Politiques de lecture publique et schémas de la lecture publique

Matthieu Rochelle, Yves Gassot et Stéphanie Visage, Patrick Bourdy et Didier Guilbaud. Modération de Françoise Navarro.

Modération : Françoise Navarro Intervenants : Matthieu Rochelle, Directeur de la BDP des Bouches-du-Rhône, chargé de mission pour le Livre et l’Édition Yves Gassot, Adjoint au Directeur chargé de la Culture, de la Vie associative et des Sports du Conseil général des Deux-Sèvres Stéphanie Visage, Directrice de la BDP des Deux-Sèvres Patrick Bourdy, Vice-président du Conseil général d’Indre-et-Loire et Président de la commission Culture Didier Guilbaud, Directeur de la BDP d’Indre-et-Loire

Françoise Navarro

Les départements se posent aujourd’hui beaucoup de questions sur leurs compétences facultatives malmenées en raison du contexte budgétaire. La lecture publique, compétence obligatoire à travers les BDP, peut prendre différentes formes selon le choix des départements. Face à l’inquiétude qui se manifeste chez tout un chacun de nos concitoyens, de nombreux besoins s’expriment. Ils recouvrent une demande de solidarité, de convivialité, de lien social, de lien intergénérationnel, de réponse de proximité et de non abandon des services publics. Les missions des BDP sont dans ce champ d’intervention et sont souvent rassemblées dans la notion de vivre ensemble. Nous avons à cette table-ronde un représentant des élus, en la présence de Patrick Bourdy, un représentant des DGA, notre ancien collègue directeur de BDP, Yves Gassot et des collègues des BDP, Stéphanie Visage, Matthieu Rochelle et Didier Guilbaud. Christian Ruby évoquait ce matin le concept de culture de soi qu’il faut entendre comme le rapport à l’autre, une véritable attention qui est prise en compte je crois par les BDP. Je donnerai successivement la parole à Matthieu Rochelle, Stéphanie Visage et Yves Gassot en duo, et Didier Guilbaud et Patrick Bourdy.

Matthieu Rochelle, Directeur de la BDP des Bouches-du-Rhône, Chargé de mission pour le Livre et l’Edition

Merci Françoise. Je vais essayer de faire vite pour vous laisser sur mes propres interrogations. Pour présenter rapidement la politique culturelle du Conseil général des Bouches-du-Rhône, c’est 28 millions d’euros de fonctionnement, 9 millions d’euros en autorisations de programmes d’investissement. Cette direction se constitue se constitue sur un certain nombre d’établissements, avec les Archives et la BDP comme établissements à compétence obligatoire. Il y a un volant de politique publique très volontariste du Conseil général, notamment le soutien aux associations dans le cadre du partenariat culturel, mais aussi la mise en valeur du patrimoine départemental et le soutien aux établissements autres que les musées. Cette politique a été inscrite dès 2005 dans le projet de notre administration qui s’intitule « Le sens de notre action ». Elle se décline à partir de trois objectifs : faciliter l’accès du plus grand nombre à la culture, assurer l’aménagement culturel du territoire, soutenir la création artistique.

Quelles sont les spécificités de la lecture publique dans les Bouches-du-Rhône ? Le département des Bouches-du-Rhône est un gros département avec plus d’1,9 millions d’habitants. Le nombre d’habitants à desservir par la BDP est de 580 000 habitants. Le département comprend 119 communes dont 93 que nous desservons et nous ne tenons pas compte du seuil des 10 000 habitants puisque nous sommes déplafonnés depuis plus de 1999. Quelle est la prise en compte des intercommunalités ? Pour être juste, il y en a assez peu. Sur les sept intercommunalités du département, nous avons le SAN Ouest Provence qui est autonome et avec lequel il n’y a pas de convention et la CAPA (CA Pays d’Aix-en-Provence) qui propose un certain nombre de dispositifs, à savoir l’aide à l’informatisation et aux actions culturelles. Sinon, nous restons en tant que département dans la relation département-commune, c’est une volonté du département. Cette relation est contractualisée via des conventions.

Quels sont les outils pour cette politique du livre ? Nous avons depuis 2006 un équipement nouveau mutualisé avec les archives, les ABD Gaston-Defferre. Cet équipement fait plus de 28 000 m2, la BDP en propre représente 5400 m2, plus à peu près 8000 m2 de zones communes, un auditorium, un jardin de lecture, le parvis de lettres, des espaces d’exposition etc. Les missions traditionnelles sont menées à bien comme dans les autres BDP : constitution de collections documentaires, desserte et mise à disposition des ressources, formation, conseil, tutorat. Avec l’arrivée dans ce nouvel équipement, nous avons eu à prendre en compte l’ouverture de notre propre équipement au public direct du quartier, de la ville et du département, avec la salle d’actualité. Nous avons eu à étendre l’ensemble de nos services tels qu’on les offre aux BM à l’ensemble des partenaires associatifs et institutionnels de l’aire marseillaise et en particulier les arrondissements dits prioritaires de Marseille. Nous avons aussi une mission d’accompagnement à la fois technique et financière des projets de la centaine d’associations du secteur livre, puisque le directeur est aussi en charge de la mission livre et édition du département. Une dernière mission : favoriser l’accès au plus grand nombre via l’action culturelle. Nous avons une action culturelle forte grâce au nouvel équipement en propre, mais aussi en partenariat avec nos collègues des Archives.

Ces nouvelles missions nécessitaient une nouvelle organisation. Nous nous sommes inspirés de nos collègues des musées, et pour l’instant on ne s’en plaint pas : nous avons créé un département de l’action culturelle et des publics. Ce département comprend le secteur action culturelle, la mission livre et édition ainsi que la salle d’actualité. Il est le pendant du département des collections, qui comprend les secteurs documentaires et le service logistique. Nous cherchons à créer une forme de transversalité pour mieux valoriser nos collections.

Concernant le schéma de développement de la lecture, nous en avons fait un en 2009. Il n’a pas été porté au niveau de la commission permanente du Conseil général, pour des raisons politiques, je pense. Nos élus ont préféré que le schéma soit posé mais ils n’ont pas souhaité faire d’appel d’air dans un contexte changeant. Ils nous ont cependant demandé de le mettre en œuvre comme on avait l’habitude de le faire, en incitant les communes à développer leurs équipements. Sur 119 communes, il reste 15 équipements à construire sur le territoire et 24 extensions à faire pour rendre les équipements normatifs. Les aides sont des aides à la construction, à l’extension, à l’équipement en matériel et mobilier, à l’informatisation, au multimedia. Elles vont de 20 à 50%. Par rapport à toutes ces missions, toutes ces compétences, et à ce qu’écrivait Dominique Lahary dans le BBF, entre la mutualisation et le principe de subsidiarité qu’il nous faut appliquer, le constat que je fais, c’est que dans les Bouches-du-Rhône nous avons beaucoup enrichi nos missions, cependant nous n’avons pas encore la culture de la gestion de l’intercommunalité. Dans le cadre de la réforme, on nous a dit que tout allait porter sur le pôle intercommunal et le pôle régional. Comment trouver notre place dans cette chaîne ? J’ai envie de faire une hypothèse. J’ai le sentiment que l’appui documentaire est peut-être à jouer au niveau de la proximité, de même que tout ce qui participe à la création de l’identité des territoires, comme l’action culturelle, pourraient se jouer au niveau intercommunal. A l’inverse, la région aura peut-être à tenir les dispositifs économiques en faveur de la chaîne du livre. J’ai le sentiment que les BDP vont surtout garder des missions de formation, de conseil et d’expertise. Voilà comment je vois un peu les choses.

Yves Gassot, Adjoint au Directeur chargé de la Culture, de la Vie associative et des Sports au Conseil général des Deux-Sèvres

Bonjour. Je commence car je vais présenter les Deux-Sèvres. Après le Finistère, la Gironde et les Bouches-du-Rhône, cela va vous changer. Le département représente 370 000 habitants, c’est une terre de contrastes, plus de 80 à 100 000 habitants se trouvent dans le Sud autour de l’agglomération Niortaise, trois communes font à peu près 100 000 habitants, le reste est rural. Il n’y a pratiquement pas d’industries, ou finissantes. C’est néanmoins une terre intéressante car il y a toujours eu une sorte de culture de la solidarité. Ce n’est pas pour rien que toutes les mutuelles sont nées à Niort au siècle dernier et il y a plus de 6000 associations sur le département.

Je représente une direction qui est récente, l’arrêté est de juillet dernier. Elle regroupe la BDP, les archives, le musée, le patrimoine, les arts vivants, la vie associative, le sport et un service médiation numérique. Depuis quelques années, on a mis en place une équipe de quinze personnes dont l’objectif est d’animer des actions collectives autour de la médiation numérique et auprès de publics avec lesquels on essaie de travailler de plus en plus, tels que les bénéficiaires du RSA, les personnes âgées etc. Un peu plus de 12% des Deux-Sévriens sont sous le seuil de pauvreté et un point d’impôt ne représente quasiment rien dans nos recettes. En revanche, il y a dans les Deux-Sèvres vingt-cinq festivals l’été, portés principalement par des bénévoles, on a lancé un réseau de pratiques théâtrales, il y en a une centaine dans la BDP avec une pratique d’ateliers, de compagnies amateurs etc. En matière d’arts vivants, des dispositifs d’accompagnement existent depuis six ou sept ans, pour la diffusion en milieu rural, la création. En revanche, sur le schéma des enseignements artistiques, on est un peu en retard. La mise en réseau est un peu compliquée car on est sur une terre de consensus. On choisit souvent « les deux », cela résume assez bien la culture Deux-Sévrienne. Mais comment construire malgré tout un schéma ? Comme il y avait peu de chances que la commande vienne par le haut, pourquoi ne pas faire émerger directement les projets des territoires ? Nous nous sommes appuyés sur les pays, les deux équipes à la tête du département qui se sont succédé, puisqu’il y a eu une alternance il y a quatre ans, s’étaient appuyées sur cette notion de pays qui, dans cette terre de contrastes, avait une certaine réalité historique et culturelle. On a donc mis en place un certain nombre de bassins de territoires. Je laisse maintenant la parole à Stéphanie Visage, puisque c’est elle qui l’a piloté.

Stéphanie Visage, Directrice de la BDP des Deux-Sèvres

En préalable, nous avons sollicité nos élus sur l’idée que nous avions besoin de marge de manœuvre au niveau de l’équipe. Nous leur avons proposé de travailler sur la notion d’usagers et plus précisément de recentrer nos actions sur les lieux de lecture tous publics. Dans cette perspective, il a été proposé d’arrêter la desserte des écoles, des collèges, des maisons de retraite et au moins d’un IME . Cela a supposé une position politique forte et nos élus nous ont suivis. Cent-vingt-six établissements qui n’étaient pas des lieux de lecture tous publics ont été fermés. Parallèlement, on a fait l’effort d’alimenter plus fortement les bibliothèques sur lesquelles retombaient les partenariats avec les écoles, les collèges etc. De plus, en 2008, toutes les conventions passées avec les lieux de lecture tous publics ont été remaniées et harmonisées.

La deuxième étape a été la question de l’intercommunalité, notre réseau comprenant à l’époque une communauté d’agglomération et une communauté de communes (Bressuire) qui avaient pris la compétence lecture publique et que nous desservions. La question a été posée à nos élus : que faisons-nous avec les communes de ces intercommunalités, faut-il continuer à les desservir ? La réponse n’étant pas très tranchée, la desserte de ces collectivités a été maintenue mais aujourd’hui la question reste posée, et le positionnement politique sera à solliciter à nouveau. S’est aussi posée la question du soutien au réseau Deux-Sévrien, constitué de deux volets : un premier volet qui consiste à accompagner la création de lieux, avec une aide à la construction des équipements qui se situe au niveau de la Mission d’appui aux territoires dans un dispositif intitulé Proxima, au sein duquel on a pu travailler sur un volet bibliothèques pour la construction d’équipements culturels et donc de bibliothèques. Ce dispositif dénote une vision politique de la lecture publique comme composante de l’aménagement du territoire. Ce dispositif ne s’adressant qu’aux communautés de communes, on a réussi à faire maintenir l’aide à l’équipement mobilier et informatique pour les communes de moins de 10 000 habitants. Donc un programme sectoriel complètement géré par la bibliothèque départementale. Voilà pour le soutien au réseau en termes de création de lieux.

En termes d’accompagnement aux actions artistiques, on a travaillé sur la mise en place de groupes de travail territorialisés, appelés groupes d’appui aux projets, (GAP) mis en place sur le territoire des pays. Il y en a six aujourd’hui. C’était un peu la création d’une instance de concertation autour de l’activité de lecture publique, pour être au plus près des attentes du réseau (bibliothécaires et élus). Là encore, on était dans la démarche de faire émerger les projets du terrain, on ne venait pas proposer des choses, on venait mettre les acteurs en synergie, écouter leurs propositions et les accompagner. Ces groupes d’appui aux projets, les GAP, ont démarré dès 2006. En préalable, on a rencontré les élus locaux au sein des instances des pays pour leur présenter la démarche et la leur faire valider. Derrière il y avait des bénévoles, des salariés qui étaient amenés à se déplacer, à monter des projets, à solliciter des budgets, donc cette présentation était importante. Les six groupes étaient constitués par une personne de la Bibliothèque départementale, référent territoire, les bibliothécaires bénévoles et salariés et si possible un animateur culturel du pays. Les premiers projets l’ont été dans le cadre de l’animation des bibliothèques. Sur certains territoires, depuis cinq ans, certains programmes reviennent tous les ans, avec une programmation dans des lieux de lecture publique mais aussi des concerts, des conférences, selon les thématiques choisies. Il y a aujourd’hui six GAP On touche à la fois les toutes petites communes et les communes de l’intercommunalité plus importantes. Le Conseil général aide financièrement les projets GAP, une aide financière et une aide matérielle sous la forme des supports de communication et la BDDS les suit pas à pas par des réunions sur l’élaboration des projets.

Quelles sont les retombées positives et les limites de ces étapes franchies ? Je n’ose pas dire plan de développement car cela n’a pas été vraiment présenté comme un plan de développement. Au niveau des groupes d’appui, le bilan qu’on en tire c’est que les rencontres et les échanges entre les bibliothécaires d’un même territoire et avec l’apport de l’animateur culturel du territoire sont très formateurs, enrichissants et professionnalisants d’une certaine manière. Les professionnels apportent beaucoup aux bénévoles, il y a une forme d’autoformation au sein de ces groupes. L’apport des animateurs culturels de pays est très important, ils connaissent bien les territoires, ils connaissent bien les ressources locales, ils connaissent bien les élus locaux, ils sont des relais intéressants. Les groupes d’appui aux projets ont également pu sensibiliser certains élus aux problématiques des bibliothèques, à leur rôle dans la vie culturelle des petites communes. Nous avons des communes où il n’y avait jamais eu de budget d’animation voté et même s’ils sont modestes, cela devient une habitude d’avoir un budget dédié à l’animation pour les petites bibliothèques. Du fait des animations collectives, on a eu un impact plus important en termes de communication et de presse, donc aussi au niveau des élus. Avec les acteurs culturels de ces territoires, certains pays sont devenus financeurs d’actions de lecture publique, ont eu des dispositifs d’aide financière à la création de bibliothèques, d’aide à l’animation en bibliothèques et on a eu donc des financements très importants pour certaines petites communes, jusqu’à 80% entre le Conseil général et les pays. Enfin d’autres structures associatives, des structures à vocation sociale, des établissements scolaires, des compagnies, des associations d’éducation populaire, des comités de jumelage étaient parfois invitées dans les groupes d’appui aux projets pour contribuer à l’élaboration des programmes et c’était très enrichissant pour les bibliothèques. Pour les bibliothécaires, cela a contribué à rompre leur isolement, à ouvrir sur de nouvelles pratiques, à préparer des actions plus ambitieuses parce qu’il y avait plus de moyens. L’aspect « tutorat » un peu informel a été très fort. Ces groupes d’appui peuvent être un terreau favorable à l’arrivée de la réforme territoriale, certains territoires recoupent ce qui va devenir une communauté d’agglomération par exemple, on a déjà des bibliothécaires qui ont l’habitude de travailler ensemble et vont peut-être faire partie de la même collectivité dans quelques temps.

Quelle sont les limites ? De nouveaux besoins sont nés, c’est plutôt positif. On a des demandes d’actions plus transversales, interterritoriales mais les projets territoriaux ne correspondent pas toujours à la réalité, c’est une limite qu’il faut dépasser. Il y a un besoin de structuration des équipements plus important, avec des espaces dédiés aux animations, une informatisation en réseau. L’intercommunalité ne s’est pas vraiment développée au sein de ces groupes. Il y a eu des choses un peu biaisées, comme la mise en place de postes d’animateurs intercommunaux qui s’occupent de bibliothèques et pas de compétences lecture publique dans ces intercommunalités. Il y a une dérive des GAP, qui consiste à juxtaposer les projets individuels au lieu de faire un vrai projet collectif. Ce n’est pas vraiment l’objectif qui avait été fixé. Les actions ne sont pas toujours lisibles : on ne sait pas trop qui les porte, ce n’est pas le Conseil général, ce n’est pas le pays, ce ne sont pas les communes. C’est un peu tout le monde ensemble. Une dynamique a été amorcée en 2006, elle doit prendre un nouvel essor dans un contexte différent, celui la réforme territoriale, celui de la révolution des pratiques des usagers dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. Ne faut-il pas mutualiser, comme on a mutualisé au niveau des territoires, au-delà de la seule lecture publique, et aller vers d’autres partenaires ? Il faut se reposer en tout cas les questions laissées en suspens par cette « coutume de consensus ». Quoiqu’il arrive, les prises de position politiques claires seront indispensables à l’évolution du réseau de lecture publique.

Patrick Bourdy, Vice-président et Président de la commission Culture du Conseil général d’Indre-et-Loire

Merci. J’ai entendu depuis ce matin beaucoup d’éléments très intéressants et j’ai découvert un certain nombre de choses, notamment la capacité qu’avaient les pays d’intervenir, ce qui n’est pas le cas en Indre-et-Loire. En ce qui me concerne, je suis Vice-président chargé de la culture, ce qui comporte un « service complet », les bibliothèques, le livre et la lecture publique, secteur dirigé par Didier Guilbaud, les archives, l’archéologie, le services des monuments et musées départementaux et le service d’action culturelle, avec une véritable volonté de transversalité puisque depuis deux ans on a créé un service des expositions qui travaille avec l’ensemble des services que je viens de citer, de manière à donner au public une certaine visibilité sur ce qui est fait dans les différents secteurs culturels. J’ai été élu en 98, j’ai été quelques temps dans l’opposition et à la faveur du changement à gauche en 2008, j’ai été nommé Vice-président à la culture, poste que j’ai récupéré avec beaucoup de plaisir après 2011, je suis moi-même enseignant de lettres classiques. Avec Didier on va faire un travail à deux voix, il vous parlera de la partie technique du plan départemental de développement de la lecture publique qui a été voté et je vous parlerai de la partie politique.

J’ai parlé de transversalité à l’intérieur du service culturel, je devrais parler de transversalité à l’intérieur de l’ensemble des politiques, puisque nous avons travaillé par commissions, une commission budgétaire, une commission qui s’appelle solidarité avec les territoires, une commission qui s’appelle solidarité avec les personnes et qui correspond au social, quant à la commission vivre ensemble dont je suis aussi président elle regroupe la culture, l’éducation, le sport, la vie associative et bientôt le tourisme.

Premier axe que nous avons voulu développer, c’est la transversalité et c’est assez difficile. Par exemple nous avons neuf monuments, pendant longtemps chaque monument a travaillé dans son coin, à faire venir du monde, à préparer des expositions, chacun avait son pré carré, il faut faire bouger tout cela et c’est le rôle d’un DGA. On a beaucoup parlé des élus, mais il faut qu’il y ait un travail en commun et une porosité absolue. L’élu n’a pas à donner d’ordres aux services il a à donner des orientations claires, par contre le rôle des DGA est extrêmement important, ils mettent en musique cette harmonie que les élus ont souhaitée. Premier élément donc cette transversalité, de nombreuses réunions, un collègue le disait, il avait raison.

Deuxième élément, faire voter ce plan de développement de la lecture publique. Sous l’ancienne majorité, un plan de développement avait été voté, il s’arrêtait à l’obligation du Conseil général, c’est-à-dire les communes de moins de10 000 habitants. L’Indre et Loire, c’est 600 000 habitants, une agglomération autour de Tours de 300 000 habitants, et 300 000 habitants, dont des communes importantes, Montlouis, Amboise, des zones interstitielles et quelques endroits un peu perdus, un peu désertiques dans lesquels, s’il y a des besoins et si ces besoins sont exprimés, il faut pouvoir y répondre. A l’époque je n’avais pas voté ce plan ainsi qu’une collègue qui est devenue Présidente à l’issue du changement de majorité, et moi je suis devenu Vice-président à la culture, ce qui a permis à Didier de lancer son plan.

Le plan veut développer des lieux structurés, des lieux de qualité, tant pour le confort des bibliothécaires que pour être des lieux d’accueil très ouverts pour la population. Je suis dans une commune qui a mis plus de vingt ans à se décider à construire une médiathèque, elle est sur le point d’apparaître. Dans les cantonales, on ne parle pas souvent des bibliothèques. On a un vrai travail à faire pour faire sortir ce besoin de la population, besoin qui n’est pas le premier exprimé. A nous d’être les catalyseurs et les bibliothèques départementales sont d’excellents catalyseurs par rapport à cela. On avait remarqué qu’il y avait des lieux qui manquaient de structures et qu’à côté il y avait des communes qui faisaient avec leurs moyens, parfois petits, de réels efforts pour arriver à avoir une lecture publique de qualité. Le plan va aller aider ces communes qui ont la volonté de faire ces efforts, en souhaitant qu’on ne tue pas les bibliothèques des communes alentours, même si ce sont parfois de simples dépôts de livres. Le plan fonctionne avec la professionnalisation, le travail des bénévoles, la reconnaissance des publics. Une de mes premières tâches a été de rencontrer l’ensemble des bibliothécaires sur les cinq territoires du département. C’était important que les élus montrent leur intérêt pour ce qui est pour nous une compétence obligatoire

Très vite on s’est rendu compte qu’il fallait que les bibliothèques soient des lieux de rayonnement, de rencontre, un élément constitutif et naturel du vivre ensemble. Dans le deuxième plan, puisque le premier plan considérait qu’un lecteur ne pouvait pas se trouver dans une commune de plus de 10 000 habitants, on a travaillé avec la ville de Tours et l’agglomération et un certain nombre de communes de plus de 10 000 habitants qui ont eu des aides lorsqu’elles voulaient réaliser leur bibliothèque.

L’autre particularité du département ce sont les monuments, neuf monuments, dont trois maisons d’écrivains, Saché pour Balzac, le prieuré de Saint-Cosme pour Ronsard et La Devinière pour Rabelais. A partir du moment où on peut amener des jeunes et des moins jeunes dans des lieux qui sont chargés d’âme comme ces monuments et qu’ils peuvent sur une presse de l’époque de Balzac ou aller travailler autour des plantes médicinales dans une exposition qu’on a appelée Plantagruel à la Devinière ou se rendre au Prieuré de Saint-Cosme pour écouter le Printemps des Poètes, assister à des concerts, tous ces jeunes et ces moins jeunes qui viennent dans ces ateliers de mots vont par la suite aller plus naturellement à la lecture. Quand j’entends dire que les jeunes ne lisent pas, ils lisent mais ils lisent différemment de ce que nous lisions. Ces lieux dans lesquels ont été écrites des œuvres, qui sont l’émanation de la sensibilité d’un artiste, d’un écrivain, ces espèces de squelettes de pierre qui nous coutent cher, il a fallu y mettre de la chair. Les exercices autour du mot, autour du livre, autour du conte, comme le festival monté par la Direction de la lecture publique d’Indre et Loire Conteurs en Touraine qui tourne dans dix-sept communes. On a aussi le respect du passé. On travaille avec Daniel Leuwerss autour des Livres Pauvres qui sont exposés au Prieuré de Saint Cosme, des livres uniques écrits à la fois par un poète et un peintre ou un artiste qui font des échanges. On fait faire aussi dans les classes des livres pauvres. Tous ces éléments sont des éléments positifs pour développer le schéma départemental de lecture publique, qui n’est pas simplement dans les bibliothèques mais qui est aussi dans la Touraine. J’ai tendance à dire que la Touraine doit être une scène ouverte, elle doit être aussi ouverte aux mots.

Voilà comment les choses se sont développées, avec l’aide constante de la bibliothèque et de la Direction de la lecture. Les bibliothèques sont des références, sont des lieux de rayonnement, on tient à ce que cette politique continue En 2010, deux bibliothèques municipales associées se sont ouvertes, à Amboise et Sorigny et quatre communes chefs-lieux de canton se sont lancées. Chacune aura un fonds spécifique, par exemple à Montlouis sur Loire, qui a un festival de jazz, un fonds de livres sur le jazz et un fonds de disques, grâce à la bibliothèque municipale. Mais tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, on est dans une période de crise, la difficulté financière existe, les réformes territoriales nous inquiètent, on se pose la question de la pérennité des financements croisés. Tout ceci ne peut exister que grâce aux bibliothécaires, bénévoles comme professionnels. Les bibliothécaires travaillent avec les départements, avec la région, avec leurs lecteurs, souvent exigeants, avec des bouts de ficelle. Comment voulez-vous que quelqu’un puisse tout faire ? C’est là que le rôle du département est important, il doit intervenir non en assistanat mais en accompagnateur, donner des pistes. Le bibliothécaire est au cœur de la réussite du plan départemental de la lecture publique. Ce schéma ne peut réussir que si les politiques territoriales sont animées sur le terrain par des femmes et des hommes qui montrent, je termine sur un mot socratique, que là où est l’amour du métier, là aussi est l’amour des hommes. Je suis, malgré les difficultés, relativement optimiste pour la suite. On a pendant des années pleuré sur la disparition du support livre, on se rend compte qu’il existe encore, on a pleuré sur le désintérêt des bibliothèques, on se rend compte que quand elles ont ce rôle de rayonnement et d’animation, elles gagnent de nombreux lecteurs, on se rend compte qu’il y a de plus en plus recherche de porosité entre les CDI d’établissements, entre les bibliothèques d’écoles primaires, entre les bibliothèques municipales et départementales, tout cela est de bonne augure pour l’avenir, à condition toutefois qu’on ne tue pas pour faire des économies de bout de chandelles car on aura toujours besoin du nerf de la guerre que sont les finances.

Didier Guilbaud, Directeur de la direction du Livre et de la Lecture Publique de Touraine.

Le plan de développement de lecture publique en Indre-et-Loire a été un long cheminement. Suivant la circulaire de 1983, il devrait y avoir un plan de développement dans chaque département mais on sait suivant l’étude de 2000 que seulement 30% en avait un, il y en a peut-être un peu plus aujourd’hui mais on sait qu’il n’est pas nécessaire qu’il y ait un plan pour qu’il y ait développement de la lecture publique dans un département. En 1998-99, il y avait eu une première tentative de plan de développement un peu virtuel en Indre-et-Loire mais il a été difficile de travailler techniquement avec l’équipe administrative et politique qui a été secouée par certains événements. Néanmoins, en décembre 1998, un des premiers actes importants a été pris en session du Conseil général, en l’occurrence l’abandon du bibliobus. Le plan de 1999 a été le démarrage d’une réflexion plus approfondie, qui nous a amenés à un plan de développement en 2007. Il était important dans la mesure où il y avait officiellement l’affirmation d’une volonté politique sur le plan. Ce qui est intéressant, c’est l’opposition qui s’est manifestée à cette occasion parce que cela montrait les frontières que l’on peut avoir dans nos pratiques avec cette histoire des communes de plus ou moins de 10 000 habitants. Sachant qu’en l’Indre-et-Loire, toutes les communes de plus de 10 000 habitants sauf une sont dans l‘agglomération tourangelle. Donc 2007 il y a eu ce plan nouveau, voté dans la tourmente, qui a défini une politique de territorialisation. Cela a été un acte important, qui n’a pas été remis en cause, qui a permis d’organiser le territoire et de mettre en place des équipements qui sont les bibliothèques municipales associées.

Entre 1998 et 2007, grâce à la mise en place de subventions, on a substitué les crédits d’investissement prévus pour l’achat de deux bibliobus en investissement pour les communes, ce qui a permis de créé 50 bibliothèques sur le territoire. Néanmoins l’analyse qu’on faisait en 2007 et qui s’est confirmée en 2010, a montré que, parmi ces bibliothèques, il y en avait, comme on dit pudiquement, de niveau 4 et5, c’est-à-dire tout sauf des bibliothèques. Le travail a consisté à donner du sens à ces équipements pour qu’elles deviennent de vraies bibliothèques et de structurer le territoire suivant une commande politique claire, c’est-à-dire d’organiser par cantons, puisque le canton est l’échelon électif du Conseil général, pour développer le concept de bibliothèque municipale associée, terme emprunté à nos amis québécois qui n’a pas exactement le même sens chez nous. Il s’agissait d’avoir une bibliothèque tête de réseau, un point fort, avec l’objectif d’un dans chaque canton ou presque, sur lequel on peut s’appuyer, une bibliothèque municipale au sens strict du terme, destinées à desservir le public municipal, le Conseil général prenant un contrat d’association avec la commune pour que ce lieu devienne aussi un lieu de desserte départemental. Aujourd’hui il y a quatre bibliothèques municipales associées, assez différentes : Preuilly-sur-Claise, dans le sud du département, une région assez désertique, aujourd’hui avec 45% de la population qui fréquente la bibliothèque, au nord à Neuvy-le-Roi, également en milieu rural, à Sorigny, dans l’hyper-agglomération de Tours, intercommunalité qui s’intéresse à la lecture publique et Amboise, commune de 15 000 habitants, avec laquelle nous avons franchi le cap fatidique des 10 000 habitants pour travailler en milieu rural. Dans ces bibliothèques, on va contribuer à soigner l’accueil du public individuel mais on va aussi à partir de ces lieux rayonner dans un secteur donné qui correspond peu ou prou au canton, sachant que dès 1999-2000 on était parti sur l’idée qu’il y aurait un point de desserte pour les bibliothèques à moins de 20 kms des communes environnantes, sachant qu’il n’y avait plus de bibliobus.

Le troisième point du plan 2010, c’est de travailler avec l’agglomération tourangelle, ce qui est plus difficile parce que nous ne sommes pas habitués à travailler avec des agglomérations. On a pris plusieurs angles d’attaque, l’action culturelle, les documents numériques. On est dans une phase de discussion, de négociation, sachant que sur l’aspect financier les bibliothèques et les communes de l’agglomération tourangelle peuvent accéder aux subventions du conseil général.

Autre point, le vivre ensemble. On retrouve la « solidarité avec les territoires », la « solidarité avec les personnes », à savoir une approche plus précise sur les différents publics, handicapés et autres, pas tous seuls mais avec les autres directions de la DGA3 « Vivre ensemble », le développement de l’action culturelle, qui existait mais qui a été renforcée dans le plan de développement, les arts de la parole, avec le festival de conteurs, et tout un travail lancé cette année sur le théâtre, et une originalité, qui était la commande Patrick Bourdy, trouver le moyen de créer des ateliers d’écriture. Nous avons créé un blog, « Tourainemédia », destiné à tous les tourangeaux pour qu’ils écrivent. C’est une aventure pas facile, parce que l’écriture numérique n’est pas inscrite de manière claire dans les esprits de tout le monde, néanmoins c’est un aspect que nous souhaitons continuer ou faire évoluer. Et notre département, qui épouse les frontières de l’ancienne région de la Touraine, est une terre d’écrivains, avec les trois écrivains « symboliques » cités, les trois R (Ronsard, Rabelais, Racan) auxquels j’ajoute un quatrième, Balzac, il y a aussi aujourd’hui des écrivains en Touraine tels que Jean-Marie Laclavetine. Nous essayons à travers ce plan, dans les difficultés qui sont celles des départements aujourd’hui, de progresser, il y a plusieurs bibliothèques municipales associées qui vont se créer, et surtout il y a un travail politique quotidien pour que les choses avancent. Pour moi le plan de développement, c’est une étape, obligatoirement et assez rapidement il faudra le revoir, notamment par rapport aux financements, parce qu’avoir une politique incitative auprès des communes sur le plan financier n’est pas une chose facile, surtout lorsqu’on développe des équipements qui coutent beaucoup plus chers que des petites bibliothèques dans des communes de 300 à 500 habitants. Voilà ce que je voulais dire à cette étape.

Question de la salle Vous avez parlé de vos schémas départementaux. Je voulais savoir comment ils s’articulaient ou s’ils étaient articulés ou adossés avec vos projets de service, projets d’établissements rendus obligatoires désormais ? Deuxième question : quelle articulation temporelle entre ces schémas départementaux, ces plans de développement de la lecture publique au regard et à la veille de la réforme territoriale ?

Didier Guilbaud A chaque plan de développement, on a réformé l’organigramme de la direction. Aujourd’hui on a trois types de services : des services de développement territorial des bibliothèques, un service des publics, des nouvelles technologies et de la logistique et un service du développement des collections, qui correspondent aux trois orientations majeures du plan de développement. L’organisation correspond au plan de développement. Sur la réforme territoriale je n’ai pas grand-chose à dire. Je ne sais pas si cela va continuer. En ce qui nous concerne en Indre-et-Loire, la contractualisation que l’on a dans le cadre des bibliothèques municipales associées me fait penser à des formes de contractualisation que l’on risque d’avoir plus tard. Il me semble intéressant de contractualiser avec un territoire pour se dire ensemble on développe la lecture publique, quel que soit ce territoire. On est un peu dans cette énergie de contractualisation. Je n’ai pas abordé la question des fonds spécialisés, par exemple à Sorigny il y a un fonds spécialisé « petite enfance » complètement porté par l’intercommunalité, ce n’est pas nous qui le portons, on les accompagne au mieux.

Patrick Bourdy

Sur la réforme territoriale, vous l’avez peut-être compris dans mon intervention, je la vois venir d’un très mauvais œil, je la considère comme une recentralisation et l’éloignement des lieux où l’on peut travailler du public et un service public qui va perdre de sa qualité. Mais si les départements doivent continuer à être asphyxiés, vous entendrez de moins en moins d’élus dire ‘c’est embêtant car déjà les départements donnent moins qu’autrefois sur un certain nombre de domaines. On travaille mais on est aussi dans l’inquiétude par rapport à cela.

Françoise Navarro

J’ai quelques interrogations concernant les schémas de lecture publique qui ne sont pas adoptés par l’assemblée départementale. Dans les Deux-Sèvres, l’une des préoccupations des GAP groupements d’appui aux projets), c’est la sensibilisation des élus. Mais dans les GAP il n’y a pas d’élus, ce sont des bénévoles, salariés, bibliothécaires. Comment voyez-vous l’évolution si le GAP n’est pas porté par les élus, comment pérenniser cette évolution de la lecture publique ? Notre nouveau plan lecture a été adopté avant l’été par les élus, qui le portent et l’accompagnent, ce qui permet aux techniciens que nous sommes d’être un peu optimistes.

Yves Gassot

C’est vrai qu’il n’y a pas d’élus dans les GAP, néanmoins les GAP ont contribué à changer l’image de la lecture publique auprès des élus. On a rencontré beaucoup d’élus, pour leur expliquer qu’une bibliothèque n’est pas un mausolée avec des bouquins. Aujourd’hui, après cette étape, il faut rebondir sur autre chose, qui devra effectivement être porté territorialement. J’ai un petit espoir par rapport à la réflexion sur les nouveaux EPCI, un consensus pourrait naître chez les élus. Déjà la nouvelle équipe a choisi de lancer les Assises départementales de la culture, avec une approche non segmentée, englobant les réseaux d’éducation populaire, les compagnies, les diffuseurs etc… On attend de les rencontrer sur la base de contrats territoriaux portant sur l’ensemble, pas uniquement sur la lecture publique. On pourrait imaginer des lieux par canton à vocation plus large que des seules bibliothèques, ou alors la fonction bibliothèque pourrait être portée par quelqu’un d’autre. La phase actuelle est une phase de diagnostic, jusqu’à présent je ne dispose d’aucun outil, d’aucune carte qui superpose les centres culturels, les lieux de patrimoine, les bibliothèques etc. Il faudra forcément que ce soit porté par les élus.

Dominique Lahary

Je m’exprime à titre personnel. Les prochaines élections peuvent conduire à une modification des dispositifs qui ont été votés dans la loi de réforme territoriale, c’est possible, éventuellement souhaitable suivant la position des uns et des autres. Il n’en reste pas moins que nous sommes dans un contexte de raréfaction de l’argent public, nos collectivités sont attentives aux dépenses et à nos missions, sont-elles légitimes, doit-on les poursuivre ? D’une certaine façon nous n’échapperons pas à une réflexion sur « qui doit faire quoi », les formes, suivant les lois qui encadreront cette réflexion peuvent changer, mais le fond demeurera. Nous sommes donc les uns et les autres en train de regarder si ce que nous faisons correspond bien à des priorités de nos départements, à éventuellement travailler à des arguments pour justifier ou modifier ce qu’est l’action spécifique d’un département dans le domaine de la lecture publique, dans un contexte culturel plus global et au croisement d’autres politiques. Cela ne me paraît pas devoir être changé par un vote, quels qu’en soient par ailleurs les effets. D’autre part nous étions habitués à un « jardin à la française » où les compétences de telle ou telle collectivité étaient précisément connues. L’ADBDP est issue d’un transfert descendant de l’Etat vers les collectivités locales. Les lois Chevènement sur l’intercommunalité ont introduit le « lego », il n’y a plus de jardin à la française mais chaque intercommunalité est différente des autres. Le développement de la décentralisation va-t-il signifier plus d’encadrement ou bien chacun fera ce qu’il veut et cette logique du lego va continuer ? C’est une question car la réforme territoriale prévoyait que les intercommunalités soient renforcées, ce qui veut dire le triomphe du lego. Il était prévu qu’entre les départements et les communes, région par région, on prépare des schémas d’organisation des compétences et de mutualisation des services, ce qui est expliqué dans le dernier rapport de Perretti et c’est encore un lego. Chaque région sera différente des autres. C’est un défi pour nous, car si c’est ce qui est confirmé, nous ne sommes plus dans le confort de compétences bien écrites, mais en même temps c’est une liberté pour les acteurs. Un sujet comme la lecture publique peut donc tout à fait prendre sa place dans les bouleversements à venir.

S’il n’y a pas d’autre question, nous vous remercions chaleureusement pour ce partage d’expériences, de réflexions prospectives, à la fois motivantes et éclairantes.

 

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