CR journées d'étude Ateliers

Les partenariats institutionnels

Synthèse de l’atelier 4 par Annie Dourlent, directeur de la BDP d’Ille-et-Vilaine

 

[1] Les collègues néerlandais nous ont présenté la manière dont leurs bibliothèques se sont adaptées à un contexte devenu difficile pour leur développement : contexte qui menaçait à la fois leurs activités, leur fréquentation et peut-être même leur existence. Les collègues présents étaient le directeur d’une bibliothèque municipale et le directeur d’un service provincial de bibliothèques (centre de ressources et des services pour les bibliothèques).

Le contexte défavorable dont ils ont fait état est dominé par trois grands problèmes :

  • le développement d’internet et les possibilités de documentation à distance via le web,
  • l’offre multipliée de loisirs variés pour la population,
  • une contrainte budgétaire devenue difficile.

Les bibliothécaires néerlandais ont fait face à la situation par des innovations dans lesquelles le partenariat entre pour beaucoup.

Premier type d’innovation que notre collègue a appelée l’innovation verticale : Il s’agit d’organisation de collaboration entre les bibliothèques pour faire des économies tout en proposant d’avantage de services.

Quelques exemples :

  • Interconnexion des catalogues des bibliothèques au niveau national, qui permet la mise en œuvre d’un système national de réservations, accompagné d’un système de livraison dans les bibliothèques, mais qui, à terme s’étendra au domicile des usagers.
  • rganisation d’un système de réponses téléphoniques au public. Cette activité est prise en charge par les bibliothèques à tour de rôle.
  • Achat sous forme de consortium de banques de données pour les mettre à disposition des usagers des bibliothèques, mais accessibles à partir du domicile, via les portails des bibliothèques.
  • Mise en place de coopérations pour l’acquisition de matériels promotionnels.
  • Mise en œuvre de services communs pour les écoles : aides à la navigation sur internet, accès à des banques de données
  • Développement d’un service libre-service à base de marquage RFID pour que les bibliothèques économisent du temps sur les transactions.

Deuxième type d’innovation qualifiée d’innovation horizontale :

Il s’agit de faire sortir les bibliothèques de leur univers spécifique et de proposer un modèle de bâtiment qui ne comprend pas seulement une bibliothèque, mais également une multiplicité de services définis en fonction de l’originalité de chacun des projets.

Ce concept a été importé des pays scandinaves et adapté à la Hollande par le directeur du service provincial de bibliothèques lui-même.

Dans les domaines de la culture, de l’information, de l’éducation et de loisirs, ces projets nous sont finalement déjà un peu familiers : école de musique... La mitoyenneté avec des services sociaux ne nous étonne pas non plus, mais la coexistence avec des services privés est plus surprenante.

Il existe déjà une vingtaine de bâtiments de ce type. L’un des intérêt de ces regroupements est de générer des financements multiples qui permettent donc le développement de ce type d’établissement. Selon nos collègues, compte tenu du manque de crédits, si ce montage n’avait pas été envisagé, il devenait sans doute impossible de continuer à construire des bibliothèques dans les zones rurales, notamment, et dans les quartiers. Ce concept répond donc à une situation de crise économique.

Que trouve-t-on donc au sein des ces bâtiments ? Ecole de musique, théâtre, salle d’exposition, services pour la jeunesse, services municipaux, école élémentaire, radio locale, restaurant, café, banque, médecins, kinésithérapeutes, office notarial, agent immobilier, paroisse, ANPE, police, et même appartements...

Il a été précisé qu’en dehors des bibliothèques des très grandes villes (Rotterdam et Anvers), les bibliothèques ne sont pas des services municipaux. Ces services sont administrés par des comités de gestion. Ils reçoivent une subvention de la municipalité, mais fonctionnent de façon indépendante. Le Directeur est responsable financièrement de la marche de l’établissement et se définit véritablement comme un entrepreneur culturel.

Les personnels ne sont pas fonctionnaires. L’évaluation des coûts est constante.

Nous sommes ensuite venus à un univers qui nous est plus familier, même s’il me semble encore assez exemplaire ; il concerne la collaboration de la BDP de l’Hérault avec la bibliothèque de la communauté d’agglomération de Montpellier.

La bibliothèque de Montpellier et la BDP de l’Hérault ont vraiment raisonné de façon partenariale : les territoires n’ont pas été séparés en fonction de la population des communes ; les services n’ont pas été non plus séparés fonctionnellement... Chacun des partenaires, dans tous les domaines concernés, intervient selon ses compétences et ses ressources propres.

Ceci, nous a dit Jean-Michel Paris, a permis à la BDP de l’Hérault de mettre en valeur des savoirs faire spécifiques, notamment en ce qui concerne la mobilité des collections.

L’objectif était d’améliorer le niveau de l’ensemble des équipements sur la communauté d’agglomération et d’améliorer le service au public, objectif qui évidemment ne doit jamais être perdu de vue.

Le temps nécessaire à l’élaboration de cette collaboration a été de deux ans, pour ce qui concerne les modalités de la convention.

Un travail de recensement et de typologie des bibliothèques s’est effectué en fonction d’un critère d’autonomie de chacune d’elles et donc des services dont elles peuvent avoir besoin de la part de la BDP de l’Hérault ou de la bibliothèque de la communauté d’agglomération.

Quelques domaines de collaboration :

  • Reprise des fonds thématiques initiés par la BDP de l’Hérault par l’agglomération en direction des bibliothèques de l’agglomération. Ces fonds circulent par l’intermédiaire des navettes de la BDP. Ils circulent également sur l’ensemble du département.
  • Programmes de formations conjoints et accessibilités des formations de chacune de structures aux personnels des deux structures.
  • Collaboration autour de l’animation.

Notes

[1] Atelier4 : Les partenariats institutuoionnels :
Conseil général et Communauté d’agglomération, où en est-on à Montpellier ? : Jean-Michel Paris, directeur du département Culture du Conseil général de l’Hérault
En Hollande, les réseaux ruraux publics et privés : Henk Mittelveld et Gerard Kocx directeur de la bibliothèque d’Enschede
Modérateur : Françoise Danset, directrice de la BDP des Bouches-du-Rhône
Rapporteur : Annie Dourlent, directeur de la BDP de l’Ille-et-Vilaine

Les partenariats culturels

Synthèse de l’atelier 3 par Laurent Ronsin-Menerat, directeur de la BDP du Morbihan

 

 

Les débats et les échanges [1] ont été lancés sur la base de deux expériences qui étaient radicalement différentes dans le domaine du partenariat. Ces différences ont permis de nourrir la discussion.

La première expérience nous a été racontée par Pascal Mériaux, directeur de l’association On a marché sur la bulle [2], créée en 1995 par des passionnés de bande dessinée. Mais nous le savons tous, rien ne marche dans la BD, sans héros, sans visionnaire... Ce héros existe, il est présent dans cette salle ; il est honorablement connu sous le nom de H. R., digne successeur de Jules Verne, dans sa vision des choses. Hervé Roberti, donc, reçoit un jour Pascal Mériaux. La BDP de la Somme soutient alors l’association, notamment en lui commandant des expositions et des formations pour les acteurs du réseau.

Il n’y a pas de convention entre la BDP de la Somme et l’association, mais des commandes régulières.

Le bilan de ce partenariat, ce sont 10 expositions sur la BD, des formations nombreuses. L’association compte aujourd’hui plusieurs salariés et prend une envergure nationale.

Aujourd’hui, les contacts directs sont pris entre des bibliothèques du réseau et l’association, sans passer par la BDP.

Deuxième expérience : elle nous est racontée par le directeur d’un centre culturel qui propose des petites formes de spectacles aux bibliothèques des Yvelines.

Le débat à porter sur cette question : s’agit-il d’un véritable partenariat, dans la mesure où le centre culturel propose aux communes sur quelques indications de la BDP d’accueillir des spectacles.

Les bibliothèques ont surtout pour rôle d’assurer la communication et la vente des places. Cette dimension de non-gratuité a engagé, dans l’atelier, une véritable polémique.

Les questions qui se dégagent de ce débat sont : Quels sont, en la matière, les objectifs des bibliothèques ? A-t-on pu mesurer l’intérêt local de cette démarche ?

Cet atelier a été également l’occasion de présenter d’autres partenariats menés dans de nombreux départements, autour du livre, de spectacles, de contes, d’activités graphiques.

Notes

[1] Atelier3 : Les partenariats culturels :
Spectacle vivant : Jean Feugère, directeur du centre culturel de Beynes (Yvelines) et Chantal Anglada, chef du service des affaires culturelles du Conseil général des Yvelines
Salons du livre : Pascal Mériaux, directeur de l’association On a marché sur la bulle qui organise depuis 10 ans les Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, 3ème manifestation nationale du genre en France
Modérateur : Jacky Besnier, directeur de la BDP du Calvados
Rapporteur : Lauret Ronsin-Ménerat, directeur de la BDP du Morbihan

[2] Le site de l’association est http://bd.amiens.com (note de l’éditeur).

Les partenariats éducatifs

Synthèse de l’atelier 2 par Philippe Valade, directeur de la BDP des Pyrénées-Orientales

 

 

L’atelier a été soutenu par trois interventions [1]

L’Indre a mis en place un prix littéraire des jeunes, qui est une opération lourde mais qui marche bien, puisque les jeunes y répondent de façon importante : 10 000 d’entre eux répondent présents chaque année.

A l’origine de cette initiative, on trouve un socle déjà ancien de pratique relationnelle entre les institutions. Depuis 10 ans, en effet, des sélections de livres jeunesse sont faites et diffusées... C’est à partir de ce travail et de sa méthodologie qui met en rapport bibliothécaires, documentalistes, CDDP, FOL [2] et Jeunesse et Sports, que le Conseil général a été amené à développer une action plus ciblée, notamment en direction des établissements scolaires.
Les buts sont multiples : faire lire les jeunes, faire entrer une littérature de jeunesse de qualité au sein de l’école, développer le sens critique des enfants.

L’action se développant l’Education nationale a tendance à tirer la couverture un peu à elle ; il convient donc de trouver les outils d’un bon équilibrage pour l’avenir. La BDP doit d’ailleurs maintenir son réseau de lecture totalement indépendant de la grosse machine qu’est l’Education nationale.

Il nous a été également rapporté, dans l’Indre-et-Loire [3], trois actions, menées avec le CDDP, qui, si elles sont plus modestes, n’en sont pas moins intéressantes. Un groupe de travail, Bibdoc 37, s’est constitué. Il a pour mission de mener la réflexion sur des outils de gestion, sur l’évolution des missions, sur les complémentarités des acteurs. Il s’agit d’un partenariat très simple, sans cadre juridique, à l’organisation et au financement aléatoires.

Il s’est également monté un partenariat concernant le prêt à distance pour les enseignants : la navette de la BDP permet l’acheminement des documents prêtés par le CDDP. Dans le même ordre d’idée, des mallettes de littérature jeunesse, constituées à partir de la documentation de la BDP, circulent dans les écoles et permettent de faire remonter des besoins en ce domaine à satisfaire par le CDDP.

La troisième partenariat concerne un concours de lecture-écriture mené dans la Somme. L’action mériterait d’être assez longuement développée. Je me contente ici de dire qu’elle n’a pu démarrer que grâce à l’existence préalable d’un groupe de travail solide, qui, pendant 10 ans, à mise en œuvre un salon du livre de jeunesse. C’est sur ce socle relationnel que s’est ensuite mis en place le concours.

Ces expériences montrent que le partenariat avec le monde de l’éducation est toujours lent et difficile. Il convient de s’appuyer sur des acquis antérieurs. Ce partenariat est toujours à recadrer pour que chaque partenaire garde bien clairement les objectifs qui sont les siens. Ce partenariat, quand il a lieu, a le mérite d’être riche et très efficace.

Notes

[1] Avec les CDDP : Prix littéraire de l’Indre et Regards croisés en Indre-et-Loire :Nathalie Clerc, directrice de la BDP de l’Indre et Robert Parlange, directeur du CDDP d’Indre-et-Loire
Les concours " lecture-écriture " : Chantal Evrard, librairie spécialisée jeunesse, et Odile Vasseur-Preux, BDP de la Somme
Modérateur : Dominique Lahary, directeur de la BDP du Val-d’Oise
Rapporteur : Philippe Valade, directeur de la BDP des Pyrénées-Orientales

[2] DDBL : Direction départementale des bibliothèques et de la lecture de Touraine. CCDP : centre départemental de documentation pédagogique. FOL : Fédération des œuvres laïques.

[3] Voir Partenariats éducatifs : DDBL et CDDP 37 par Robert Parlange.

 

Les partenariats sociaux

Synthèse de l’atelier par Claire Gaudois, BDP du Val-d’Oise

 

Trois exemples de partenariat dans le domaine social nous ont été exposés. [1]

Le premier concernait l’équivalent anglais de la communauté d’agglomération de la région de Brighton. L’opération dont il s’agit se nomme Book star. Elle est pilotée au niveau national par une institution caritative de droit privé ; cette association est développée en un réseau de partenariats locaux sur l’ensemble du territoire du Royaume-Uni.

Sa traduction, dans la région de Brighton, est que chaque bébé anglais, entre 7 et 9 mois, reçoit, lors de la visite médicale obligatoire, un pack publicitaire pour inciter à la lecture. Le pack est constitué d’un sac plein de prospectus : bibliographies, set de table portant comptines, deux petits livres cartonnés... Et puis une liste des coordonnées des bibliothèques les plus proches, assortie d’une carte d’inscription à la bibliothèque et, éventuellement, d’une carte d’inscription à la piscine.

L’objectif de l’opération n’est pas seulement la prévention de l’illettrisme ; c’est aussi la facilitation de la socialisation. Et dans ce domaine, semble-t-il, les bibliothèques anglaises sont beaucoup plus inscrites dans le tissu social que ne le sont les nôtres. Comme pour ce qui vient de nous être dit de la Hollande, la transposition éventuelle du modèle nécessiterait une adaptation.

Le département de la Somme, si j’ai bien compris, va tenter une telle transposition, puisque la possibilité d’une action similaire y est étudiée, l’objectif étant de fournir des livres aux bébés.

Nous a été ensuite présentée une expérience de partenariat de 20 ans entre La Médiathèque de Valence et la Maison d’arrêt de cette même ville.

La particularité est ici la qualité de collaboration avec l’institution pénitentiaire et le contact avec l’univers carcéral. Cette collaboration demande une grande souplesse de la part de l’un des partenaires, qui n’est pas la prison.

Cette souplesse signifie acceptation de la fouille quand on va à la bibliothèque de la prison, absence d’information sur les transferts de détenus, acceptation que les services rendus passent toujours après les règles de fonctionnement de l’institution pénitentiaire.

L’exposé de la médiathèque de Valence était suivi d’une communication de Pascale Maine qui est chargée de mission régionale pour le développement culturel en milieu pénitentiaire.

Elle a détaillé devant nous les raisons pour lesquelles il faut qu’il y ait des bibliothèques en prison, et les raisons pour lesquelles cela est très compliqué. D’un point de vue pratique, Il faut surtout retenir la longueur du processus de conventionnement. Cette longueur de mise en place implique que les initiatives soient absolument faites pour durer.

En fin de séance sur ce sujet, un participant a relevé l’utilité des chargés de mission, en tout cas de quelqu’un qui puisse faire l’interface pour dénouer les logiques strictement institutionnelles et pour mobiliser les partenaires.

C’est ensuite la Médiathèque départementale du Haut-Rhin qui nous a présenté la façon dont le Conseil général travaille maintenant avec le public des personnes âgées. C’est la conjugaison d’une volonté politique inscrite dans le plan de développement de la lecture publique et de l’opportunité d’une réorganisation des services du Conseil général (qui a regroupé services sociaux et services culturels au sein d’une même direction) qui a fourni une synergie capable d’introduire une dimension culturelle dans les projets sociaux de Conseil général en direction des personnes âgées.

Cela s’est traduit par l’ouverture de lieux-bibliothèques dans les maisons de retraite, par la formation des animateurs en gérontologie, par la proposition d’expositions et d’animations.

Bien qu’il s’agisse de deux services d’une même institution, ce travail a été réellement ressenti comme un partenariat : il a fallu se connaître et se reconnaître pour travailler ensemble.

Les interventions qui sont ici résumées ont été riches et chargées en émotions. Les partenariats, dans le domaine social, font sans doute recours à des moteurs et à des motivations humaines et affectives qui mettent vraiment en jeu les personnes et les acteurs.

Les remarques pratiques tirées des cas exposés sont les suivantes :

La mise en place d’un partenariat formalisé est très longue. Il a fallu 4 ans au Conseil général du Haut-Rhin pour mettre en place ce programme.

Ce temps n’est pas seulement un temps de lourdeur administrative ou de communication difficile, c’est aussi un temps nécessaire de reconnaissance de chacun (compétences, champs d’intervention).

Une question préalable doit être posée au démarrage de chaque projet : La BDP doit-elle faire et s’impliquer directement comme partenaire, ou doit-elle plutôt mobiliser son réseau pour faire faire, pour favoriser la mise en place de partenariats à un échelon local ?

Deux remarques personnelles, pour finir :

  • Les partenariats dans le champ social sont les seuls à nous avoir été présentés par types de publics. N’est-ce pas dans ce champs-là que le partenariat met vraiment l’usager ou le destinataire du service au cœur des pratiques professionnelles ?
  • La lecture est développée non pas en soi, mais pour être mise au service des enjeux du social : on donne par exemple des livres aux bébés pour socialiser aussi les parents ; on fournit des livres au détenus pour favoriser leur réinsertion... Les enjeux sont des enjeux sociaux pour lesquels la lecture est un outil.

Notes

[1] Petite enfance : Communauté urbaine de Brighton
Prisons : Martine Villeton-Pachot, conservateur à la médiathèque publique et universitaire de Valence, et Pascale Maine, chargée du développement culturel en milieu pénitentiaire pour la Picardie au sein de l’association Cardan
Personnes âgées : Susy Rousselot, directrice, et Xavier Galaup, directeur adjoint de la BDP du Haut-Rhin
Modérateur : Hervé Roberti, directeur de la BDP de la Somme
Rapporteur : Claire Gaudois, BDP du Val-d’Oise

Imaginer l’avenir : un remue-méninges

Synthèse de l’atelier par
Dominique Lahary directeur de la BDP du Val d’Oise

Atelier 3 Imaginer l’avenir : un remue-méninges. Séance sans exposé préparé
Modérateur : Didier Guilbaud, directeur de la BDP d’Indre-et-Loire
Rapporteur : Dominique Lahary, BDP du Val d’Oise

Je restitue ici un travail collectif. Je ne nommerai quasiment personne et ne livre ici modestement que le fruit d’une partition collective stimulante bien que (ou parce que ?) discordante : nous avons été jusqu’à dire tout et son contraire.

En attendant l’année dernière

Il arrive en effet que le passé présente son avenir hypothétique pour son présent. Vous avez ainsi pu voir ici, lundi dernier [1], un film où il était dit que, dans une certaine BDP, un livre réservé serait dans les mains du lecteur dans les 15 jours. Le directeur actuel de la BDP en question, menant son enquête vers le passé, a découvert qu’était écrit sur les fiches de réservation : " Si le document n’est pas livré au bout d’un an, faire nouvelle fiche précisant : nouvelle demande ".

Le futur n’est écrit nulle part

Celui de l’atelier dont je rends compte non plus. Trois thèmes avaient été retenus : l’école et le rapport des bibliothèques avec elle, les questions de personnel et de qualification, les ressources électroniques. Jean-Luc Gauthier-Gentès avait complété ces propositions en souhaitant qu’on parle d’intercommunalité, qu’on dépasse la question " bibliobus ou pas ? " et qu’on relativise la question même du bâtiment, c’est-à-dire qu’on aborde la desserte des populations immobiles. Il a été souhaité, enfin, qu’on parle du patrimoine, thème a priori inattendu pour les bibliothèques départementales de prêt.
Mais l’atelier s’est déroulé autrement que prévu.

L’avenir n’est plus ce qu’il était

A la fin du siècle dernier, ce n’est pas vieux, on a pas mal glosé sur la disparition du département : il n’était pas un échelon ayant des correspondances européennes probantes. On a vu que l’Acte II de la décentralisation avait confirmé et amplifié l’avenir de cette institution. Nous avons remarqué que chacun devait se positionner au mieux sur son niveau d’intervention en notant au passage que la région se positionnait très mal sur la question de la lecture.

Votre avenir, c’est déjà mon présent : état des lieux du futur

Des intervenants ont décrit leur action présente comme une préfiguration de l’avenir de tous. A part cette posture commune, c’est parti dans tous les sens.

Le département a été décrit comme bien placé au regard des enjeux de subsidiarité et de proximité. Il a été confirmé que les BDP devaient s’investir dans les actions départementales dans les collèges, dans une démarche de transversalité entre les différents services des départements.

L’action culturelle a été envisagée en interaction avec l’action sanitaire et sociale des départements, qui est comme chacun sait un axe fort de leurs compétences. Dans les PMI ou ailleurs, l’avenir du social sera teinté de culturel ou ne sera pas.

Dans le même ordre d’idées, il a été question des actions en direction des publics spécifiques : personnes âgées, handicapées ou détenues, même si dans ce dernier cas l’action des bibliothèques a parfois été abandonnée.

La BDP a été également perçue comme devant s’engager dans les formations professionnelles des bibliothécaires à un niveau départemental ou régional, y compris dans le cadre universitaire.

Il existe des départements dont la BDP se positionne comme acteur culturel local de première importance, voire comme pivot de l’action culturelle départementale.

Mais d’autres BDP en reviennent, comme s’il s’agissait d’un détournement de leurs missions fondamentales.

Il y a donc toutes sortes de contextes, de moyens et d’histoires. Les opportunités sont très différentes d’un département à l’autre et tous ces présents peuvent être des avenirs partiels pour une partie de nos établissements.

Mémoire du futur, futur de la mémoire

Le patrimoine est arrivé, quand même, sur le tapis... Fonds anciens, bien sûr, plus généralement fonds locaux, pour lesquels le département est, semble-t-il, la bonne échelle.
Une BDP se positionne sur le patrimoine immatériel, en liaison avec les musées de sociétés et des associations. Une autre département la création d’un conservatoire du patrimoine scolaire.

Le retour du désherbage

Du patrimoine, nous avons glissé à la conservation, de la conservation à la destruction... Et voilà revenue la question du désherbage !

Un département sans BDP, Paris, dispose d’une réserve centrale qui aspire les documents éliminés par les bibliothèques de quartier. Cela encourage désherbage local, puisqu’on ne détruit pas soi-même les documents.

On réfléchit, dans certains départements, à cette idée de réserve centrale. L’idée est dans l’air... Notre collègue belge nous a parlé de la création d’un centre de désherbage pour la communauté française de Belgique, où la législation impose d’ailleurs l’absence d’ouvrages de plus de 10 ans. L’idée majeure est que les fonds doivent tourner et qu’il faut se débarrasser de ce qui stagne. La difficulté tient, selon les participants à l’atelier, à une culture insuffisante du désherbage.

Vive la poldoc, mais laquelle ?

Du désherbage à la politique documentaire, il n’y a naturellement qu’un pas. Qui achète les documents, lesquels, pourquoi et comment ? Les interrogations pour l’avenir sont nombreuses.

Certains entendent réserver l’accès au catalogue de BDP aux seuls dépositaires, d’autres au contraire prônent un catalogue collectif départemental accessible à tous, facilitant une circulation globale des documents de les bibliothèques du département stimulée par la pression du public internaute.

Quand à la collection propre de la BDP, autrefois souvent constituée comme une collection encyclopédique de référence, certains envisagent sa dissolution au profit d’aides financières aux acquisitions.

Au bout du compte si l’on considère la complémentarité de chaque offre, de la plus grande à la plus petite, la fonction spécifique des bibliothèques de proximité et la satisfaction en réseau des demandes ponctuelles, on peut aller jusqu’à remettre en cause le texte qui fonde le contrôle technique des bibliothèques, avec sa fameuse notion d’équilibre (local) des collections.

Les bâtiments en question

" Allons-nous continuer à construire des bibliothèques tous les trois kilomètres ? ", a demandé une collègue. Les BMVR, si grandes et si onéreuses qu’elles se construisent parfois au détriment des réseaux de quartiers, sont-elles si fréquentées que cela ? La question du maillage territorial, évidemment, reste posée, soit en termes de distance, soit en termes de temps de trajet.

La systématicité de la construction n’occulte-t-elle pas la politique de la bibliothèque " HLM " (hors les murs) ?

Allons -nous continuer à construire des mètres carrés qui sont peu ouverts ? Ne convient-il pas plutôt d’ouvrir d’avantage ce qui existe déjà et reste sous-employé ?

Du futur de la BDP...

La BDP du futur perd une lettre (au moins). La suppression du " P " nous dispensera-t-elle du droit de prêt cher à Monsieur Roblin ?

Certaines BDP deviennent médiathèques, service du livre et de la lecture, direction départementale de la lecture... Les déclinaisons sont nombreuses. Toutes montrent qu’on dépasse largement la question de la desserte. On passe de la bibliothèque desservie à la bibliothèque servie.

Nous avons encore beaucoup à faire pour contribuer à la rationalisation, à la mutualisation, autant de missions pour lesquelles le département est à la taille idéale.

... à la bibliothèque du futur

L’avenir des bibliothèques publiques, mes chers collègues, est rose ! Les statistiques de la Direction du livre et de la lecture nous annonçaient des baisses inquiétantes ? Il y manque beaucoup de données, dont celles de nos campagnes : l’ADBDP vous redresse les chiffres d’un bon tiers. Et l’enquête du Credoc [2] vient nous remonter le moral : la lecture publique continuerait à progresser en France.

L’avenir des bibliothèques publiques, mes chers collègues, est sombre ! Les jeunes n’y viennent plus. A partir du collège, ils se débrouillent autrement, sans doute sur Internet. On n’a d’ailleurs pas développé les espaces pour adolescents, ou pas su le faire... La musique est dématérialisée. Le cinéma en prend le chemin. Au fond, il est déjà trop tard pour la médiathèque. Pour ce qui concerne la documentation, la bataille contre Google est déjà perdue.

Les petites bibliothèques, mes chers collègues, n’ont pas d’avenir. Il y a une différence accrue entre les services proposés aux habitants ruraux et aux habitants urbains et périurbains. L’écart se creuse et l’attractivité médiocre des petits équipements, en déphasage croissant avec les aspirations des habitants les condamne.

Seules les petites bibliothèques, mes chers collègues, ont un d’avenir assuré. Il y a de bonnes bibliothèques dans des communes de 300 habitants ! Il y a de bonnes bibliothèques dont la surface fait moins de deux salles de classe. Et c’est sans doute dans la petite bibliothèque qu’on rencontre les meilleures chances d’obtenir le livre que l’on veut. La bibliothèque des romans, des BD et des essais n’a pas besoin d’un grands fonds, seulement d’une connexion à Internet pour compléter. Comme disait Bertrand Calenge, l’un des fondateurs de notre association : la bibliothèque, c’est le café des femmes.

La bibliothèque, nous dit-on de Hollande notamment, ne survivra que si elle est un lieu de convivialité. Elle est un lieu d’accueil avant d’être un lieu de stockage de collections. Là-bas, on y travaille avec des groupes déterminés sur des objectifs pluriannuels, en collaboration avec d’autres services et d’autres structures.

L’avenir des bibliothèques, a-t-il été dit, peut passer par la fin de la place centrale qu’y occupent les collections. Les bibliothèques ont peut-être besoin d’une transplantation cardiaque, d’un déplacement du cœur de métier : on passerait de la politique documentaire à la politique relativement documentaire.

La politique documentaire est, elle même, en train de changer, au point sans doute, de remettre en cause le décret sur le contrôle technique qui parle d’équilibre des collections... En réalité, une bibliothèque de proximité dont la fonction est l’accueil des enfants et l’offre de fiction ne peut avoir de collection intrinsèquement équilibrée.

On aboutit à un compromis un peu curieux, peut-être un peu rétrograde : la fiction plutôt que le documentaire, le texte plutôt que l’image et le son, et des différences de fonctions (complémentaires) entre types de bibliothèques.

Ce qui est intéressant c’est que dans l’ensemble de ces problématiques, ce sont les BM pour un aspect, les BU pour un autre, les BDP pour un troisième qui sont les plus en pointe. L’éventail de ces problématiques nous renverrait donc à l’unité de la profession.

Les ressources numériques

Nous y sommes venus par la récupération des notices de catalogage, ce qui est le minimum.

La méfiance à l’égard des portails demeure dans l’esprit de certains élus et informaticiens, même si elle devient minoritaire.

Ce qui importe, c’est la fourniture d’information. On retrouve là une fonction classique de la bibliothèque qui consiste à payer pour offrir des documents au public. Le problème, comme dans l’expérience du Cantal, c’est qu’on ne peut encore y accéder qu’à la bibliothèque.

Une collègue de BU nous a informés que, pour rassurer les éditeurs, il fallait leur montrer que l’on contrôlait bien les usages à distance grâce à des mots de passe. Et cela permet d’affranchir l’usager de sa présence à la bibliothèque.

Il a été rappelé qu’il existe un Internet coopératif qui se développe, que les bibliothécaires ont intérêt à participer à ce mouvement de ressources partagées.

Mais un thème a été complètement escamoté : l’intercommunalité. Pour quelle raison ? Problème gênant ou cas trop particulier de l’aménagement du territoire, objet de l’atelier n°1 ?

Les acteurs du changement

Nouvelles fonctions, nouveaux services, redéploiement des tâches... Tout cela conduit aux questions de personnels et de leurs qualifications. Les missions aussi se diversifient... Comment être sûr de ne pas faire le travail des autres ? Comment travailler efficacement avec les autres services ?

Le vieillissement de la profession a sans doute ici du bon. Le grand nombre de bibliothécaires qui partiront à la retraite ne sera peut-être pas remplacé par des bibliothécaires. On en profiterait pour diversifier les métiers qui s’exercent au sein de ce qui restera des bibliothèques. Il nous faudra des travailleurs sociaux, des animateurs, des juristes. Et des vigiles, si nous persistons à ne pas savoir accueillir.

Pourquoi terminer ainsi sur les ressources humaines ? parce que les bibliothèques du futur, ce sont des hommes et des femmes qui les feront. L’avenir est entre leurs mains.

Notes

[1] B.C.P. [film] / réalisé par Patrick Dillies assisté de Béatrice Pedot. - Paris : Ministère de la Culture, direction du Livre et de la Lecture, bureau des BCP.
Film produit par l’État avant la décentralisation des BCP pour les présenter aux conseils généraux. Il a été projeté aux journées d’étude 2006 de l’ADBDP le lundi 6 novembre 2006.

[2] " La fréquentation des bibliothèques françaises a doublé depuis 1989 ", Consommation et modes de vie n°193, mai 2006,www.credoc.fr/publications/abstract.php ?ref=CMV193.

La bibliothèque fait société : multiservices, nouveaux services

Synthèse de l’atelier 2 par Pascale Félizat-Chartier, directrice de la BDP de l’Eure-et-Loire

Une salle d’actualité gérée par la BDP : Françoise Danset, directrice de la BDP des Bouches-du-Rhône
Procurer un accès à des ressources électroniques en ligne aux bibliothèques rurales : Denis Llavori, directeur de la BDP du Cantal
Modérateur : Corinne Sonnier, directeur de la BDP des Vosges
Rapporteur : Pascale Félizat-Chartier, directrice de la BDP de l’Eure-et-Loir

 

Cet atelier a permis la présentation de deux expériences complémentaires qui ont permis la mise en place de nouveaux services et le développement de nouveaux publics.

Les services

La première expérience était celle la BDP des Bouches-du-Rhône qui a mis en place une salle d’actualité dans ce bâtiment qui nous accueille aujourd’hui. L’objectif visait à répondre à une demande des élus qui ne pouvaient concevoir ce nouvel équipement sans une ouverture au public. L’enjeu était également de réaliser une bonne insertion de ce nouveau bâtiment au sein du quartier, par son appropriation par ses habitants.

L’espace d’actualité a donc ouvert en juin 2006. Sa mise en œuvre a nécessité l’organisation d’un service et de son équipe : quatre personnes (2 cadres option documentation, un spécialiste NTIC et une personne plutôt tournée vers l’animation). Ce projet n’était pas prévu à l’origine : il était d’abord prévu un centre de documentation sur les pratiques artistiques amateures. Développé en cours de route, ce projet, s’est, pour ainsi dire, imposé de lui-même. Il n’y a pas eu de réelle formalisation, en lien avec notamment avec la BMVR de l’Alcazar. Le service, cependant, s’effectue sans concurrence avec cette médiathèque proche. Les quartiers marseillais, en effet, sont mal desservis par la BM.

Le deuxième projet nous a été présenté par la BDP du Cantal. Il s’agit du déploiement d’une offre de documents électroniques en ligne, dans un partenariat avec le consortium CAREL [1]. Le projet a démarré, lui aussi en juin 1986. Il s’est appuyé sur une volonté politique : le Cantal, département très rural, avait investi de longues dates sur le développement des NTIC pour désenclaver le territoire et réduire l’isolement des habitants (administration en ligne, cartable électronique, haut débit...). La BDP s’est donc adossée à cette politique pour présente ce nouveau service.

Les trois arguments majeurs sont les suivants :

  • rôle structurel des bibliothèques en tant que médiateurs entre les documents et le public, surtout au regard de la documentation électronique,
  • nouveauté de ce type de documentation dans les démarches actuelles d’accès aux savoirs,
  • la documentation électronique réunit trois qualités rares dans l’offre totale d’information : la sécurité de l’information, l’ergonomie et la mise à jour régulière.

Leur fonctionnement actuel

La salle d’actualité de la BDP des Bouches-du-Rhône accueille régulièrement du public. Deux postes Internet sont constamment occupés. De nombreuses personnes dont des jeunes viennent y travailler régulièrement. Les utilisateurs sont souvent des employés des bureaux avoisinants et du personnel interne au bâtiment lui-même. La salle offre de la presse (64 périodiques), des ouvrages de références, et surtout ce personnel dont j’ai fait mention. La salle est ouverte tous les jours de 11 heures à 18 heures, y compris le samedi matin, ce qui constitue une évolution notable par rapport aux habitudes de l’équipe de la BDP.

La BDP du Cantal offre aujourd’hui des bouquets de six ressources (Louvre Education, Planète Media, Vocal Press, Tout apprendre...). Ils ont été choisis pour être adressés aux jeunes dans un objectif prioritaire de formation. Cette offre est effectuée dans quatre bibliothèques tests qui ont été choisies pour leur influence extra communale. Ces ressources sont accessibles par l’intermédiaire d’une page d’accueil avec un numéro d’identifiant qui est lié au poste de consultation de la bibliothèque. Les bibliothèques qui peuvent bénéficier de ce service doivent offrir 0,07 m2 par habitant, 2 € de dépenses d’acquisition par habitant, 20 heures d’ouverture hebdomadaire, un salarié diplômé et, bien sûr des connections Internet. Le coût de l’opération est de 1559 € par bibliothèque. Le service doit être libre et gratuit pour le public. Certaines de ces conditions ont fait réagir les participants à l’atelier.

Quels développements pour l’avenir ?

Pour la BDP des Bouches-du-Rhône, il s’agit d’atteindre de nouveaux publics, en développant, notamment les relations avec les collèges. Il s’agit également de développer un laboratoire de langue en proposant des supports multimédias d’auto-formation.

Pour le Cantal, il est projeté détendre le service à 10 bibliothèques en 2007. A terme, ce sont 52 bibliothèques qui sont concernées par ce service. On touchera alors 56% de la population du département.

Dans les deux cas, ces nouveaux services répondent à des questions de formation et passent par une médiation efficace et donc par des personnels bien formés. La Bibliothèque Publique d’Information est un partenaire pour ces formations des bibliothécaires.

La salle a apporté deux compléments d’information à la présentation de ces eux expériences.

Olivier Chourrot du CAREL a précisé que la négociation de ces ressources électroniques avec les éditeurs restait encore dans un cadre informel. Il a souligné à quel point il attendait que les bibliothèques jouent le jeu de la clarté, c’est-à-dire, ne négocient pas avec les éditeurs sans en prévenir le CAREL. Il a également souhaité que les bibliothèques publiques jouent pleinement leur rôle dans le cadre de la formation tout au long de la vie [2].

Jacqueline Labelle, du Québec, a mentionné que le Cantal avait négocié commune par commune des droits d’accès. Elle précise qu’on peut négocier l’accès par volume d’habitants. Cette négociation a été ainsi menée pour l’Encyclopaedia Universalis, aujourd’hui ce sont donc 1 200 000 habitants qui bénéficient, au Québec, depuis chez eux, de ce service. Il s’agit d’une étape nouvelle qu’il paraît intéressant de franchir : on est vraiment dans l’accessibilité la plus grande, indépendamment même des horaires de la bibliothèque.
L’un des obstacles est la barrière psychologique des bibliothécaires eux-mêmes. Ils craignent d’offrir ces accès dont la conséquence serait de voir les usagers ne plus venir à la bibliothèque. L’expérience québécoise montre que les usagers continuent de fréquenter les bibliothèques.

Notes

[1] Quelques informations sur le Consortium CAREL :http://www.addnb.fr/article.php3 ?id_article=68 (note de l’éditeur).

[2] Sur cette question des bibliothèques et d’internet dans la formation permanente des personnes, O. Chourrot : Du métier de bibliothécaire à l’organisation apprenante, http://debatvirtuel.bpi.fr/ABF/papers/4/2/1#_2 (note de l’éditeur).

 

Aménagement des territoires

Synthèse de l’atelier 1 par Philippe Valade, Directeur de la BDP des Pyrénées-Orientales

Un réseau urbain : Dominique Mans, directeur de la Lecture à la direction du Développement culturel de Clermont-Communauté
Un réseau départemental : Alain Duperrier, directeur de la BDP de la Gironde
Modérateur : Annie Dourlent, directrice de la BDP de l’Ile-et-Vilaine
Rapporteur : Philippe Valade, directeur de la BDP des Pyrénées-Orientales

 

 

Les deux méthodes ambitieuses, complexes, mais néanmoins forts différentes, évoquées dans cet atelier prouvent une fois encore qu’il n’y a pas de modèle adaptable mais que si nous n’avons toujours pas de pétrole en France, toutefois nous fourmillons d’idées. Si ces expériences montrent la complexité des territoires, c’est bien dans le souci de rendre et d’assurer un meilleur service de proximité.

Structures et équipements des territoires présentés (Dordogne et Vendée)

- En Dordogne, 270 bibliothèques à desservir, en Vendée, 230.
- 45 agents en Dordogne, 59 en Vendée.
- Une centrale unique en Dordogne, 6 antennes, bientôt 7, en Vendée.

En Dordogne, la centrale s’appuie sur 20 secteurs avec 20 bibliothèques centres de ressources qui, elles-mêmes, s’appuient sur 1 à 3 bibliothèques associées. Ces bibliothèques de secteur reçoivent un soutien spécifique de la BDP en collections et en moyens financiers. En Vendée, les 6 antennes fonctionnent tout à fait différemment car elles jouent simultanément le rôle de bibliothèque municipale et celui d’antenne traditionnelle de bibliothèque départementale. Elles sont ouvertes au public du mardi au samedi et entièrement financées par le Conseil général de Vendée.

Les objectifs de la Dordogne sont de gagner le pari de la proximité et d’améliorer les relations avec le réseau : la mutualisation prime sur la hiérarchie. En Vendée, il s’agit de bien quadriller le terrain et valoriser les lieux patrimoniaux en y installant des bibliothèques.

Les principes sous-tendant cette organisation en Dordogne consistent à confier à chaque bibliothèque importante une responsabilité vis-à-vis d’une plus petite, mais, pour reprendre l’expression de Cécile Jallet, « la BDP est ceinture et bretelle ». En Vendée, la structuration est construite à partir des 6 antennes complétées par des Bibliothèques intercommunales de prêt (BIP) qui s’occupent des collections, de la logistique et de l’informatique, tout en laissant la gestion locale aux petites bibliothèques, ainsi que l’animation des partenariats.

Logistique de circulation

En Dordogne, le prêt sur place représente 50 % de l’activité, le bibliobus 18 %, les navettes 20 %. En Vendée, il y a également des bibliobus, des navettes et du prêt sur place complétés par un véhicule pour chaque BIP qui transporte les documents demandés par les bibliothèques de la Communauté.

La logistique de circulation en Dordogne est extrêmement importante puisque les bibliothèques, mais aussi le grand public, peuvent réserver des ouvrages en ligne sur le catalogue départemental. Les réservations se font sur l’ensemble des collections (celles de la BDP et des 14 bibliothèques associées) à partir d’un logiciel identique pour toutes les bibliothèques. Quelles que soient les réservations posées par les lecteurs, la BDP se charge d’aller les chercher dans la bibliothèque où les ouvrages se trouvent et de les ramener dans la bibliothèque de proximité du demandeur. Cela représente au total 45 000 réservations par an. 4 personnes à temps plein ont la charge de ces réservations, traitées dans la journée. En Vendée, les bibliothèques peuvent commander des ouvrages auprès de la BIP qui les transporte dans les bibliothèques de son secteur par une navette.

En Dordogne, une carte départementale unique de lecteur a été mise en place avec pour objectif la libre circulation des lecteurs et des documents, l’harmonisation des tarifs et des conditions de prêt : cette carte permet, par la signature d’une convention d’objectifs par les bibliothèques qui l’adoptent, de faire une pression à la baisse sur les tarifs proposés. Fournie gratuitement par le Conseil général, elle fixe un coût de cotisation de 7 euros par famille et est gratuite pour les moins de 18 ans et pour les personnes socialement défavorisées. Les obstacles à la carte départementale unique sont de trois ordres : • politique : des communautés de communes et des collectivités se sont demandées de quel droit le Conseil général leur imposait une tarification, • certaines craignent de voir leurs lecteurs aller dans une autre bibliothèque « qui serait mieux », • technique car la bibliothèque départementale ne gère pas un fichier central de tous les adhérents des bibliothèques. Le système est basé sur le volontariat des communes : les cartes leur sont fournies gratuitement par le Conseil général mais elles encaissent les recettes. Ce programme amené à s’étendre est encore dans une phase d’observation. Un premier bilan est pour l’instant positif avec une augmentation des lecteurs et des prêts, bien que certaines complexités restent encore à éclaircir.

Les acquisitions

En Dordogne, l’objectif est d’associer les bibliothèques pour une politique d’acquisitions partagées, une reconnaissance professionnelle de leurs salariés et une politique d’achats rationalisée. En Vendée, ce sont les bibliothécaires responsables des BIP qui organisent et forment des groupes de bénévoles et de salariés pour les acquisitions. La BIP catalogue, équipe, répartit les collections et les transporte.

La Dordogne a élaboré une charte des collections avec un catalogue départemental et une politique de formation importante. On peut souligner dans cette charte la volonté d’acquérir systématiquement toutes les demandes émanant des bibliothèques du réseau (25 % du budget). En Vendée, 4 jours sont consacrés au prêt (mardi, mercredi, vendredi, samedi) et un jour au catalogage (jeudi). Les 30 acquéreurs et catalogueurs répartis dans les 6 antennes de la BDP se réunissent à la centrale et cataloguent, indexent, achètent ensemble. Il existe un seul fonds départemental sans affectation géographique des acquisitions centralisées.

Quelques réflexions en guise de conclusion

En Dordogne, à défaut d’antennes, on s’appuie facilement sur les bibliothèques de secteurs, avec un projet de carte départementale qui reste à suivre et des réservations possibles sur le catalogue pour tous les citoyens du département, mais pour Cécile Jallet « les communes vont vers l’intercommunalité avec un fusil dans le dos ».

En Vendée, les BIP remplissent les missions de la BDP avec des antennes ouvertes au public. Il n’existe aucun dispositif départemental de subvention pour inciter les communes à remplir des objectifs plus élevés en matière de développement de la lecture publique et cette incitation repose donc sur la seule la force de conviction du directeur de la BDP.

Dans le cadre de ce colloque dont le thème est la décentralisation et les bibliothèques de l’avenir, l’aménagement des territoires s’est présenté à nous comme une induction pour les bibliothèques de l’avenir.

Les deux exposés qui nous ont été présentés concernaient d’une part un réseau urbain, d’autre part un réseau départemental.

Un réseau urbain

Concernant le réseau urbain, le Directeur du livre de la Communauté d’agglomération Clermont-Commuauté nous a présenté le projet de sa structure juridique.
Le tableau, ou du moins son esquisse, est le suivant : 21 communes, 350 000 habitants.
La compétence, non obligatoire, a été prise d’emblée par cette Communauté lors de sa définition avec une grande idée, celle du développement des potentiels identitaires, développement qui recoupe plusieurs axes, dont celui de la lecture, qui est d’ailleurs expressément mentionné. Ces 21 communes regroupent un total de 15 bibliothèques, dont une bibliothèque à statut en partie universitaire et 8 bibliothèques du réseau de la BDP.

L’aménagement du territoire émerge du temps ; l’historique de la communauté est donc le suivant : en 2002 est déclaré un projet de grande bibliothèque communautaire. En 2003 sont établis un diagnostic et un schéma d’orientation. En 2005, la compétence est prise en compte. Cette prise en compte signifiait la création de la bibliothèque communautaire et donc le transfert des différentes bibliothèques vers celle-ci.

Le développement de ce concept, c’est d’une part la création d’une grande bibliothèque de 25 000 m2 et, d’autre part, la structuration de huit bassins de lecture autour de la commune centre et de cette grande bibliothèque. L’originalité de cette idée c’est que la structure n’est pas pyramidale mais s’appuie sur les huit bassins identifiés sur le terrain.

Le principe est que chaque bassin s’adapte à la spécificité de sa situation et structure donc un scénario différencié de celui de ses voisins. On reste dans une échelle où les bassins sont des lieux de dynamisation et de coordination des politiques documentaires.

Le bilan aujourd’hui n’est pas encore tangible, pour des raisons de calendrier : nous sommes encore en phase de réalisation. Le transfert cependant a été effectué et l’appropriation de l’esprit communautaire est en cours.

L’une des questions qui se sont posées sur un tel projet concernait le rôle de la BDP.
La BDP poursuit son rôle de desserte. En filigrane, le sentiment est que la communauté a eu une complète autonomie de réflexion et de projet. Elle n’a pas pris la BDP comme partenaire à part entière de ce développement.

L’autre question importante avait trait au rôle du directeur du livre de la communauté qu’on a qualifié de bibliothécaire sans bibliothèque. La réponse a été claire : son rôle est essentiellement un rôle de manager, tant par rapport aux équipes que par rapport aux élus.

Un réseau départemental

La réflexion a ensuite porté sur un réseau départemental. C’est donc le Directeur de la BDP de la Gironde qui nous a exposé le projet en cours dans ce département.

Il a d’abord requalifié le titre de notre atelier en termes de nouvelle politique de structuration du réseau de bibliothèques publiques. La nuance vise la modestie et l’humilité dont selon lui, il convient de faire preuve en ce qui concerne l’aménagement du territoire.

Commençons ici aussi par un rapide tableau : un département de 1,4 million d’habitants, dont la moitié sur l’agglomération ; 540 communes ; une BDP et un réseau dont la situation pouvait, au début de la réflexion, être qualifié de mauvaise à dramatique …

Le préalable du projet était une remise à niveau de la BDP. Cette opération est encore en cours. La deuxième étape concerne la mise en œuvre d’un plan de développement de la lecture publique qui a commencé en 2004. Ce plan prévoyait, d’entrée, une enveloppe d’intervention qui s’appuyait sur 15 millions d’euros en 10 ans, avec une ligne de conduite très nette en faveur de l’intercommunalité.

Ce plan quadrille globalement l’ensemble des aspects de l’action des conseils généraux en la matière, avec une caractéristique : la mise en place de critères techniques plus sévères encore que ceux de l’Etat.

La méthode décrite de la mise en œuvre sur le terrain concerne essentiellement la démarche de conviction des réseaux et des élus.
Le projet est encore très largement inachevé et n’a pas permis d’apprécier les réalisations et la dynamique engendrée.

La conclusion générale de l’atelier serait que l’aménagement du territoire est bien un souci et une ligne de conduite partagée par tous. La réalité est toujours complexe et la réalisation donc toujours assez lente. Ici s’applique donc aussi la formule E = MC2, où l’Efficacité est faite de Modestie, de Confiance et de Communication.

 

Territoires, logistique de circulation et politique documentaire

Synthèse de l’atelier 3 par Laurent Ronsin-Ménerat, directeur de la Médiathèque Départementale du Morbihan

Intervenants

Cécile Jallet, directrice de la Bibliothèque départementale de la Dordogne

Vincent Lecomte, directeur de la Bibliothèque départementale de la Vendée

 

Les deux méthodes ambitieuses, complexes, mais néanmoins forts différentes, évoquées dans cet atelier prouvent une fois encore qu’il n’y a pas de modèle adaptable mais que si nous n’avons toujours pas de pétrole en France, toutefois nous fourmillons d’idées. Si ces expériences montrent la complexité des territoires, c’est bien dans le souci de rendre et d’assurer un meilleur service de proximité.

Structures et équipements des territoires présentés (Dordogne et Vendée)

- En Dordogne, 270 bibliothèques à desservir, en Vendée, 230.
- 45 agents en Dordogne, 59 en Vendée.
- Une centrale unique en Dordogne, 6 antennes, bientôt 7, en Vendée.

En Dordogne, la centrale s’appuie sur 20 secteurs avec 20 bibliothèques centres de ressources qui, elles-mêmes, s’appuient sur 1 à 3 bibliothèques associées. Ces bibliothèques de secteur reçoivent un soutien spécifique de la BDP en collections et en moyens financiers. En Vendée, les 6 antennes fonctionnent tout à fait différemment car elles jouent simultanément le rôle de bibliothèque municipale et celui d’antenne traditionnelle de bibliothèque départementale. Elles sont ouvertes au public du mardi au samedi et entièrement financées par le Conseil général de Vendée.

Les objectifs de la Dordogne sont de gagner le pari de la proximité et d’améliorer les relations avec le réseau : la mutualisation prime sur la hiérarchie. En Vendée, il s’agit de bien quadriller le terrain et valoriser les lieux patrimoniaux en y installant des bibliothèques.

Les principes sous-tendant cette organisation en Dordogne consistent à confier à chaque bibliothèque importante une responsabilité vis-à-vis d’une plus petite, mais, pour reprendre l’expression de Cécile Jallet, « la BDP est ceinture et bretelle ». En Vendée, la structuration est construite à partir des 6 antennes complétées par des Bibliothèques intercommunales de prêt (BIP) qui s’occupent des collections, de la logistique et de l’informatique, tout en laissant la gestion locale aux petites bibliothèques, ainsi que l’animation des partenariats.

Logistique de circulation

En Dordogne, le prêt sur place représente 50 % de l’activité, le bibliobus 18 %, les navettes 20 %. En Vendée, il y a également des bibliobus, des navettes et du prêt sur place complétés par un véhicule pour chaque BIP qui transporte les documents demandés par les bibliothèques de la Communauté.

La logistique de circulation en Dordogne est extrêmement importante puisque les bibliothèques, mais aussi le grand public, peuvent réserver des ouvrages en ligne sur le catalogue départemental. Les réservations se font sur l’ensemble des collections (celles de la BDP et des 14 bibliothèques associées) à partir d’un logiciel identique pour toutes les bibliothèques. Quelles que soient les réservations posées par les lecteurs, la BDP se charge d’aller les chercher dans la bibliothèque où les ouvrages se trouvent et de les ramener dans la bibliothèque de proximité du demandeur. Cela représente au total 45 000 réservations par an. 4 personnes à temps plein ont la charge de ces réservations, traitées dans la journée. En Vendée, les bibliothèques peuvent commander des ouvrages auprès de la BIP qui les transporte dans les bibliothèques de son secteur par une navette.

En Dordogne, une carte départementale unique de lecteur a été mise en place avec pour objectif la libre circulation des lecteurs et des documents, l’harmonisation des tarifs et des conditions de prêt : cette carte permet, par la signature d’une convention d’objectifs par les bibliothèques qui l’adoptent, de faire une pression à la baisse sur les tarifs proposés. Fournie gratuitement par le Conseil général, elle fixe un coût de cotisation de 7 euros par famille et est gratuite pour les moins de 18 ans et pour les personnes socialement défavorisées. Les obstacles à la carte départementale unique sont de trois ordres : • politique : des communautés de communes et des collectivités se sont demandées de quel droit le Conseil général leur imposait une tarification, • certaines craignent de voir leurs lecteurs aller dans une autre bibliothèque « qui serait mieux », • technique car la bibliothèque départementale ne gère pas un fichier central de tous les adhérents des bibliothèques. Le système est basé sur le volontariat des communes : les cartes leur sont fournies gratuitement par le Conseil général mais elles encaissent les recettes. Ce programme amené à s’étendre est encore dans une phase d’observation. Un premier bilan est pour l’instant positif avec une augmentation des lecteurs et des prêts, bien que certaines complexités restent encore à éclaircir.

Les acquisitions

En Dordogne, l’objectif est d’associer les bibliothèques pour une politique d’acquisitions partagées, une reconnaissance professionnelle de leurs salariés et une politique d’achats rationalisée. En Vendée, ce sont les bibliothécaires responsables des BIP qui organisent et forment des groupes de bénévoles et de salariés pour les acquisitions. La BIP catalogue, équipe, répartit les collections et les transporte.

La Dordogne a élaboré une charte des collections avec un catalogue départemental et une politique de formation importante. On peut souligner dans cette charte la volonté d’acquérir systématiquement toutes les demandes émanant des bibliothèques du réseau (25 % du budget). En Vendée, 4 jours sont consacrés au prêt (mardi, mercredi, vendredi, samedi) et un jour au catalogage (jeudi). Les 30 acquéreurs et catalogueurs répartis dans les 6 antennes de la BDP se réunissent à la centrale et cataloguent, indexent, achètent ensemble. Il existe un seul fonds départemental sans affectation géographique des acquisitions centralisées.

Quelques réflexions en guise de conclusion

En Dordogne, à défaut d’antennes, on s’appuie facilement sur les bibliothèques de secteurs, avec un projet de carte départementale qui reste à suivre et des réservations possibles sur le catalogue pour tous les citoyens du département, mais pour Cécile Jallet « les communes vont vers l’intercommunalité avec un fusil dans le dos ».

En Vendée, les BIP remplissent les missions de la BDP avec des antennes ouvertes au public. Il n’existe aucun dispositif départemental de subvention pour inciter les communes à remplir des objectifs plus élevés en matière de développement de la lecture publique et cette incitation repose donc sur la seule la force de conviction du directeur de la BDP.

Territorialisation, déconcentration ou décentralisation

Synthèse de l’atelier 2 par Alain Duperrier, directeur de la Bibliothèque départementale de la Gironde

Intervenants

Amandine Jacquet-Triboulet, Bibliothèque départementale d’Eure-et-Loir

Philippe Valade, directeur de la Bibliothèque départementale des Pyrénées-Orientales

 

Annie Dourlent, animatrice de l’atelier, a distingué en ouverture, et à juste titre, le principe de déconcentration, selon lequel la BDP conserve l’intégralité de ses missions initiales mais qui induit la manière dont elle organise géographiquement son propre service sur le territoire, et le principe de décentralisation, ayant trait au transfert de tout ou partie des missions de la BDP ou compétences du conseil général vers d’autres EPCI, évoquant alors la question du transfert des moyens correspondants.

Des sous-modèles mixant ces 2 principes existent néanmoins comme, par exemple, le modèle de la Drôme avec une déconcentration de la BDP sur plusieurs sites mais ouverts au public ou, autre exemple, des prises d’appui de la bibliothèque départementale sur des bibliothèques municipales existantes mais en y déléguant du personnel, ce qui peut se rapprocher d’une forme de décentralisation. D’emblée, ces deux notions essentielles ayant été posées, les réactions des participants démontrent bien le caractère complexe et à géométrie variable de ces notions : « nous ne sommes pas maîtres de nos territoires, des communautés de communes s’organisent sans nous » ; « il peut y avoir de façon concomitante fermeture d’une annexe et territorialisation » ; « décentraliser, déconcentrer, quoi ? qui peut avec précision tracer les contours et les limites de nos missions puisqu’elles ne sont pas définies légalement ? »

Une synthèse réalisée par la Bibliothèque départementale d’Eure-et-Loir :

Amandine Jacquet-Triboulet, de la Bibliothèque départementale d’Eure-et-Loir, sollicitée par son Conseil général pour réfléchir à la question de la territorialisation, a fait un travail de collecte auprès des bibliothèques départementales, travail qu’elle a synthétisé et théorisé dans un document intitulé « Quelle mise en œuvre de la territorialisation dans les BDP ? De différentes composantes de la territorialisation ».

Elle distingue 3 grands thèmes :

- l’organisation du territoire, hiérarchique ou transversale : équipes de référents réparties sur des zones géographiques / ou encadrées par un « super référent » regroupant plusieurs zones géographiques / ou référents de zone, animés par un pilote de projet, sorte d’animateur de groupe mais sans être un référent hiérarchique ;

- la notion de référents, intitulés selon les conseils généraux « correspondants » ou « animateurs de réseau », qui assurent des missions très variables dans les BDP selon qu’ils ont totalement en charge, sur un territoire, la desserte, le conseil, la formation, le développement des structures – dénommés alors par Amandine Jacquet-Triboulet des « superman/woman » de la profession –, ou qu’ils sont des spécialistes dans certains domaines, intervenant sur les différents territoires, à la demande de collègues, eux-mêmes intervenant sur d’autres territoires dans le domaine de leur compétence… ;

- la notion de desserte documentaire « au menu » ou « à la carte » selon qu’on attribue, dans le premier cas, un profil documentaire aux bibliothèques desservies (des quotas, des types de documents) ou, dans le deuxième cas, que les bibliothèques choisissent de manière relativement libre dans les collections de la BDP et que la desserte s’effectue en bibliothèques, ou en magasin, ou dans une bibliothèque municipale associée, ou encore par un système de navette.

Autant de combinaisons et de dispositifs différents que les bibliothèques départementales ont plus ou moins adaptés au contexte particulier de la lecture publique dans leur département.

Amandine Jacquet-Triboulet nous a fait part de ses observations sur la structure du réseau des bibliothèques néerlandaises qui distingue le NBD-Biblion (service central national de fournitures des documents catalogués et équipés), les PCB, bibliothèques provinciales à peu près équivalentes aux BDP, et les VOB, forme d’association des bibliothèques publiques des Pays-Bas [1].

La lecture publique dans le département des Pyrénées-Orientales :

Philippe Valade, de la Bibliothèque départementale des Pyrénées-Orientales, nous a présenté un exposé sur la politique de lecture publique, qui vient d’être adoptée par son Conseil général. La situation de la lecture publique de ce département reposait sur un héritage caractérisé comme « catastrophique ». 220 communes avec un seul assistant de conservation pour l’ensemble des bibliothèques municipales constituant ce réseau, aucune tradition d’intercommunalité – elle commence seulement à être mise en place dans les Pyrénées-Orientales –, un département constitué d’une façade littorale avec une très forte conurbation et trois vallées, plus rurales et isolées les unes des autres.

Un premier plan de développement de la lecture publique s’est mis en place en 1998 avec un règlement d’intervention structuré sur une base relativement classique mais très incitatif : certaines subventions atteignent 50 % d’engagement de la collectivité avec pratiquement aucune contrainte normative. Ce plan a très nettement porté ces fruits : en 7-8 ans, 300 aides ont été attribuées et l’ensemble des salariés dans le réseau est passé de 11 agents à 42 dont 12 assistants. Néanmoins depuis 2-3 ans, une stagnation de l’efficacité de ce mode d’intervention a été constatée et la collectivité s’est engagée dans une nouvelle réflexion concomitante à celle menée pour d’autres secteurs de compétences du Conseil général relatives à l’aménagement du territoire avec, in fine, des prises de décisions très fortes :

- le découpage du département (hors agglomération de Perpignan) en 10 zones ;

- l’attribution d’un budget potentiellement mobilisable pour chaque zone d’environ 1,7 millions d’euros dont 1,3 millions d’euros de subventions (500 000 euros du Conseil général, 500 000 euros de la Région, 300 000 euros de l’État via la DGD) ;

- la création dans chaque zone d’une bibliothèque communautaire sans désignation de tête de réseau ;

- la création d’un poste de directeur de bibliothèque communautaire pour chaque zone, recruté par la communauté de communes mais fortement subventionné (100 % la première année, puis de manière dégressive pour les années suivantes) ;

- la mise en place par la BDP d’un catalogue départemental unique avec l’installation des bases communautaires sur le serveur de la BDP.

L’évolution du rôle de la BDP est interrogé à travers la mise en place de ce dispositif : une évolution, dans un premier temps, sur le plan documentaire (pas plus de 10 % des collections en magasin), des acquisition axées sur des fonds spécifiques, une concentration de ses missions vers des actions de formation professionnelle et des actions culturelles, d’assistance, de conseils et d’animation du réseau. Évidemment, durant cette phase transitoire, les missions traditionnelles des BDP, sous forme de desserte, ne sont pas abandonnées. Une communauté de communes (Argelès-Collioure) fonctionne déjà sur ce schéma, une autre se met en place et un véritable frémissement est observé pour d’autres communautés de communes pour lesquelles la première action forte constitutive serait l’engagement dans le domaine de la lecture publique.

Après ces exposés, les nombreuses questions abordées peuvent se synthétiser autour de plusieurs axes forts :

- la difficulté de l’accompagnement budgétaire, sur le moyen et long terme, du fonctionnement des structures qui bénéficient de fortes aides d’investissement ;

- les craintes observées chez des salariés municipaux qui, devenant intercommunaux, ont peur d’être phagocytés par les têtes de réseau et vidés de leur identité et expérience communale,

- l’évolution des relations entre les référents de BDP sur un territoire et les nouveaux bibliothécaires intercommunaux ;

- la difficulté du travail de conviction à mener auprès des élus d’EPCI, qui se satisfont parfois de services a minima, avec la mise en avant de l’importance du travail cartographique comme outil de conviction ;

- les difficultés rencontrées par des communautés de communes pour organiser la circulation des documents sur leur propre territoire ;

- le rappel des missions initiales d’aménageur du territoire des BDP, soit, pour rappeler Jean Gattégno, notre vocation à disparaître ou à muter lorsque nous aurons tous fait notre travail.

Des stratégies peuvent se mettre en place, passant par une concentration forte de moyens au sein des conseils généraux, pour une action déconcentrée dans une phase transitoire avec un objectif de décentralisation la plus complète possible à terme.

On note cependant l’expression de sentiments diffus chez les uns et les autres, parfois défensifs, de constat de glissement identitaire, de dépossession des collections des BDP, de dépossession par rapport au territoire et in fine de dépossession par rapport à nos missions et même l’évocation, récurrente et lancinante, de la disparition des BDP…

Pour conclure et parce que la territorialisation telle qu’elle a été abordée est plus un moyen qu’une fin, il a été souligné la nécessaire réflexion sur l’évolution de nos métiers, la formation pour nos équipes, mais aussi pour nous-mêmes, afin d’être pleinement opérationnels face aux enjeux d’aménagement du territoire et de devenir de la lecture publique.

Notes

[1] On peut lire à ce sujet : Amandine Jacquet-Triboulet, Vincent Bonnet, « Les bibliothèques publiques aux Pays-Bas », BBF, T. 53, n° 1, 2008 (http://bbf.enssib.fr/sdx/BBF/pdf/bbf-2008-1/bbf-2008-01-0057-011.pdf)

Territorialisation, organigramme et gestion de projets

Synthèse de l’atelier assurée par Joëlle Pinard, directrice de la Médiathèque départementale de la Drôme

Intervenants

Mélanie Villenet-Hamel, directrice de la Direction du livre et de la lecture de l’Hérault

Didier Guilbaud, directeur de la direction du livre et de la lecture de la Touraine (Indre-et-Loir)

 

Il y a eu deux versions de ce compte rendu : celle d’avant minuit qui devait durer cinq minutes et celle d’après minuit qui devait durer un quart d’heure. La version d’avant minuit, c’est la rengaine des BDP. Quel que soit le sujet abordé par les BDP, le débat est le même et le résultat conforme, avec pour couplet « on se connaît, on fait tous la même chose, on n’a pas la même histoire – et l’histoire compte beaucoup dans les BDP –, nos territoires ne se ressemblent pas » et pour refrain « on est incomparables et il n’y a pas de modèles ».

Après minuit, il a fallu tout de même traiter la question à travers les deux exemples de l’Hérault et de l’Indre-et-Loire. L’Hérault avec ces 4 grands projets territoriaux, déjà anciens et bâtis sur une volonté politique forte, sur laquelle la BDP s’est calée pour découper l’espace départemental en 10 territoires de lecture, suivis par des référents de territoire qui ont la responsabilité de leur développement. Une territorialisation de la desserte et du suivi, avec un organigramme qui ne représente pas le territoire mais des services. L’Indre-et-Loire, avec une territorialisation plus récente, 4 grands territoires dirigés par des responsables de territoires et redivisés en 22 secteurs, suivis par des animateurs de réseau. Ce schéma a été bâti par la Direction de la lecture, à la suite d’un audit qui a permis de clarifier la relation BDP/ communes et de refonder l’organisation interne.

Point de départ clairement annoncé : la territorialisation avec des agents responsables mais territorialisation ne signifie pas obligatoirement présence physique de la BDP sur le territoire avec un bâtiment ou une logistique.

En effet, l’Hérault n’envisage pas malgré les agences techniques et culturelles établies physiquement sur le territoire d’y installer des médiathèques proprement départementales. Pourquoi ? Parce que le projet de Pierrevives, dans le quartier de la Paillade, sur le canton du Président du conseil général, se veut un acte fort du Conseil général : un bâtiment construit par un architecte de renom qui regroupe les archives, le sport, la BDP. À part, le maintien de l’îlot identitaire biterrois, qui a déjà une annexe, le travail sur le territoire se fera, si ce n’est à partir du centre géographique, tout du moins depuis le centre politique. À l’inverse, l’Indre-et-Loire délocalise ses services et installe ses bases à Loches et à Chinon, des pôles déjà anciens, et, sur le site de Tours, Touraine Est et Touraine Ouest, volontairement symbolisées par l’occupation d’un étage différent. La délocalisation va même jusqu’à contractualiser avec des BM associées pour que la BDP ait un bureau, un ordinateur une connexion internet dans les locaux de la bibliothèque municipale qui, elle, reçoit les documents de la BDP, assure leur prêt en même temps que celui de ses propres documents. On a donc un territoire à desservir, on le découpe, on nomme des responsables, on s’y installe, mais pas forcément physiquement.

La démarche "projet" :

L’affaire se complique avec l’introduction de la démarche « projet ». Il s’agit en fait pour la BDP de participer aux politiques départementales et de s’impliquer dans les actions relevant de la compétence départementale (publics spécifiques, petite enfance, collègues, personnes handicapées, sportifs).

L’Hérault s’inscrit clairement dans cette démarche en partenariat direct avec les services du département (l’APA, la Maison des handicaps, les agences sociales, les CDI). Les projets sont préparés en commun, les publics sont bipartites : une conférence, par exemple, sur la petite enfance réservera autant de place aux agents de la PMI, aux assistantes maternelles qu’aux bibliothécaires. Pour ce faire, il faut des médiateurs, spécialistes de ces publics. L’Indre-et-Loire a également un volet « développement de projets », notamment Petite enfance et Personnes âgées, avec la mise en place de groupes de travail sur les différents publics mais l’organisation est différente : c’est à travers des groupes de travail et des formations actions que se développe ces objectifs.

On remarque donc 2 logiques :

- une logique de territoire qui consiste à intervenir sur l’ensemble des publics,

- une logique « projet » qui consiste plutôt à intervenir sur des publics spécifiques.

Ce qui réunit tout cela et redonne de la transversalité, c’est incontestablement la COLLECTION.

La lecture des organigrammes :

La lecture des organigrammes proprement dits éclaire un peu ce point de vue.

L’Hérault a défini un organigramme par pôles thématiques (par missions, par services) :
- une directrice du livre et de la lecture, soutenue par une secrétaire et une comptable,
- une directrice adjointe, par ailleurs responsable de l’annexe, également soutenue par une secrétaire,

3 grands pôles :
- un service ressources documentaires avec des acquéreurs et le service équipement,

- un service médiation, chargé des publics spécifiques et expert en la matière,

- un service coordination du réseau qui s’occupe du diagnostic, des indicateurs, de l’évaluation, des statistiques et des réservations. C’est alors que la brouille commence ! Tous les référents de territoire devraient être dans le pôle coordination mais il y a des exceptions ; il n’y a pas que les personnes qui sont en ressources documentaires qui acquièrent mais aussi ceux qui sont dans les autres pôles et elles peuvent être aussi bien à l’annexe qu’à la centrale.

En Indre-et-Loire, l’organigramme est clairement territorialisé :

- un directeur, chargé du portage politique, institutionnel et des relations avec les élus et les collectivités,
- une directrice adjointe, chargé des services centraux (comptabilité, informatique, accueil, formation, personnel et politique documentaire),
- 4 cadres responsables de territoires (cadre A),
- 22 animateurs de réseau (18 cadres B + les 4 responsables de territoires qui font aussi de l’animation de réseau). Chaque animateur de réseau à un secteur documentaire en responsabilité d’acquisitions : il est donc aussi acquéreur et conseiller sur l’ensemble de son réseau. Au bout du compte, on constate :

- dans l’Hérault, au départ, une polyvalence revendiquée (des référents de territoires étaient aussi responsables de projets), mais cette logique a du être abandonnée pour des raisons de surcharge de travail et le principe de réalité a conduit à la spécialisation. Cependant, cette organisation développe un risque de clivage entre 2 styles de BDP : la BDP de la desserte, plus ou moins traditionnelle, et la BDP des projets. La seule zone de croisement est la collection ;

- dans l’Indre-et-Loire, la polyvalence due à la territorialisation reste affirmée et c’est par le biais de chartes de collections, de plans de développement de ressources documentaires que les principes généraux communs s’expriment. Des fiches de postes et des procédures précises permettent de faire circuler l’information et de rendre opérante la délégation. La transversalité se retrouve dans les grands projets pour les publics.

Comment ces 2 BDP voient-elles l’avenir ? Plus de territorialisation dans l’Indre-et-Loire, avec de futures bibliothèques associées Plus de projets transversaux dans l’Hérault, avec la mission confiée au bâtiment de Pierrevives, à la fois sur le quartier et en ressources départementales affectées à l’ensemble du département (fonds de références pour les CDI, formation, tourisme international).

Voilà, reformulées dans leurs grandes lignes la teneur des présentations faites dans cet atelier. Le débat a porté essentiellement sur la description de certaines actions, par exemple :

- la conduite de la construction d’une bibliothèque,

- les risques de frustration du directeur de ne plus être au fait de tout,

- les difficultés de management rencontrées,

- les craintes du personnel face aux changements et son inquiétude de n’avoir pas les compétences nécessaires pour les nouvelles missions,

- les formations nécessaires.

Nous avons même évoqué la disparition du cadre C, la disparition du cadre B, l’externalisation des services d’équipements, de catalogue, d’acquisitions, le mélange des filières.

Conclusion :

La conclusion de l’atelier pourrait être la suivante :

A partir de 3 profils (les bibliothécaires acquéreurs, les bibliothécaires médiateurs et les bibliothécaires développeurs de bibliothèque), auxquels ou peut ajouter le bibliothécaire gestionnaire et manager, les organigrammes peuvent s’inscrire dans l’une ou l’autre logique, celle du territoire ou celle du pôle thématique de services. Ce qui compte, c’est le service que l’on doit rendre au public, à notre public, celui des bibliothécaires volontaires et salariés du réseau, celui du public direct du territoire et le public spécifique des compétences départementales. Lorsqu’un agent a un descriptif de poste clair, des procédures précises, une formation adaptée, un accompagnement de l’encadrement, lorsqu’il est lui-même acteur de la formation auprès de ses publics, quand il s’expose à son public, alors il se crédibilise, valorise ses compétences et les résistances au changement tombent. Ainsi, même si nous n’avons pas tous la même histoire, l’invariant intangible reste la bonne définition du service à rendre au public.

Que l’organigramme soit territorialisé ou non, le bibliothécaire est polyvalent et spécialiste, touche-à-tout et expert, homme orchestre et soliste et, territorial, il reste.

 

Ressources musicales dématérialisées

Synthèse de l’atelier assurée par Martine Jan (BDP 77)

Intervenants

Sarita Leclerc et Alexandre Engerbeau (BDP 85)
Maxime Roudil (BM de Gradignan)

Atelier modéré par Hervé Roberti (BDP 80), rapporté par Martine Jan (BDP 77)

 

Les expériences présentées concernent, dans les 2 cas, une proposition d’offre d’écoute musicale sur place, mais avec des contenus et des formes différentes.

- La première expérience nous a été présentée par Sarita Leclerc, responsable des domaines Art, musique et cinéma à la BDP de la Vendée, et Alexandre Engerbeau, responsable multimédia.

La BDP de la Vendée a ouvert, en 1990, deux cédéthèques qui accueillent du public et proposent des bornes d’écoute sur place. Une base de données a été constituée à partir de 15 000 CD enregistrés au format MP3 et mis à la disposition du public avec un module de recherche, développé par les services de la BDP et un informaticien. Ce module permet une recherche par titre de morceaux, par album et par artiste et une recherche thématique. Il est possible d’écouter l’ensemble des fonds musicaux, de connaître la disponibilité du document et de le réserver. La recherche thématique permet de découvrir des genres de musique et des artistes sans avoir à manipuler les CD.

Alexandre Engerbeau a présenté la partie plus technique de ce service en détaillant les différentes étapes, en partant de la dématérialisation [coupure de son, changement de face de la K7] jusqu’au classement des dossiers d’encodage. L’informaticien assure la mise à jour des données. Chaque dossier ainsi constitué est scanné et exporté dans une base SQL pour ensuite être mise à disposition du public. Cette expérience permet une valorisation des fonds. L’intégralité du fonds est disponible et la recherche thématique est facile et très appréciée des usagers (notamment les jeunes qui pratiquent beaucoup l’écoute sur place et qui ont pu ainsi être fidélisés grâce à ce service). Les droits d’écoute sur place ont été payés à la SACEM.  Les inconvénients sont l’absence de liens avec la gestion du catalogue et des problèmes de transfert de fichiers MP3 qui peuvent être rencontrés lors d’une utilisation sur plusieurs sites distincts.

- La seconde expérience nous a été présentée par Maxime Roudil de la médiathèque de Gradignan.

Gradignan est une ville de 23 000 habitants, située près de Bordeaux. La médiathèque a été ouverte au public en 2006 et compte aujourd’hui 7 700 inscrits.

Le projet concernant les ressources musicales dématérialisées s’appelle Automazic. Il est né d’un partenariat entre l’espace multimédia et l’espace musique et d’une rencontre avec l’association Musiques libres de Bordeaux : c’est la rencontre du développement libre en informatique et de la musique libre de droits. Les auteurs et compositeurs ont donné leur accord pour une libre diffusion de leurs œuvres. Ils ont une gestion individuelle de leurs droits sans aucun lien avec la SACEM. Les artistes déplorent, d’une part, leur manque de visibilité dans les surfaces de vente et, d’autre part, la médiathèque se donne pour mission de faire découvrir ces artistes, de favoriser l’accès pour tous aux nouvelles technologies et d’ouvrir le débat en informant largement sur les droits d’auteurs. Deux démarches se rencontrent ainsi pour aboutir à la création du projet Automazic.

La première idée fut de numériser le fonds de CD et des contacts avaient été pris en ce sens avec la société Opsys et la SACEM. Mais comme il s’agissait de copies se posait alors la question de la rémunération des producteurs de CD. L’idée a été abandonnée, la médiathèque ayant pour souci d’être en règle et de respecter le droit d’auteur. Elle se tourne donc vers les labels indépendants en Aquitaine. Ces artistes sont diffusés, via Internet, sur le site Dogmazic et à la médiathèque à partir de la borne d’écoute Automazic, prototype qui fonctionne à partir d’un disque dur avec une forte capacité de mémoire. La recherche se fait sur écran tactile. Une mise à jour quotidienne de la base, via Internet, avec les nouveaux artistes inscrits sur le site est effectuée. Un menu déroulant, sur la borne, permet une recherche par titre, par groupe, par label, de proposer des coups de cœurs et une information sur les concerts à venir.

L’utilisation de cette borne est très simple : elle contient les mêmes informations que sur Internet avec un travail de médiation supplémentaire et une recherche plus agréable. La borne permet d’écouter en direct des morceaux de musique, de créer sa playlist avec ses morceaux préférés, téléchargeables sur une clé USB, un téléphone portable ou que l’on peut graver. Cette offre permet également de suivre l’activité régionale musicale des artistes. On peut cependant déplorer un problème de qualité inégale des morceaux musicaux dû à l’absence de modération sur le site Dogmazic. Aujourd’hui, on compte 3 000 CD (soit environ 30 000 titres) sur cette borne. Pour restreindre les problèmes de qualité, on peut faire une écoute par genre et de créer une playlist, proposée au public de la médiathèque.

Entre fin 2007, date à laquelle la borne a été mise en service, et septembre 2008, 20 000 téléchargements ont été effectués aux heures d’ouverture de la bibliothèque, à partir d’une seule borne mise à la disposition du public.

Il s’agit d’un vrai partenariat avec une association d’artistes. Une réflexion est engagée pour essayer de trouver un moyen de rémunérer ces auteurs : la médiathèque s’engage à acheter les CD qui sont disponibles et à développer des actions innovantes comme, par exemple, permettre à des jeunes musiciens d’enregistrer leurs morceaux sur la borne, au sein de la médiathèque, et d’intégrer, ainsi, ces morceaux de musique sur la base de données.

- Un débat ouvert :

À la suite de la présentation de ces deux expériences, très différentes, l’une permettant la valorisation des fonds acquis par les cédéthèques en Vendée, l’autre, à Gradignan, étant plutôt basée sur la découverte d’artistes du domaine de la musique libre et sur des actions de formation et d’information sur le droit d’auteur, un échange très riche, entre les participants à l’atelier, a soulevé des questions sur des points techniques précis mais a également permis d’évoquer plus largement le problème des droits, de l’avenir des supports et le devenir du rôle des bibliothèques.

Pour ces deux expériences, un important travail de formation, de médiation et de conseil apporte un supplément réel à une simple diffusion de musique.

Face aux usages du public dont la demande et la tendance sont de télécharger massivement, une offre d’écoute guidée à distance, par streaming, peut apparaître judicieuse.

Des questions ont également été posées sur l’offre des fournisseurs de labels : certains collègues imaginent la possibilité de pouvoir acheter des fichiers MP3 avec le droit de les valoriser et de les diffuser sous la forme de fichiers chronodégradables.

Une question a été posée à Maxime Roudil sur la manière dont il envisageait d’aller plus loin dans le domaine du libre. Il a répondu que la médiathèque avait l’intention d’organiser une semaine du libre portant à la fois sur la littérature libre avec des auteurs invités mais également sur l’image et la photographie libres, en fait tout le champ culturel libre. L’absence de solutions proposées par les sociétés qui fournissent des SIGB aux bibliothèques a été soulignée, avec actuellement l’impossibilité de créer des liens entre les bases de données musicales créées et les catalogues afin de permettre une diffusion à distance pour les lecteurs, soit par streaming, soit par téléchargement.

Plus que des problèmes techniques qui pourraient être résolus facilement, les questions concernent surtout les droits d’auteurs. Sur ces questions juridiques, il y a une forte attente des collègues pour que les associations professionnelles, les associations d’élus ou les institutions comme la Direction du livre et de la lecture (DLL) s’emparent de ces questions. Christophe Séné, de la DLL, nous a informé d’un travail en cours avec le CNC sur l’image en bibliothèque et a précisé que la nouvelle organisation, notamment dans la direction 3 « Développement des médias/ Économie du livre », offrait des perspectives intéressantes de rapprochement entre le cinéma, la musique et l’écrit pour une négociation des droits.

Mais nous avons bien conscience que ce sera un travail de longue haleine et que nos actions devront être collectives.

Une attente d’information sur les expériences menées dans le domaine de la dématérialisation des supports a également été exprimée. Une question récurrente pour les BDP : comment faire évoluer nos réseaux ? La BDP travaille-t-elle pour son réseau ou doit-elle proposer un service direct à ses usagers ?

En conclusion, il y a eu beaucoup de questions mais une certitude : l’utilité des bibliothèques est dans la médiation, le conseil, la découverte de nouveaux artistes avec un rôle important à jouer face au flux permanent et énorme d’informations.

 

Formation du réseau, développement des espaces publics numériques (EPN)

Synthèse de l’atelier assurée par Amandine Jacquet (BDP 26)

Intervenants

Marianne Baudouin, (BDP 33)
Catherine Passerieux et Olivier Dutart, (BDP 24)
Cécile Monier-Guine et Amélie Caillaud, (BDP 85)

Atelier modéré par Didier Guilbaud (BDP 37) , rapporté par Amandine Jacquet (BDP 26)

 

Origine des projets :

À l’origine du projet en Vendée, il y avait la volonté des élus « de placer la Vendée au cœur de la révolution numérique ».

En Dordogne, un constat dénombre 55 points d’accès à Internet sur les 250 points de desserte (bibliothèques, dépôts…) de la BDP, pas vraiment organisés et souvent en milieu très rural, avec un besoin de renforcer le maillage et de le rendre plus égalitaire. Certains points comptent 17 postes informatiques et d’autres, seulement un seul avec un accès à Internet mais sans formation.

En Gironde, à la suite d’un audit, en 2003, il a été souligné une faible professionnalisation du réseau et une offre de services très inégale notamment en TIC [1].

- Structures mises en place :

En Vendée, 2 cédéthèques existent actuellement, 6 sont prévues à terme. Elles sont départementales mais ouvertes au public et elles ont recruté des personnels sur un profil « animation multimédia », car ces espaces publics numériques font énormément de formation pour le public et pour les bibliothécaires.

En Dordogne, 2 animateurs multimédias ont été recrutés dont l’un est également webmestre. Ils se sont dotés d’outils : un site et un blog qui met en valeur les blogs des bibliothèques du réseau avec un système d’actualisation. Pour la formation, ils ont réalisé des tutoriaux très complets, également accessibles sur le site.

En Gironde, un groupe de travail a été créé dans le cadre de la direction Culture et Citoyenneté, groupe de travail qui n’inclut pas que des bibliothèques. Un travail avec des partenaires institutionnels comme la région, les territoires, les communautés de communes, les communes et les pays. Le maillage de tout le territoire est en cours par le syndicat mixte Gironde numérique afin qu’il n’y ait plus de zones blanches.

- Les financements :

En Vendée, le conseil général donne 50 % du montant HT du matériel et des logiciels, si l’accès Internet est public.

Pour la Dordogne, c’est un apport de 30 à 40 % du matériel HT.

En Gironde, des demandes de subventions ont été montées pour des fonds européens (successivement FSE et FEDER) et 200 000 € ont été investis dans la formation pour Sapiens 1 (dont 50 % payé par le FSE) et des aides au fonctionnement (notamment pour l’aide à l’emploi) ont été mises en place, sur une durée de 8 ans, dans le cadre de Sapiens 2.

- Les profils :

En Dordogne, être bibliothécaire-formateur en TIC ou animateur multimédia nécessite une sérieuse formation mais fait partie du métier de bibliothécaire.

En Gironde, animateur multimédia est un métier à part, un nouveau métier, et le bibliothécaire est considéré comme en appui pour l’apprentissage des TIC.

En Vendée, être formateur en TIC fait partie du métier de bibliothécaire.

- Les publics des formations qui se déroulent dans les EPN :

En Vendée, ce sont à la fois les usagers des cédéthèques et les bibliothécaires bénévoles et salariés du réseau.

En Dordogne, ce sont uniquement les bibliothécaires salariés du réseau pour les bibliothèques informatisées qui ont déjà un projet concret et les bibliothécaires de la BDP.

En Gironde, il y a eu 2 programmes : Sapiens 1 a formé un peu tout le monde (bibliothécaires salariés et bénévoles, les bibliothécaires réseau et hors réseau, les bibliothécaires référents de la BDP, les animateurs multimédia type cyberbase et les élus) ; Sapiens 2 concernait les bibliothécaires salariés du réseau, les bibliothécaires référents et les animateurs multimédia.

- Les contenus :

En Vendée : découverte de l’ordinateur, bureautique, Internet, courriel (initiation) ; sujets identiques + traitement de l’image (perfectionnement)

En Dordogne, la formation initiale est obligatoire pour les bibliothèques qui veulent ouvrir un EPN : découverte de l’ordinateur, droits et devoirs, charte… La formation continue est également ouverte aux agents de la BDP : création de sites, de blogs, traitement de l’image, multimédia pour les tout-petits… Des ateliers sont proposés comme La chasse aux trésors, pour les enfants, Passe ton web, pour les ados, Littérature et SMS, pour les ados et les adultes, et Sécuriser son ordinateur, pour les adultes.

En Gironde, dans le cadre de Sapiens 1 il s’agissait plutôt d’une discussion autour des enjeux, « discuter ensemble de ce qu’Internet change sur les territoires, dans le métier de bibliothécaire, dans les besoins des usagers ». Cela a permis aux bibliothécaires et aux animateurs de cyberbases de se rencontrer et de recenser les besoins qui sont à l’origine des formations dans Sapiens 2 : créer son mail, son blog, accueillir des publics handicapés, la e-administration, créer sa webTV…

- Questions et remarques des participants à l’atelier :

« Cela prend beaucoup de temps ».

« Doit-on seulement concentrer nos efforts de formation sur les bibliothécaires salariés ? »

« Ce serait bien de mettre les tutoriaux de la Dordogne dans la boîte à outils de l’ADBDP ».

L’importance du travail avec et autour des EPN, c’est mutualiser les expériences et les outils, prendre en compte les ressources locales, les valoriser, les utiliser en réseau cohérent, répondre aux difficultés rencontrées par les professionnels et aménager le territoire (maillage, développement du réseau, etc.). C’est aussi la recherche de sens, favoriser l’intégration des populations et des territoires vis-à-vis des TIC, structurer et organiser le réseau, permettre des pratiques citoyennes et culturelles de qualité (la bibliothèque est perçue comme un lieu de vie et un instrument de lien social).

Enfin une interrogation sur les EPN et l’aménagement du territoire : tout s’accorde à dire que les EPN sont un très bon levier d’égalité territoriale et d’aménagement du territoire mais il semblerait qu’on parte toujours de l’existant et des possibilités de le développer alors qu’on pourrait, à l’inverse, planifier dans l’autre sens (en investissant nos efforts dans les zones où il n’y a rien afin de mettre quelque chose en place).

Catalogues départementaux, Internet au service des collections

Catalogues départementaux, Internet au service des collections

Intervenants

Xavier Galaud et Francis Bongrand (BDP 68)
Hélène Beczkowski (BDP 39)
Cécile Letourneau (BDP95)

3 exemples de catalogues collectifs ont été présentés avec la participation active des tous les participants :

- Calice 68, pour le Haut-Rhin,

- Jumel, pour le Jura,

- RéVOdoc, pour le Val-d’Oise.

- Le réseau :

Pour Calice, le réseau est constitué de 85 communes. Sa réalisation s’est opérée en différentes phases. La première phase concernait 17 communes, dont des grandes villes, comme Mulhouse, la seconde 26 communes et les 42 suivantes vont s’agréger.

Jumel est un réseau de 24 bibliothèques + le catalogue de la bibliothèque des archives départementales.

RéVOdoc est une expérience beaucoup plus ancienne, datant de 1992, qui agrège 31 communes, 2 communautés de communes, 1 université, 3 grandes écoles, 1 conservatoire, le CDDP, 2 associations locales, mais le catalogue collectif sous sa forme actuelle n’a été mis en place qu’au printemps 2008.

- Les partenaires :

Pour Calice : la DSI [1] du Conseil général et la société AFI.

Pour Jumel : la DSI du Conseil général et la société Décalog.

Pour RéVOdoc : la DSI du Conseil général et la société W3Line.

- Qu’est-ce qui a présidé à la mise en place de ces catalogues départementaux en ligne ?

Pour le Haut-Rhin, c’est la politique numérique du Conseil général qui a mis en œuvre un projet qui intéressait fortement la bibliothèque départementale. Il y a donc eu connexion entre deux envies et deux besoins.

Pour le Jura, c’est le directeur de la BDP qui a initié le projet,

Pour le Val d’Oise, c’est une politique véritablement initiée par le Conseil général qui souhaitait, dès 1992, mettre en place un réseau documentaire avec les bibliothèques de l’enseignement supérieur, démarche étendue à partir de 1999 à la lecture publique.

- Les objectifs :

Les objectifs de Calice et de Jumel sont assez similaires : pour Calice, avoir un seul catalogue (2 millions de notices) et mieux connaître l’offre de lecture publique sur le département ; pour Jumel, mettre en commun les ressources, faciliter les recherches des lecteurs, valoriser les médiathèques, mutualiser les compétences des bibliothécaires. La création d’un blog interne à ce catalogue pour Jumel et Calice offre un espace d’échanges et d’idées entre les bibliothécaires. Vous savez bien que les bibliothécaires de nos communes sont souvent hantés par la solitude et ont besoin d’échanger leurs expériences.

RéVOdoc a pour objectif le partage des ressources documentaires, mais aussi de favoriser la politique intercommunale, donner un catalogue web de substitution aux bibliothèques et, pour les communautés de communes qui n’en ont pas, offrir un catalogue collectif de substitution aux intercommunalités.

- Les fonctionnalités :

Dans Calice, il est possible de faire une recherche fusionnée des catalogues, de réserver pour emprunter des documents à partir d’une information générale sur chaque bibliothèque, de localiser les documents et connaître leur disponibilité. C’est le lecteur qui va au document et non le document qui va au lecteur.

Jumel permet également de localiser et réserver des documents, de faire une recherche fusionnée des catalogues + la base BnF. Jumel a également intégré une sitothèque centrée sur les ressources jurassiennes. Il comprend aussi un agenda des manifestations des bibliothèques. Le document va à la bibliothèque du lecteur, qui choisit la bibliothèque la plus proche du document disponible.

ReVOdoc permet de connaître la localisation, mais pas la disponibilité en temps réel du document. La réservation est possible par tout usager d’une bibliothèque participante. Le prêt entre bibliothèques est favorisé. Le prêt est accessible à l’extérieur du réseau et, last but not least, le document est envoyé au lecteur par la poste avec des enveloppes pré-affranchies pour un coût moyen de 6 €, achetées par le Conseil général et fournies aux bibliothèques qui font le prêt.

- Quel futur ?

D’ici la fin de cette année, toute la présentation du catalogue Calice se fera par la technologie web 2.0 avec un résumé du document, des recherches multiples, des commentaires des lecteurs, de l’écoute et du visionnage de documents numériques.

Jumel a pour ambition d’ajouter des ressources numériques à télécharger et souhaite intégrer dans les mois à venir un moteur fédéré de la Bpi qui mariera les recherches numériques et les collections.

Pour ReVOdoc, le futur est déjà en marche avec l’élargissement du réseau d’échanges documentaires. Une Charte pour tous les partenaires a été mise en place en 2005 qui laisse la liberté à chacun de fixer ses règles pour prêter les documents.

- Quelques points (de détail) pour conclure :

Le financement de la mise en place de ces 3 catalogues départementaux est intégralement à la charge du Conseil général. Pour Calice et Jumel, le coût de cette mise en place est de 50 000 € environ par tranche. C’est également le coût de la mise en place du catalogue collectif RéVOdoc.

Un partenaire informatique est absolument nécessaire : nous devons pouvoir nous appuyer sur une société informatique.

Une adhésion forte des acteurs du réseau pour la mise en place de ces catalogues départementaux a dans l’ensemble été constatée mais, pour Calice, la BM de Mulhouse, très partante à l’origine, s’interroge désormais devant le nombre de commandes émanant de petites communes.

Il faut faire preuve de pédagogie et de formation aussi bien pour les équipes des bibliothèques et des partenaires que pour nos propres équipes.

En guise de conclusion, je reprendrai les propos de Jumel qui nous dit que pour réaliser un catalogue départemental, il faut « du temps, de l’énergie et de l’aspirine ».

Notes

[1] Direction des Services Informatiques

La mise en ligne de ressources électroniques payantes

Synthèse de l’atelier assurée par Cloé Hiron-Lafeuille (BDP 82)

Intervenants

Sandrine Roche-Dailly, (BDP 34)
Alain Tachet, (Savoie-Biblio)
Atelier modéré par Alain Duperrier (BDP 33), rapporté par Cloé Hiron-Lafeuille (BDP 82)

 

Les deux expériences présentées par Sandrine Roche-Dailly (BDP de l’Hérault) et Alain Tachet (BDP de Savoie-Haute-Savoie) se sont concrétisées en mai 2008. Nous n’avons donc pour l’instant que 6 mois de recul par rapport à leur mise en œuvre.

Les 2 BDP ont abouti au même raisonnement dans l’objet principal de leur choix : mettre en avant la presse et l’actualité. Cependant, nous avons pu constater que l’étude et la méthode retenues ont été très différentes selon les BDP.

- Y-a-t-il ou non une étude préalable des besoins ?

- La ressource est-elle destinée aux bibliothécaires ou aux usagers ?

- La communication s’est-elle faite en amont ou en aval ?

- Les origines du projet :

Pour l’Hérault, la BDP est dans l’innovation à tout crin. Elle s’est lancée dans ce projet pour expérimenter et mettre en place un futur bâtiment numérique qui rassemblera la BDP et les archives départementales. Ce bâtiment est porté par la volonté politique de mettre en place de nouveaux services.

En Savoie, la BDP s’est appuyée sur des constats. La direction souhaitait dynamiser les 12 bibliothèques de niveau 1 (de son réseau de 400 lieux de lecture) qui ont des lieux multimédia et qui n’empruntent plus de collections à la BDP. L’objectif était de leur présenter une offre différente pour leur permettre d’attirer un nouveau public. Dans les deux BDP, il a été constaté que les bibliothèques rurales manquent d’information d’actualité.

- Étude, choix et relations avec les fournisseurs :

Les 2 BDP ont, au préalable, consulté le site de la Bpi pour connaître les fournisseurs, les contenus et les tarifs pratiqués. Il leur est apparu alors que l’offre tarifaire proposée par Carel était inadaptée aux BDP (car trop onéreuse). Chacune des BDP a donc négocié en direct avec les fournisseurs.

Le budget consacré par les 2 BDP aux nouvelles ressources électroniques était un budget supplémentaire. Pour la première année de fonctionnement, en 2008, l’abonnement de ressources en ligne se montait à 56 000 euros pour l’Hérault et 24 000 euros pour la Savoie.

Le démarrage du service (renseignements, négociation avec les fournisseurs, établissement de scénarii différents) s’est échelonné sur une année. 2 choix différents ont été retenus :

- Savoie-biblio ne s’adresse qu’aux 12 bibliothèques de niveau 1 et de ne propose que de la presse. Elle a choisi l’agrégateur d’abonnements Europresse, pour 32 titres d’actualités (quotidiens, mensuels, presse étrangère). Pour les autres bibliothèques, la BDP a réalisé un site détaillé qui recense toute la presse gratuite en ligne et elle leur offre un abonnement papier sur 5 ans à 5 revues.

- L’Hérault a choisi de s’adresser à l’ensemble des 82 bibliothèques et aux 93 000 usagers du réseau de lecture. Les montants ont donc été négociés pour 93 000 usagers. 10 titres de presse ont été choisis, via Cyberlibris, éditeur de livres électroniques, pour le bouquet Vie Pratique, Planet Nemo, pour les livres ludo-éducatifs, et Europresse.

Dans les deux cas, la procédure fut assez lourde : négociation avec les fournisseurs, établissement d’un cahier des charges, passation d’un marché de prestations de services pour une année.

- Lancement du programme :

Il s’est opéré selon des méthodes très différentes.

- Pour l’Hérault, il n’y a pas eu de communication en amont. Dès que les ressources ont été disponibles, l’annonce a été faite aux bibliothèques par un simple courrier. Puis, le lancement de l’opération s’est tenu dans une médiathèque dynamique avec invitation de la presse et un buzz local. Des particuliers appelaient directement la BDP à la suite des articles parus dans la presse pour recevoir les codes d’accès. Par contre, les bibliothécaires du réseau n’ont pas été formés en amont et seuls les bibliothécaires de la BDP l’ont tous été. C’est à eux, en tant que responsables de secteur, de former les bibliothèques pour lesquelles ils sont correspondants, notamment lors des tournées.

Pour bénéficier du service proposé par la BDP, il faut avoir une adresse IP fixe : ce sont les bibliothèques qui doivent demander cette adresse. L’inscription des lecteurs, appelés les lecteurs nomades, se fait directement auprès de leur bibliothèque et la BDP envoie les codes d’accès et de connexion.

- La Savoie a travaillé, durant une année, en amont avec 11 bibliothèques concernées par le projet. L’appel à candidature pour ces bibliothèques s’est fait selon des critères précis : bibliothèques de niveau 1, point Internet, charte préexistante, un correspondant médiateur. Le pari a été d’impliquer très fortement les bibliothécaires concernés, notamment, par une journée de formation et d’information, des groupes de travail, l’annonce de bilans d’étape.

Les élus des communes dans lesquelles les ressources électroniques seraient implantées ont été informés et la BDP leur a demandé de s’engager, par écrit, à développer les ressources numériques. Un document d’aide à la présentation du projet aux élus a été fourni aux bibliothécaires afin qu’ils aient les bons arguments pour les convaincre. Des modèles d’affiches, de prospectus, un planning de lancement du programme ont été mis à la disposition des bibliothèques. Le lancement de la campagne de communication est réellement parti des bibliothèques.

Avant même de proposer ces l’outils, une réflexion a été menée sur le choix de l’interface. Le problème de l’IP flottante a été pris en compte dès le départ. La BDP a développé avec le service informatique une solution : lorsque la bibliothèque se connecte à l’espace sécurisé du site, un proxy convertit l’IP flottante en une adresse IP fixe qui est la même pour tous les membres du réseau. Cette solution, transparente pour les bibliothécaires, leur évite une démarche technique contraignante.

Un bibliothécaire a été formé dans chaque bibliothèque ainsi que les 7 membres de la BDP qui ont contribué au comité de pilotage.

Dans les deux cas, ces ressources électroniques sont clairement identifiées comme des ressources départementales et ne sont accessibles qu’à partir du site des 2 BDP.

- Bilan et statistiques :

Pour l’Hérault, les élus du conseil général n’attendaient aucun résultat particulier de cette expérimentation. La directrice tablait sur une participation des bibliothèques du réseau et 15 000 utilisateurs. Au bout de 5 mois d’utilisation : plus de la moitié des bibliothèques est connectée (44 sur 82).

Les statistiques sont difficiles à obtenir de la part de Cyberlibris et de Planet Nemo. Europresse annonce, en 5 mois, 883 connexions tout confondu (BDP, réseau, nomades). 98 lecteurs sur 93 000 visés ont fait une demande pour obtenir les codes de connexion.

Pour la Savoie, on constate une moyenne de 65 sessions par mois pour 11 bibliothèques.

L’interprétation des résultats pour ces 2 BDP reste décevante.

Plusieurs pistes ont été évoquées pour essayer d’expliquer ce faible retentissement.

- Défaut de communication : l’Hérault, par exemple, a complété son dispositif par une plaquette de présentation et un bulletin de liaison en septembre en guise de piqûre de rappel ; Savoie-Biblo envisage de faire une communication élargie au département.

- Défaut de médiation : les bibliothécaires du réseau ne sont peut être pas suffisamment formés ou motivés alors que ce sont des ressources qui ont besoin d’être apprivoisées et pour lesquelles l’usager doit être accompagné.

- Choix technique : pour l’Hérault, demander l’adresse IP est peut-être un frein pour certains ; les abonnés nomades ont parfois réagi à cette proposition comme un cadeau de Noël, abandonné au bout d’un mois.

Un point très important a été soulevé : le problème des contenus. Dans les deux cas, il est déploré un manque réel de prise sur ce qui est proposé aux usagers. Il n’y a pas véritablement de stabilité de l’offre. Par exemple, pour Europresse, un des produits d’appel, dans l’Hérault, était de proposer le Midi Libre, quotidien local, en accès archives et consultation du jour. Mais le Midi Libre a fait faux bond à Europresse, alors que l’abonnement faisait partie du bouquet payé.

La consultation de la presse, via ce média, reste encore austère et s’apparente trop à une recherche documentaire et ne semble pas vraiment attirer les usagers.

Les livres pratiques ne touchent pas vraiment leur but. Certes, ils sont sélectionnés et validés mais, par exemple, pour les guides touristiques ce ne sont pas les « grands » guides comme Gallimard ou le Routard. Pour les recettes de cuisine, les usagers ont tellement pris l’habitude de consulter des sites gratuits de cuisine que la présentation d’ouvrages numériques, même en pleine page avec photos, ne les accroche pas vraiment. Seul, Planet Nemo, présenté pour les enfants directement dans les bibliothèques, semble rencontrer un certain succès car « cela ressemble à un très bon cédérom ».

- Faut-il poursuivre ?

Oui, car il s’agit d’expérimentation et comme cela a été relevé au début de ces journées d’étude, « il faut essuyer les plâtres ».

On continue d’autant plus que les budgets, pour la Savoie, ont fait l’objet d’une contractualisation sur 5 ans. Pour l’Hérault, de nouveaux services peuvent être proposés jusqu’en 2011, il faut donc poursuivre les expérimentations.

Il faudra faire évoluer et renégocier les bouquets d’abonnement sans changer de fournisseurs compte tenu des contraintes que cela exigerait. La formation des personnels devra être renforcée.

- Questions et remarques émises lors de l’atelier :

Madame Gonzalès (Bpi) sur Carel et ses finalités : Carel n’est pas un groupement d’achat, il affiche les tarifs et l’offre existante pour freiner le libre prix des fournisseurs. Des fiches seront mises en ligne sur le site mentionnant la fiabilité et les services rendus, notamment les statistiques.

Une autre interrogation soulevée et non résolue a été la désaffection des usagers de la bibliothèque une fois les codes de connexion reçus.

Faut-il proposer ce service aux bibliothèques ou directement aux usagers nomades ?

La BDP de Haute-Garonne a témoigné d’une expérience prudente : le test par 5 bibliothèques de 5 ressources habituellement payantes. Il en ressort que la seule ressource électronique plébiscitée par les bibliothécaires était Electre !

La discussion s’est ensuite attardée sur la proposition de musique et de vidéo en ligne qui répond pour beaucoup à une demande plus insistante des bibliothécaires. Il a bien été pointé que l’intérêt des usagers n’était pas seulement l’écoute, mais aussi la possibilité de télécharger de façon légale, voire subventionnée par les bibliothèques.

- Conclusion :

Proposer des ressources numériques en bibliothèques, c’est :

donner une image positive de départements innovants,

donner un coup de pouce aux bibliothèques multimédia,

aller vers une médiation quasi directe avec les usagers si l’on choisit d’inscrire des usagers nomades,

former de manière accrue les professionnels de la BDP et du réseau,

offrir des ressources chères à des bibliothèques qui n’en ont pas les moyens,

accepter de lâcher prise sur l’offre documentaire que l’on propose,

entendre des réflexions sur le manque de confort et d’ergonomie des supports mis à disposition,

ne pas maîtriser toutes les statistiques,

attendre des collègues une médiation qu’ils ne sont pas forcément capables d’assurer.

Il faut trouver en ce qui concerne ces ressources la bonne formule, la bonne offre, communiquer et motiver les médiateurs.

Atelier 5 : Les outils pour le conseil aux communes

Avec la participation de Catherine Thillet, Frédéric Guéguen, Armelle Faure et Didier Guilbaud.

Intervenants

- Catherine Thillet, Médiathèque Départementale de la Drôme
- Frédéric Guéguen, directeur de la Bibliothèque Départementale de la Sarthe
- Armelle Faure, Bibliothèque Départementale des Yvelines
- Didier Guilbaud, directeur de la Direction du Livre et de la Lecture Publique de Touraine

- Atelier modéré par Véronique Forcet (BDP Rhône), rapporté par Guy Bécret (BDP Aisne)

 

Le département d’Indre-et-Loire a réalisé la plaquette Aménager une bibliothèque publique en milieu rural en septembre 2002. Cette plaquette, épuisée en raison de son énorme succès, reste consultable sur le site de la bibliothèque départementale. Avant cette édition, chaque visite sur le terrain donnait lieu à un rapport de visite. Peu à peu, a émergé l’idée de mettre un document synthétique à disposition des élus et des bibliothécaires du réseau pour les aider dans leurs projets. Ce document s’est concrétisé par une plaquette de 32 pages avec pour objectif de faire, dans un esprit de rapidité et de simplicité, un document compréhensible par tous. Il s’avère très utile pour les maires, mais également pour les partenaires concernés par les projets comme les architectes.

Son contenu s’articule d’abord autour de « Pourquoi créer une bibliothèque ? », les accents sont mis sur les objectifs de la commune avec le rappel des grands principes (nécessité d’avoir des locaux adaptés, du mobilier, des collections et du personnel). Elle aborde également les questions concernant l’environnement de la bibliothèque (situation dans la commune), le mobilier et la fonction des services offerts par la bibliothèque (par exemple, qu’est-ce qu’une banque d’accueil ou un rayonnage ?). Elle présente aussi des outils pratiques, en particulier les ratios qui déterminent les besoins en surfaces, en mobilier, en documents par nombre d’habitants dans la commune. En annexe, elle reprend quelques exemples de bibliothèques, rappelle la Charte des bibliothèques et les différents dispositifs de subventions. Conçue comme un document de référence, elle laisse une trace écrite, déposée dans les communes. C’est un document de base qui permet d’aller plus loin selon les projets d’aménagement des bibliothèques. Spécifique au département d’Indre-et-Loire, elle n’est pas forcément reproductible ailleurs, même si plusieurs départements s’en sont inspirés.

Cette plaquette devra maintenant être réactualisée… à suivre.

Dans la Drôme, un outil de conseils aux communes a été élaboré avec le CAUE. Catherine Thillet a rappelé les caractéristiques du département et l’organisation de la médiathèque départementale. Pour le conseil aux communes, ils disposaient jusqu’alors d’un classeur assez volumineux et peut-être trop détaillé. La nécessité de synthétiser l’information aux élus s’est donc imposée. La plaquette éditée, Créer une bibliothèque : projet culturel et projet spatial, compte également 32 pages. Son titre rappelle le partenariat entre la médiathèque et le CAUE. Une partie expose ce qu’est une bibliothèque (espace culturel et lieu de rencontres) ; une autre, faite par le CAUE, concerne plutôt l’architecture et l’environnement. Une troisième partie fait référence aux différents partenaires concernés par le projet.

La plaquette n’est pas consultable en ligne pour le moment et sa diffusion est en cours.

La bibliothèque départementale des Yvelines a édité un Cahier de recommandations pour la construction et l’aménagement d’une bibliothèque publique. Il ne compte que 10 pages avec le parti pris d’être très synthétique. Ce cahier a été élaboré à la suite d’une réforme du système de subventionnement par le Conseil général en 2004. Il y avait alors nécessité de réaliser un document de référence à la fois pour les élus du Conseil général et ceux des communes du département. Il a été validé par le Conseil général et présente la particularité d’être envoyé avant la première visite sur le terrain pour servir de base à la discussion avec les élus. Son objectif est d’être un support à la conduite de projets pour l’aménagement de bibliothèques. Les grands points traités sont : Qu’est-ce qu’une bibliothèque ; les objectifs du service public de lecture ; les moyens indispensables ; l’intercommunalité ; les services offerts à la population et la mise en œuvre d’un projet. Il aborde également les questions de sécurité du public et des locaux, du mobilier informatique, du fonctionnement en personnel, des horaires et des collections. Il renvoie au site de la BDP pour les communes qui souhaitent des informations complémentaires.

C’est un outil transversal puisque, dans le département des Yvelines, les subventions sont instruites par un service Contrat qui s’appuie sur son contenu.

L’intérêt d’un tel document est aussi d’avoir un langage commun dans l’équipe pour laquelle il constitue également un document de référence. La bibliothèque des Yvelines réfléchit actuellement à une nouvelle publication sur la mise en réseau des bibliothèques dans le cadre de l’intercommunalité.

La BDP de la Sarthe a établi deux outils de conseils aux communes.

- Le premier, publié en 2008, concerne le handicap. Cette publication de 60 pages, tirée à 1 000 exemplaires, est épuisée mais disponible sur le site du département. Elle est née du constat d’un écart entre le traitement du handicap sur le terrain et les dispositifs de la loi de 2005 sur le handicap. Elle permet de sensibiliser les communes aux problèmes liés au handicap. La BDP a travaillé avec une agence de communication.

Elle se termine par des annexes : la présentation de la Maison départementale du handicap, un glossaire, des définitions et le rappel de la loi de 2005.

Son objectif est de modifier la perception de la bibliothèque, qui passe parfois pour un service extra-municipal, et pour sa prise en compte par la commune.

- Le second est une exposition destinée à l’information des élus des communes et des bibliothécaires sur le thème de l’architecture des bibliothèques. Deux vidéos de cette exposition ont pu être diffusées pendant l’atelier.

En conclusion de l’atelier, beaucoup d’interventions ont présenté des publications réalisées dans d’autres départements, en particulier en Rhône-Alpes.

Compte rendu atelier 5 (PDF - 15.3 ko)

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