Atelier "Production de contenus numériques"

Retour de l’atelier "Production de contenus numériques", proposé par Françoise Lhuillier (BDP de l’Ardèche)

 

Cet atelier a réuni une vingtaine de participants et nous a interrogés, à travers trois exemples phares, non pas sur les compétences techniques des bibliothécaires à évoluer dans la sphère numérique, ni sur la place des bibliothèques comme seul moyen d’accès aux contenus numériques, mais bien plutôt sur comment, pour quels publics, pour quels besoins les bibliothèques sont devenues productrices de contenus numériques. Mais surtout, nous avons senti un vent nouveau se lever sur nous, léger, indéfinissable mais bien présent, porteur de mots tels que dissémination, pollinisation, co-construction, travail collaboratif, contributeurs, enrichissement, création etc. Affranchis des contraintes et lourdeurs administratives, ces trois exemples nous ont montré que l’innovation en bibliothèque est à la portée de tous. En bref, on peut reprendre la devise de Larousse, « Je sème à tous vents ».

A l’Astrolabe de Melun, médiathèque ouverte en 2004, équipement voisin des archives, sur 5000 m2 à peu près, Philippe Diaz (alias Pierre Ménard), nous a expliqué la volonté forte d’accompagner et de valoriser ce qui se fait à la médiathèque. Dès l’accueil, on sent qu’on est entré dans la médiathèque du XXIème siècle, il y a le Cyberlab, qui est l’espace multimédia, avec une volonté de départ de créer un espace de production de la part de la bibliothèque, à travers le « cabinet des curiosités » constitué de captations d’événements pour prolonger les moments forts de la médiathèque. C’est à la fois pour le public qui assiste à une rencontre mais aussi pour conserver la trace de l’événement. Il y a également la création d’une page Facebook qui permet d’aller vers le public, avec 3000 amis, en partie locaux, mais cela permet aussi de toucher un public qui ne vient pas à la bibliothèque. Cette page Face book a permis aussi de faire une enquête pour recueillir l’attente du public sur l’arrivée de liseuses à la médiathèque. Il y a également un volet création, à travers des ateliers, avec l’exemple de la sonorisation du « Voyage dans la lune », film muet de Georges Méliès. Pour un film de deux minutes, il y a eu 34 000 consultations. Il y a aussi le Kiosque, l’espace Déclic avec la possibilité de déposer des demandes d’emploi, et sur cet espace il y a aussi des vidéos sous-titrées en langue de signes, alimentées par un collègue de la médiathèque. Cap numérique est en projet, avec des choix de ressources numériques mises en ligne pour le futur projet de liseuses. La médiathèque veut également valoriser le fonds local musical numérisé qui va être mis en ligne avec un catalogue enrichi d’archives vidéo, une écoute directe et la production d’avis. Enfin un vidéomaton est mis à la disposition du public pour déposer des offres d’emploi. Ce vidéomaton offre aussi la possibilité de s’exprimer non sur le site très institutionnel de la médiathèque mais à travers les pages Facebook. Le grand intérêt de ces innovations, c’est la souplesse, qui permet de sortir de la rigidité de nos sites.

Un autre domaine d’innovation qui met en synergie un réseau horizontal de discothécaires de mise en valeur de musiques sous licence libre nous a été présenté. Vincent Bouteloup, discothécaire à la médiathèque de la communauté de communes d’Argentan (Orne) nous parlé du blog collaboratif Ziklibrenbib, consacré à la musique de libre diffusion sans licence particulière. L’objectif est de favoriser la circulation des copies, de faire connaître au public tout un courant musical passé sous silence, absent des radios et des médias et peu présent sur le secteur marchand et de valoriser des groupes locaux qui de plus en plus ne sortent plus de CD. Cette innovation, très particulière, vient du milieu des médiathèques. Le blog a été lancé en janvier 2012. Au départ, il y a deux discothécaires, Vincent Bouteloup dans l’Orne et Antoine à la médiathèque de Pacé près de Rennes. Des contributions alimentent ce blog, avec une chronique par jour, un titre en écoute, un lien vers l’album. Ce blog s’étend peu à peu puisqu’aujourd’hui ils travaillent avec les bibliothèques de Oullins, de Partenay, de Gradignan et la BDP de Gironde. L’intérêt, c’est la dissémination à travers Twitter, sur des sites de professionnels de musique, come Bandcamp, et l’interaction entre le numérique et le physique, avec la publication de chroniques au format papier, des sélections, des propositions d’affiches, des flyers etc. Le projet est d’évoluer vers la contribution du public, un Forum d’utilisateurs, avec la possibilité de télécharger et le prêt d’une clé USB avec une sélection de musique.

Dernier service, CherMedia, présenté par Christine Perrichon, du département du Cher. Le Cher est un département rural. Dans le réseau, il y a un certain nombre de bénévoles vieillissants, il fallait réfléchir à la façon de les garder et de donner envie aux bibliothécaires d’utiliser le numérique Chermedia est un blog interactif, créé il y a cinq ans. Le trait dominant, c’est qu’il n’est pas l’œuvre d’une seule personne, c’est un projet collectif. Aujourd’hui, c’est la production de 425 personnes inscrites, il est très vivant, très actif. Chaque mois, il y a une « Journée de rencontre », sorte de conférence de rédaction, les personnes peuvent se rencontrer physiquement, apprennent à se servir de l’outil, rencontrent un artiste, un acteur. Ces rencontres sont filmées et conservées. Bref, pour moi, bibliothécaire, c’est l’art de travailler ensemble, des animations, un agenda culturel, c’est une aventure humaine grâce à la technologie. Les bénévoles ont compris qu’elles pouvaient contribuer au débat public

A travers ces trois exemples, on a surtout ressenti la multiplicité d’outils connectés par l’humain. C’est aussi créer du lien entre des personnes, une interactivité beaucoup plus rapide que le site à partir de Facebook, de blogs, une participation et une présence avec une grande diversité, la liberté de création, pas de convention, pas de charte. Pour CherMedia, il y a une modération très légère, sur Facebook on a un langage beaucoup moins institutionnel que sur les sites, la notion d’essaimage est très importante, faire se rencontrer les gens. Ziklibrenbib ne cible pas forcément le public des bibliothécaires, au contraire. On constate aussi que peu à eu la production de ces sites est récupérée par les services communication des collectivités. Le regard des bibliothécaires a été au début interrogatif. La question du temps passé a été posée. En revanche, on se rend compte qu’il y a de plus en plus une participation spontanée des collègues, qui, à Melun par exemple, sont en charge de la mise en ligne de leurs animations. CherMedia est intégré dans les fiches de poste dans le Cher. Donc peu à peu, le regard de l’équipe change. Bref, tout cela ressemble beaucoup à une belle aventure humaine dont l’institution « médiathèque » reste le cœur. L’humain est au centre de l’aventure, c’est la rencontre de contenus et de personnes.

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