au niveau symbolique... On sait, en organisant un spectacle de conte que l’on va toucher tout le monde, hommes, femmes, enfants. Introduisant le conte dans les bibliothèques, on redonne vie, d’une certaine façon, au livre.

Muriel Bloch

La répétition de ces initiatives dans les bibliothèques, contribue, au fil du temps, à la formation du public qui sait devenir exigeant. Cette exigence est importante pour nous : elle nous pousse à nous perfectionner, à nous renouveler, à réfléchir à ce que nous faisons.
Ce " tout public " dont parle Marie-Claude en parlant des hommes, des femmes et des enfants est une réalité précieuse pour nous, conteurs : le conte n’est pas réservé aux petits, aux enfants. Ce qui est formateur pour nous, c’est que les âges soient mêlés, que les publics aussi le soient : publics avertis et publics à conquérir. On doit travailler ainsi sur la totalité de notre registre. A propos des publics, j’attire votre attention sur le fait que les conteurs traditionnels locaux connaissaient bien leur public : ils étaient en familiarité. Une piste de renouvellement de ce que nous proposons, de ce que vous proposez, consisterait sans doute à établir cette familiarité et cette complicité du conteur avec le public, en amont de la séance de conte. Le fait que les conteurs soient tous terrains n’exclut nullement qu’ils gagnent à connaître le terrain.

Marie-Claude Julié

Ce qui me frappe, après plus de douze ans de programmation, c’est de voir la culture que le public se constitue sur le conte. La première année, les gens viennent, il faut le dire, on ne sait trop pourquoi...Mais il est évident que les gens se piquent au jeu : ils découvrent des conteurs et des répertoires différents et se mettent bientôt à les comparer, à les évaluer les uns par rapport aux autres. Pour nous, organisateurs, cela est très stimulant : nous mettons ainsi en œuvre une vraie dynamique de culture destinée à l’ensemble d’une communauté, doublée d’une vraie formation sur ce genre.

Anne Chaillot

Je trouve très intéressant le conte et le mouvement qui depuis des années le porte... mais j’ai toujours du mal à faire la relation, qui vous semble pourtant évidente, entre contre et bibliothèque.
Autant il me semble évident qu’après le passage d’un auteur dans une bibliothèque, le public va retrouver ses livres. Leur présence est une manière de prolonger la rencontre après le départ de l’auteur. Je m’interroge sur ce qui reste après le passage du conteur dans la bibliothèque. Les rencontres ne se succèdent-elles pas sans traces ? Tous les lieux ns sont-ils pas, à l’égard du conte, équivalents ? Pourquoi la bibliothèque serait-elle le lieu d’accueil spécifique de ce genre de spectacle ?

Muriel Bloch

La plupart des conteurs d’aujourd’hui sont des orphelins de tradition orale. C’est dans les livres que nous nous nourrissons. Les bibliothèques abritent nos sources : il faut chercher les histoires, il faut les trouver, il faut les mettre à sa voix, il faut trouver son style. Il s’agit là d’un vrai travail d’écriture orale.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si de nombreux conteurs publient aujourd’hui des livres : les éditeurs sont intéressés par cette approche singulière du fait littéraire. L’objet livre devient ici le support d’une parole vivante.

Un proverbe dit que tu rends de la taille du bras ce que tu reçois de la taille de la main. Oui, les conteurs sont des pilleurs de la littérature, mais pour la restituer à la parole ; les contes sont faits pour être entendus et non pour seulement dormir dans les livres. Nous touchons ici encore au paradoxe, que je mentionnais tout à l’heure, sur cette fécondation réciproque de la littérature écrite et de la littérature orale.
C’est aux bibliothécaires de mettre en place des dispositifs qui permettent de dire d’où viennent les histoires... La plupart d’entre elles viennent aujourd’hui des livres. Sans les bibliothécaires, il n’y aurait sans doute pas de conteurs en France aujourd’hui.
Jeune conteuse, je participais à Beaubourg à un spectacle de conte sur Kafka. Cette démarche a sans doute choqué des lecteurs très avertis de Kafka... Mais le libraire nous a dit avoir vendu comme jamais les œuvres de cet auteur. C’est sans doute que nous l’avons trahi mais pour le restituer dans un élément fondamental de sa propre culture constituée de contes, de littérature yiddish, etc.

Dominique Lahary

Je réponds à Anne Chaillot sur un autre registre que celui de Muriel Bloch, celui des institutions. Les contes, c’est bien. La question est de savoir quelle case institutionnelle peut prendre en charge cette activité.
Dans le Val-d’Oise, nous avons eu un problème de case institutionnelle : le dispositif de subventions que nous avons mis en place avait à financer de temps en temps une activité conte, jusqu’à ce que le conseil général crée la case institutionnelle du spectacle vivant avec un chargé de mission spécifique. L’activité conte a donc migré vers cette case, jusqu’à ce qu’un an plus tard, l’activité conte ne soit pas reconnue comme spectacle ressortissant de cette case-là. La BDP a donc argumenté pour récupérer cette activité. Le dispositif du Val-d’Oise est ainsi constitué ; il peut être entièrement différent ailleurs. Ce qui compte c’est que le conte puisse exister.

Pour revenir à l’autre élément de la question, sur la légitimité du conte en bibliothèque ou sur le rapport entre conte et texte, Anne demande ce qui reste après l’écoute d’un conte. Je demande, moi, ce qui reste après la lecture d’un livre. Le texte, enfin, n’est pas lié au papier, au livre. Il y a du texte dans le multimédia. De même que le texte n’est pas seulement dans le papier, la narration n’est pas seulement dans le texte.
Les missions des bibliothèques, revenons-y, c’est la documentation et la narration (qui n’est pas forcément la fiction) et ici, l’oral, qui a vécu avant le livre, survivra au livre.

Marie-Pascale Bonnal

J’abonde, si vous le permettez dans le sens de Dominique Lahary. Avec le conte, ce qui est permis, c’est l’accès à la langue du récit. Dans les soirées contées, qu’elles aient lieu dans les bibliothèques ou ailleurs, nous sommes animés par le souci et l’envie de partager la beauté de la langue, la beauté du répertoire, l’ouverture au monde. Dans ces moments, ne l’oublions pas, nous touchons un public qui ne lit pas ou qui lit des choses très fonctionnelles. Par l’intermédiaire du récit oral, envie est donnée d’accéder au texte, dont on n’imagine souvent pas l’émotion qu’il peut receler.
Je crois que le postulat selon lequel les gens aiment a priori les textes de fiction est faux... Le temps n’est pas si loin où la lecture était un vice et une perte de temps. Cela, lié à un apprentissage peut-être douloureux de la lecture, donne un public très éloigné des possibilités d’apprécier la fiction. C’est une vertu du conte que de pouvoir redonner le goût du verbe et des émotions.

Joëlle Pinard

Dans la Drôme, s’est monté un réseau qui s’appelle Contes Drôme. Son objectif est de résoudre les contradictions possibles entre création, diffusion, formation, etc. Nous ne sommes pas des tourneurs de contes, car des associations s’occupent très bien de cette mission.

Ce réseau est constitué des grands théâtres, des MJC, des associations, et les bibliothèques, tant municipales que départementale. Notre dernière réalisation commune a été la venue de Michel Faubert, un conteur québécois, à qui nous avons demandé de répondre à nos spécificités respectives.
Pour notre part, nous lui avons demandé des éléments de formation des bibliothécaires bénévoles, pour que ceux-ci retravaillent, dans leurs bibliothèques avec ce conteur.
C’est sans doute la seule fois, dans les formations que la BDP dispense, que nous avons fait de la littérature et de l’analyse littéraire.

 

Résidences d’écrivains et ateliers d’écriture dans le Tarn

Jacques Perret, Directeur de la Bibliothèque départementale du Tarn

 

J’évoquerai des manifestations réalisées avant mon arrivée dans le Tarn et auxquelles je n’ai pas directement participé. Ma relation des faits ne sera donc pas aussi précise que celle que vient de faire Jacky Besnier. Je vais obligatoirement réinterpréter les intentions qui ont conduit à ces initiatives.

J’évoquerai deux types d’action, la résidence d’écrivain et l’atelier d’écriture, qui se sont, à chaque fois, déroulées dans un contexte spécifique : le centenaire de la Verrerie ouvrière d’Albi d’une part, la maison d’écrivain de Maurice de Guérin d’autre part.

La Verrerie ouvrière d’Albi est une verrerie industrielle chère au cœur des tarnaises et des tarnais parce que c’est Jean Jaurès qui en est à l’origine. Alors député d’Albi, il avait imaginé cette coopérative ouvrière pour sortir d’un conflit social dur caractéristique du XIXe siècle. Le centenaire avait donc une forte valeur symbolique. La Bibliothèque départementale s’y est associée en proposant la réalisation d’un livre écrit par des membres du personnel de l’entreprise. Et, pour y parvenir, la Bibliothèque les avait réunis au sein d’un atelier d’écriture animé par un écrivain. La résidence d’écrivain n’est donc pas, dans ce cas, l’objectif premier mais le moyen d’atteindre l’objectif qui est la publication d’un livre. Ce livre donne la parole à des membres du personnel de l’entreprise, moins pour faire l’historique de la verrerie que pour témoigner de leur métier et pour réaliser un désir d’écrire nettement perceptible à la lecture du livre. Dans ce cas, la résidence de l’écrivain n’est pas concentrée dans le temps mais espacée sur plusieurs mois pour suivre le rythme de l’atelier d’écriture qu’il anime.

Le deuxième contexte concerne la Maison d’écrivain de Maurice Guérin. Maurice de Guérin est un écrivain romantique, contemporain de Hugo et de Lamartine. Eugénie de Guérin, sa sœur, a tenu un journal qui témoigne de la vie tarnaise au XIXe. Le Département s’est porté acquéreur de leur demeure familiale, le Château du Cayla, pour la sauvegarder. La Conservation départementale des musées gère cette demeure et ses jardins ouverts au public, et s’est associée à la BDP pour faire vivre le lieu.

Dans ce cas, l’objectif est de restituer à un lieu sa couleur d’origine, de témoigner de sa contribution à la création littéraire. Plusieurs résidences d’écrivains ont été organisées dans ce but sous des formes diverses : séjour de quatre week-ends et écriture sur l’ambiance du lieu, animation d’ateliers d’écriture, travail avec des classes, etc. L’intention est de montrer que cette demeure est redevenue un lieu d’inspiration et d’écriture. Il est difficile de savoir si cette intention est perçue par le public. Le public concerné par les ateliers d’écriture n’est pas nombreux et les publications des travaux des ateliers sont restées de diffusion restreinte. Mais l’objectif culturel n’est peut-être pas tant de toucher le grand public que de redonner une vie créative au lieu. Pour répondre à cette interrogation, je renverrais volontiers aux publications de laFédération des maisons d’écrivains [1] qui a bien traité de l’animation de ces lieux à l’occasion de plusieurs colloques.

Les moyens humains

Je terminerai en évoquant l’importance de la commande et du choix de l’écrivain quant on pense à une résidence ou à un atelier d’écriture.

La formulation de la commande est un moment décisif du projet. La résidence d’écrivain peut prendre des formes très diverses et l’on peut donc en attendre des résultats très variés. La forme de la résidence et son résultat escompté doivent être réfléchis, formalisés et contractualisés avec l’intervenant pour ne pas s’exposer à des malentendus. Il est fréquent que l’on n’ose pas ou que l’on ne sache pas formuler des contraintes à l’égard d’un créateur. Pourtant l’esprit de la démarche, son calendrier, ses échéances, son public, ses moyens doivent être aussi explicites que possible.

La formulation de la commande est, à mon sens, d’autant plus impérative que souvent le choix de l’écrivain n’en est pas vraiment un : on traite plus volontiers avec des écrivains que l’on connaît déjà ou avec lesquels on se sent des affinités ou dont on sait qu’ils ont déjà fait le même travail ailleurs. On peut alors se sentir libéré de la contrainte de la commande mais risquer de se faire dicter le résultat de la résidence ou de l’atelier.

Le bilan que l’on peut faire de ces opérations est évidemment fonction, et Jacky vient d’insister sur ce point, de la façon dont on a, au moment de la commande, défini les objectifs. Lorsque l’objectif est flou (" réaliser trois ateliers d’écriture ") le bilan risque de l’être aussi !

Notes

[1] Note de l’Editeur : http://www.litterature-lieux.com.

Les Soirées littéraires de la BDP du Calvados : La naissance d’une action culturelle

Jacky Besnier, Directeur de la Bibliothèque départementale du Calvados

 

Le 23 octobre 2000, le Conseil Général du Calvados adopte un premier plan départemental de développement de la lecture et des bibliothèques pour la période 2001-2004. Dans le cadre de ce plan, des moyens supplémentaires sont alloués à la BDP sur son budget de fonctionnement et, notamment, sur la section " animation - formation - communication ".

Avant 2000, la BDP du Calvados avait depuis longtemps mis en place un programme d’animations, dont certaines étaient directement liées au programme de formation. Mais ces opérations étaient plus une addition d’actions d’animation que le résultat d’une véritable politique d’action culturelle. Le tout souffrait cruellement du manque d’une véritable politique de communication.

Nous allons voir comment s’est engagée la réflexion sur la mise en place d’une politique culturelle à la BDP 14 en s’appuyant principalement sur une de nos actions : les soirées littéraires.

La méthode

Le plan départemental a été préparé avec le soutien d’un consultant qui, pour toutes les questions soulevées, et donc celle de l’action culturelle, a provoqué des échanges avec le directeur de la BDP, le comité de pilotage de l’étude, les groupes de représentants des usagers (responsables de bibliothèques du réseau),...

Les moyens humains

Les quatre créations de postes obtenues dans le cadre du plan ont été utilisées en priorité pour organiser le service autour de la notion de sectorisation qui n’existait pas précédemment (le département du Calvados a été divisé en cinq secteurs). Nous avons préféré répartir des responsabilités transversales sur toute l’équipe des bibliothécaires (toutes chargées d’acquisitions et de desserte de bibliobus) plutôt que créer des spécialistes de nouveaux secteurs. Il n’y a donc pas de personnel uniquement affecté aux services de formation, animation et communication. Ce sont des bibliothécaires de BDP, de profil " classique ", qui en assument la responsabilité transversale. Cette architecture a été volontairement choisie pour éviter toute coupure possible entre une équipe de bibliothécaires " généralistes " et une équipe de " spécialistes " de l’action culturelle, de la formation et de la communication.

Certes, ce choix présentent des inconvénients dont la difficulté d’estimation du temps consacré aux responsabilités transversales et le risque de voir ces activités "mordre" sur le temps de travail de traitement des collections.

Mais, en contre partie, ce choix garantit une cohérence de l’équipe et une implication de tous dans les opérations d’action culturelle. La diffusion de l’information est facilitée par le fait que les bibliothécaires responsables des secteurs formation, animation et communication partagent le même grand bureau que leurs collègues chargés des NTIC, du fonds CNL ou des livres en gros caractères, par exemple.

Pour le Calvados, la répartition se fait comme suit :

  • Une assistante qualifée de conservation assure la responsabilité du secteur action culturelle
  • Une assistante qualifée de conservation assure la responsabilité du secteur formation
  • Un assistante de conservation apporte son soutien aux deux précédents responsables et veille au suivi de la communication dans ces deux secteurs.

Les moyens financiers

Pour l’année 2002, le budget de fonctionnement de la BDP du Calvados s’élève à 487 055 € (hors frais de personnel).
Le budget d’acquisition de documents s’y inscrit pour 303 300 € (hors CNL).
Le budget formation, action culturelle et communication s’y inscrit pour 81 055 € et se répartit en :

TYPE DE DEPENSE MONTANT POURCENTAGE
Formation 18 000 € 22.20%
Action culturelle 47 810 € 59.00%
Communication 15 245 € 18.80%
TOTAL 81 055 €  

Pour être complet, il faudrait ajouter une aide sur les frais de transport des écrivains pris en charge par le Centre Régional des Lettres de Basse Normandie pour un montant d’environ 1 500 € et la prise en charge directe par le service Communication du Conseil Général de la moitié des outils de communication pour un montant total de 14 604 €.

En 2002, toutes les dépenses de communication ont été consacrées à l’action culturelle (il n’existe pas encore de catalogue imprimé des formations de la BDP du Calvados. Les dépenses du secteur " action culturelle " et la communication qu’elle génère s’inscrivent donc pour un total de 63 055 € en 2002 (47 810 € + 15 245 €) . Cette somme représente 13 % de l’ensemble du budget de fonctionnement de la BDP ( 487 055 € hors frais de personnel). Par conséquent, nous ne pouvons pas parler de " danseuse " pour qualifier la politique d’action culturelle d’une BDP et sa communication ou alors il faut ajouter que cette danseuse est très raisonnable, même si l’investissement est loin d’être négligeable puisqu’il représente 20,80 % du budget d’acquisition de documents hors CNL (303 300 €).

Pour savoir si nous pouvons parler de " locomotive ", il nous faudra analyser les objectifs poursuivis et identifiés dans la préparation des Soirées Littéraires de la BDP du Calvados.

Nous allons, auparavant, évaluer le temps passé, évaluer l’investissement du personnel nécessaire à la mise en place de ce programme d’actions culturelles pour 2002.

Le temps passé.

Le personnel de la BDP du Calvados n’a pas encore intégré le nécessaire comptage du temps consacré à diverses activités. Nous ne pourrons donc donner ici de chiffrage précis mais seulement des indications sur le temps consacré à l’action culturelle, une activité mangeuse de temps (contacts téléphoniques, accueils SNCF, organisation des repas, réservations hôtelières, visite technique de salles de spectacles, etc...)
Une assistante qualifée de conservation à temps plein consacre un tiers de son poste à la formation.
Une assistante qualifée de conservation à 80% consacre un tiers de son poste à l’action culturelle.
Un assistant qualifé de conservation à temps plein consacre un tiers de son poste au deux secteurs formation et action culturelle.
Le directeur de la BDP prépare les dossiers de demande de subventions à destination des partenaires (DRAC et Centre Régional des Lettres) et suit la réalisation du budget de ces secteurs.
L’ensemble du personnel (secrétaires, bibliothécaires, discothécaires et chauffeurs de bibliobus) est impliqué, à des degrés divers, dans toutes les actions culturelles (courriers d’invitation, réalisation de bibliographies, montage d’expositions, etc.) Cette liste d’interventions reste bien imprécise et nous avons conscience qu’il nous faudra arriver un jour à comptabiliser l’implication des 23 salariés de la BDP du Calvados, en équivalent temps plein, sur ces actions culturelles.

Nous terminerons par l’inventaire des actions réalisées en 2002, avec l’espoir de vous éclairer sur le volume d’activité et d’investissement en personnel.

TYPE D’ACCUEIL NOMBRE DE SEANCES INVITES
Auteurs "jeunesse" 16 Martine Laffon, Jeanne Ashbé
Auteurs "adultes" 8 Yvon Le Men, Guy Allix, Jean Rivet, Zachari Dramani-Issifou, Marie Rouanet, Bertrand Visage, Anne-Marie Garat, Pierre Bergounioux, Didier Daeninckx, Abdelkader Djemaï, Monique Agenor et Fatou Diome.
Conteurs professionnels 17 Claire Garrigue, Gabriel Kinsa, Alain Le Goff et Marie Lemoine.
Balades littéraires 3 Marie-Odile Laîné
Lectures publiques 5 Viviane Jean et amateurs
TOTAL 49 manifestations 20 invités

Les soirées littéraires de la BDP du Calvados : la genèse

Parallèlement au vote d’un premier plan départemental de développement de la lecture et des bibliothèques, nous souhaitions, à l’intérieur d’une politique d’action culturelle validée par le Conseil Général (des moyens supplémentaires), créer un événement culturel fort.

Le choix du type d’opération-phare s’est fait assez rapidement. Par élimination tout d’abord, nous nous sommes refusés à faire une nouvelle opération autour du conte du fait de la proximité des soirées contées " Rêve en Manche ", de la proximité des festivals " Tête en l’air " du théâtre FOZ à Caen et du festival de conte proposé par la Médiathèque d’Argentan dans l’Orne. Pour promouvoir la BDP du Calvados au niveau national, il nous a semblé également que les festivals de contes à l’initiative des BDP étaient déjà fort nombreux.

Notre choix a été orienté par les remarques de notre conseillère technique pour le livre et la lecture à la DRAC de Basse Normandie qui trouvait depuis longtemps que les bibliothécaires étaient encore trop timides dans le domaine des invitations d’auteurs pour adultes. En effet, les invitations d’auteurs pour la jeunesse sont beaucoup plus nombreuses et, plus généralement, les bibliothécaires invitent plus facilement des illustrateurs, conteurs, marionnettistes, musiciens que des écrivains.

Il nous fallait aussi tenir compte d’une autre réalité locale : l’existence des " Rencontres pour Lire " organisées en Normandie par François de Cornière depuis de nombreuses années. Le principe est une lecture théâtralisée d’un texte d’un auteur (contemporain ou non), avec une forte majorité d’auteurs à découvrir. Nous ne voulions surtout pas donner l’impression d’imiter une formule que nous aimons trop pour cela.

Nous souhaitions nous écarter un peu du classique interview d’écrivain par un journaliste ou un critique (du style " Apostrophes "). Nous voulions apporter une touche très conviviale à une manifestation destinée à un public rural ou péri-urbain dans des communes qui peuvent être très petites (500 habitants) tout en lui conservant un caractère culturel de très bon niveau et des conditions techniques d’accueil professionnel.

Les soirées littéraires : un principe simple de carte blanche.

Nous ne souhaitions pas inventer l’eau chaude à tout prix. Nous avons observé ce qui se déroulait dans d’autres départements, d’autres régions et nous avons repris une formule qui fonctionne très bien, depuis des années, à la Bibliothèque Municipale d’Annecy et qui a pour nom "L’espace littéraire".

Le principe est de confier à un auteur une carte blanche pour une année civile. Libre à lui de choisir quatre auteurs à inviter dans notre département. Chaque soirée met en scène trois personnages : l’auteur qui a la carte blanche, son invité et un(e) comédien(ne). L’interview classique (journaliste - écrivain) est remplacé par un dialogue entre deux auteurs. Leur dialogue est rythmé par des lectures publiques d’extraits de leurs textes par un comédien ou une comédienne. En fin de soirée, le public est invité à prendre un pot. Un libraire local assure la vente d’ouvrages et les auteurs se prêtent volontiers aux séances de dédicaces. La première soirée littéraire de l’année se déroule dans le garage des bibliobus de la BDP et les trois suivantes dans des communes du Calvados dont la bibliothèque est desservie par la BDP.

Les soirées littéraires : quels objectifs poursuivis ?

Les objectifs poursuivis dans l’organisation des soirées littéraires peuvent être classés en trois catégories si l’on reprend la typologie proposée par Anne-Marie Bertrand lors du colloque " Animation et bibliothèque : hasard ou nécessité ? " à la BPI en avril 1995.

  • La finalité culturelle
    • faire découvrir ou redécouvrir des auteurs contemporains,
    • enrichir le fonds de la BDP,
    • constituer et diffuser des bibliographies,
    • provoquer des rencontres d’auteurs,
    • créer des filiations entre auteurs (quand nous aurons plusieurs années de fonctionnement),
    • connaître les comédiens et les troupes régionales (grâce aux lectures à voix haute confiées aux comédiens de notre région).
  • La finalité politique (renforcer la place de la BDP dans le département, faire de la BDP et de son réseau un espace civique, un lieu de rencontre et d’échanges)
    • favoriser des lectures communes dans une BDP et les échanges qui s’ensuivent,
    • encourager les bibliothèques à inviter des auteurs,
    • faire partager des moments de bonheur intellectuel à une équipe de collègues,
    • placer les bibliothèques sur le même terrain que d’autres institutions culturelles (théâtres, musées ou écoles de musiques),
    • proposer en milieu rural une action culturelle de qualité identique à celle diffusée en milieu urbain,
    • donner au personnel de la BDP de nouvelles compétences à transmettre à tout le réseau départemental,
    • faire entrer la bibliothèque dans l’économie culturelle (les contrats, les régisseurs techniques, l’économie du livre,...),
    • présenter un plateau technique de qualité professionnelle (son, éclairage et décor),
    • faire de l’action culturelle en bibliothèque et non pas de l’animation socio-culturelle,
    • dédramatiser l’invitation d’un écrivain.
  • La finalité stratégique (donner une meilleure image de la BDP auprès des élus, de la population, de la presse ; renforcer sa légitimité)
    • promouvoir la lecture,
    • promouvoir les bibliothèques,
    • faire connaître la BDP à un large public,
    • favoriser les rencontres avec les libraires,
    • promouvoir la BDP au niveau départemental, régional et national,
    • favoriser l’intégration de la BDP dans un réseau de partenaires culturels,
    • souder l’ensemble du personnel de la BDP autour d’un projet commun,
    • donner à la BDP le statut d’un véritable équipement culturel,
    • valoriser le travail intellectuel des bibliothécaires auprès des élus, auprès des responsables de bibliothèques du réseau.

En guise de conclusion

L’ensemble des objectifs poursuivis ( à finalité culturelle, politique et stratégique) devra être confronté, à l’heure du bilan, aux résultats obtenus dans différents domaines. Après deux années de fonctionnement, nous pouvons dire, d’ores et déjà, que la fréquentation des soirées littéraires est satisfaisante (entre 40 et 80 participants par soirée). Confrontée à la faible population de certaines communes rurales, cette fréquentation peut même être remarquable. Il reste cependant qu’une analyse fine, objectif par objectif, devra être faite pour en tirer de véritables enseignements.


Questions à Jacky Besnier

Question

Jacky Besnier nous a dit que la mise en place des lectures dans le Calvados avait coïncidé avec le vote par le Département du plan de développement... Les lectures elles-mêmes, par le choix des lieux ou de toute autre manière, viennent-elles renforcer la stratégie de développement formalisée dans le plan ? Ou sont-elles simplement une opération médiatique d’accompagnement ?

Jacky Besnier

 

Honnêtement, il n’y a pas de lien structurel entre les deux opérations. Votre question me ramène au débat sur les BDP prestataires ou opérateurs... Nous sommes tour à tour prestataires et opérateurs. Dans le cadre des soirées littéraires, nous nous affirmons comme opérateurs d’un geste culturel fort qui vise à renforcer l’image de la BDP. Après deux ans, je crois que cet objectif a été atteint.

Didier Guilbaud

Deux points, si vous le permettez :

Premier point, les BDP ont, me semble-t-il, un rôle de rééquilibrage culturel à jouer. Si les BDP ne font rien pour que des écrivains d’un certain renom viennent en milieu rural, qui va le faire ?

Deuxième point, ce travail d’action culturelle est un élément essentiel de reconnaissance de la BDP par sa propre tutelle. C’est à partir de cette reconnaissance que certaines choses deviennent possibles. Si nous n’avions pas monté le festival de conteurs dont je parlerai demain, je ne suis pas sûr qu’on aurait aujourd’hui la même possibilité d’action sur d’autres domaines.

Anne Chaillot

Je crois qu’il convient de distinguer notoriété et qualité de l’écriture. Dans le domaine de la fiction littéraire, il apparaît dans les choix de livres en bibliobus, que les 4/5e des écrivains qu’on croit connus ne le sont pas par le public, et que les écrivains connus représentent une infime partie des écrivains.

En Loir-et-Cher, nous faisons des rencontres d’écrivains depuis cinq ans. Nous avons invité des auteurs de petites maisons d’édition. Ils ne sont pas parmi les " meilleurs vingt " , car notre objectif est justement d’aller à la découverte de nouvelles formes d’écriture et de favoriser la connaissance des petits éditeurs. Nous avons toujours eu du public. Qu’importe la notoriété de l’auteur ! Ce qui compte, c’est la rencontre... C’est l’événement de cette rencontre rendue possible qui amène du monde.

Ce qui est essentiel, au fond, c’est la qualité de la mobilisation des personnes sur place. La lecture des textes, au fond, n’a rien à voir avec la rencontre avec l’auteur. On peut ne pas avoir aimé une œuvre et éprouver un grand plaisir à rencontrer l’auteur. Cette rencontre est un nouveau départ pour une découverte possible des œuvres de cet auteur.

Marie Rouanet

Je me permets d’attirer ici l’attention sur la formule retenue pour une rencontre d’écrivains à Annecy : un écrivain est invité pour une séance par mois pendant cinq ou six mois. Il ne parle pas de lui, mais dit son admiration pour un autre et les raisons pour lesquelles il l’admire.

 

Quand on donne ainsi quelqu’un à aimer, on peut se laisser formidablement aller, ce qui, naturellement est mal venu quand on parle de son propre travail !

Jacky Besnier

Je profite de cette perche qui m’est tendue pour mentionner que le Calvados s’est inspiré de l’espace littéraire d’Annecy. Christine Colas, qui dirige la bibliothèque d’Annecy, a été bibliothécaire à Cherbourg... des contacts ont donc été gardés.

Françoise Lamandier

Les uns et les autres, avez-vous des pratiques de coopération avec d’autres établissements pour mutualiser un certain nombre de coûts ?

Jacky Besnier

Je souhaite beaucoup cette mutualisation... Mais convenons qu’il est rarement possible de se mettre d’accord sur nos calendriers respectifs.

Les financements par contre sont croisés : DRAC Basse-Normandie et Centre régionale des lettres participent ainsi à cette opération.

Marie-Hélène Renou

Après quatre ans d’expérience d’invitation d’écrivains dans le département des Landes, ce qui m’a paru inattendu, en termes de résultat, c’est le renforcement des compétences des bibliothécaires : non seulement au sein de l’équipe elle-même, mais aussi au sein du réseau.

 

Jacky Besnier

Dans le même ordre d’idée, ces manifestations ont été, dans la BDP du Calvados, un outil extraordinaire pour souder l’équipe. On est très nombreux à venir à chacune des soirées. Il s’agit de rendez-vous de bonheur qui donnent vraiment un sens à l’ensemble de notre travail.

Question

En amont des soirées, est-il fait un travail de sensibilisation du réseau sur la connaissance des auteurs invités ?

Jacky Besnier

Ce travail n’est pas fait à l’échelle de tout le réseau, mais au niveau de la bibliothèque sollicitée pour accueillir la soirée. C’est l’équipe de la bibliothèque qui va chercher le public au niveau local, même si nous faisons un travail de promotion au niveau du département.

Question

L’action culturelle est-elle une locomotive au point que, dans un département dans lequel le réseau est défaillant ou pas encore solidement constitué, elle contribue à son développement et à sa qualité, ou bien convient-il d’abord de travailler l’infrastructure, l’implantation, et de développer ensuite l’action culturelle ?

Jacky Besnier

 

Pour la Calvados, notre réflexion nous a conduits à mener les deux en parallèle. Nous sommes allés avec des invités dans des lieux qui en terme de normes sont loin, d’être idéaux, mais dans lesquels travaille un groupe d’acteurs locaux motivés.

Je l’ai déjà dit, il est plus facile de promouvoir des soirées littéraires qu’un plan de développement ou un recueil de normes.

Dominique Lahary

Chaque année, dans le Val-d’Oise, nous offrons un spectacle à six communes, dans le cadre de la Lire en fête. Une collègue définissait les critères de choix en disant qu’on donnait ces spectacles aux bibliothèques méritante ! La formulation, humoristique, peut heurter, mais la pratique est sensée... Finalement, j’en suis d’accord avec Jacky, la question n’est pas celle de l’équipement, mais de l’équipe.

Alain Caraco

Étant passé de BDP en BM, je remarque que les BM sont beaucoup plus visibles que les BDP, leur notoriété locale est bien meilleure. On a beau être plus visible en BM, par rapport à une scène nationale, on reste vraiment discret.

La constatation est la suivante : la bibliothèque touche beaucoup de monde et inscrit son action dans la durée. Mais ce qui rend visible, ce qui attire l’attention, les financements et les moyens, c’est l’événement !

La lecture à haute voix : sur un chemin bien peu balisé

Marianne Cantacuzène, lectrice publique

 

Avant de venir à Agen, j’ai lu le programme de ces journées, et j’ai constaté que l’Association des Directeurs des Bibliothèques Départementales de Prêt m’offre une tribune de choix, ce dont je la remercie. Je la remercie d’autant plus que j’ai le plaisir de me trouver aujourd’hui au côté de Marie Rouanet que, plus jeune, j’étais venue écouter à la bibliothèque de Bédarieux ; celle-ci était encore, à l’époque, dans le centre culturel.

Je m’efforcerai de témoigner du point de vue de ma pratique artistique professionnelle, pour tenter d’apporter une contribution utile à ces débats.

J’ai souhaité, outre une description de mon parcours et de ma pratique professionnels, énoncer ici les questions que je me pose aux plans artistique, économique et social. C’est dans ce dernier champ que se situe, pour moi, la rencontre entre la bibliothèque publique et la lectrice que je suis.

Parcours et pratique professionnels

Formée au théâtre, du côté des amateurs, pendant vingt ans au sein du Théâtre du Campagnol, puis ayant fréquenté d’excellents comédiens comme spectatrice privilégiée (j’ai travaillé pendant dix dans l’équipe de direction d’un théâtre professionnel), j’ai commencé par faire des lectures-spectacles avant d’en arriver à une forme plus sobre de lectures à haute voix en public. En fait, j’ai commencé à lire publiquement pour inciter les gens à venir au théâtre, pour essayer de leur donner le goût de ce qu’ils pouvaient y voir.

Aujourd’hui, je suis lectrice publique à plein-temps depuis deux années.

Je lis, sur commande, à l’occasion de festivals (Festival de la Nouvelle à Saint Quentin, Festival Des vallées se livrent dans l’Hérault) ou pour des soirées privées, comme pourrait le faire un musicien ; je lis également, à l’occasion des grandes fêtes de lecture que sont Le Printemps des Poètes ou Lire en Fête des textes que j’ai choisis dans un répertoire que je me constitue au fil du temps comme un catalogue. Mes lectures sont souvent accompagnées de musiques composées et jouées pour l’occasion.

Mon goût, je dirais presque mon choix militant, me porte à aller lire pour des gens qui n’en ont pas l’habitude, des œuvres d’une qualité littéraire incontestée : je pense par exemple à la lecture d’un roman de Salman Rushdie que j’ai proposée cet été lors d’une opération qui s’appelait Les Musardînes dans le département de la Somme.

Mais aussi, et surtout, je construis des lectures au très long cours qui deviennent des aventures humaines.

En 2001, de mai à octobre a eu lieu La très grande randonnée de l’histoire de Don Quichotte, ou le livre qui se rend à pied au cœur des campagnes. Il s’agissait de la lecture intégrale du roman de Cervantès dans la magnifique traduction d’Aline Schulman au Seuil, réalisée en traversant la France à pied, et en lisant dans 90 communes différentes comme autant d’épisodes, ce merveilleux feuilleton.

Aujourd’hui, je suis en train de mettre sur pied un autre projet fou qui s’intitulera La fête à Victor ou le partage de La Légendequi lui, sera réalisé en janvier 2003 à Amiens où je vis. Il s’agit de la lecture intégrale de La Légende des siècles de Victor Hugo, d’un seul trait, durant un marathon-lecture d’une trentaine d’heures avec une centaine de lecteurs qui donneront chacun la couleur singulière de leur voix.

En outre, j’encadre des formations à la lecture à haute voix dans des établissements scolaires, dans des bibliothèques, à l’université, et dans une maison d’arrêt. Le dernier projet en date autour de La Légende est d’ailleurs essentiellement un projet de formation, puisque avec une équipe de dix professionnels, nous sommes en train de former les cent amateurs que nous avons embarqués dans notre aventure !

Voilà pour la présentation succincte de mon parcours professionnel.

Les questions artistiques : quel répertoire ? quelle interprétation ?

En tant que professionnelle du spectacle, et sans doute parce que je viens du théâtre, la première question est celle de la validité artistique de mon travail.

En premier lieu, sur le répertoire. Quoi lire ? Quoi lire à qui ? Parce que hormis l’âge, je ne crois pas qu’il y ait des œuvres que l’on doit réserver à telle ou telle catégorie sociale.

J’ai longtemps lu bénévolement à des illettrés, souvent d’origine étrangère ; et mon meilleur souvenir a été lorsqu’une femme qui m’écoutait régulièrement est revenue, très fière, un livre de Maupassant sous le bras parce que " ce Monsieur Maupassant, il sait bien raconter les histoires ".

Plus récemment, j’ai réussi à enchanter des gens de cette même association de lutte contre l’illettrisme, avec un roman de Salman Rushdie.

En prison, une détenue a décollé de la réalité carcérale en travaillant avec moi sur un poème de Francis Ponge.

Une des choses que je trouve les plus difficiles, c’est de se constituer un répertoire qui a une valeur littéraire. Car bien peu de livres, hors du théâtre, ont été écrits pour être lus à haute voix, je veux dire lus dans leur intégralité : on n’a pas le temps de se faire tout lire par la lectrice.

Les gens sont actuellement très friands de petits morceaux de choix. Je pense en particulier à des lectures thématiques qu’on m’a commandées sur le vin, sur le goût ou sur le pain… Je le fais, tout en y répugnant un peu, sauf avec des textes courts dont on peut donner tout le contenu, parce que je suis viscéralement opposée aux best of, et aux reader digests ! P

arfois, surtout avec des préadolescents, je lis le début d’un roman de qualité, avec la ferme intention qu’ils l’empruntent ensuite. Et ça marche bien !

Au fil de mes lectures personnelles, j’essaie de trouver de courts textes, très divers, parfois des traductions étrangères, car j’aime emmener les auditeurs vers des univers qui nous font voyager.

L’interprétation est au centre de mon questionnement personnel.

Est-ce du théâtre, mais alors, pourquoi avoir le texte en main ?

Qui est la lectrice ? Un personnage de l’histoire, le personnage de La lectrice ?

Que donne-t-elle à entendre : sa voix, la voix de l’auteur, la voix d’un narrateur, la voix de chacun des personnages ?

Que donne-t-elle à voir ? Sa présence en public fait-elle spectacle ? Porte-t-elle une tenue particulière, des accessoires, est-elle dans un décor, une lumière ?

Je n’ai pas de réponse toute faite ! !

Tombée en amour devant un texte, qui m’a fait rêver, je me demande toujours, comme au jeu du baccalauréat : " et si c’était une musique ? " comme je pourrais me demander " et si c’était une couleur, une lumière ? ", en l’associant à une création plastique.

Le théâtre m’a toujours appris que tout ce qui est donné à voir est vu par le public. Or n’étant pas un personnage autre que la lectrice, la passeuse de texte, j’aurais tendance à aller vers une forme où seule la musique en train de se jouer sur scène, et la voix en train de se dérouler, font image. Pour que l’auditoire se fabrique lui-même ses images. Je me sens de plus en plus comme une instrumentiste ; ma voix dans mon corps étant l’instrument, le texte, la partition.

En fait, chaque œuvre appelle sa forme : avec Don Quichotte, j’arrivais en marchant et jouant du tambour, j’avais un vrai costume de scène. Pour Victor Hugo, nous serons très neutres, très sobres, mais nous avons choisi un décor naturel très prégnant avec le Musée de Picardie. Pour Salman Rushdie, nous sommes assises avec le public autour d’une grande table où de simples fleurs coupées et des petites bougies nous emmènent dans un univers kitsch assez indien… Pour le concert littéraire Le sens de la marche, nous sommes vêtus comme de simples instrumentistes, et ce sont les instruments de musique qui sont les plus imposants sur la scène.

Les questions économiques : comment gagner sa vie en allant lire à la campagne ?

A la sortie d’une lecture privée, une dame ravie me demandait d’un air gourmand et légèrement sûr de la réponse " et vous arrivez à en vivre ? ".

Je n’osai pas lui rétorquer " très mal Madame, merci ! "... En début de carrière, et c’est là que je me situe, le téléphone ne déborde pas de demandes !

Or il est très difficile de démarcher des gens, à la manière d’un artisan, pour vendre quelque chose qui n’est pas un produit. Les gens adorent qu’on leur lise des histoires, mais en rien ils n’imagineraient payer pour cela.

Et puis, me situant plutôt du côté de la passion pour un texte et/ou un projet de diffusion culturelle pour des territoires ruraux, ou en partageant avec des amateurs qu’il faut former avec la plus haute exigence, je me situe forcément dans le champ de l’action subventionnée.

De ce point de vue, je suis plutôt bien lotie, puisque les institutions départementales, régionales et nationales m’ont soutenue pour tous les projets un peu grands. Mais le métier de chasseur de subventions est un métier à plein temps, qui empêche d’avoir l’esprit tranquille pour améliorer son travail par la formation continue, qui fait se confondre les critères de qualité intrinsèque, de difficultés budgétaires réelles, ce qui est usant et anxiogène.

Je veux continuer à aller lire dans les campagnes. Qui peut m’aider ? Est-ce utile ? Suis-je la bonne personne pour le faire ? Pourquoi dépensai-je autant d’énergie à inventer des projets qui vont certes donner envie, mais qui vont encombrer les commissions d’attributions de subventions et les comités d’experts qui ne savent pas dans quelle case me mettre ?

J’en arrive, très naturellement par ces questions, au dernier point de mon intervention qui est celui de

L’utilité sociale : comment rencontrer la bibliothèque publique ?

En effet, j’ai rencontré, en particulier au moment du montage de la production de la lecture de Don Quichotte (c’était un projet qui tournait avec un budget de près de 600 000 F), une écoute enthousiaste de votre part.

A la bibliothèque départementale du Tarn, dans celle de l’Aveyron, du Cher, de la Somme, du Pas-de-Calais, du Nord, j’ai trouvé une écoute, des conseils sur vos réseaux que vous semblez très bien connaître, et parfois… des sous !

Dans le Pas-de-Calais, j’ai même trouvé auprès de Pierre Andricq une proposition de coproduction pour le passage de Don Quichotte, puis pour notre concert littéraire Le sens de la marche. Aujourd’hui, tout est prêt, les affiches ont été imprimées grâce à ces subventions, la lecture est proposée à moitié prix aux bibliothèques du réseau qui la programment, mais j’ai un mal fou à convaincre ces bibliothèques de nous faire venir.

J’ai plus de chance dans la Somme où la même proposition a été faite à des programmateurs du réseau des Petites Scènes de la Somme, qui eux l’ont choisie…

Je sens, après deux années de travail, que mes relations avec les bibliothèques dépendent de leur richesse économique : en secteur urbain, ou dans des équipements liés à des communautés de communes, nous parlons la même langue. Nous nous régalons à l’avance de faire partager un texte à un auditoire (je pense à Lydie Glaunès dans le Tarn, à la bibliothécaire de Mourjou, à Hélène Debar à Liginiac, à Françoise Coqblin à Pithiviers, à Dominique Bouvier à Vert-le-Petit, à Madame Colombe à la Médiathèque de Rungis, à l’équipe de la médiathèque de Grouches-Luchuel, à Michèle Leucérand et à Brigitte Luche dans le Nord, à Philippe Gaucher à Calais, ….).

Au moment de la lecture, l’énergie et le dévouement des personnels des bibliothèques qui nous accueillent sont toujours très émouvants.

Dans des équipements pauvres, où même le personnel permanent n’est pas payé, il est bien plus difficile de parler de littérature, quand on a fait le constat navré que ma proposition de prix est obscène en regard du budget annuel consacré à l’achat de livres…

Pour conclure, je voudrais rappeler l’objectif de mon travail de lecture en public, parce que j’ai l’intuition qu’il recoupe le vôtre.

Pour moi, il s’agit d’abord de participer au partage de la littérature avec le plus grand nombre.

Si j’étais rentière, et que je pouvais travailler sans souci du lendemain, mes lectures auraient toutes comme décor, des piles de livres. Ces piles seraient offertes au public, car systématiquement, lorsque la lecture a bien marché, les gens viennent feuilleter mon livre, et je sens qu’ils repartiraient bien avec…

Or, c’est dans ce cas-là seulement, lorsque j’ai donné envie de lire, que j’ai l’impression d’avoir accompli mon travail.

Je pense que nous pourrions collaborer plus étroitement par le biais de la formation croisée : il pourrait exister des ateliers de lecture à voix haute, comme il y a des ateliers de théâtre, où l’intervenant artiste proposerait sa compétence de travail vocal et corporel, tandis que l’intervenant bibliothécaire proposerait sa compétence documentaire en alimentant un répertoire de textes contemporains par exemple. On pourrait imaginer que l’auteur soit associé à un travail de cet ordre.

L’écrivain et son public en bibliothèque

Marie Rouanet , écrivain

 

’étais, il y a peu, à la fête du livre de Brive et le samedi soir, à table, il y a eu grande discussion sur la question de savoir ce que désire un écrivain. Les positions étaient à peu près également réparties : il s’agissait d’être lu... et bien lu.

Etre lu, c’est toute l’affaire de l’édition. C’est l’histoire d’un livre, histoire longue parfois, qui court de la présentation d’un manuscrit à sa réalisation, sa mise en place, sa publicité... Cette histoire implique de nombreux agents : l’auteur, l’éditeur, le journaliste, le diffuseur, le libraire... Du manuscrit à la table du libraire, il se passe beaucoup de temps et ce décalage de l’écrit au lu est essentiel sans doute à la vie du livre telle que nous la connaissons.

Être bien lu, cela concerne le destinataire du texte, celui que j’appellerais le lecteur de base : non pas le lecteur de la maison d’édition, qui est toujours suspect, non pas le journaliste, non pas le critique...mais l’anonyme qui se saisit du livre et qui le lit sans qu’on sache ni comment ni pourquoi..

Quelle réaction, quel retour l’écrivain reçoit-il du lecteur ? Si nous prenons un livre vendu par exemple à 10.000 ou 15.000 exemplaires, le nombre de gens qui pourront dire à l’auteur ce qu’ils en pensent, soit dans une lettre, soit dans un rapport véritablement personnel, ce nombre est infime.

L’écrivain souhaite être lu par tous, bien sûr, par n’importe qui, par le lecteur anonyme, multiple, par n’importe qui de n’importe où ; et, paradoxe, dans le même temps, il aimerait être derrière l’épaule de chacun pour s’assurer de la qualité de chaque lecture particulière, pour proposer même à chacun une explication de texte, pour guider la lecture.

Il y a toujours, chez l’auteur, cette crainte de n’être pas compris... C’est une véritable angoisse : comment un lecteur peut-il sauter certaines de mes pages ? Comment peut-il renoncer à finir mon livre ? A-t-on très bien compris telle page et telle autre ...

Rencontrer un lecteur est, pour un écrivain, une véritable épreuve, mais une épreuve dont il est friand. Si l’acteur de théâtre, le chanteur, l’artiste scénique en général peut sentir la pulsation de ce qui fonctionne dans le spectacle, l’auteur, lui, ne peut sentir tout cela. L’auteur en fait est fondamentalement seul ; il souhaite sans doute cette solitude dont a besoin et que lui procure l’écriture ; il n’entend que le murmure de son propre stylo ; il ignore où va tomber son texte, en quelles mains, pour quel usage...

La bibliothèque offre à l’écrivain cette possibilité de rencontre avec le public ; elle offre cette sensation de la qualité de la réception du texte, de l’émotion qu’il suscite. Mais le livre est fini. Il est irrattrapable. Le tour de chant, la pièce, eux, peuvent être un peu modifiés, transformés en fonction des réactions du public.

Le lectorat est une chose extrêmement évaporée dans l’espace et dans le temps... J’évoquais le temps nécessaire à l’édition d’un texte. Quand mon prochain livre sortira, il ne sera déjà plus d’actualité pour moi ; je serai attelée à un autre ouvrage, concentrée sur un autre travail.

Il existe également cette distorsion dans le temps des gens qui découvrent aujourd’hui un livre ancien d’une dizaine d’années. Vous n’êtes plus vous-même, le contemporain de cette œuvre. Et pourtant, c’est celle-là qui a fait mouche.

En bibliothèque, le lectorat n’est plus un lectorat, c’est un auditoire. Il y a quelque chose de magique à tenir le public sous son regard, à pouvoir le surveiller, à pouvoir veiller à ce qu’il ne s’égare pas, à pouvoir s’assurer qu’il va comprendre exactement ce qu’on a voulu dire... Quel soulagement de pouvoir dire la glose du texte plutôt que le texte lui-même !

Certes, en bibliothèque ne sont présents que les gens que l’auteur intéresse... Cela lui évite de rencontrer ceux qui n’aiment pas ce qu’il fait, ceux qui sont critiques... pire, ceux qui sont indifférents à son travail. J’ai une grande reconnaissance pour la bibliothèque en général, en tant que lectrice, bien sûr, mais en tant qu’écrivain également : c’est là que se tiennent les rencontres les plus intéressantes qu’il me soit donné d’avoir.

Les bibliothécaires lisent vos livres, ils en discutent parfois dans un comité de lecture, ils les mettent en circulation, ils les exposent, ils les prêtent, ils forment les lecteurs. La venue d’un écrivain est l’occasion d’une attention portée à l’œuvre.

L’écrivain va connaître dans ces lieux, qu’ils soient vieux, poussiéreux, pleins de vieilles dames et de vieux messieurs, la chaleur du rapport direct, le bonheur du rapport direct.

Beaucoup de petites bibliothèques fonctionnent grâce au bénévolat et l’on est très ému de ces gens qui se mettent à votre service , sans que cela soit leur métier... Je me demande d’ailleurs si je ne vais pas écrire un livre sur les bibliothèques qu’il m’a été donné de connaître. Car je suis allée un peu partout ! Je connais sans doute la bibliothèque la plus petite du monde... Elle se trouve dans le tambour d’une entrée de poste, dans le Puy de Dôme. On souhaiterait certes pour ce village des locaux où l’on pourrait se tenir autrement que debout...mais ce qui est émouvant là, c’est l’arrivée du livre.

Sans être forcément des lieux aux normes, les bibliothèques sont de formidables lieux de rencontres. J’ai aussi visité de nombreuses bibliothèques de prison... La bibliothèque va jusque-là, et c’est bien. J’accepte volontiers toutes les invitations dans les maisons d’arrêt, car je crois qu’avec les hôpitaux et les maisons de retraite, il s’agit là des endroits où le livre peut faire le plus de profit ; ce sont des lieux où l’on a du temps.

C’est dans les bibliothèques que je touche du doigt l’impact d’une parole, non pas faite pour être dite, mais qui, ici, est lue, puis commentée. Cette expérience est pour moi irremplaçable. Ce que je vis dans les bibliothèques ne modifie pas le travail d’écriture, ne modifie pas ce qu’on doit écrire, ce qu’on sent devoir faire (ceci se situe sur un autre plan), mais me permet de ressentir le fruit porté par cette parole écrite.

 

L’action culturelle de la BDP au sein du conseil général

Hugues Hairy, Directeur du développement culturel du Département de la Somme

 

L’action culturelle de la BDP au sein du conseil général
Hugues Hairy, Directeur du développement culturel du Département de la Somme

Personne aujourd’hui ne remettrait en question la nécessité d’accompagner la fonction de desserte des bibliothèques départementales d’un ensemble d’actions diverses, qui ont toutes pour finalité d’ouvrir les lecteurs, et plus encore les non-lecteurs, au monde de l’écrit. Cette ouverture est favorisée, non seulement au travers d’une pratique, celle de la lecture, dont on sait qu’elle intéresse, au mieux, un Français sur deux, mais par le biais d’interfaces présupposées permettre des approches multiples, variées, informatives, ou ludiques de ce monde de l’écrit.

Cette mise en question pourrait pourtant paraître légitime, au regard des chiffres constatés d’inscription de la population dans les bibliothèques. Il suffit de se souvenir de l’enquête(1) menée sous la direction d’Olivier Donnat en 1997, pour réaliser que 21% seulement des Français, toutes catégories comprises, sont inscrits en bibliothèques et les fréquentent régulièrement.

L’action culturelle est-elle une réponse adéquate aux questions lourdes que suscitent les difficultés à entrer dans le monde de l’écrit pour nombre de nos concitoyens ? Je n’irai pas au-delà de cette question, vous laissant le soin d’en débattre ici même.

Cette réflexion, aussi sommaire soit-elle, est de nature à conduire l’action culturelle menée par la bibliothèque départementale sur des voies moins classiques que celles empruntées traditionnellement.

Partons donc du principe que les bibliothèques départementales ont pour mission, la desserte, option qui reste fondamentale, et l’action culturelle. Disons tout de suite que les BDP, à cet égard, ne se distinguent pas des autres services culturels, qu’il s’agisse des archives, de l’archéologie ou autres musées.

Pour ce qui est de la bibliothèque départementale de la Somme, l’action culturelle représente une activité majeure de son quotidien : expositions, in situ ou vagabondes, conférences, publications, ateliers divers, constituaient et constituent toujours une part importante de son activité, généralement orientée en direction des relais-lecture implantés sur l’ensemble du territoire départemental.

La période issue des lois de décentralisation allait venir perturber ces pratiques. Il y avait l’avant et je crois pouvoir dire qu’il y aura, au moins dans la Somme, l’après 86.

C’est en effet à partir de cette date, et petit à petit, que les collectivités départementales ont élargi leurs activités culturelles au-delà du strict domaine de leurs compétences légales (archives et bibliothèques départementales), en se dotant de politiques liées à la diffusion du spectacle vivant, à l’archéologie, aux musées, etc.

Cette politique culturelle départementale qui, peu à peu, se met en place, tout en respectant les missions des uns et des autres de ces services, impose aux mêmes uns et aux mêmes autres, des finalités communes auxquelles chacun doit s’efforcer d’adhérer : aménager le territoire départemental, réduire, autant que faire se peut, les inégalités d’accès à la culture, rééquilibrer l’offre culturelle entre zones rurales et zones urbaines, élargir les publics...

De nécessaires collaborations, rapprochement et synergies, ont été la conséquence de cette définition d’objectifs communs, tant entre les divers services culturels, qu’au-delà, dans le cadre des politiques générales menées par les départements.

Il y a une rupture et une évolution qui voient les actions culturelles menées par la bibliothèque départementale sortir de ses affinités traditionnelles pour participer à la politique départementale.

La situation qui faisait de la bibliothèque départementale un service extérieur, avec tout ce que cela pouvait supposer d’indépendance des missions, est désormais caduc dans notre département. J’en donnerai quelques exemples concrets, du plus simple au plus ambitieux.

Le plus simple et le plus évident, concerne les liens qui se sont institués entre la bibliothèque départementale et l’un des musées départementaux, qui consistent à mettre en place de manière systématique des présentations ou à faire des acquisitions dans le droit-fil des expositions présentées par le musée.

Ce sont de même les collaborations qui se sont instituées entre la bibliothèque départementale et un festival de musique classique existant dans le département. A l’inverse, ce sont également les collaborations du musée avec la bibliothèque, à l’occasion de Lire en fête, du Printemps des poètes et autres opérations thématiques.

Moins banales sont certainement les opérations menées avec les services sociaux du département. J’en retiendrai trois qui me semblent dignes d’intérêt et dont je ne doute pas qu’elles soient désormais la norme dans chacun de nos départements :

  • la mise en place de points-lecture dans les centres de loisirs sans hébergement,
  • le dépôt de malles-lecture (des livres à toucher) dans les centres de protection maternelle et infantile,
  • la réalisation d’un film vidéo spécialement destiné aux assistantes maternelles en matière de formation à la pratique de la lecture pour les enfants dont elles ont la garde...

S’agit-il d’action culturelle ? Je vous laisse en juger.

Plus ambitieuses, sont les actions conduites par la bibliothèque départementale dans le cadre de notre compétence auprès des collèges.

Dans le cadre d’un partenariat, que je n’hésite pas à qualifier d’exemplaire, entre la DRAC Picardie, le rectorat, l’inspection académique et le conseil général de la Somme, nous avons mis en place d’abord de manière expérimentale, de 1998 à 2002, sur cinq collèges, et depuis cette année sur vingt collèges ruraux et ZEP(2), un contrat départemental de développement culturel.

J’en cite les grandes lignes :

Il s’agit d’un contrat de quatre ans. Il s’intéresse à tous les élèves, de la 6e à la 3e. Il est inséré et voté dans le cadre du projet d’établissement. Il concerne tous les élèves de chacun des établissements (ce qui, pour les 20 collèges, représente 8 000 élèves). A chaque niveau, correspond une initiation à un domaine culturel :

  • le patrimoine en 5e,
  • les arts plastiques en 4e,
  • l’audiovisuel et le multimédia en 3e,
  • le spectacle vivant en transversal de la 6e à la 3e,
  • et, bien sûr, la lecture et l’oralité en 6e.
Pour ce qui concerne les compétences de notre bibliothèque départementale, et singulièrement de son directeur, qui est aussi le responsable du thème lecture et oralité de ce projet, il s’agit de mettre en place les différentes interventions annuelles, tant à l’intérieur des établissements que dans le cadre de visites extérieures.

Au programme de ces interventions, deux modules sont obligatoires :
La rencontre avec un auteur d’abord : comment écrit-on ? Quelles sont les sources de l’inspiration ? Y a-t-il des techniques d’écriture, etc ?
Puis la rencontre avec un éditeur et / ou un imprimeur.

Sont également proposées des opérations optionnelles, telles que la visite d’un média, une rencontre avec la bibliothèque-médiathèque la plus proche, la visite d’un établissement culturel notable du département...

Dans le cadre de même contrat, la bibliothèque départementale assure des journées de formation pour les enseignants, notamment en matière d’ateliers d’écriture et de bande dessinée.

Ce sont ainsi, dans le cadre de ce contrat d’action culturelle dans les collèges, environ 200 interventions annuelles qui sont ainsi portées par la bibliothèque départementale de la Somme.

Je vous laisse le soin d’apprécier et de juger la politique culturelle menée par notre bibliothèque départementale qui, nilocomotive, ni danseuse, pour reprendre les termes de votre questionnement, joue ou essaie de jouer son rôle de donneuse d’envie de lire et de vivre ensemble.

En conclusion, et en attendant le débat, je redirai qu’il n’est plus envisageable aujourd’hui dans la Somme, d’imaginer qu’un service culturel puisse ne pas s’intégrer à l’ensemble plus vaste que constitue la politique culturelle départementale, à laquelle chacun doit, sans renoncer à aucune de ses missions de base, participer à son niveau et avec ses compétences spécifiques. Je me dois de dire que c’est le cas dans mon département. Chacun s’en félicite : les professionnels et les partenaires, mais surtout, et c’est sans doute plus rare, les élus.


Notes

(1) Les pratiques culturelles des Français, en quête 1997, Ministère de la culture et de la communication, sous la dir. D’Olivier Donnat. La Documentation française, 1999.

(2) Note de l’éditeur : Zone d’éducation prioritaire : Le concept, né au cours de l’été 1981, a notamment été relancé en 1997 et a fait, depuis, l’objet de nombreuses circulaires. Voici les dernières :

  • Les pôles d’excellence scolaire dans les ZEP et les réseaux d’éducation prioritaire : Circulaire n° 2000-008 du 8-02-2000 (Encart du B.O. n° 8 du 24-02-2000)
  • Elaboration, pilotage et accompagnement des contrats de réussite et des réseaux d’éducation prioritaire : Circulaire n° 99-007 du 20-01-99 (Encart du BO n° 4 du 28-01-99)
  • Relance de l’éducation prioritaire : mise en place des réseaux d’éducation prioritaire et des contrats de réussite : Circulaire n° 98-145 du 10-07-98 (BO n° 29 du 16-07-98).

Questions à Martine Blanc-Montmayeur et Hugues Hairy

 

Question

 

 

On parlé décentralisation ; on a évoqué l’empilement des responsabilités... J’apprends que vous menez, dans la Somme, une importante action auprès des collèges. Il se trouve que dans la région dans laquelle je me trouve, cette action est menée par l’action culturelle du rectorat. Sur les quatre départements concernés, nous connaissons environ 600 actions de ce type. Dans la Somme, le fait que le département prenne l’initiative de ces actions provient-il d’un débat sur la répartition des rôles avec le rectorat ?

 

Hugues Hairy

 

Il s’agit d’une initiative du conseil général. Depuis 1996, nous menons des discussions avec nos partenaires du rectorat et de l’inspection académique, non pas dans la volonté de nous situer contre, mais de faire avec eux... L’action culturelle des partenaires continue. Elle a cette singularité d’être, si je puis dire, historique... et de s’intéresser aux volontaires. Nous ne souhaitions plus, quant à nous, nous limiter à aider financièrement la réalisation des APA qui intéressent généralement un professeur et quelques élèves. Quand celui-ci s’en va, l’atelier disparaît et les élèves avec.

 

Nous souhaitions systématiser un dispositif conçu pour que tous les élèves des collèges concernés (on n’en est aujourd’hui qu’à vingt collèges sur soixante-six) soient initiés à ces domaines de la culture. Cette ambition est peut-être démesurée : 26 000 élèves, cela représente 750 à 780 interventions annuelles sur 20 collèges, soit une perspective d’environ 2 500 interventions à terme.

 

Le problème n’est pas d’abord financier ; nous allons achopper, nous le savons, sur la question du nombre d’intervenants compétents et disponibles. Nous souhaitons d’autre part ne pas instrumenter les acteurs culturels. Nous souffrons trop, dans notre département comme dans d’autres, sans doute, de troupes de théâtre qui ont oublié de créer au seul bénéfice d’interventions dans les collèges ou les lycées.

 

Il existe naturellement une part de volontariat : nous ne pouvons pas contraindre les collèges à s’intégrer dans le système. Nous avons ouvert un appel d’offre en avril dernier à l’ensemble des 66 collèges ; 30 d’entre eux ont manifesté leur intérêt, 26 se sont déclarés partants et, pour des raisons d’efficacité, nous avons démarré avec 20 établissements. Le projet que nous proposons s’inscrit dans le cadre du projet d’établissement et, il faut bien le dire, il perturbe le rythme traditionnel de la vie de l’établissement... mais c’est à ce prix qu’est pérennisé le projet : les nouveaux venus au collège, professeurs ou principaux, n’ont pas le choix, ils doivent s’inscrire dans le projet. Le volontarisme est celui de l’établissement qui s’engage avec le conseil général pour au moins quatre ans.

 

Hélène Larose

 

Peut-on savoir comment la BDP intervient dans les collèges ?

 

Hugues Hairy

 

La BDP intervient sur plusieurs plans. Elle intervient dans le cadre de ce contrat et hors de ce contrat sous forme de concours de lecture-écriture, sous forme d’un prix littéraire des collèges, par le prêt d’expositions diverses et par l’ensemble de ce que vous connaissez vous-mêmes dans vos bibliothèques respectives.

 

Pour ce qui est spécifique au contrat qui nous lie aux vingt collèges, la BDP intervient d’abord comme organisateur du processus au niveau 6e, sur le thème lecture et oralité, et puis elle intervient en tant que formatrice. Elle forme en effet les enseignants à diverses pratiques liées au livre ou à des domaines du livre dont les enseignants ne sont pas forcément familiers. La BDP organise le processus : elle trouve les intervenants, elle valide la qualité des interventions... Naturellement, elle ne porte pas ces interventions elle-même.

 

Il faut préciser que ce contrat n’a pas supprimé les autres actions et les autres engagements de la BDP.

 

Martine Blanc-Montmayeur

 

Depuis que je suis à la DRAC, je constate que les BDP ont des atouts formidables. Aucun autre organisme culturel des départements n’est ainsi en relation avec autant de communes. La présence territoriale des BDP, par l’ensemble de leurs actions de desserte, d’animation ou de formation auprès des bibliothèques relais est vraiment exemplaire.

 

On peut noter cependant une relative contradiction entre cette implantation remarquable et une visibilité faible de l’action culturelle de ces bibliothèques... Cette contradiction est sans doute liée au fait que les BDP soutiennent les initiatives culturelles de leurs dépôts sans que soit forcément définie une réelle politique départementale de l’action culturelle. Elles sont souvent des prestataires de services culturels sans être vraiment les opérateurs culturels de leur collectivité... Qu’en pensez-vous ?

 

Hugues Hairy

 

Dans notre département, la BDP est un acteur essentiel de la politique culturelle ; il n’en est pas le seul. L’originalité de ce que nous avons mis en place est sans doute cette familiarité entre les acteurs culturels qui dépendent du conseil général. Dans ce que je viens de vous décrire, le plus important, à mes yeux, est la conjugaison des qualités des différents services culturels impliqués.

 

Anne Chaillot

 

Je voudrais, si vous le permettez, revenir sur cette notion d’opérateur. Elle me semble dangereuse : à l’heure où, à travers les plans de développement, on essaie de rééquilibrer l’intervention entre les collectivités et d’impliquer les communes bien plus qu’elles l’ont fait jusqu’à présent, ne s’agit-il pas d’une forme de retour en arrière que de placer la BDP dans une situation de monopole de l’action culturelle ? L’initiative en cette matière ne mérite-t-elle pas d’être vraiment plurielle ?

 

Hugues Hairy

 

Je ne parle de la BDP en tant qu’opérateur seulement dans le cadre de notre action en direction des collèges. Pour ce qui est des communes, je reste assez adepte de la formule : Waide-toi, le ciel t’aidera. Les conseils généraux n’ont pas vocation à faire à la place de... Nous sommes là pour susciter l’envie, l’initiative, pour soutenir éventuellement un projet.

 

Didier Guilbaud

 

Prestataire, opérateur... Je souhaite revenir sur ces termes, pour faire part du trouble qui apparaît à la lecture des résultats de l’enquête sur l’action culturelle menée par l’ADBDP que je vous présenterai demain.

 

Certains éléments doivent être considérés comme réglés ou acquis : 91% des BDP, par exemple, fournissent des expositions ou du matériel d’exposition aux bibliothèques. C’est l’aboutissement d’une démarche aujourd’hui historique des BDP.

 

Ensuite, il y a deux tendances qui sont avancées avec beaucoup de nuances et de prudence. Il a les BDP qui disent faire pour les communes. Il y a les BDP qui disent être les dynamiseurs de l’initiative des bibliothèques partenaires : cela peut aller de la fourniture d’information sur l’activité culturelle au sein du département à l’accompagnement de projets. Tout n’est pas clair, il faut lire quasiment en filigrane les réponses à notre enquête.

 

En ce qui nous concerne, en Touraine, nous nous situons plutôt sur le plan des opérateurs... Il me semble que c’est d’ailleurs la tendance qui se dessine aujourd’hui : à partir des questionnaires, le budget moyen destiné à l’animation (ou à l’action culturelle ?) est d’environ 27000 Eur. ; on est ensuite sur une moyenne de 2,3 personnes (équivalent temps plein) qui sont impliquées dans la réalisation de l’action culturelle. Cinq services sont d’ailleurs dirigés par des conservateurs. Bref, il me semble qu’à travers les moyens dégagés, se dessine une prise en compte de plus en plus forte de ce que l’on peut appeler l’animation ou l’action culturelle.

 

Martine Blanc-Montmayeur

 

Les villes ont une politique culturelle. Les bibliothèques des villes importantes ont une politique culturelle, qui est en relation, évidemment avec la politique de la ville. Est-ce qu’à l’exemple de ces bibliothèques des grandes villes pour lesquelles existe une définition de la politique culturelle, les BDP bénéficient d’une définition de politique culturelle, qui, en aval de cette définition signifie également offre culturelle, et objectifs culturels ?

 

Répondre seulement à la demande est-ce vraiment répondre aux problèmes de l’inégalité culturelle ? Le travail de rééquilibrage territorial de l’offre culturelle dans lequel sont impliquées les BDP, ne procède-t-il pas d’une politique éminemment volontariste ? Dans cette perspective, les BDP ne sont-elles pas des opérateurs d’offre, là même, précisément, où il se peut qu’aucune demande ne soit formulée ?

 

Marie-Pascale Bonnal

 

Nous parlons ici comme si nous étions en paysage d’égalité républicaine... Nous savons bien que tous les départements n’ont pas les mêmes ressources. Malgré la volonté politique, les crédits ne sont pas toujours mobilisables à la hauteur des ambitions égalitaires, en milieu rural particulièrement.

 

Dans le cadre des effets d’annonce concernant la poursuite de la décentralisation, la question est de savoir si les DRAC, les conseils régionaux, les conseils généraux vont pouvoir s’entendre sur la répartition effective des moyens en direction des zones ou des publics les plus défavorisés en terme d’accès à la culture.

 

Françoise Lamandier

 

Deux petites remarques si vous le voulez bien.

 

Les BDP sont aujourd’hui beaucoup sollicitées sur des questions d’expertise concernant la vie associative liée au livre et à la lecture. En l’absence de définition d’une politique globale du département, nos avis risquent de manquer de cohérence et de pertinence opérationnelle. On est donc pratiquement dans l’obligation de se situer dans une perspective d’action culturelle, mais qui reste parfois implicite.

Si, sur le terrain nous continuons essentiellement à jouer le rôle de prestataire de service, ceci est peut-être dû à une question de formation qui concerne autant nos relais que les personnels même de la BDP, enclins plus traditionnellement à la médiation, au contact du public, qu’à la distance qu’implique le rôle d’organisateur ou d’opérateur, le terme reste en effet à définir.

Quelle place pour l’action culturelle dans les missions fondamentales des BDP ?

Martine Blanc-Montmayeur, Conseiller pour le livre à la DRAC, Provence-Alpes-et-Côte-d’Azur

 

Cette formulation contient en fait une double question : quelle place pour l’action culturelle ? d’une part, quelle place pour l’action culturelle dans les missions fondamentales d’autre part ? En décembre 1978 Bernadette Seibel posait déjà la question dans une étude commandée par le Département des études et de la prospective à la demande de la Direction du livre et de la lecture. " L’animation dans les BCP pratiques nouvelles ou innovation(1) ".

Je me propose de formuler quelques réflexions en vue d’un débat, d’un double point de vue :

  • celui de quelqu’un qui bien qu’ayant quitté les BDP avant la décentralisation, a continué à s’intéresser à l’action et au rôle des BDP,
  • celui d’un fonctionnaire actuellement en service dans une DRAC, ce qui me permet de percevoir l’importance politique et culturelle d’une action menée à l’échelle d’un département par un acteur départemental.

Quelle place pour l’action culturelle ?

 

Les BDP ont mis en place des actions culturelles dont certaines nous serons exposées durant ces deux jours de colloque. La place de l’animation est donc affirmée. Mais comment définir l’animation ? De quels types d’animations s’agit-t-il ? Quels sont les publics visés ? Qui organise l’animation ? Quelle est sa visibilité ?

Visibilité de l’animation

Le premier élément de visibilité de l’animation est sans doute sa visibilité financière : Il n’existe certes pas de relevé de budget d’animation dans les statistiques officielles de la BDP, en revanche, il existe une rubrique dans le Guide des BDP(2) sous l’appellation budget animation - communication :

  • 30 BDP n’ont aucun budget d’animation
  • 62 BDP n’ont aucun budget de communication

Sur les 67 BDP restantes,

  • 8 BDP ont un budget d’animation inférieur à 10 000 F
  • 27 BDP ont un budget d’animation compris entre 10 000 F et 100 000 F
  • 19 BDP ont un budget d’animation compris entre 100 000 F et 200 000 F
  • 9 BDP ont un budget d’animation compris entre 200 000 F et 300 000 F
  • 2 BDP ont un budget d’animation compris entre 300 000 F et 400 000 F
  • 2 BDP ont un budget d’animation de plus de 500 000 F

Certes je n’ignore pas que, pour certains d’entre vous, les opérations d’animation et de communication (souvent d’ailleurs les plus importantes) ne sont pas sur vos crédits, mais sont gérées directement par le conseil général.

Ce tableau budgétaire ne traduit donc pas la réalité de l’action culturelle des BDP, en revanche il traduit la visibilité de cette action comme une des missions fondamentales de ces bibliothèques. J’espère que nous y reviendrons dans le débat.

En effet, si l’action culturelle est une mission fondamentale des BDP, sa contrepartie financière devrait être inscrite dans son budget au même titre que les acquisitions ou que la charge du personnel.

Un premier constat s’impose donc : l’animation est dotée d’une faible visibilité en termes d’affichage propre à la BDP ; elle apparaît au même titre et sur le même plan que la communication. Cela pose certainement question.

Quels types d’animations et pour quels publics ?

Destinées aux bibliothèques relais, différents types d’actions ont pour but de soutenir et de conforter la présence, la visibilité et le rôle des dépôts de la BDP quelles que soient leurs formes.

Dans ces cas de figures, sans doute les plus fréquents, la BDP est prestataire de services :

  • prêts d’expositions
  • malles diverses et variées (budget d’acquisitions) pour les types les plus fréquents

Ce genre d’aide, extrêmement importante pour la vie des relais, soutient leur action de diffusion de livre et d’élargissement des publics " en associant les activités dites d’animation aux autres aspects de la vie de la bibliothèque, plus précisément, en débloquant une demande de lecture, elles cherchent à susciter chez les élus une prise de conscience des besoins culturels de leurs administrés... L’organisation d’activités culturelles contribue à donner au dépositaire le sens et la dimension de son rôle en faisant appel à ses capacités de relations humaines au service du livre(3). "

Tout ceci est du domaine de l’animation culturelle. Il me semble que l’action culturelle relève d’un autre registre que je définirai ainsi : instaurer une politique culturelle à l’échelle d’un territoire, ici, le territoire départemental.

L’action culturelle s’installe dans la durée. Elle suscite un partenariat exigeant avec les autres acteurs culturels présents, dans une série d’actions concertées visant à un véritable aménagement du territoire. Dans ce cadre la BDP devient un opérateur culturel au même titre qu’une scène nationale.

Les manifestations organisées dans cette perspective sont d’une tout autre ampleur, d’une tout autre visibilité ; elles procèdent d’une offre réfléchie et non plus uniquement du soutien et des réponses à une demande. Des actions largement répandues, comme, par exemple, le prêt d’expositions peuvent tout à fait être reprises dans ce contexte ; le catalogue des expositions proposées, aura alors une logique visible et une communication conséquente.

Pourquoi se lancer dans cette mission d’action culturelle ?

Je citerai ici la belle préface de Jacques Perret au livre L’action culturelle en bibliothèque(4).

" ... Au-delà des filiations chahutées et des ruptures entre " médiation ", " action culturelle ", " animation " et le courant plus ancien de l’éducation populaire, il paraît évident qu’à chaque fois ces notions agrègent des points de vue particulièrement attentifs à l’écart social et culturel. Et ces notions obligent à affronter des questions aussi diverses et aussi vastes que celles de la lecture et de ces apprentissages, de la culture et des cultures, de l’accès aux savoirs et à la connaissance, de la transmission et de la réception, de l’art et de ces implications sociales, du rapport à la création et aux œuvres, etc. Affronter ne signifie pas obligatoirement résoudre, mais cela signifie au moins ne pas ignorer [...]

 

A quels publics s’adresse-t-on, sur quoi se fonde la légitimité du prescripteur, du médiateur, pour quelle transmission, de quelles valeurs, quels sont les effets d’une mise en scène de l’écrivain, de l’écrit, de l’acte de lecture, à quelles spécificités de la bibliothèque, encyclopédique par définition, adosser un projet cohérent d’action culturelle, etc ? [...]

 

Si l’action culturelle en bibliothèque est une forme d’intervention parfois vécue comme " brouillonne ", c’est non seulement parce qu’elle nous parle de la bibliothèque elle-même, mais aussi parce qu’elle " incarne structurellement sa capacité d’innover ". Tantôt intuitivement, tantôt explicitement, les bibliothécaires et leurs tutelles se donnent avec l’action culturelle une possibilité d’explorer et d’expérimenter de nouveaux modes d’intervention, de nouvelles relations avec des groupes, de nouveaux rapports entre les publics et les ressources de la bibliothèque qui peuvent éventuellement donner naissance à de nouveaux services [...]

 

Il faut souligner deux traits qui inscrivent les bibliothèques dans les politiques culturelles [...] La nécessité d’une action culturelle s’impose particulièrement quand il s’agit, pour une institution, d’aborder un changement d’identité, de faire évoluer son projet et ses modes d’intervention [...]

 

L’institution bibliothèque fait du thème de l’action culturelle une " question centrale " par laquelle il s’agit de signifier à l’esprit de tous (les tutelles, les agents, les partenaires, les publics) que l’on participe désormais d’une " culture vivante ", " ouverte ", " diversifiée ". Soulignons que ce signal s’adresse aussi, quand ce n’est pas d’abord, aux bibliothécaires eux-mêmes. Pour preuve le débat permanent, au sein des bibliothèques comme au sein des musées, sur le statut et la place de l’action culturelle dans l’organigramme, dans le budget et dans le calendrier de l’institution. Ce débat traite bien d’une hiérarchie de compétences et de fonctions et donc de l’identité de la bibliothèque que l’action culturelle manifesterait plus ou moins fidèlement [...]

 

 

Dans les politiques culturelles locales, on relève, de la même manière, cette fonction symbolique de l’action culturelle. Elle est mise en jeu de manière plus ou moins consciente par les professionnels et les élus, mais elle s’impose d’autant plus à leurs yeux quand un changement doit ou est en train d’intervenir dans le paysage culturel local. Le meilleur exemple, à l’heure actuelle, est celui du rapprochement entre les différentes institutions culturelles d’un territoire. La tendance lourde des politiques culturelles locales a d’abord été la professionnalisation et la spécialisation des équipements culturels. Elle a suscité en réaction une interrogation critique sur le bien-fondé de ces formes de spécialisation ressenties comme des fermetures sur des logiques professionnelles [...] Ce reproche contenait sa part de vérité puisque toute professionnalisation passe par des comportements de distinction, d’affirmation d’identité, de délimitation de territoires. Le deuxième âge des politiques culturelles locales voit apparaître, parfois à l’incitation d’élus locaux, des formes de collaboration entre acteurs culturels. Dans le développement de ces collaborations, l’action culturelle est jugée comme l’espace idéal pour agir et signifier en même temps [...]

 

La conception et la mise en œuvre communes d’un événement culturel n’ont donc pas pour seul but de proposer au public une manifestation différente de l’offre habituelle et plus efficace ; elles ont aussi pour but d’apprendre à conjuguer des pratiques professionnelles distinctes et de manifester cette capacité[...]

 

Le deuxième trait qui signale l’action culturelle comme espace d’innovation, c’est l’obligation dans laquelle on se met de devoir, à cette occasion, coopérer avec d’autres professions. C’est le cas, par exemple, lorsque l’exigence de qualité et de professionnalisme conduit les bibliothécaires à constater les limites de leurs compétences professionnelles dans le domaine de l’action culturelle et à faire appel à d’autres métiers de l’éducation, du social, du livre, de la muséologie, de la communication, de la recherche en science humaine, etc. C’est une façon non secondaire " d’être dans la cité ". Elle amène les bibliothécaires à se confronter à d’autres univers professionnels qui sont aussi d’autres regards portés sur la bibliothèque, d’autres points de vue sur son identité, sur la manière dont elle est perçue, sur les services qu’elle peut rendre [...]

 

 

On le voit, par l’action culturelle les bibliothèques s’exposent. Elles se montrent et peuvent espérer ainsi diversifier les perceptions et les usages. Mais elles prennent aussi des risques dans de multiples collaborations dont elles ne sont pas seules à maîtriser le bénéfice... "

Les concepts exposés dans cette préface sont pleinement repris dans ce qu’on appelle communément politique de la ville ou dans les actions menées au sein des villes lectures.

Le cadre départemental avec ses inégalités criantes en nature d’offre culturelle, de concentrations de population, de désertification de certaines zones rurales, ne doit pas être oublié dans cette politique de l’offre régulatrice.

Les BDP sont bien placées pour prendre toute leur place dans ce dispositif : service départemental à part entière, chargé d’une compétence officielle et reconnue, disposant, pour la plupart, d’outils de conventionnement, seul service, en outre, à rayonner sur la totalité du territoire.

On voit bien cependant que devenir un acteur culturel à part entière nécessite :

  • une réorganisation du service
  • une prise en compte budgétaire
  • une formation des personnels
  • et surtout une ouverture et des relations avec tous les acteurs culturels privés et publics de la scène départementale dans tous les domaines de la création.

A l’heure où les BDP s’interrogent sur leur rôle, à l’heure où certaines suppriment les services de bibliobus, l’action culturelle peut être un champ à investir pour devenir une des missions fondamentales des BDP, ceci dans une perspective élargie d’aménagement du territoire.

Il pourrait alors s’agir

  • d’organiser la circulation d’écrivains, par exemple combien de BDP participent à la tournée des Belles étrangères(5) en France ?
  • d’aider à l’accueil d’écrivains en résidences,
  • de travailler avec des troupes de théâtre sur l’oralité et la lecture de textes,
  • d’organiser des festivals, etc.

Les fêtes du livre, à l’échelon départemental, sont un exemple, souvent pris en charge directement par le conseil général de ce que pourrait être ce type d’opération, mais réparties tout au long de l’année - sans oublier celles menées avec les éditeurs locaux, où des actions plus innovantes autour des pratiques artistiques, etc.

La BDP est souvent le soutien logistique organisateur de telles manifestations ponctuelles. Peut-elle passer au stade d’une autre visibilité ? A quel prix ? C’est en tout cas d’un changement d’image et de place au sein des services même du conseil général dont il peut alors s’agir.


Questions à Martine Blanc-Montmayeur et Hugues Hairy

Question

On parlé décentralisation ; on a évoqué l’empilement des responsabilités... J’apprends que vous menez, dans la Somme, une importante action auprès des collèges. Il se trouve que dans la région dans laquelle je me trouve, cette action est menée par l’action culturelle du rectorat. Sur les quatre départements concernés, nous connaissons environ 600 actions de ce type. Dans la Somme, le fait que le département prenne l’initiative de ces actions provient-il d’un débat sur la répartition des rôles avec le rectorat ?

Hugues Hairy

Il s’agit d’une initiative du conseil général. Depuis 1996, nous menons des discussions avec nos partenaires du rectorat et de l’inspection académique, non pas dans la volonté de nous situer contre, mais de faire avec eux... L’action culturelle des partenaires continue. Elle a cette singularité d’être, si je puis dire, historique... et de s’intéresser aux volontaires. Nous ne souhaitions plus, quant à nous, nous limiter à aider financièrement la réalisation des APA qui intéressent généralement un professeur et quelques élèves. Quand celui-ci s’en va, l’atelier disparaît et les élèves avec.

Nous souhaitions systématiser un dispositif conçu pour que tous les élèves des collèges concernés (on n’en est aujourd’hui qu’à vingt collèges sur soixante-six) soient initiés à ces domaines de la culture. Cette ambition est peut-être démesurée : 26 000 élèves, cela représente 750 à 780 interventions annuelles sur 20 collèges, soit une perspective d’environ 2 500 interventions à terme.

Le problème n’est pas d’abord financier ; nous allons achopper, nous le savons, sur la question du nombre d’intervenants compétents et disponibles. Nous souhaitons d’autre part ne pas instrumenter les acteurs culturels. Nous souffrons trop, dans notre département comme dans d’autres, sans doute, de troupes de théâtre qui ont oublié de créer au seul bénéfice d’interventions dans les collèges ou les lycées.

Il existe naturellement une part de volontariat : nous ne pouvons pas contraindre les collèges à s’intégrer dans le système. Nous avons ouvert un appel d’offre en avril dernier à l’ensemble des 66 collèges ; 30 d’entre eux ont manifesté leur intérêt, 26 se sont déclarés partants et, pour des raisons d’efficacité, nous avons démarré avec 20 établissements. Le projet que nous proposons s’inscrit dans le cadre du projet d’établissement et, il faut bien le dire, il perturbe le rythme traditionnel de la vie de l’établissement... mais c’est à ce prix qu’est pérennisé le projet : les nouveaux venus au collège, professeurs ou principaux, n’ont pas le choix, ils doivent s’inscrire dans le projet. Le volontarisme est celui de l’établissement qui s’engage avec le conseil général pour au moins quatre ans.

Hélène Larose

Peut-on savoir comment la BDP intervient dans les collèges ?

Hugues Hairy

La BDP intervient sur plusieurs plans. Elle intervient dans le cadre de ce contrat et hors de ce contrat sous forme de concours de lecture-écriture, sous forme d’un prix littéraire des collèges, par le prêt d’expositions diverses et par l’ensemble de ce que vous connaissez vous-mêmes dans vos bibliothèques respectives.

Pour ce qui est spécifique au contrat qui nous lie aux vingt collèges, la BDP intervient d’abord comme organisateur du processus au niveau 6e, sur le thème lecture et oralité, et puis elle intervient en tant que formatrice. Elle forme en effet les enseignants à diverses pratiques liées au livre ou à des domaines du livre dont les enseignants ne sont pas forcément familiers. La BDP organise le processus : elle trouve les intervenants, elle valide la qualité des interventions... Naturellement, elle ne porte pas ces interventions elle-même.

Il faut préciser que ce contrat n’a pas supprimé les autres actions et les autres engagements de la BDP.

Martine Blanc-Montmayeur

Depuis que je suis à la DRAC, je constate que les BDP ont des atouts formidables. Aucun autre organisme culturel des départements n’est ainsi en relation avec autant de communes. La présence territoriale des BDP, par l’ensemble de leurs actions de desserte, d’animation ou de formation auprès des bibliothèques relais est vraiment exemplaire.

On peut noter cependant une relative contradiction entre cette implantation remarquable et une visibilité faible de l’action culturelle de ces bibliothèques... Cette contradiction est sans doute liée au fait que les BDP soutiennent les initiatives culturelles de leurs dépôts sans que soit forcément définie une réelle politique départementale de l’action culturelle. Elles sont souvent des prestataires de services culturels sans être vraiment les opérateurs culturels de leur collectivité... Qu’en pensez-vous ?

Hugues Hairy

Dans notre département, la BDP est un acteur essentiel de la politique culturelle ; il n’en est pas le seul. L’originalité de ce que nous avons mis en place est sans doute cette familiarité entre les acteurs culturels qui dépendent du conseil général. Dans ce que je viens de vous décrire, le plus important, à mes yeux, est la conjugaison des qualités des différents services culturels impliqués.

Anne Chaillot

Je voudrais, si vous le permettez, revenir sur cette notion d’opérateur. Elle me semble dangereuse : à l’heure où, à travers les plans de développement, on essaie de rééquilibrer l’intervention entre les collectivités et d’impliquer les communes bien plus qu’elles l’ont fait jusqu’à présent, ne s’agit-il pas d’une forme de retour en arrière que de placer la BDP dans une situation de monopole de l’action culturelle ? L’initiative en cette matière ne mérite-t-elle pas d’être vraiment plurielle ?

Hugues Hairy

Je ne parle de la BDP en tant qu’opérateur seulement dans le cadre de notre action en direction des collèges. Pour ce qui est des communes, je reste assez adepte de la formule : Waide-toi, le ciel t’aidera. Les conseils généraux n’ont pas vocation à faire à la place de... Nous sommes là pour susciter l’envie, l’initiative, pour soutenir éventuellement un projet.

Didier Guilbaud

Prestataire, opérateur... Je souhaite revenir sur ces termes, pour faire part du trouble qui apparaît à la lecture des résultats de l’enquête sur l’action culturelle menée par l’ADBDP que je vous présenterai demain.

Certains éléments doivent être considérés comme réglés ou acquis : 91% des BDP, par exemple, fournissent des expositions ou du matériel d’exposition aux bibliothèques. C’est l’aboutissement d’une démarche aujourd’hui historique des BDP.

Ensuite, il y a deux tendances qui sont avancées avec beaucoup de nuances et de prudence. Il a les BDP qui disent faire pour les communes. Il y a les BDP qui disent être les dynamiseurs de l’initiative des bibliothèques partenaires : cela peut aller de la fourniture d’information sur l’activité culturelle au sein du département à l’accompagnement de projets. Tout n’est pas clair, il faut lire quasiment en filigrane les réponses à notre enquête.

En ce qui nous concerne, en Touraine, nous nous situons plutôt sur le plan des opérateurs... Il me semble que c’est d’ailleurs la tendance qui se dessine aujourd’hui : à partir des questionnaires, le budget moyen destiné à l’animation (ou à l’action culturelle ?) est d’environ 27000 Eur. ; on est ensuite sur une moyenne de 2,3 personnes (équivalent temps plein) qui sont impliquées dans la réalisation de l’action culturelle. Cinq services sont d’ailleurs dirigés par des conservateurs. Bref, il me semble qu’à travers les moyens dégagés, se dessine une prise en compte de plus en plus forte de ce que l’on peut appeler l’animation ou l’action culturelle.

Martine Blanc-Montmayeur

Les villes ont une politique culturelle. Les bibliothèques des villes importantes ont une politique culturelle, qui est en relation, évidemment avec la politique de la ville. Est-ce qu’à l’exemple de ces bibliothèques des grandes villes pour lesquelles existe une définition de la politique culturelle, les BDP bénéficient d’une définition de politique culturelle, qui, en aval de cette définition signifie également offre culturelle, et objectifs culturels ?

Répondre seulement à la demande est-ce vraiment répondre aux problèmes de l’inégalité culturelle ? Le travail de rééquilibrage territorial de l’offre culturelle dans lequel sont impliquées les BDP, ne procède-t-il pas d’une politique éminemment volontariste ? Dans cette perspective, les BDP ne sont-elles pas des opérateurs d’offre, là même, précisément, où il se peut qu’aucune demande ne soit formulée ?

Marie-Pascale Bonnal

Nous parlons ici comme si nous étions en paysage d’égalité républicaine... Nous savons bien que tous les départements n’ont pas les mêmes ressources. Malgré la volonté politique, les crédits ne sont pas toujours mobilisables à la hauteur des ambitions égalitaires, en milieu rural particulièrement.

Dans le cadre des effets d’annonce concernant la poursuite de la décentralisation, la question est de savoir si les DRAC, les conseils régionaux, les conseils généraux vont pouvoir s’entendre sur la répartition effective des moyens en direction des zones ou des publics les plus défavorisés en terme d’accès à la culture.

Françoise Lamandier

Deux petites remarques si vous le voulez bien.

Les BDP sont aujourd’hui beaucoup sollicitées sur des questions d’expertise concernant la vie associative liée au livre et à la lecture. En l’absence de définition d’une politique globale du département, nos avis risquent de manquer de cohérence et de pertinence opérationnelle. On est donc pratiquement dans l’obligation de se situer dans une perspective d’action culturelle, mais qui reste parfois implicite.

Si, sur le terrain nous continuons essentiellement à jouer le rôle de prestataire de service, ceci est peut-être dû à une question de formation qui concerne autant nos relais que les personnels même de la BDP, enclins plus traditionnellement à la médiation, au contact du public, qu’à la distance qu’implique le rôle d’organisateur ou d’opérateur, le terme reste en effet à définir.


Notes

(1) Note de l’éditeur : Bernadette Seibel : L’Animation culturelle dans les bibliothèques centrales de prêt : pratiques nouvelles ou innovation ?, Paris, Direction du livre et de la lecture, Ministère de la culture et de la communication, 1978.

(2) Note de l’éditeur : Guide des BDP, 2002. Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt, 2002.

(3) Bernadette Seibel, op.cit.

(4) Note de l’éditeur : L’Action culturelle en bibliothèque, sous la direction de Viviane Cabannes et Martine Poulain. Paris, Cercle de la Librairie, 1998.

(5) Note de l’éditeur : " Les Belles Etrangères, créées en 1987 par le Ministère de la culture, sont des manifestations publiques qui invitent à la découverte des littératures étrangères en France et accompagnent l’importante politique d’aide à la traduction, à la publication et à la diffusion menée par le Centre national du livre. Elles sont organisées par le Centre national du livre pour le ministère de la Culture et de la Communication (Direction du livre et de la lecture). Leur principe repose sur l’invitation en France d’un groupe d’écrivains d’un même pays ou d’une même aire géographique qui participent à une tournée de tables rondes et de lectures publiques organisées avec des librairies, des bibliothèques, des établissements scolaires et des associations culturelles partenaires de ces rencontres." Extrait de la conférence de presse du Centre national du Livre.

 

Droit de prêt : le point de vue de Sofia

Christian Roblin, directeur de Sofia

 

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de m’accueillir. Je vous remercie également du travail accompli et c’est un peu pour faire un point d’étape que je suis ici.

Je vous le dis sans détour : nous éprouvons une très haut degré de satisfaction, dans nos relations avec l’ADBDP, avec vous Mesdames et Messieurs les Directeurs, avec vos équipes et avec vos réseaux. Vous avez une culture de l’information en étoile qui est très importante, culture que vous avez mise à notre disposition. Je vous en félicite et vous en remercie.

Il existe encore un certain nomlllbre de bibliothèques départementales de prêt qui n’ont pas encore fait leurs déclarations, mais je ne suis pas venu avec une liste de noms : nous nous rapprocherons de vous, au cas par cas, pour traiter des difficultés qui, au demeurant, ne peuvent être que temporaires.

Aujourd’hui, nous avons à peu près atteint la moitié de nos objectifs de déclarations pour 2003, 2004 et 2005. Cela représente 140 millions d’euros de déclarations en chiffre d’affaires " libraires ". C’est potentiellement beaucoup plus, dans la mesure où un certain nombre de grands déclarants n’ont fait que des déclarations partielles et vont continuer à nous approvisionner en données.

Ne nous le cachons pas : une certaine perception critique s’était fait jour, regardant la double procédure de déclaration comme concrètement inutile et conceptuellement dilatoire. J’avais alors répondu, comme le juriste de formation que je suis, qu’il était nécessaire, pour exiger le paiement d’une rémunération, d’en établir l’assiette et l’assiette n’est pas, si je puis dire, dans les mains du fournisseur car il n’est pas l’auteur du fait générateur. L’auteur du fait générateur qui permet d’asseoir ce droit, c’est bien l’organisme qui prête le livre et non celui qui le vend, même si celui qui le vend, paye, pour le compte de son client, le pourcentage en cause, précompté sur le taux de remise consenti dans la limite de son plafonnement désormais légal. Certes, le croisement des déclarations fait qu’on a pu se rapprocher d’à peu près 1200 fournisseurs qui avaient " omis ", quoiqu’on leur ait écrit pratiquement à tous, de s’inscrire et de déclarer. Et, avec beaucoup de tranquillité d’esprit, je vous demande de bien vouloir considérer une autre règle de justice qui doit être respectée dans une démocratie : c’est l’égalité de traitement devant la loi. Pourquoi un libraire remplissant ses obligations serait-il pénalisé par rapport à celui qui s’en affranchirait commodément ? Êtes-vous sérieusement partisans de telles distorsions de concurrence entre acteurs d’un même marché ? Ne croyez-vous pas que la puissance publique doit veiller à l’équité entre ses fournisseurs ? Pensez-vous que les éventuels états d’âme puissent subsister au regard de l’ensemble des nécessités que je viens d’évoquer ? Je n’ai pas à m’immiscer dans les consciences, mais il est une chose à laquelle nous devons tous croire dans un État de droit, c’est à la loyauté des fonctionnaires et à leur sens de la légalité et j’ai plaisir à le répéter, sans avoir à revenir sur des débats désormais clos, j’ai vu que nous pouvions compter sur vos compétences techniques et vos connaissances de terrain pour relayer les informations et accomplir les obligations. Une fois encore, le comportement des bibliothèques départementales de prêt a été exemplaire et je le salue.

Nous avons connu un nombre de déclarants beaucoup plus important que celui que nous avions anticipé : pour les libraires, il y a une assez forte dissémination marginale. 2500 libraires nous ont fait des déclarations, nous pensons arriver à 5200 déclarants. Il convint de savoir que les 200 ou 300 premiers représentent 70 % des volumes.

Nous nous étions trompés dans nos prévisions a priori de facture moyenne. La facture, au fond, suit le colis et nous avons beaucoup plus de factures à traiter que prévu.

Les libraires ont aussi très bien joué le jeu. C’est une grande satisfaction. Vous savez que, pour la période qui allait jusqu’à fin 2005, la déclaration par les libraires du détail des factures n’était pas obligatoire. Un certain nombre d’entre eux nous ont détaillé leurs ventes titre à titre, si bien que nous avons aujourd’hui entre 4 et 5 millions de livres déclarés, ce qui est une bonne base statistique pour nos extrapolations.

Le nombre de titres est considérable, c’est une difficulté supplémentaire pour nous, mais c’est là aussi un grand motif de satisfaction : nous avons aujourd’hui 320 000 titres différents déclarés, c’est considérable.

Le législateur avait pour objectif, à travers cette loi, d’encourager l’édition française dans sa diversité la plus grande. Nous nous en sommes pour l’instant tenus aux livres français, car, en accord avec le ministère de la Culture, nous n’avons pas, provisoirement, assujetti les livres étrangers à déclaration. Ce sera le cas pour les déclarations au titre de l’année 2006.

Le titre le plus vendu en bibliothèque, c’est Harry Potter... mais cela ne représente que 2000 exemplaires sur 4 millions d’ouvrages.

Nous constatons également un nombre d’éditeurs beaucoup plus important que celui que nous avions prévu. Le Syndicat National de l’Édition regroupe environ 300 éditeurs, composant ses membres. Or ils sont plusieurs milliers, 5000 peut-êtres, si l’on compte tous les éditeurs de petite taille et les organismes ayant une activité partielle régulière d’édition commerciale : sociétés savantes, associations diverses, collectivités publiques, etc.

Entrent, dans les catégories de livres visées par la loi, le livre étranger et la musique imprimée, qui sont commercialisés sous des formes particulières.

Comme j’avais pu vous le dire et comme cela a été indiqué dans notre communication écrite, nous avions jusqu’à présent exclu la musique imprimée parce que les éditeurs et les libraires se situaient d’eux-mêmes, si je puis dire, hors champ d’application de la loi sur le prix unique du livre. Et, quoiqu’on puisse en penser, force est de constater qu’il s’agit d’un marché très particulier, qui d’ailleurs n’est pas strictement français : il est réellement international dans toutes ses composantes. Sur un autre plan, pour lutter contre le photocopillage et d’autres pratiques, les éditeurs ont préféré négocier avec les orchestres ou les écoles de musique pour les doter à prix minoré pour des achats en quantité, de partitions ou de méthodes de musique.

D’un côté, le Syndicat de la Librairie Française (SLF) nous demande aujourd’hui d’appliquer la loi à l’ensemble des catégories de livres, telles que précisées dans la seule définition du livre juridiquement existante : la définition fiscale. D’un autre côté, une réflexion administrative est en cours pour envisager des évolutions possibles concernant les livres de musique.

Au sujet du livre étranger, l’ensemble du marché sera assujetti à compter de janvier 2007.

On a observé une meilleure discipline dans les pratiques contractuelles, un meilleur respect des exigences des marchés publics. Il est aujourd’hui de plus en plus fait référence, dans les marchés, aux exigences de la loi du 18 juin 2003. Les choses s’harmonisent. Comme tout dispositif nouveau d’une certaine ampleur influant sur les pratiques d’une diversité d’acteurs publics et privés, il est dans l’ordre des choses qu’un peu de temps ait été nécessaire à une mise en œuvre complète et régulière.

La seule zone de difficulté provient d’une petite partie de la librairie jeunesse. De nombreux libraires de ce secteur ne survivent que grâce à des marchés publics. Le cumul du taux maximum de 9 pour cent, qui est finalement considéré comme un taux unique, et de la " redevance " de 6 pour cent, conduit mécaniquement à réduire la marge du fournisseur d’un taux équivalent à15 pour cent des prix publics hors taxes. Certaines librairies qui pratiquaient auparavant des taux inférieurs sont fragilisées par ces nouvelles règles. Quoique en petit nombre, elles se sont manifestées auprès de nous et nous recherchons ensemble avec les services du ministère de la Culture des voies d’amélioration, bien sûr compatibles avec le respect de la loi

L’objectif demeure bien d’aider le réseau des libraires à participer aux marchés publics. Cet objectif est assez largement atteint, de la confidence même des libraires. Pour les très grands fournisseurs, l’aubaine est magnifique... Ils sont aujourd’hui plafonnés à 15 pour cent de remise, alors qu’ils consentaient auparavant des taux pouvant atteindre 23 pour cent. Ceux-là ne sont pas fâchés de nous donner leur chèque...

Nous nous trouvons donc dans une situation très contrastée. Le fait d’avoir quelques grands opérateurs nous apporte une garantie et une efficacité importantes. Cependant, une frange d’opérateurs modestes a du mal à survivre dans ce nouveau contexte. Globalement, le métier s’affirme satisfait de cette législation qui a permis à nombre de ses représentants qui avaient quitté ces marchés de fournitures, d’y revenir et de consolider ainsi leurs positions locales.

Nous communiquons publiquement sur ce sujet, comme nous nous sommes engagés à le faire. Rien en ce domaine, en effet, n’est pire que la rumeur.

Dans le cours du second semestre de l’année prochaine, nous allons développer un site Internet plus riche d’informations : données statistiques, informations sur les métiers du livre, informations pratiques. Nous pensons réserver des pages aux différentes grandes associations. Nous travaillerons également en commun pour connaître les statistiques susceptibles de vous intéresser, tout en sachant que nous ne pouvons donner d’indications à caractère commercial, qui relèvent du secret des affaires.

Nous avons encore une petite difficulté avec les bibliothèques universitaires, où le taux de déclarations est le plus faible enregistré jusqu’à présent. Les choses s’améliorent. On devrait trouver une solution informatique d’extraction des données dans le courant du mois de décembre.
Pour le reste, l’ensemble des plates-formes de bibliothèques a déjà reçu des formats d’extraction.
Pour les systèmes propriétaires, la difficulté est de convaincre les interlocuteurs des services informatiques de développer ces fonctionnalités qui sont pourtant légères.


Questions à Christian Roblin

Annie Dourlent

Avez-vous une typologie des bibliothèques déclarantes ?

Christian Roblin

Oui, nous avons une exploitation statistique détaillée de tous ces éléments. Nous avons une très bonne remontée des Bibliothèques pour tous, des bibliothèques associatives et bénévoles, ceci depuis le début. Nous avons identifié 200 comités d’entreprises sur 500 recensés comme devant déclarer. Nous les contacterons progressivement pour normaliser la situation.

Didier Guilbaud

Au delà de la mise en route des déclarations, l’ADBDP et Sofia devraient se rapprocher, notamment pour définir les extractions statistiques qui peuvent présenter un intérêt pour nous...

Christian Roblin

Certainement. Nous irons, d’ailleurs, au delà du droit de prêt. Vous savez que Sofia gère aussi le droit de copie privée numérique. Nous nous intéressons beaucoup aux aspects numériques. Nous avons fait une proposition d’évolution de gestion des droits dans le cadre de la BNUE et du projet Bibliothèques 2010. J’ai récemment participé à un certain nombre de colloques sur les évolutions du numérique, évolutions qui vous préoccupent, non seulement dans l’adaptation de l’offre, mais encore dans la mutation des métiers.

C’est finalement l’ensemble de la communication écrite et graphique, quels que soient les supports, qui pourrait faire l’objet d’échanges de réflexions.

Marie-Dominique Heusse, Présidente de l’Association des bibliothèques universitaires

Vous m’avez interpellée, je réponds donc.
Je rappelle la position de l’ADBU : nous n’avons pas la chance en BU, sans doute, d’avoir autant de personnel que dans les autres types de bibliothèques. La charge de travail que représente la déclaration nous a amenés à répondre que la seule solution pour nous soumettre à l’obligation légale était d’avoir une interface informatique entre les systèmes de gestion comptables et financiers des universités, il n’y en a que deux. Si les BU n’ont pas déclaré, c’est qu’elles attendent ces interfaces. Il n’y a aucune réticence sur le fond, il y a difficulté sur la méthode.

Alain Caraco

Les statistiques auxquelles nous pourrons avoir accès concerneront-elles les auteurs et les éditeurs, disons, par tranches de rémunérations ?

Christian Roblin

Oui, nous pourrons vous fournir ces informations.

L’État et le Conseil général pour l’école de demain : complicité et/ou compétitivité ?

François Jollivet, Directeur de l’Éducation et du sport du Conseil général du Val d’Oise

 

L’éducation est un domaine important et essentiel d’intervention des conseils généraux. Elle représente aujourd’hui environ 12% de leur budget ; ce qui distingue les conseils généraux entre eux, ce sont avant tout trois éléments :

  • leur taille : plus les conseils généraux sont importants, plus leur politique éducative est formalisée,
  • la réussite scolaire des élèves : on met d’autant plus de moyens dans les départements où la réussite scolaire est faible,
  • le taux de présence de l’enseignement confessionnel sous contrat : la politique éducative ne s’appréhende pas, à titre d’exemple, de la même manière dans le Grand Ouest et dans un département comme celui du Val-d’Oise où nous avons un peu plus de 13% d’élèves dans les collèges privés.

Avec l’acte II de la décentralisation, l’éducation qui était la troisième politique (en termes de moyens financiers) pour les conseils généraux, va devenir la deuxième, juste après le social et à égalité avec les infrastructures routières et le transport. En termes de moyens humains, les personnels TOS [1] vont représenter parfois jusqu’à 1/3 des effectifs. La compétence éducation est donc en pleine évolution.

En choisissant comme intitulé de mon intervention : " Etat - Conseil Général - pour l’Ecole de demain : complicité et/ou compétitivité ", je souhaite vous faire part de mon modeste sentiment sur l’évolution actuelle de notre système éducatif, en essayant de mettre en lumière ses contradictions, ses incohérences et ses réussites, qu’il ne faut pas oublier.

Bien évidemment, mes propos ne m’engagent qu’à titre personnel. Ils n’engagent pas l’Institution qui m’emploie. Mon exposé tentera d’aborder l’évolution du système d’un point de vue institutionnel, la question de la compétitivité (interne ou externe) entre l’État et les collectivités, et enfin la complicité indispensable entre les acteurs et partenaires locaux pour répondre aux attentes multiples et grandissantes des usagers (parents, adolescents et enseignants).

Depuis une bonne vingtaine d’années, on assiste à un glissement progressif du centre de gravité du système éducatif, traditionnellement fort centralisé, du sommet (le Ministère de l’Éducation nationale et l’administration centrale) vers la base (les académies, les collectivités territoriales et les établissements scolaires).

Ce glissement s’opère par étapes, génère des tensions, mais se poursuit inexorablement ; il entraîne d’importantes conséquences sur les modes de fonctionnement et de pilotage du système.

Le partage des compétences qui se dessine entre les collectivités territoriales et l’État dans l’enseignement du second degré n’est-il pas ainsi en train de reproduire celui de l’enseignement primaire, inscrit dans notre histoire depuis très longtemps ?

Un " pilotage partagé " des établissements scolaires est, en effet, en cours de mise en place, associant étroitement les collectivités territoriales, les autorités académiques et les chefs d’établissement.

La répartition des compétences ne permet plus de distinguer radicalement la pédagogie de la gestion administrative, matérielle et financière. Ce pilotage ne doit-il pas alors emprunter des voies nouvelles, plus modernes et efficaces (pilotage par objectifs, contractualisation, évaluation) que les méthodes hiérarchiques et réglementaires habituelles ?

On le voit, quantités de questions se posent, parmi lesquelles celle de l’autonomie des établissements scolaires (EPLE) ou celle des inégalités face à un service public national d’enseignement ne sont pas les moins complexes.

L’évolution générale du système éducatif : vers un pilotage partagé

Il y a tout juste deux siècles, Napoléon 1er posait les bases du système éducatif, marqué par deux caractéristiques : extrême centralisation et indépendance à l’égard des pouvoirs locaux (sauf pour l’école primaire). Ces caractéristiques ont longtemps résisté au changement, jusque dans la période récente. Mais elles ne pouvaient pas perdurer alors que de profonds bouleversements se produisent dans l’administration du pays. Parmi ces bouleversements, deux jouent un rôle essentiel :

Les transformations de l’administration territoriale du pays

Sur ce point, l’évolution a conduit à accroître les libertés et les champs de compétence des collectivités territoriales (1982-1983, 2004). La montée en puissance des régions en quelques décennies (1975, 1982, 2003-2004) est impressionnante et se poursuivra sans doute sur le modèle des pays européens, presque tous connaissant des entités plus grandes et plus puissantes.

De son côté, la relance de l’intercommunalité (1999) est en train de fédérer le tissu des communes, particulièrement dense en France, sans oublier à ce stade que l’immense majorité des communes, selon une enquête de l’ANDEV (Association nationale des directeurs de l’Éducation des villes de France) [2], ont refusé par principe le transfert de leurs compétences en matière scolaire au profit des entités intercommunales. Ceci se traduit par une extrême hétérogénéité des politiques éducatives dans le premier degré, ce qui n’est pas le cas, me semble-t-il, ni au niveau des conseils généraux, ni des régions.

Tel ne semblerait pas toutefois être le cas de la politique jeunesse, souvent bâtie autour de valeurs essentielles, et qui doit nécessairement intégrer le nomadisme des adolescents. Des actions à l’échelle intercommunale sont ainsi mises en place par bon nombre d’entités territoriales, en particulier vis-à-vis des publics les plus fragilisés.

Ainsi, la relation séculaire entre l’école de la République et la commune n’est pas, à mon sens, près d’être modifiée même si aujourd’hui elle se fragilise.

Ce positionnement de principe n’est pas sans poser problème dans les zones rurales, voire dans les zones urbaines sensibles qui bénéficient cependant d’importants crédits d’intervention, au titre de la politique de la ville et en particulier de la loi de cohésion sociale.

De même, on peut légitimement évoquer la grande hétérogénéité des politiques publiques municipales menées en matière éducative et/ou scolaire, les unes s’attachant à allouer des moyens et à traiter uniquement des questions matérielles, et d’autres en particulier dans les villes de plus de 50 000 habitants s’engageant plus nettement sur le traitement des problématiques éducatives au sens large et à la place du jeune, citoyen de demain de la cité.

Les difficultés de l’État dans la gestion de l’Éducation nationale

L’Éducation nationale est devenue gigantesque (12 millions d’élèves, 2 millions d’étudiants, 1,3 millions d’agents) et l’État n’est plus en mesure de gérer la première administration française dans de bonnes conditions, et ce pour un certain nombre de raisons :

La transformation du public scolaire bouleverse l’institution : l’augmentation massive du nombre des élèves due à la demande sociale et à la volonté politique (objectif de 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat) s’accompagne d’une extrême hétérogénéité du public scolaire, d’un accroissement des inégalités entre établissements scolaires et, d’une façon générale, de difficultés d’adaptation d’un nombre grandissant d’élèves à l’égard de la culture scolaire traditionnelle.

Les solutions à ces difficultés peuvent-elles résider dans des réglementations nationales et uniformes ?

Ne doivent-elles pas plutôt être laissées à l’initiative des académies et des établissements scolaires, mieux à même que l’administration centrale d’inventer et d’ajuster les dispositifs pédagogiques aux caractéristiques propres de leurs élèves ?

C’est cette seconde voie qui peu à peu se fraye un chemin, ouvrant des marges de liberté et d’autonomie aux responsables locaux. La gestion nationale cède partiellement le pas à une gestion de proximité.

Le principe de subsidiarité, cher à la construction européenne, va t-il s’appliquer également à l’Éducation nationale ?

L’affaiblissement de l’État, donnée nouvelle qui n’est pas spécifique à l’Éducation nationale, est un deuxième élément à prendre en compte.

Un fait est certain : la décentralisation et la construction de l’Europe réduisent le périmètre d’action de l’État. Le libéralisme ambiant, à Bruxelles comme à Paris, conduit à privilégier l’initiative, la concurrence au détriment des réglementations et de l’omniprésence de l’État.

Ajoutons à cela que, du fait de sa paupérisation croissante, l’État cède à la tentation de confier un certain nombre de charges aux collectivités territoriales... Plus spécifiquement, dans l’Éducation nationale, l’État est considérablement affaibli par l’impuissance des Ministres à définir des politiques claires et à imposer des réformes. L’histoire récente est émaillée de renoncements, voire de départs de ministres, consécutifs aux manifestations.

Face à cet affaiblissement du niveau central, le pouvoir de décision tend à se déplacer au niveau local : c’est toute l’évolution que l’on observe avec la décentralisation.

Les modalités particulières de la décentralisation de l’éducation

La décentralisation dans l’éducation s’est opérée de façon originale, par l’alliance de trois modalités.

La décentralisation territoriale

Pour l’essentiel, les actes I (1983) et II (2004) de la décentralisation portent sur l’enseignement secondaire. Ils confient aux collectivités territoriales un certain nombre de tâches : planification (schéma prévisionnel des formations, puis plan régional de développement des formations, co-pilotage de la carte des formations professionnelles, sectorisation des collèges depuis août 2004), construction et entretien matériel des collèges et des lycées, gestion désormais des personnels TOS.

Jusqu’à présent, cette décentralisation a été bénéfique aux établissements scolaires, les collectivités faisant plus, mieux et plus vite que l’État. On peut dire ainsi que l’État et les collectivités pour régler les problèmes matériels sont entrés en compétition. Je me souviens d’un ancien inspecteur général de l’Éducation nationale, devenu Directeur des lycées d’une région à la fin des années 80, disant : nous ferons en cinq ans ce que l’État n’a pas été capable de faire en 20 ans.

Nous devons toutefois nous poser la question de savoir si le règlement accéléré de ces questions matérielles a permis ou non de favoriser concrètement la réussite scolaire des élèves ou s’il n’a été qu’un prétexte, quelque part, à la satisfaction de l’inaugurable. Ainsi à titre d’exemple, un collège coûte 12 millions d’euros ; son CDI est ouvert 150 jours par an et c’est un magnifique centre de ressources. La question de son utilisation hors temps scolaire ne peut manquer d’être finalement posée.

La déconcentration

Le niveau académique, échelon traditionnellement vaste et fort, a été le réceptacle naturel d’une déconcentration massive de pouvoirs de décision et de gestion : ensemble de l’offre de formation (ouvertures et fermetures d’établissements, filières, sections, options, classes, y compris les BTS, à la seule exception des classes préparatoires aux grandes écoles) et des moyens en postes et en heures d’enseignement, alloués globalement par l’administration centrale et répartis librement par les Recteurs au sein de leur académie.

L’autonomie des EPLE (décentralisation " fonctionnelle ")

En 1985, les collèges et les lycées ont été érigés en établissements publics locaux d’enseignement (EPLE). Ils sont dotés d’un conseil d’administration, d’un budget et d’un certain nombre de compétences propres.

Cette volonté de donner aux établissements scolaires des marges de liberté et d’initiative pour qu’ils puissent mieux répondre aux besoins de leurs élèves n’a pas atteint son plein effet : le résultat est mitigé, faute pour les établissements scolaires de pouvoir ou de vouloir exercer des responsabilités, sans oublier la faiblesse récurrente des projets d’établissement.

Ne convient-il pas pourtant de renforcer cette autonomie ?

A cet égard, alors que les EPLE n’ont aucune autonomie en matière de gestion des personnels, le fait de leur confier depuis 2003 le soin de recruter et de gérer des assistants d’éducation et depuis 2005 de leur confier l’autorité fonctionnelle sur les personnels TOS constitue des étapes de nature à les aider à mieux assumer leurs missions.

Néanmoins, il ne faut pas manquer d’indiquer que la mise en œuvre de l’Acte II de la décentralisation risque de générer des difficultés par rapport au développement de l’autonomie des établissements.

En effet, à titre d’exemple, je ne citerais que la restauration scolaire où d’un côté l’établissement dispose d’un budget dit annexe équilibré en dépenses et recettes et, de l’autre le Conseil Général se voit désormais attribuer la mise en œuvre de la compétence générale correspondante, notamment la fixation des tarifs et l’allocation des moyens humains nécessaires. Je pense que nous sommes rentrés dans une ère de contradiction amplifiée qui va nous obliger à bâtir progressivement d’autres relations avec les EPLE, en y intégrant au mieux les contraintes et les réalités territoriales.

Les nouveaux modes de pilotage

Lentement mais sûrement, l’administration de l’Éducation nationale tend à se décloisonner et à agir de concert avec les autres administrations d’État et notamment avec le Préfet.

Les politiques interministérielles (par exemple celle de la Ville) se multiplient et exigent une action coordonnée de tous les services de l’État, sous la houlette de son représentant, le Préfet.

A ce stade et pour reprendre l’intitulé de mon exposé comment ne pas évoquer la compétitivité forte entre les différents Ministères sur la question éducative ?

Voici quelques années, le Ministère de la Jeunesse et des Sports, via les projets et contrats éducatifs locaux, avait tenté une incursion dans le système éducatif, incursion vite repoussée sur la base du sacro-saint principe du temps scolaire réservé uniquement et strictement aux enseignants.

La mise en place très récente par le Ministère de la cohésion sociale de différents programmes d’actions qui vont bien au-delà de ce qui a été mis en œuvre au titre de l’accompagnement à la scolarité et du soutien à la fonction parentale, montre combien la compétition sur la question éducative entre les différents ministères est vive.

Je voudrais ainsi citer un seul exemple frappant : d’un côté le Ministère de la cohésion sociale met en place le programme de réussite éducative : le PRE et de l’autre, celui de l’Éducation nationale le programme personnalisé de réussite éducative : le PPRE, certes avec beaucoup moins de moyens pour le second.

Il est évident qu’au cours des années récentes cette compétitivité entre les différents ministères s’est faite dans l’intérêt des élèves parce qu’elle rompt avec l’approche de masse pour tendre vers une approche semi-collective, voire individuelle comme pour le PRE. Ces évolutions méritent d’être signalées tout en relativisant leur portée en termes quantitatifs, leur mise en œuvre nécessitant une grande complicité entre les différentes composantes locales de l’État et la participation active des villes.

Parallèlement, la décentralisation implique le travail en commun des autorités académiques et des élus locaux, comme cela se fait depuis longtemps dans l’enseignement primaire. Le travail conjoint, indispensable depuis 1983 et plus encore depuis 2004, engage à un mariage, sinon d’amour du moins de raison, que l’on pourrait qualifier de pilotage partagé, les collectivités territoriales et les autorités académiques conjuguant leur action pour subvenir aux besoins des établissements scolaires dans l’accomplissement de leur mission.

Il y a là une nécessaire complicité compte tenu de la croissance manifeste et incontournable de la demande des usagers qu’ils soient adolescents, parents ou enseignants. Jamais les attentes vis-à-vis de l’école n’ont été aussi fortes, jamais les complexités n’ont été aussi réelles, jamais les enchevêtrements institutionnels en matière de responsabilités et de missions n’ont été aussi importants et délicats. C’est pourquoi la collaboration des différentes institutions, je dirais même leur complicité, sont indispensables au bon fonctionnement du système.

Lentement mais sûrement aussi se mettent en place de nouveaux modes de pilotage, qui ne se substituent pas totalement aux anciens (règlements et circulaires, hiérarchie) dont l’efficacité est pourtant, de nos jours, sujette à caution. Ces nouveaux modes de pilotage, qui s’inspirent des méthodes de management conduites notamment dans le cadre de la modernisation de l’État, sont mis en œuvre à l’aide de trois instruments :

  • le pilotage par objectifs avec les projets d’établissement ou d’académie,
  • la contractualisation entre les académies et l’administration centrale, entre les établissements scolaires et les services académiques,
  • l’évaluation par les corps d’inspection nationaux en ce qui concerne les académies et par les corps d’inspection territoriaux en ce qui concerne les établissements scolaires.

Ces méthodes d’administration ont fait une entrée remarquée depuis quelques années dans l’Éducation nationale. La LOLF (loi organique relative aux lois de finances, 2001) accentue cette évolution.

Le pilotage partagé exige que les collectivités territoriales soient parties prenantes de ces méthodes d’administration. Ne peut-on imaginer alors, comme cela est envisagé çà et là, une contractualisation qui associe l’autorité académique, la collectivité territoriale de rattachement et l’établissement scolaire ?

Les compétences de l’état et des collectivités territoriales : une ligne de partage évolutive, une collaboration nécessaire

Le partage des compétences entre l’État et les collectivités territoriales est marqué par un certain nombre de traits : il est évolutif et implique un étroit travail en commun.

On ne peut pas parler de frontières mais de zones frontalières qui varient dans le temps et se déplacent au gré des accords et avancées locales. Ces changements sont souvent le fruit d’enjeu et de jeu de pouvoir entre les différents responsables locaux, dans un contexte où les collectivités veulent souvent montrer " qu’elles font plus vite et plus fort que l’État ".

Comment ne pas évoquer les technologies de l’information et de la communication. Ainsi, le Conseil Général qui nous accueille aujourd’hui a montré, avec son programme " ORDI 13 ", qu’une collectivité était capable d’ " enfoncer " les lignes traditionnelles de partage de responsabilités.

Ni fixe, ni clair

En théorie, la ligne de partage des compétences entre l’État et les collectivités territoriales est clairement tracée par l’article L. 211.1. du Code de l’éducation. En réalité, les choses ne sont pas si claires. D’ailleurs, faut-il qu’elles soient claires ?

D’une part, la ligne de partage évolue avec le temps : entre l’acte I et l’acte II de la décentralisation, de nouveaux pans de compétences ont basculé vers les collectivités territoriales. En outre, des textes particuliers, dont l’objet principal n’est pas la décentralisation, comportent parfois des dispositions de cette nature. Ainsi, tout récemment, la loi Fillon de 2005 sur l’éducation, prévoit que, désormais, l’enseignement des langues régionales fait l’objet d’une convention entre l’État et la Région.

D’autre part, les dispositions juridiques sont parfois peu explicites, notamment en matière de prise en charge des personnels (" sont de la compétence de l’État les personnels qui relèvent de sa responsabilité " dit la loi...).

Dans certains cas, des marges de jeu et manoeuvre sont explicitement prévues. Ainsi, des activités complémentaires de l’enseignement qui ont lieu dans les établissements scolaires peuvent être organisées et financées par les collectivités territoriales (études du soir, sorties scolaires). La tranche horaire 16 h 30 - 18 h 00 que certains dénomment : " les orphelins de 16 h 00 " fait l’objet de toute l’attention d’un certain nombre de décideurs élus. L’égalité des chances pour les élèves issus des quartiers difficiles et en capacité de réussir passe par la création d’une offre éducative de qualité et structurée sur cette plage horaire qui nécessitera une grande complicité de l’ensemble des acteurs de terrain que sont les associations, les collectivités locales, les enseignants, les EPLE, les bénévoles, sous réserve de la désignation d’un véritable chef de file.

Enfin et surtout, les textes ne constituent nullement un rempart infranchissable. Qui peut empêcher l’État et les collectivités de prendre d’un commun accord des initiatives qui modifient la ligne de partage ?

L’enseignement supérieur est l’exemple même d’une compétence exclusive de l’État... Elle est en réalité partagée à l’occasion de contrats passés avec les régions, parfois associées aux départements et aux communes (schémas U 2000 et U 3M [3], contrats de plan). De telles initiatives sont nombreuses : manuels scolaires des lycéens, stages de formation à l’étranger, etc.

" Condamnés " à travailler ensemble

Lorsque l’on détaille les compétences transférées, on observe aisément que leur mise en œuvre exige une étroite coopération des collectivités territoriales et de l’État.

Loin de découper des blocs de compétence distincts, la décentralisation imbrique des éléments dans un écheveau de compétences croisées. La cohérence d’ensemble implique coordination, travail en commun, entente entre les acteurs dans la quasi-totalité des cas, sous réserve de la production de diagnostic partagé sur les situations locales et l’engagement réciproque de chaque partenaire dans des démarches d’évaluation conjointe. Ces deux éléments incontournables et essentiels dans les démarches de projet sont indéniablement des points de faiblesse dans notre culture latine, et plus particulièrement s’agissant des questions scolaires.

Le schéma prévisionnel des formations des lycées ressemble à un système de poupées russes dont l’emboîtement est subordonné à l’accord des collectivités, des autorités académiques et du Préfet.

La sectorisation des collèges implique un travail commun sur les prévisions d’effectifs, les implantations de filières de formation, le réseau des transports scolaires. Pour ce qui est du Val d’Oise, nous nous sommes fixés deux règles : la mixité sociale et l’intercommunalité et de recrutement. Si la seconde ne crée pas de problème, la première, par contre, soulève bien des interrogations. La mise en pratique des évolutions de la sectorisation nécessite une très grande complicité entre les services de l’Inspection académique et ceux du Conseil Général qui va bien au-delà du simple transfert de données.

Permettez-moi, à cet instant, de vous faire part de mon modeste sentiment concernant le débat national actuel sur la suppression ou non de la sectorisation : d’une part, au cours des nombreuses réunions que nous avons organisées en Val-d’Oise, jamais les parents et les enseignants ne nous ont demandé sa suppression et, d’autre part, il me semble que l’on s’attache trop à parler des conséquences alors que la cause n’est jamais abordée à savoir l’attractivité des collèges qui est un sujet essentiel et sur lequel nous avons beaucoup de marge de progrès (autour de la performance éducative des collèges) disponible.

Le PRDF [4] s’est enrichi au fil du temps pour couvrir désormais l’ensemble de la formation professionnelle initiale des jeunes (éducation nationale, agriculture, santé, apprentissage) et continue des adultes et salariés (offre de formation, AFPA [5], validation des acquis de l’expérience), ainsi que la coordination de l’information et de l’orientation. Ses modalités d’élaboration doivent être étroitement concertées avec l’ensemble des services de l’État, ainsi d’ailleurs qu’avec le monde économique. Quant à son application, du moins en ce qui concerne l’enseignement professionnel, elle est désormais confiée conjointement, par convention, à la région et au recteur d’académie, en liaison avec les établissements scolaires.

La prise en charge des EPLE par les collectivités de rattachement est aujourd’hui complète sur le plan matériel : propriété des locaux, construction et entretien, dépenses de fonctionnement, à l’exception des dépenses pédagogiques à la charge de l’État (dont la liste, établie en 1985, est devenue inadaptée), restauration et hébergement. La question des personnels a suscité des controverses à l’occasion de l’acte II de la décentralisation, mais elle n’apparaît pas comme un sujet stratégique pour l’État, ni à mon sens, pour les collectivités locales.

Les personnels d’administration, d’enseignement et de surveillance restent à la charge de l’État. En revanche, les TOS (personnels techniciens, ouvriers et de service) seront dorénavant gérés par les collectivités territoriales tout en demeurant membres de la communauté éducative et, à ce titre, placés sous l’autorité fonctionnelle des chefs d’établissement.

Le basculement d’environ 100 000 agents vers la fonction publique territoriale n’est pas sans poser quantité d’interrogations pratiques avant tout matérielles, d’ordres statutaire, financier, pratique... Parmi celles-ci : comment nouer des relations entre les EPLE et les collectivités territoriales qui s’adressent désormais directement aux chefs d’établissement et leur donnent des instructions d’utilisation de ces personnels, instructions qui se traduiront dans une convention bipartite ?

En tout état de cause, on voit poindre-là une nouvelle situation des chefs d’établissement. Peu à peu, ils deviennent soumis à une double " tutelle " ou " hiérarchie ", les instructions données par la collectivité territoriale (à propos du budget, de l’entretien ou des TOS) s’ajoutant à celles, classiques, provenant de l’autorité académique. On voit ainsi émerger de nouveaux modes de relations, reposant sur la convention ou le contrat et surtout sur la confiance.

La prise en charge des établissements d’enseignement privés : le principe de parité posé par la loi Debré de 1959 implique que les établissements sous contrat d’association sont pris en charge dans les mêmes conditions que les EPLE. Cette obligation ne porte que sur l’externat simple, à l’exclusion de la restauration et de l’hébergement, et sur les dépenses de fonctionnement matériel, à l’exclusion des investissements.

Elle se traduit par des " forfaits d’externat " : au forfait représentatif des dépenses de fonctionnement matériel versé depuis 1986 par les départements et les régions s’ajoutera désormais, aux lieu et place de l’État, un forfait représentatif des dépenses de personnels TOS. Dans ce secteur aussi, des relations de plus en plus étroites de concertation s’installent entre les représentants des établissements privés et les collectivités territoriales, sans oublier l’épineuse problématique de la sectorisation (avec ou sans l’intégration des établissements d’enseignement privés sous contrat).

En somme, la décentralisation met en place un système de répartition de compétences que l’on peut qualifier de compétences partagées : leur mise en œuvre exige la collaboration des responsables à tous les niveaux et, parmi ceux-ci, désormais et d’une manière réellement effective, les chefs d’établissement.

Vers une organisation modifiée de l’architecture institutionnelle autour des scolarités obligatoires ou non obligatoires

Comme vous pouvez le constater, depuis 20 ans, ces évolutions sont fortes et tiennent de plus en plus compte des réalités locales.

Néanmoins, tout porte à croire, compte tenu de la réussite des politiques engrangées par les Départements et les Régions, que leur rôle, tant au niveau de la scolarité obligatoire que de la scolarité non obligatoire, devrait être plus important à terme, dans le cadre des réformes institutionnelles à venir.

Même si le collège est le " maillon faible " du système éducatif actuel, on voit bien que l’hétérogénéité des politiques éducatives dans le primaire, peut à terme constituer un frein vis-à-vis du continuum école/collège.

La sectorisation des collèges ouvre désormais également au conseil général un droit de regard sur ce qui se passe en matière de périmétrie des écoles.

Enfin, l’avis sollicité ou exprimé sur l’action publique est de plus en plus présent, chez les usagers et les administrés ; il doit nous conduire au-delà de la légitime, voire saine, compétitivité entre les différents acteurs publics, ce qui est propre de la démocratie, à rechercher, partout et toujours, cohérence et complémentarité, au profit des jeunes générations et des territoires.

Il n’en demeure pas moins que, compte tenu, du caractère sensible de la question éducative, où souvent l’affect prend le pas sur la raison, il nous faut définir les voies d’une complicité au quotidien qui favorise un climat le plus serein possible, propice aux démarches réformatrices.

A titre tout à fait personnel, je pense que les départements joueront demain un rôle de chef de file plus important vis-à-vis du premier degré. Ils seront amenés à mutualiser les moyens et à impulser un certain nombre de politiques publiques comme la lecture qui nous rassemble aujourd’hui et, qui nous renvoie à l’apprentissage des savoirs fondamentaux, domaine dans lequel tout le monde s’accorde à dire que des efforts conséquents sont à entreprendre rapidement.

Je vous remercie de votre attention.


Questions à François Jollivet

Emmanuel Négrier

Comment se fait-il qu’un établissement privé, à jauge égale, coûte beaucoup moins cher qu’un établissement public ?

François Jollivet

La différence est notable effectivement. Elle est de l’ordre de 30%. L’un des problèmes que l’on rencontre dans la construction des établissements scolaires, c’est que tous les locaux sont affectés, a priori : ceci est une salle de géographie, ceci est un CDI... Il faudra sortir de cette conception.

Dans le tertiaire, par exemple, il y a des locaux libres d’usage... Problème difficile à régler, car les enseignants sont assez " conservateurs " en ce domaine.

Les établissements privés, ensuite, sont beaucoup plus économes au niveau des coûts de construction, parce qu’ils sont moins à la recherche d’une " belle image ".

Il y a eu, de toute évidence, avec la décentralisation, la volonté d’édifier de beaux établissements publics pour qu’ils se voient. Cela se comprend. De même les ratios (m² par élève) sont inférieurs dans le privé.

Aujourd’hui l’intervention des collectivités territoriales se concentre sur le collégien ou sur le lycéen et sur sa réussite personnelle et scolaire. Cela ne peut être réalisé que par la synergie des moyens et le développement de partenariats structurés.

Annie Dourlent , BDP d’Îlle-et-Vilaine

Nous jouons là avec les frontières, car dans ce cas, on rentre dans des questions d’ordre pédagogiques. Une des difficultés reste précisément la pédagogie qui est la chasse gardée des enseignants.

Prenons l’exemple des ordinateurs. Dans mon département, des ordinateurs ont été mis à la disposition de tous les élèves de troisième. Au départ, cela n’a pas été si facile à faire accepter. L’Inspection d’académie a beaucoup revendiqué la non ingérence sur les contenus, la pédagogie, les méthodes...

François Jollivet

Cela se produit souvent en effet... Mais ces mêmes inspections demandent souvent aux conseils généraux de payer !

On est dans un système de contradictions certes, mais qui est également un système obligeant à la négociation. Si vous voulez développer l’usage des TIC, il faut bien que la collectivité s’implique vis-à-vis de ces usages et non plus uniquement, comme dans un passé récent, que seulement au niveau des équipements matériels.

Il y a de tels besoins urgents que les lignes de démarcation évoluent finalement assez vite sous réserve de prise d’initiative par les collectivités.

Question

Pourriez-vous clarifier vos propos lorsque vous disiez que vous craigniez que les collectivités territoriales aient été trop loin en matière d’équipement, propos au cours duquel vous avez cité les CDI ?

François Jollivet

Une des demandes récurrentes et légitimes de nos élus, c’est d’ouvrir les établissements sur l’extérieur, de les ouvrir plus nettement. Une première réponse devra être apportée rapidement concernant la plage 16 h 30- 18 h, dont nous venons de parler.

Prenons une ville du Val-d’Oise comme Sarcelles, l’une des 10 plus pauvres de France : il est désolant de voir des investissements de 12 à 13 millions d’euros (pour un collège neuf) qui ne servent que 150 jours par an et 7 heures par jour !

Il est légitime que l’argent public puisse être utilisé différemment pour répondre aux attentes logiques des populations.

Cela pose certes quelques problèmes matériels, mais les conseils généraux ont maintenant la compétence de l’accueil. D’ailleurs, qui peut dire ce qu’est l’accueil ? Pourquoi l’accueil ne concernerait-il pas ce genre de problématique ? Qu’une association labellisée, dans le créneau horaire dont nous venons de parler, vienne faire de l’accompagnement à la scolarité dans le CDI ou dans la salle informatique, cela me semble être désormais du ressort, en termes d’initiative publique, du Conseil Général.

Reprise de la question

J’ai été moi-même professeur documentaliste. Il y a déjà, au sein des établissements un problème d’identification des professeurs documentalistes, par rapport au reste de l’équipe pédagogique... Utiliser hors horaire scolaire un CDI est certes intéressant. Mais il ne faut pas accentuer un déséquilibre latent.

François Jollivet

Prenons un exemple simple : le Conseil Général est en charge de la fonction accueil. Qui, demain, si cet axe est dans le projet d’établissement, et que l’on a constaté de grandes difficultés sociales et scolaires sur le territoire, peut s’opposer à une ouverture plus ample des locaux sur la plage du midi et après 16 h 30 ? Nous n’en sommes pas loin...

La sectorisation, en nous amenant à diagnostiquer les territoires et à objectiver leurs atouts et leur difficultés, implique que nous proposions des actions de remédiation aux établissements. L’acte I a permis de satisfaire des besoins matériels, peut-être de façon ostensible. L’acte II nous donne de nouvelles compétences et la sectorisation, dans cet acte II, nous oblige à travailler autrement. La sectorisation est l’une des clés essentielles qui nous permet de faire évoluer le système, bien plus que le transfert des TOS.

Susanne Rousselot, BDP du Haut-Rhin

Vous avez dit que l’éducation va devenir la deuxième politique des conseils généraux, après le social... Vous avez ensuite parlé du bon espoir que vous avez concernant la lecture publique, dans la mesure de son rôle à l’égard des savoirs fondamentaux.

Pensez-vous, en tant que responsable départemental, que, pour la lecture publique, il est important de se rapprocher des politiques éducatives pour se positionner de façon plus forte au sein des conseils généraux ?

François Jollivet

Certainement... L’Inspecteur d’Académie du Val-d’Oise, avait cité, lors d’un conseil départemental de l’Éducation nationale, quelques politiques départementales structurantes. En matière culturelle, il y avait la lecture publique et l’histoire locale en ce qu’elle peut contribuer à réenraciner les jeunes des zones urbaines.

Nous sommes aujourd’hui un élément d’un puzzle au sein duquel les responsabilités ne sont pas toujours faciles à identifier. Il faut accepter que les contradictions s’amplifient et que les frontières fluctuent. Il y a bon nombre de " zones " dans lesquelles on peut travailler avec les autres. Il n’y aura pas d’ailleurs forcément un chef de file. Le pilotage de l’action dans le domaine éducatif cela peut être aussi le fruit de la négociation entre l’Inspection académique et le Conseil Général.

La difficulté, me semble t-il est aussi en interne : c’est l’articulation entre les directions de l’éducation et des affaires culturelles en rappelant que l’organisation des Conseils généraux est très variable au niveau national.

Didier Guilbaud , BDP d’Indre-et-Loire

Sous le mot lecture, dans les collèges, n’entend-on pas autre chose que lecture publique ? Au niveau du primaire, lecture et lecture publique sont à des antipodes.

Je crains qu’on instrumentalise les BDP et leurs moyens pour les détourner au seul profit de l’éducation.

François Jollivet

Le Ministère de l’Éducation manque de moyens. C’est un fait. Les collectivités peuvent se saisir de champs d’intervention et donc du développement d’une offre publique notamment en matière de lecture, " presque sans opposition ". A chacun de savoir où et jusqu’où il peut et veut aller dans la transparence bien sûr.

Viviane Flament, Inspectrice des Bibliothèques du Hainaut (Belgique)

Pour éviter ces pièges qu’on vient d’évoquer, en communauté française de Belgique, on a pensé à travailler en termes de complémentarité. Pour que les uns et les autres ne soient pas frustrés, et pour que les contributions soient bien balisées, on a créé des Contrats culture et enseignement.
Dans une politique culturelle et éducative, on a programmé des budgets qui permettent de créer 200 de ces contrats. C’est un incitant qui permet d’être à la fois complémentaire et équitable.

François Jollivet

On voit déjà poindre l’idée de collège à thème. C’est un sujet récurrent. Cette approche va se développer pour faire face aux difficultés éducatives, notamment autour du sport, de la culture et de l’environnement. Cela remet certes en cause le principe du collège unique mais contribue à développer l’attractivité des établissements.

Le problème plus général c’est la difficulté au quotidien pour tous les acteurs éducatifs locaux de travailler sur des procédures uniques et des orientations conjointes et partagées, en s’extrayant progressivement de la gestion de masse. Chaque jeune est, en effet, unique et une réponse personnalisée doit désormais lui être apportée. La réponse correspondante adaptée des institutions et acteurs éducatifs ne pourra être que le fruit de démarches de projet et d’évaluations régulières.

Notes

[1] TOS : personnel technicien, ouvrier et de service des établissements d’enseignement du second degré. Les TOS des collègues sont transférés aux départements dans le cadre de l’acte II de la décentralisation.

[2] Voir le site http://www.andev.com.fr.

[3] Le plan Universités 2000 (U2000) a été lancé en 1990 par le ministre de l’Éducation natiionale Lionel Jospin pour développer la construction de bâtiments universitaires, y compris de bibliothèques, en cofinbancement avec les collectivités territoriales, à commencer par les régions. Le plan Universités du 3e millénaire (U3M), lancé en 19978 par ministre de l’Éducation nationale Claude Allègre, a permis de relancer cet effort. Il a pris place dans les contrats de plan État-région.

[4] PRDF : Plan régional pour le développement de la formation. En 1993, la loi quinquennale relative au travail, à l’emploi et à la formation professionnelle a donné aux régions la responsabilité d’élaborer un plan régional de développement de la formation professionnelle des jeunes (PRDFPJ). La loi de 2002 relative à la démocratie de proximité a étendu ces plans à toutes les classes d’âges, transformant les PRDFJ en PRDF.

[5] AFPA : Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (http://www.afpa.fr). Créée en 1964, elle agit sous la tutelle du ministère du Travail pour l’orientation, la formation professionnelle des adultes, la certification des titres et la validation des acquis de l’expérience professionnelle

 

 
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