Atelier "Nouvelles collections et/ou médiations"

Retour de l’atelier "Nouvelles collections et/ou médiations", proposé par Françoise Atron (BDP de l’Aisne).

 

Françoise Atron :

Nous avons eu plusieurs présentations : Cécile Defois, pour la médiathèque d’Ille-et-Vilaine, a présenté un retour sur la mise en œuvre d’une politique d’acquisition partagée avec le réseau, Cécile Bodet, pour le Calvados, une politique documentaire et de médiation autour des jeux vidéo dans une médiathèque du département et Cécile Jallet, pour la Dordogne, a parlé de schéma numérique des bibliothèques en milieu rural.

L’expérience de l’Ille-et-Vilaine fait suite au schéma départemental de lecture publique de 2007 qui visait à développer la prise de compétence intercommunale, au moins la coopération entre les bibliothèques d’un même territoire. Pour mettre en place une politique documentaire concertée avec le réseau, la médiathèque a procédé par étapes. Première étape, demander une étude à un cabinet dans le but de proposer des collections MDIV en complémentarité avec celles du réseau. Cela a été un gros travail pour une cinquantaine de bibliothèques avec le personnel de la médiathèque sur des données statistiques, cartographiques, des enquêtes qualitatives, des questionnaires, des déplacements du personnel dans les bibliothèques elles-mêmes. Le résultat a été de constater qu’il y avait une non-complémentarité entre les fonds des BDP et ceux des bibliothèques municipales, puisque les deux types de structures achètent les mêmes types d’ouvrages. En revanche, l’étude a pointé des décalages entre les usages et les offres de services. En conséquence, en interne, des projets ont été mis en place pour ajuster l’offre de la médiathèque. Au-delà de ces aménagements, ce projet a été chronophage et cela n’a pas réussi à définir définitivement les orientations en matière de l’outil documentaire de la médiathèque, mais cela a permis, dans une deuxième étape, de mettre en place des outils pour accompagner les collectivités et les bibliothécaires dans leur analyse de l’offre existante. Ces outils ont été les diagnostics intercommunaux, un par EPCI, qui comprennent une collecte de données et une analyse de l’offre existante, une restitution aux équipes et aux élus et un dialogue avec les bibliothèques municipales sur les sujets d’insatisfaction ou de satisfaction dans leur relation avec la médiathèque départementale et des préconisations pour co-construire un plan de développement des collections. Ces diagnostics deviennent donc des outils de coopération mais au niveau des résultats, à ce jour, Cécile Defois indique qu’aucun plan de développement des collections n’est encore sorti de ces réflexions. En conclusion, dans le travail sur les plans de développement des collections, il serait préférable de se focaliser plutôt sur les services à proposer, les partenariats à mettre en place pour structurer un projet de politique documentaire à l’échelle intercommunale. Autre expérience qui nous a été proposée : l’introduction de jeux vidéo dans l’offre documentaire de la bibliothèque départementale du Calvados. L’idée est partie du constat au niveau local que la collection de CD-Rom résiste bien alors que le support est vieillissant. L’équipe a pensé que c’était grâce à leur orientation vers le ludo-éducatif. Quelques chiffres du contexte national ont aidé à la décision. Il y a 24 millions de joueurs en France dont 52% de femmes, 42% des 12-17 ans jouent une fois par jour. Le public s’est élargi, la moyenne d’âge des joueurs est d’environ 35 ans, c’est un phénomène intergénérationnel, cela peut être aussi un moment important du temps familial. De plus, les jeux vidéo témoignent d’une réelle créativité artistique. Cela peut entrer dans le type de service élargi qu’on peut offrir dans une bibliothèque de type troisième lieu. La décision de la bibliothèque du Calvados a été d’intégrer les jeux vidéo dans le renouvellement du marché acquisitions en 2009. La méthodologie a été de co-construire une offre avec une médiathèque du département qui avait déjà choisi de proposer des jeux vidéo dans son projet d’établissement. Cette commune, c’est Condé-sur-Noireau, qui a reçu le prix Livre hebdo de l’accueil. La BDP a eu une politique d’acquisition très ouverte au départ, en mettant seulement une limite d’âge (pas de jeux au-delà de 18 ans). Une personne ressource dans la bibliothèque municipale a été nommée, la bibliothèque municipale a acheté les consoles et la BDP les jeux vidéo. Quel a été le résultat ? 200 inscrits pour les jeux dont 70% de non-inscrits à la médiathèque, les séquences durent de 30 à 45 minutes, il n’y a pas de prêt. On a constaté une augmentation de 5% des inscrits. Il y a treize joueurs par jour sur PS3, 11 sur DS. Au bout d’un an, les joueurs passent de jeux qu’ils connaissaient déjà à des jeux inconnus. C’est aussi un phénomène intergénérationnel, les grands-parents amènent leurs petits -enfants, des familles non équipées de consoles de jeux à la maison viennent jouer, il y a des concours, des pratiques sous forme collective, des animations. En conclusion, trois autres bibliothèques du département sont intéressées mais la bibliothèque du Calvados ne travaille qu’avec les bibliothèques ayant inscrit les jeux vidéo à leur projet d’établissement. Une autre réflexion menée par la Dordogne pour arriver à un schéma numérique dans le département nous a été présentée. Cécile Jallet a fait part des résultats d’une étude demandée à un cabinet et de la démarche qui avait conduit à demander cette étude. La Dordogne est un département très rural, à l’économie fragile, où la collectivité se substitue aux acteurs privés pour mettre en place le haut débit. Il y avait déjà une politique départementale de TIC puisque, sur 270 bibliothèques, 101 ont un accès public à internet et 55 des points d’accès publics à internet du département sont dans les bibliothèques. Depuis 2008, il y avait une expérimentation avec 10 bibliothèques de niveau 1 qui avaient choisi cinq ressources électroniques consultables sur place. Les personnels de la BDP faisaient preuve d’un investissement important, en se déplaçant, en formant le personnel et en intervenant dans les bibliothèques municipales. En 2010, le nouveau portail de la bibliothèque départementale a été ouvert, avec une offre de ressources pour tous les usagers. On a constaté que l’offre n’était pas suffisante, soit qu’elle ne correspondait pas aux choix qu’aurait fait la BDP en politique documentaire, par exemple le « Kiosque », où tous les journaux n’étaient peut-être pas ceux que la bibliothèque aurait achetés soit en raison de problèmes d’accès, donc il y avait une faible utilisation de toutes ces ressources, une faible appropriation aussi bien en interne que par les usagers. L’idée a été de recourir à une étude auprès d’un cabinet pour permettre de prendre du recul, d’évaluer l’expérimentation depuis 2010 et d’arriver à un schéma numérique. Les questions ont porté sur les services numériques à développer, la place des bibliothèques dans ce futur schéma numérique, les attentes du public, les coûts. L’enquête a été rendue avec trois axes de préconisation. Axe 1 : renforcer le réseau de lecture publique, en lien avec le plan départemental de lecture publique, qui réaffirme le rôle des EPCI, qui conseille d’intégrer les bibliothèques hors réseau (en Dordogne il y en a deux) et d’orienter ce plan de développement en renforçant les moyens d’accompagnement, par exemple dans l’aide à la création d’emplois. Axe 2 : élargir les publics par une politique éditoriale ciblant des publics prioritaires, ce qui équivaut peut-être à refondre le portail de la BDP. Axe 3 : affirmer le rôle de la BDP comme opérateur culturel majeur dans le développement numérique du département, animer les bibliothèques autour du numérique et valoriser les acteurs régionaux producteurs de contenus culturels numériques locaux. Quelques questions se posaient à la lecture de cette étude pour mette en place un schéma numérique : reprendre la maitrise sur les contenus documentaires, en fait halte aux bouquets, intégrer la politique documentaire sur tous les supports, produire des contenus et les intégrer au catalogue départemental. Cécile Jallet a terminé en posant un certain nombre de questions et en constatant un grand sentiment de solitude des BDP dans les négociations avec les éditeurs de ressources numériques, sentiment partagé par la salle, et à la question « Quel chef de file pour la lecture publique ? », il a été répondu « Le mieux placé pour négocier, c’est encore l’État. »

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