Atelier "Formations hybrides et nouveaux publics"

Retour de l’atelier "Formations hybrides et nouveaux publics", par Jérôme Triaud (BDP Saône-et-Loire)

 

Jérôme Triaud

Nous avons assisté à un atelier très dense et très riche avec des interventions qui ont duré plus de 20 minutes. Martine Jan (Seine-et-Marne) nous a parlé d’un dispositif de formation, « Passeurs culturels ». Sarah Waechter (Jura) a parlé de la médiation numérique des collections et du plan de formation lié à cette médiation numérique. Vincent Lecomte (Vendée) a présenté les « Voyageurs du soir », dispositif qui va au-delà des questions de formation.

Le dispositif « Passeurs culturels » de Seine-et-Marne s’est arrêté cette année. Il a commencé en 2008-2009. L’idée était de réfléchir à un nouveau métier consacré à la médiation des collections en direction des publics éloignés des bibliothèques et de la culture, et plus particulièrement le public jeune. Le constat a été fait en Seine-et-Marne de la faible fréquentation des bibliothèques par le public jeune. Quels étaient les objectifs assignés à ce dispositif ? Favoriser les pratiques culturelles, l’insertion professionnelle et la qualification des professionnels des bibliothèques. En quoi consistait le dispositif ? Une formation co-construite avec une association, Initiative 77, qui travaille dans le domaine de l’insertion professionnelle, une formation en alternance sur deux ans et une formation qualifiante, puisque les jeunes sortaient avec un diplôme de niveau 4, le BPGEPS de la Jeunesse et des sports. Le recrutement se faisait au niveau du bac, les candidats étaient recrutés par des collectivités, rémunérés par Initiative 77 et par les collectivités sur la base d’un CAE.

Quels ont été les résultats de ce dispositif de formation ? Quatorze jeunes ont été recrutés, deux ont abandonné en cours de formation parce qu’ils avaient trouvé un emploi en bibliothèque. À l’issue de la formation qualifiante, quatre ont trouvé un emploi en bibliothèque en Seine-et-Marne, six un emploi d’animateur (centres de loisirs, centres pour handicapés ou médiation culturelle en lycée). Donc un bilan au niveau de l’emploi relativement positif, puisque peu de ces jeunes se sont retrouvés au chômage. Un autre résultat, le contenu des projets mis en place par les jeunes bénéficiaires de cette formation. Ils ont répondu à des appels à projet de l’association Lire et faire lire, de la fondation SNCF. Les stagiaires ont travaillé sur des projets liés à la prévention de l’illettrisme, réalisé un film, monté un salon autour du roman policier et mené diverses actions en direction des femmes isolées. Malheureusement, cette action n’a pas été reconduite car l’engagement financier des collectivités a été freiné par la crise.

Ensuite nous avons entendu une présentation concernant le plan de formation pour la médiation des ressources numériques par Sarah Waechter (Jura). L’idée est de mettre en valeur les ressources numériques et de donner la capacité au personnel des bibliothèques d’appréhender cette culture numérique et de pouvoir mettre en place des actions de médiation. Le constat, c’est celui que nous faisons tous dans nos réseaux : un manque de culture numérique, un manque de temps pour aborder les questions numériques, un manque de confiance face aux ressources électroniques proposée par le réseau JuMEL. Mais il y avait aussi, dans ce constat, un point positif, la conscience de la nécessité d’utiliser ces ressources mises à la disposition des bibliothèques. Les objectifs assignés à cette formation sont faciles à énoncer : s’approprier les contenus numériques et réussir leur médiation et la communication autour de ces contenus. Un plan de formation s’est développé en deux temps : d’abord la découverte et l’utilisation des contenus numériques par les bibliothécaires du réseau. Chacun avait à découvrir et à restituer auprès de ses collègues l’utilisation de BiblioVox par exemple ou d’Arte VOD. Second temps du plan de formation, plus important et peut-être plus original, le travail sur le discours autour des ressources numériques et le montage d’une animation intégrant ces ressources numériques, avec un point de départ essentiel, partir des contenus offerts par ces ressources pour aller vers le montage d’une animation. Les résultats, même si c’est relativement récent : les collègues du Jura ont noté des bibliothécaires du réseau très réceptifs, des échanges positifs, une façon de se rassurer, la conscience accrue de la nécessité d’accompagner les usagers et une certaine désacralisation, un rapport de proximité plus évident avec ces fameuses ressources numériques dont tout le monde parle, et finalement des réflexes qui se sont mis en place pour utiliser ces ressources, qui n’étaient plus un contenu à côté des collections physiques, mais bien à intégrer dans les animations des bibliothèques du réseau.

La troisième présentation portait sur les « Voyageurs du soir » dont vous connaissez les prémices et le dispositif. L’idée de ces « Voyageurs du soir », est de croiser les problématiques sur les collections, la formation, l’animation, le numérique, la proximité et la visibilité mais aussi des questions internes de management. A la base de ces « Voyageurs du soir », il y a un blog que je vous invite à découvrir et cinq interrogations fortes : comment continuer à former aujourd’hui, comment animer, comment promouvoir les collections, comment développer le numérique et finalement comment exister. Je me limite à la formation. Premier constat : on forme toujours les mêmes personnes. Un autre constat : le manque d’appétit du réseau pour l’acquisition, disons, de culture. Les objectifs assignés, c’est de former toutes les équipes, d’aller au-delà des attentes et des demandes des bénévoles. Le dispositif s’énonce de la manière suivante : former sur place, rapidement, en moins de deux heures, de manière participative et sans inscription. De là est née l’idée d’une soirée animée autour d’une thématique. Le recul est encore insuffisant pour évaluer les résultats. Au niveau du blog, plus de mille billets publiés par les bibliothécaires de la BDP, les bibliothécaires du réseau, les usagers, plus de 7000 e-lecteurs individuels. L’impact sur la fréquentation des bibliothèques est difficile à matérialiser, mais en revanche on constate un effet dynamisant sur les équipes à tous points de vue, et l’élargissement du bénévolat vers des acteurs plus jeunes et plus à l’aise avec les outils numériques.

Je vais terminer avec ce qui me semble être la quintessence de ces trois présentations, les objectifs multiples assignés à ces formations : la professionnalisation des bibliothécaires, l’animation des territoires, la médiation des collections et pour ce qui concerne la Seine-et-Marne, l’insertion professionnelle. Au total, il me semble que ces formations devenues hybrides, qui mêlent animation, communication, formation, questionnent l‘évolution de nos métiers de bibliothécaire.

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