Atelier "Accès aux collections"

Fluide, retour de l’atelier "Accès aux collections" par François Dussoulier (BDP Hautes-Alpes)

 

François Dussoulier :

Je vais essayer de tenter une synthèse de cet atelier qui était assez riche en échanges et qui a permis d’entendre quatre expériences différentes sur la fluidité de l’accès aux collections. Cela fait référence à une problématique première des BDP, que l’on appelle classiquement la desserte documentaire, mot devenu tabou qui renvoie à une vision un peu vieillotte de la BDP et de ses missions premières. À travers les quatre expériences proposées au sein de cet atelier, on a vu que la desserte documentaire pouvait être placée dans une vision stratégique de desserte et d’organisation territoriale. L’atelier était modéré par Gaetano Manfredonia (Corrèze). Il s’est dit beaucoup de choses !

Laurent Ronsin-Ménerat, du Morbihan, nous a parlé en 21 minutes de la gestion et de l’optimisation des flux et des reflux ; il est au bord de la mer ! Il nous a dit comment il a fait pour passer d’une desserte de bibliobus complète – avec malgré tout quelques annexes – à un choix sur place complet, en dix-huit mois, dans le cadre d’une stratégie de territorialisation (quatre annexes sur le département, réparties aux quatre coins du département). Puis il nous a expliqué comment il a tranché ce choix, en mettant en place un processus d’analyse des points positifs et négatifs de chacun des modes. Enfin, il nous a révélé comment on explique cela aux élus, aux techniciens et au personnel des bibliothèques du réseau. Finalement, cette réflexion l’a fait aboutir à une externalisation complète du transport des collections, après choix sur place par les bibliothécaires du territoire au sein des quatre annexes du département du Morbihan.

Puis Colette Modion, du département de la Loire, en 20 minutes, nous a parlé du plan départemental de développement de la lecture publique 2010-2015, avec des collections valorisées, un réseau structuré et dynamisé. Lorsque l’on refait un plan départemental de développement de la lecture publique, on insiste souvent sur les critères de subventionnement, d’aide à l’investissement, d’aide éventuellement au fonctionnement sur l’action culturelle. Dans le cas de la Loire, il y a eu une véritable réflexion qui a pris en compte la desserte documentaire, avec une structuration territoriale et avec des médiathèques têtes de réseau (des « MTR »). Le choix s’est porté finalement vers une desserte mixte entre le traditionnel passage d’un bibliobus sur les BM de niveau 4 et 5 et avec un choix sur place au sein de la BDP pour les BM de niveau 1, 2 et 3. On est actuellement sur une évolution en micro-réseau de la desserte documentaire.

Puis Michèle Fitamant, du Finistère, nous a parlé en 22 minutes de la RFID en BDP. Le constat vient beaucoup d’un rapport initial de la médecine du travail, puisqu’est revenue abondamment la question de la santé et des troubles musculo-squelettiques qui pouvaient être occasionnés par le portage de caisses de livres par les agents de la BDP ou les personnels dans les communes. Il y a donc eu une réflexion sur la gestion des flux, une fluidité de la gestion des flux et une fluidité dans l’acheminement et dans la manutention des caisses d’ouvrages. Un choix a été fait d’équiper les documents avec des tags RFID et de les placer dans des charriots de prêt RFID qui permettent d’enregistrer quatre-vingt-dix documents à la fois. Il y a eu une réflexion et une logique en ce sens avec des constructions, des automates de prêt et des aménagements spécifiques.

On a fini avec Claire Gaudois et Jean-Pierre Le Pezron (Val d’Oise). Ils ont fait un travail de synthèse en dix minutes appelé « Quand l’horizontal croise le vertical, avec réserve ». On est passé sur une analyse plus générale : d’une vision verticale de choses, c’est-à-dire la BDP qui achemine en gros flux saccadés – « GFS » selon leur propre terminologie – avec les bibliobus, pour aller vers une logique de flux variables à la demande, voire, en optimisant, aller sur des petits flux réguliers avec un acheminement constant. L’équipe de la BDP 95 a un objectif très clair : mettre en place des navettes hebdomadaires qui apporteraient tous les documents à l’échelle du réseau valdoisien, avec une logique et une rhétorique propre au Val-d’Oise sur les mots, le vocabulaire, etc.

Ce que l’on peut retenir dans ces différents exposés, c’est que les moteurs du changement, ce sont des expérimentations et non des modèles. À chaque fois, il faut bien peser le pour et le contre de chaque changement introduit dans sa desserte documentaire pour qu’elle soit efficace. La santé des agents est une notion qui est revenue tout au long des échanges, ainsi que la fluidité, la rationalisation, le traitement des flux, la nécessité d’une bonne communication interne et externe afin de bien expliquer les tenants et les aboutissants de ces nouveaux modes de desserte. La réduction des coûts a également été abordée. Les cadres de renouvellement des plans de développement de la lecture publique, la contractualisation, la valorisation des collections, la politique documentaire – qui est profondément revue et assouplie, avec notamment la suppression dans certains cas des quotas de documents – des services de réservation qui doivent être efficients. Tous ces aspects étaient présents. Le dernier point novateur concerne essentiellement la mise en place d’une réserve départementale dans le Val-d’Oise qui vise à aider au désherbage des collections dans les bibliothèques du réseau valdoisien. Et puis, de façon générale, permettre une plus grande autonomie des emprunteurs, qu’ils soient des personnes du public général ou des bibliothécaires, avec la mise en place d’automates comme cela se fait à la BDP du Finistère.

Ma dernière diapositive sera un essai de synthèse. On peut percevoir la desserte non plus de manière vieillotte, mais comme une mission réellement stratégique. Cette desserte revue, en allant de plus en plus vers un choix sur place dans les annexes où on essaie de constituer des réserves, entraine inévitablement une évolution professionnelle des catégories C, puisque de chauffeurs ils deviennent magasiniers. Or souvent, ils ont été recrutés plus comme chauffeurs que comme magasiniers spécialistes du rangement des collections. On peut aussi se poser la question de ceux qui n’étaient que chauffeurs et voir comment ils peuvent être intégrés à ces nouveaux cycles de travail introduits par ces nouvelles dessertes.

En termes de collections, on a plus de choix. Un bibliobus, c’est entre 3 et 4 000 documents. Avec le choix sur place, on est plutôt sur des volumes de 50 à 70 000 documents. En même temps, il ne faut pas trop de documents, cela a été dit dans les échanges avec la salle. Quand il y a trop de documents, le bibliothécaire qui vient s’approvisionner à la BDP passe une demi-journée complète pour faire le tour des rayonnages et des épis et des travées. Il semblait y avoir un consensus pour dire que 70 000 documents, c’est le bon niveau de collection.

Enfin, l’arrêt de la desserte traditionnelle remet en question la relation privilégiée entre les bibliothécaires référents de territoire dans les BDP et les bibliothèques sur le territoire. Il faut donc veiller à ne pas tuer cette convivialité ni le lien professionnel et la mission de conseil, de médiation d’accompagnement qui sont celles traditionnelles des BDP. Plusieurs solutions ont été énoncées hier, notamment le conventionnement d’objectifs, nécessaire avec les collectivités, ou encore une simple contractualisation. Ces outils cadres permettent d’aller voir les communes, d’avoir une discussion sur la desserte et ses évolutions et de refaire le point un peu plus tard. Un ou deux ans après, soit le contrat d’objectif est rempli et la bibliothèque est un vrai partenaire et la BDP n’arrête pas son service, soit la convention d’objectif n’est pas respectée, dans ce cas il y a négociation, voire une suppression du point dans les cas où cela ne se passe pas bien.

Enfin on peut dire que toutes ces évolutions de la desserte repositionnent la BDP non plus comme des services qui vont se balader au gré des demandes, mais comme des services qui vont ré-effectuer un prêt direct (bien sûr, complètement différent du prêt direct que les BCP ont connu les années 1970). Malgré tout, on revient à un service en direct à la personne, que ces personnes soient membres du réseau de la BDP ou extérieures.

En faisant une ACP, j’ai essayé de positionner les stratégies des différentes BDP que nous avons entendues hier en fonction de deux axes. Il y a deux choses qui me paraissent ressortir : la radicalité du changement qui introduit tout ce dont j’essaie de vous parler en termes de communication, de préparation d’objectifs etc., et l’indice de négociation, une sorte d’indice entre la rentabilité, les coûts induits par le changement et la difficulté à les faire changer.

Je vous remercie de votre écoute.

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