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Conférence inaugurale : La décentralisation

Sénateur, Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône

 

Monsieur le Président,
Madame la Directrice,
Mesdames et Messieurs,

En préambule, je vous prie d’excuser le bouleversement de l’emploi du temps de votre matinée, qu’entraîne le fait que je vis dans des institutions qui ne sont pas décentralisées... La définition des moyens des universités se décide à Paris, dans le bureau du directeur général de l’enseignement supérieur. J’y suis convoqué pour 14 heures.

La décentralisation est un sujet extrêmement vaste, au point que si l’on mettait bout à bout tous les ouvrages et les articles relatifs à la décentralisation dans le même lieu, cela représenterait des kilomètres de rayonnage.
Le sujet est vaste parce que le mot décentralisation est un mot galvaudé. La décentralisation dont je vais vous parler est la décentralisation administrative, mais on emploie aussi ce mot pour désigner la décentralisation industrielle, lorsque dans le cadre de la politique d’aménagement du territoire, on y répartissait des entreprises ou les faisait naître sur les différentes parties du territoire national. On a parlé également de décentralisation culturelle ou de décentralisation théâtrale ou lyrique, lorsque l’on ne se contentait plus de faire des tournées en province de troupes parisiennes, mais que l’on reconnaissait et favorisait la création locale.

La décentralisation administrative peut se définir simplement comme la reconnaissance, à côté de l’État, de personnes publiques, de personnes morales de droit public, chargées de compétences administratives et dotées de moyens pour les exercer sous la surveillance de l’État. Derrière cette définition juridique un peu sèche, se cache toute une philosophie : celle des libertés locales. La décentralisation c’est, depuis la fin de l’Ancien régime, le mythe des libertés locales, le mythe selon lequel il suffirait de revoir l’organisation administrative de la France périodiquement, de la décentraliser régulièrement, pour permettre de résoudre ainsi tous les maux de l’administration et de l’État français.

La décentralisation ainsi conçue, c’est la reconnaissance, à côté de l’intérêt national incarné dans l’État, d’intérêts locaux : l’intérêt communal, l’intérêt départemental, l’intérêt régional. La difficulté, aujourd’hui, c’est de savoir ce qu’est réellement un intérêt local, car, à la limite, que les rues de Marseille soient pavées ou bien entretenues, est-ce que cela intéresse les habitants de Lille ? On pourrait penser que non et qu’il s’agit là d’un intérêt purement marseillais... Mais comme Marseille est un lieu de passage et que des habitants de Lille peuvent la traverser, ils ont intérêt, eux aussi, à ce que ces rues soient bien entretenues.

La décentralisation s’analyse comme un mouvement qu’il est convenu de faire démarrer avec l’article 7 du décret du 22 décembre 1789, qui reconnaît dans chaque paroisse, dans chaque village, dans chaque communauté l’existence d’une commune. Depuis cette date, la décentralisation s’est développée, non de manière continue et progressive, mais par à coups au cours de l’histoire politique de la France.

Après la Révolution, à l’exception des régimes autoritaires, la Convention, le Consulat, les deux Empires, le régime de Vichy, la décentralisation s’est accrue par phases. Mais les grandes lois datent du début de la IIIe République avec les deux chartes : la charte départementale du 10 août 1871 et la charte communale du 5 avril 1884.
Sous la IVe République, au lendemain de la seconde guerre mondiale, la décentralisation semble progresser, puisqu’elle s’inscrit dans la Constitution du 27 octobre 1945, qui proclame que les collectivités territoriales s’administrent librement par leurs conseils élus. C’est le principe de la libre administration qui fait son apparition à l’échelle constitutionnelle. Cette expression sera reprise dans la Constitution actuelle, celle du 4 octobre 1958. Il est d’ailleurs curieux et paradoxal de voir que n’existe pas alors, dans la Constitution, le mot de décentralisation. Il faut attendre la réforme constitutionnelle du 28 mars 2003 pour lire, dans l’article 1er qui définit la France comme une République indivisible, laïque, démocratique et sociale, qu’elle assure l’égalité des chances, devant la loi, de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de croyance, cet ajout : son organisation est décentralisée.

Une interrogation est soulevée par la coexistence, dans la Constitution de ce terme et de cette expression : décentralisation et libre administration. On doit rechercher les rapports qu’ils entretiennent. Ces deux concepts sont-ils identiques ?

En réalité, la décentralisation est beaucoup plus restrictive que la libre administration, car la décentralisation suppose qu’il y ait un centre ; appliquée en matière administrative, la décentralisation c’est donc le rapport entre ce centre et la périphérie, entre le national et le local. La décentralisation, c’est le rapport entre l’État et les collectivités territoriales, le mouvement du premier vers les secondes. Tout se passe comme si tout était compris dans cette relation. L’expression libre administration, en revanche, est beaucoup plus riche de sens. Elle couvre tous les modes d’action des collectivités territoriales et notamment leurs relations avec l’État et les autres collectivités territoriales, les autres personnes publiques et les personnes privées, les individus et les citoyens.
La libre administration est le mode d’action des collectivités territoriales dans une République comme la France qui a la forme d’un Etat unitaire.

Ne nous trompons pas, le fait d’avoir, en 2003, inscrit dans la Constitution le fait que l’organisation de la république est décentralisée, c’est la reconnaissance d’une réalité certes, mais c’est surtout l’affirmation que la France n’est ni un Etat autonomiste, ni un Etat fédéral. La France est donc un Etat unitaire au sens où il existe un pouvoir politique, le pouvoir politique central et qu’il n’y a pas de division du pouvoir à l’intérieur de la France. De ce point de vue, l’affirmation de la décentralisation est la confirmation du fait que depuis l’Ancien Régime, la France est un Etat unitaire au sein duquel le pouvoir politique n’est pas divisé. Les collectivités territoriales, quelles qu’elles soient, ne peuvent pas modifier la loi nationale. Les autorités exécutives locales ne peuvent pas modifier les règlements pris par le Premier ministre. Pouvoir législatif, pouvoir exécutif et autorité judiciaire sont uniques pour l’ensemble du territoire.

Je vous propose maintenant d’examiner le mouvement de la décentralisation depuis un quart de siècle. Nous centrerons ensuite le propos sur les bibliothèques départementales de prêt dans le mouvement de décentralisation.

1°) Le mouvement de décentralisation

Il convient de partir d’une date, celle à laquelle faisait allusion le Président du conseil général à l’instant, Monsieur Jean-Noël Guérini, 1982, avec la loi du 2 mars. Cette date est un véritable bouleversement dans l’organisation administrative de la France. La période, cependant, n’est pas uniforme sur ce quart de siècle. On peut y distinguer trois temps :

  • le temps de la réforme, 1982-1986,
  • le temps de la pause et des réglages, 1986-2002,
  • le temps du renouveau de la réforme, depuis 2002.

Le temps de la réforme (1982 - 1986)

Dans le premier temps, celui de la réforme, il convient de remarquer que le choix qui a été fait alors, après la grande alternance politique (présidence de la République et majorité parlementaire), était celui d’aller vite et profond. Il fallait aller vite, car une réforme de cette ampleur ne pouvait être adoptée que très rapidement après le changement politique... Elle se heurte, sinon, à de très nombreuses résistances et se trouve amenuisée dans son contenu et sa portée. Gaston Defferre, en la matière, s’est servi de l’expérience de la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. En 1976, en effet, la commission Guichard, avait remis un rapport sur la décentralisation. En fonction de ce rapport, un projet de loi avait été déposé devant le Sénat en 1979. Ce projet de loi couvrait l’ensemble de la décentralisation : les structures, l’organisation interne des collectivités, leurs compétences, les agents des collectivités... Cette loi, très longue, a fait l’objet de 4000 amendements, ce qui fait qu’en 1981, au moment de l’élection présidentielle, elle n’avait toujours pas été adoptée. Elle n’avait d’ailleurs pas encore été mise en lecture à l’Assemblée nationale.

En juillet 1981 donc, Gaston Defferre, décide de ne pas renouveler cette expérience : il construit plutôt une locomotive, derrière laquelle il accrochera ensuite des wagons. La locomotive, c’est la loi du 2 mars 1982 : la loi pose un certain nombre de grands principes, dont trois fondamentaux :

1. L’érection de la région en collectivité territoriale. La région était établissement public depuis 1972, elle devient collectivité territoriale au même titre que les départements ou les communes.

2. L’exécutif élu : l’organe exécutif élu de la région et du département est donné au président du conseil régional et au président du conseil général. Jusqu’alors, il y avait bien, un président du conseil général, mais il se contentait de présider l’assemblée départementale. Il n’avait aucun pouvoir d’exécution, même s’il pouvait exercer un pouvoir d’influence ou de conseil. Juridiquement, il n’avait, outre la compétence de présider l’assemblée et d’exercer la police de l’assemblée, aucune compétence particulière. L’organe exécutif était le préfet.

3. La suppression de la tutelle administrative : on passe là d’un système dans lequel les décisions des collectivités territoriales peuvent être autorisées ou approuvées par le représentant de l’État, le préfet, à un système dans lequel le représentant de l’État n’a plus qu’un pouvoir de contrôle a posteriori. On passe également d’un contrôle administratif à un contrôle juridictionnel : le juge, seul, peut décider de l’annulation d’une délibération d’un conseil. Le préfet n’a que le pouvoir de saisir le juge.

Conformément à ce qui était prévu, la loi de 1982 est complétée par une quarantaine de lois et quelque 300 décrets qui vont mettre en œuvre, jusqu’en 1986 les principes ainsi déterminés. Parmi ces lois, il en est une que vous connaissez tous très bien, celle du 22 juillet 1983 dont l’article 60 transfère de l’État aux départements les bibliothèques, qui étaient, à l’époque centrales de prêt. Il y a donc déjà longtemps que ces bibliothèques sont des services qui ont fait l’objet d’une décentralisation par leur passage de l’Etat aux collectivités territoriales départementales.

Le temps de la pause et des réglages (1986 - 2002)

La deuxième phase, qui s’ouvre après cette période de lois et de décrets, est une phase marquée par les alternances politiques. Il n’y a donc pas la continuité politique nécessaire pour, jusqu’en 2002, aller plus loin dans la décentralisation. On se contente alors de combler certains vides.

On avait oublié le citoyen... Il est en effet le grand oublié de la réforme de 2002. On va donner au citoyen de nouvelles possibilités d’agir au travers de la démocratie locale : on va reconnaître le vote des citoyens européens ; on va reconnaître également la possibilité de consulter les populations locales sur des affaires de la compétence des communes.

On avait oublié la coopération intercommunale. La loi du 27 février 2002 comble cette lacune.

On avait oublié le statut des élus locaux. Plus exactement, on avait trouvé difficile d’y toucher. En 1992 et en 2002, on complète ce statut.

On avait oublié l’outre-mer. Entre 1998 et 2002, on répare cet oubli.

On parfait ce qui a été commencé et tel est le cas des bibliothèques centrales de prêt qui deviennent des bibliothèques départementales de prêt avec la loi du 13 juillet 1992 qui prévoit parallèlement un concours financier spécifique dans la dotation générale de décentralisation.

Durant cette période, enfin, deux conceptions se manifestent et s’opposent la même année, en 1999 : la conception relative au développement et à l’aménagement du territoire d’une part, la conception relative à l’intercommunalité d’autre part. Deux lois sont votées en 1999, l’une sur l’aménagement du territoire, dite loi Voynet, qui prévoit le développement des pays et, parallèlement, la loi dite Chevènement sur la coopération intercommunale, qui donnera naissance à un mouvement de structuration intercommunale du territoire. La carotte financière a fortement contribué à ce mouvement. Elle a permis à des régions, comme la région PACA, de se lancer dans l’intercommunalité, concept jusqu’alors étranger à l’esprit méridional.

A Marseille, par exemple, en 1966, lorsque la loi créé les communautés urbaines, le général de Gaulle lui-même a appelé Gaston Defferre, alors maire de cette ville, pour lui proposer la création d’une communauté urbaine, comme le législateur en instituait dans les grandes métropoles dites d’équilibre par rapport à Paris (Lyon, Lille, Bordeaux, Strasbourg). Le maire de Marseille a refusé, essentiellement pour des raisons politiques, concernant la majorité de ce qu’aurait été le conseil communautaire. Il a donc fallu attendre la loi de 1999 pour que se développe l’intercommunalité.

Le temps de l’approfondissement (2002 - 2006)

Depuis 2002, nous sommes dans la troisième phase de la décentralisation. C’est ce qu’on a appelé, journalistiquement, et un peu improprement, l’acte 2 de la décentralisation. Au regard de l’histoire de la France et même de la Cinquième République, il ne s’agit pas de l’acte 2, mais du nième acte de décentralisation. Il s’agit d’un approfondissement dont l’essentiel est la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 qui inscrit dans la Constitution, outre le fait que l’organisation de la République est décentralisée, de nouvelles consécrations pour les collectivités territoriales. Elles sont désormais toutes dans la Constitution : les régions et les collectivités d’outre-mer n’y étaient pas.

La réforme inscrit aussi dans la Constitution le principe de subsidiarité : les compétences doivent être exercées au meilleur niveau, là où elles peuvent être le mieux mises en œuvre. Tout le monde se réclame de cette subsidiarité sans que personne sache exactement comment la réaliser. L’action sociale, par exemple, est confiée aux départements, mais les communautés d’agglomération et les communautés urbaines peuvent également intervenir en cette matière.

La réforme constitutionnelle reconnaît également un pouvoir de décision au citoyen en certaines circonstances : ils peuvent être consultés, non seulement pour donner pour donner un avis, mais aussi pour décider à la place des conseils, municipaux, départementaux ou régionaux.

La réforme reconnaît l’autonomie financière et fiscale des collectivités. Elle traite, enfin, de l’outre-mer.

En application de cette réforme, la loi du 13 août 2004 énumère longuement les transferts de compétences dans les domaines de la formation professionnelle, du patrimoine culturel, des ports, des routes, etc. au profit des collectivités territoriales. Cette loi est mise en œuvre progressivement. Elle a fait beaucoup parler d’elle en ce qui concerne notamment les transferts de personnels techniques, ouvriers et de service (TOS) de l’éducation nationale vers les départements pour les collèges et les régions pour les lycées.

Cette loi renforce les départements : elle met fin à la question récurrente de savoir s’il y a trop de niveaux d’administration locale en France, ce qui est possible... Au départ, l’inspiration de la loi était régionaliste. C’est la région qui devait être privilégiée, plutôt que le département. Avec l’évolution et notamment les élections locales de 2004, la loi a davantage conforté les départements .

La question du devenir du département est une fausse question. Si l’on supprimait le département, il faudrait passer par une révision de la constitution. On supprimerait l’assemblée départementale, son président et la circonscription cantonale c’est-à-dire la représentation des territoires. Mais l’ensemble des services assurés par le département, notamment ceux qui mettent en œuvre l’idée de solidarité, qu’incarnent les conseils généraux (solidarité entre les hommes, solidarité entre les territoires), il faudrait bien les retrouver ailleurs. Si l’action sociale n’est plus attribuée aux départements, il faut qu’elle soit exercée néanmoins, par une autre institution. Conforté donc, par la loi du 13 août 2004, il est même envisagé dans l’avenir d’élargir la compétence du département par exemple en matière scolaire en lui attribuant les lycées, pour permettre aux régions de s’occuper d’enseignement supérieur.

2°) Les bibliothèques départementales de prêt et la décentralisation

Le transfert des bibliothèques départementales de prêt s’est effectué dès le début des transferts de compétences de l’État aux collectivités territoriales. Il est dans la logique du principe de solidarité qui domine la répartition des compétences entre l’Etat et les départements. Il est aujourd’hui inscrit dans les articles L. 320 à L. 324 du code du patrimoine qui font des bibliothèques départementales de prêt un service dérogatoire par rapport aux autres bibliothèques des collectivités territoriales.
Il en résulte trois conséquences.

Une compétence départementale exclusive

La première conséquence fait des bibliothèques départementales de prêt une compétence départementale exclusive. Cela signifie que, contrairement à d’autres compétences, personne d’autre, aucune autre collectivité ou aucun autre établissement, ne peut l’exercer que le conseil général. On ne trouve aucun mécanisme, comme on en trouve ailleurs, où la loi affirme le principe de la compétence de la collectivité tout en prévoyant également qu’une autre collectivité peut faire ce que l’on nomme un appel de responsabilité, pour venir exercer la compétence. Par exemple, en matière scolaire, rien n’empêche une commune de faire un appel de responsabilité sur un collège ou à un département de faire un appel de responsabilité sur un lycée. En matière de bibliothèques départementales de prêt, cette procédure n’existe pas, le département est seul à exercer cette compétence.

La compétence est attribuée par la loi. Cela signifie que seule une loi peut retirer ce que la loi a attribué. Il faudrait donc que le législateur modifie le code du patrimoine (art. L 322) et en même temps le code général des collectivités territoriales.

Le conseil général bénéficie donc d’une compétence exclusive et protégée.

Une compétence, élément du service public de la lecture publique

La compétence attribuée aux départements n’est qu’un élément du service public de la lecture publique. Les bibliothèques départementales de prêt ne sont qu’un des acteurs, parmi d’autres, de la lecture publique en France.

L’Etat a conservé une compétence générale de réglementation, de définition des orientations, d’expertise, de suivi et de financement qu’il exerce à travers ses services centraux et déconcentrés. Il y a donc le ministère de la culture, à travers la direction du livre et de la lecture, et son département des bibliothèques publiques, et plus spécifiquement le bureau des bibliothèques territoriales. La direction du livre et de la lecture travaille en coordination avec la direction générale des collectivités locales (DGCL) du ministère de l’intérieur pour définir le financement des bibliothèques déparetementales de prêt au sein de la dotation générale de décentralisation. A côté de cette administration centrale se tient l’établissement public administratif qu’est le Centre national du livre (CNL), qui s’occupe de toute la chaîne du livre. Au niveau régional, relayant les services centraux de l’État les DRAC, services déconcentrés,avec les conseillers pour le livre et la lecture, mettent en œuvre la politique de l’Etat, informent et conseillent.

La région est un autre acteur potentiel du service public de la lecture publique. Le code du patrimoine lui reconnaît la compétence pour créer des bibliothèques régionales (article L. 320-1) que les conseils régionaux n’ont cependant pas mise en œuvre. La région est plus, de ce fait, un acteur du livre et de la lecture à travers les centres régionaux du livre et les agences de coopération entre bibliothèques sous la forme d’associations de la loi du 1er juillet 1901 dont l’Etat est presque toujours membre de droit.

Les communes et leurs groupements sont une troisième catégorie d’acteurs de la lecture publique, à travers les bibliothèques municipales, classées ou non et les bibliothèques municipales à vocation régionale.

Cette architecture du service public de la lecture publique produit deux effets. Comme il n’existe pas de tutelle entre les collectivités territoriales, il n’y en a aucune qui puisse imposer quoi que ce soit aux bibliothèques départementales de prêt. En sens inverse, la compétence étant décentralisée, l’État n’a plus le pouvoir d’ordonner. Je constate d’ailleurs, à la lecture du site de votre association, que la dernière circulaire est la circulaire Gattegno. Elle date de 1985. La seule autorité légitime en matière de bibliothèque départementale de prêt, c’est le conseil général et son président. C’est lui qui définit la politique à conduire en ce domaine ainsi que le Président Jean-Noël Guérini l’a illustré en ouverture de ces journées d’études.

Une compétence décentralisée

Le fait que l’autorité légitime soit le conseil général ne signifie nullement qu’il puisse faire n’importe quoi dans n’importe quelle condition. Le conseil général est soumis au respect des règles et des lois nationales qui s’imposent à tous.

Comme toute autorité publique le conseil général est obligé d’exercer sa compétence. Un conseil général qui déciderait de supprimer sa bibliothèque départementale de prêt ferait preuve de carence. S’il ne donnait pas à sa BDP les moyens de fonctionner, il devrait normalement s’attirer les foudres du préfet, qui devrait utiliser en ce domaine son pouvoir de substitution pour assurer la continuité du service public car l’autorité locale ne peut pas ne pas exercer sa compétence. Il ne s’agit pas là d’un principe de décentralisation, mais d’un principe de droit public. Toute autorité est tenue d’exercer les compétences obligatoires qui lui sont attribuées par la loi. Les bibliothèques départementales de prêt sont une compétence obligatoire pour lé département et constituent à ce titre une dépense obligatoire pour le budget départemental. Ne pas exercer cette compétence reviendrait à une incompétence négative qui est une illégalité soumise à la censure du juge administratif.
Exercer sa compétence signifie que le conseil général agit dans le cadre déterminé par les lois et règlements. C’est l’expression inscrite dans l’article 72 de la constitution. En pratique, le conseil général est tenu par toute règle nationale, législative ou réglementaire, comme, par exemple, les lois relatives aux missions des bibliothèques départementales de prêt, au droit de prêt, au droit d’auteur et aus droits voisins dans la société de l’information, le statut général de la fonction publique territoriale ou les statuts particuliers des cadres d’emplois.

Les bibliothèques départementales de prêt connaissent une particularité qui mérite d’être signalée puisqu’elle fait partie d’un article spécial du Code du patrimoine : elles sont soumises à un contrôle technique de la part de l’État [1], exercé non pas par la direction du livre, mais par l’inspection générale des bibliothèques du ministère de l’éducation nationale. Cela signifie que sur requête du ministre de la culture, l’inspection générale assure ce contrôle dans telle ou telle bibliothèque. Sans entrer dans le détail de ce contrôle, je mentionne juste qu’il s’effectue sur pièces et sur place. Une inspection générale n’a d’ailleurs aucun pouvoir de décision. Elle fournit ses remarques dans un rapport remis au ministre, à qui appartient ensuite une éventuelle décision.

En forme de conclusion, votre communauté m’a inspiré une réflexion . Les bibliothèques départementales de prêt sont discrètes et attirent peu l’attention. A la recherche d’informations pour me présenter devant vous, si je n’avais pas disposé du site de votre association, la quête se serait révélée infructueuse. J’en ai déduit que vous étiez un peuple heureux, car vous êtes, apparemment un peuple sans histoire. Je ne nie certes pas votre longue histoire, commencée avec l’ordonnance du 2 novembre 1945. Mais on ne voit nulle part de manifestation d’usagers (vous desservez pourtant 25 millions d’habitants), nulle part de réflexion conduite par les conseils généraux ou leurs présidents sur l’exercice de cette compétence, nulle part de revendication émanant d’autres collectivités territoriales. Vous êtes donc un service public efficace de la lecture publique en France.

Je vous remercie de votre attention.

Notes

[1] Décret n°2006-1247 du 11 octobre 2006 portant réforme des concours particuliers de la dotation générale de décentralisation pour les bibliothèques municipales et les bibliothèques départementales de prêt et modifiant le code général des collectivités territoriales (partie réglementaire), JORF du 13 octobre 2006 page 15220 et suivantes

 

Allocution de Jean-Noël Guérini

Sénateur, Président du Conseil général des Bouches-du-Rhône

 

Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Professeur,

Je tiens à saluer votre Président, Didier Guilbaud, et Madame Danset, notre Directrice. J’ai aujourd’hui le grand plaisir et le privilège de vous accueillir dans notre modeste bibliothèque départementale. Je suis heureux et fier de vous y accueillir, ainsi que dans les archives, l’ensemble de cet équipement ayant été inauguré au printemps dernier.

Pourquoi cette bibliothèque dans ce lieu magique ? Je vous le dis : lorsque j’ai été élu, pour la première fois, Président du Conseil général, la création de ce double équipement a été ma première décision. Dans mes anciennes fonctions, en effet, j’avais visité nos archives et notre ancienne bibliothèque : elles méritaient bien mieux que ce qui leur était alors offert.

Ce site d’Euro-Méditerranée a été choisi parce qu’il est desservi par des accès routiers faciles ainsi que par des transports en commun. Il s’agit d’un quartier, comme vous avez pu le constater, qui est en pleine mutation.

Aider à la diffusion, de la culture, contribuer à l’épanouissement de chacun, faire en sorte que les connaissances viennent éclairer le quotidien de tous, voilà quel est votre travail. Je dirais, si vous le permettez, qu’il s’agit également de notre travail à nous, élus de la République.

Je tiens aujourd’hui à rendre un hommage appuyé au travail patient qui est entrepris ici par des équipes sérieuses, motivées et compétentes. Sous l’autorité de Madame Françoise Danset, la bibliothèque départementale de prêt des Bouches-du-Rhône a trouvé un rythme de croisière qui est à la hauteur des objectifs que nous nous sommes fixés. Il est donc nécessaire de saluer l’attachement de chacun d’entre vous aux missions de service public. J’insiste bien sur cette notion de service public. Il est aujourd’hui décrié par certains. Je suis partisan, pour ma part, de le conforter : qui dit service public dit service proche de nos concitoyens.

Examinons les atouts que la proximité nous offre quand nous voulons agir efficacement. La bibliothèque a comme originalité, vous le savez, de comporter une salle d’actualités à la disposition des habitants du quartier.
J’y insiste : lorsque nous construisons un bâtiment moderne, il faut que ce bâtiment concerne l’ensemble des habitants du quartier où il s’implante.
C’est pour cela, qu’après un débat avec mes collaborateurs qui n’y adhéraient pas tous d’emblée, j’ai souhaité construire un jardin public ouvert toute la journée, un jardin qui dépend des archives et de la bibliothèque. Il est à la disposition non seulement des lecteurs, mais aussi à la disposition de tous les habitants du quartier. Ce jardin est entretenu toute la journée, et surtout, il est gardienné. Il s’agit là d’une démarche publique : celle qui instaure une complémentarité entre la culture et la vie quotidienne.

La bibliothèque offre la possibilité de se familiariser avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication au développement de l’accès desquelles je suis personnellement très attaché. Mais ce sont ici également 450 000 ouvrages répertoriés, dont 380 000 livres, 50 000 CD, 26 000 vidéos et DVD qui sont rassemblés...Près de 100 communes sont irriguées par cette masse de supports qui mêlent l’écrit et le visuel, l’audio et le texte.
Ce vice impuni de la lecture, et celui né de toutes les nouvelles techniques de la communication peuvent ainsi se répandre sur l’ensemble de notre territoire. De tout nouveaux moyens y contribuent : les navettes itinérantes.

Ce n’est pas à vous, Mesdames et Messieurs que je démontrerai le rôle irremplaçable des bibliothèques départementales de prêt pour placer le livre au centre de la vie culturelle locale. Les bibliothèques créent des lieux de rencontres de proximité, amenant à une lecture vivante autour de thèmes variés qui réussissent à mettre le livre à la portée de chacun, quel que soit son lieu de résidence ou son niveau socioculturel.

Je passe plus de deux jours par semaine jusque dans le plus petit village de notre Provence profonde et c’est la raison pour laquelle j’ai demandé à Madame Danset de faire les efforts nécessaires pour y faire la promotion du livre et de la lecture. La lecture est essentielle à la vie quotidienne de nos concitoyens, de notre jeunesse, de nos enfants.

La lecture pour tous contribue à renforcer les savoirs, les échanges, mais c’est aussi un merveilleux outil de loisir.
Elle constitue, de plus, un outil efficace de prévention de l’illettrisme, ce mal dont souffre notre société et par lequel, je ne le cache pas, les Bouches-du-Rhône sont particulièrement affectées.

Tout au long de l’année, les bibliothèques des communes accueillent des expositions prêtées par la BDP. Il s’agit là d’occasions riches de rencontres et d’échanges entre des publics d’âges variés et d’horizons divers. 150 expositions itinérantes sont ainsi disponibles pour promouvoir le livre dans tous le département

Dans le même temps, il est urgent de proposer, d’imaginer, de construire pour développer cet irremplaçable réseau.

Le site Internet de la BDP, qui vous sera présenté, propose, depuis le mois de septembre, le catalogue de tous les ouvrages et supports, ainsi qu’un forum interactif sur lequel les bibliothèques peuvent partager leurs expériences, leurs idées et leurs initiatives. Il s’agit là d’autant de moyens nouveaux, pour la diffusion de la culture, dans un contexte qui, pour elle, est pourtant difficile.

Notre devoir d’élus, c’est de mettre à la disposition des équipes les moyens les plus modernes, les moyens les plus sophistiqués pour atteindre nos objectifs.

La décentralisation pose fondamentalement ce problème : la première décentralisation, conduite par Gaston Deferre a réussi parce qu’il s’agissait d’un transfert de compétences accompagné des moyens financiers adéquats. Aujourd’hui, nous assistons plutôt à un transfert de charges. Ces charges nous imposent des choix stratégiques, des choix politiques. Le livre et la culture font partie de nos priorités et sont donc, ici, affectés de moyens particuliers.

Je vous souhaite maintenant une bonne journée de travail. N’allez pas croire que vous nous avez apporté le soleil des quatre coins de la France... Nous l’avons pratiquement en permanence. Nous sommes donc bien ici chez nous, tâchez d’en profiter, vous aussi pendant votre séjour... Je tiens néanmoins à vous affirmer qu’il n’y a pas ici que le soleil, les boules et le Pastis. Dans le Midi de la France, nous travaillons. Nous travaillons beaucoup. Et nous aimons travailler. D’autant plus que nous avons des convictions.

 

Allocution de Luc Gerecke

Luc Gerecke, vice-président du Conseil général des Vosges

 

Je souhaite, en préambule, vous transmettre les excuses de monsieur Poncelet, président du Sénat, président du Conseil général des Vosges, qui ne peut être parmi vous aujourd’hui. Je suis particulièrement heureux et honoré de vous accueillir très nombreux dans le département des Vosges et plus particulièrement ici à Vittel, ville thermale et lustre s’il en est.

En vous invitant à tenir vos journées d’étude dans les Vosges, nous vous avons proposé de relever plusieurs défis. Tout d’abord, répondre à l’invitation d’un petit département, petit par sa population mais, je vous rassure, grand par sa renommée. Tenir vos journées d’étude dans un département fortement rural, c’est à mon sens réaffirmer votre implication au développement culturel de l’ensemble des territoires quelle que soit leur densité de population. Vous avez également accepté de répondre à notre invitation dans une ville dite du réseau de la bibliothèque départementale. Quelle meilleure illustration de vos propos de ces 3 jours à venir que de vous accueillir au cœur des territoires de lecture de la Bibliothèque départementale. Nous avons fait là un choix exigeant, exigeant en matière de logistique pour l’équipe de la Bibliothèque départementale, mais également exigeant pour vous en matière d’accessibilité. Cependant les kilomètres n’ont jamais effrayé un agent de bibliothèque départementale, vos services en font la preuve depuis plus de 60 ans.

Pour toutes ces raisons, c’est donc avec un grand plaisir que je vous accueille ici même. Dans la mesure des possibilités que me laissera mon emploi du temps, je suivrai avec attention vos travaux autour des démarches de territorialisation. Les élus du département des Vosges, comme ceux de nombreux départements, ont mis les questions de territorialisation à leur ordre du jour, chacun d’entre nous a bien sûr à cœur de proposer des services d’une qualité sans cesse croissante au plus près des citoyens. En la matière, la Bibliothèque départementale a été dans notre département l’un des premiers services à proposer une territorialisation de ses actions. En effet, emboîtant le pas aux services sociaux, elle a restructuré son organisation en territoires. Cette nouvelle organisation a vocation à être matérialisée par des médiathèques de territoire dont la première ouvrira ses portes l’année prochaine. Je serai donc, bien entendu, à l’écoute et attentif à vos réflexions.

Je tiens surtout à vous souhaiter un agréable séjour dans notre département, votre programme est dense et laissera peu de temps à la flânerie. J’espère cependant que vous apprécierez notre choix de vous faire découvrir ce riche patrimoine thermal ici même à Vittel, mais également demain à Contrexéville. Je vous souhaite de fructueux travaux et de conviviales journées d’étude.

 

Allocution de Didier Guilbaud

Didier Guilbaud, président de l’ADBDP

 

Je vous souhaite la bienvenue pour ces nouvelles journées d’étude et je salue monsieur le Vice-Président du Conseil général, monsieur le Directeur régional des affaires culturelles, monsieur l’Inspecteur général des bibliothèques, monsieur le Chef du service Culture, Éducation, Jeunesse, Sport de l’Assemblée des départements de France (ADF), mes chers collègues et surtout amis.

Nous sommes ici, dans les Vosges, grâce à Corinne Sonnier qui a œuvré pour nous accueillir de manière efficace et ce n’est que le début de la partie immergée de l’iceberg.

C’était important pour nous – nous en avions discuté en assemblée générale l’an dernier – de venir dans les Vosges car les BDP n’existent pas uniquement à côté des lignes TGV.

Pour moi, venir dans cette région est aussi un symbole car c’est dans celle-ci, à Metz, que j’ai commencé ces 6 années de présidence alors que je céderai ma place à l’occasion du prochain conseil d’administration. Je voudrai aussi évoquer les Vosges que je connais depuis un certain nombre d’années car j’y avais rencontré Albert Ronsin, professionnel qui a beaucoup compté et qui nous a malheureusement quitté cette année.

Parmi nous, des collègues nouveaux (notamment dans le Midi) alors que d’autres sont partis (je pense plus particulièrement à Françoise Danset qui nous a accueillis l’an dernier à Marseille durant les derniers mois de son activité professionnelle et à Pascale Felizat-Chartier, directrice de la BDP 28, qui a choisi d’émigrer au Québec où elle occupe, depuis le mois de mai, les fonctions de directrice adjointe du Centre régional des bibliothèques publiques – CRSB de Monterégie).

L’activité de l’ADBDP a été marquée par un certain nombre d’événements dans le prolongement de l’assemblée générale de l’an dernier. Nous avions préconisé la préparation de ces journées d’étude où, notamment à la suite du séminaire de directeurs, il était apparu la nécessité d’engager la discussion sur l’organisation des BDP dans le cadre nouveau de la territorialisation. Nous avions également évoqué l’organisation de 2 journées sur le web 2.0 – qui ont eu lieu à Tours – et l’organisation de rencontres avec des nouveaux collègues – qui se sont faites notamment dans le Midi – pour donner du sens à l’adhésion à l’ADBDP. Si nous avons voulu ouvrir largement notre association à tous les personnels des BDP (et nos journées d’études rassemblent bien au-delà des seuls directeurs), il faut veiller néanmoins à maintenir le sens de notre association qui est une association de directeurs.

Dernier point, extrêmement important dans l’activité que nous avons menée – et qui a pris de l’ampleur depuis le mois de mars –, le rapprochement avec l’ADF qui est l’association des présidents des conseils généraux. Notre association, désormais territorialement bien ancrée auprès des conseils généraux, ne pouvait pas ne pas travailler avec l’ADF. C’est chose faite et symboliquement nous tenons maintenant nos réunions de conseil d’administration dans les locaux de l’ADF et, à la suite d’un proposition de son Président des affaires culturelles, nous avons commencé à travailler ensemble sur les questions de la lecture publique.

Nous avons vécu cette année des changements politiques importants. Nous avions pensé inviter le Président de la République (qui serait peut-être venu), nous n’avons pas osé mais avons invité la ministre qui nous a écrit une aimable lettre en nous disant qu’elle transmettait l’invitation au Directeur du livre qui ne nous a pas répondu. C’est dommage car nous avions l’habitude d’accueillir ici, lors de nos journées, les directeurs du livre, nous les avons tous accueillis sauf l’actuel qui n’a jamais répondu à nos courriers.

Cette année a été marquée par deux grands événements :
- le rapport Barluet pour lequel il n’y a pas eu de concertation avec notre association même si certains collègues ont participé aux travaux ;

- des inquiétudes sur l’avenir de la Direction du livre et de la lecture (DLL) : même si nous ne sommes plus aussi intrinsèquement liés à la DLL par le cordon ombilical de fonctionnaires de l’État (que nous ne sommes plus maintenant ou que nous n’avons jamais été pour un certain nombre d’entre nous), la disparition évoquée de la DLL pose des questions et accentue l’interrogation sur les projets à venir. Qu’en sera-t-il de la loi sur les bibliothèques (dont on parle déjà depuis 1987 et qui est à l’ordre du jour dans nos instances depuis 5 ans) ? Qu’en sera-t-il de l’Observatoire de la lecture publique, évoqué dans le rapport Barluet ? Qu’en sera-t-il des médiathèques de proximité et quelle sera la position de l’État ?

Le thème de nos journées est l’organisation à l’épreuve de nos territoires. Ce sont 2 choses à la fois différentes mais qui se rejoignent obligatoirement et, comme l’indique le chapeau introductif au programme, les BDP ne pouvaient échapper au mouvement global de la territorialisation dans les conseils généraux qui a souvent commencé (ou s’est déjà affirmé) par les services sociaux. Comment les BDP qui ont une action territoriale forte sont engagées dans ces modifications structurelles de territorialisation ? Quelles sont les implications de ces modifications en terme de services et en matière de transversalité au sein des conseils généraux ?

Un des points forts de notre programme est son ouverture à des regards extérieurs, le point de vue de personnalités ou d’universitaires qui nous apportent une contribution plus générale. C’est pourquoi nous aurons en ouverture la vision d’un géographe, auteur d’un excellent ouvrage sur la cartographie territoriale dans le domaine social et, grâce à l’activité de collègues dans le secteur social, nous avons pu inviter un universitaire de Strasbourg qui évoquera la territorialisation du côté du social.

Quelques autres aspects importants de ces journées d’étude : le débat interne sur nos « affaires » professionnelles par des ateliers qui auront lieu demain matin, un espace de discussion avec les institutions (la DRAC, l’Inspection générale des bibliothèques et la représentante de la DLL) et le séminaire des directeurs qui sera ouvert cette année aux directeurs adjoints.

Lors de l’assemblée générale, nous aurons l’occasion de débattre des orientations de l’association pour l’année à venir et nous renouvellerons le Conseil d’administration pour lequel je lance un appel vibrant à candidatures.

Pour conclure, j’espère que ces journées d’étude ne seront pas trop troublées par la grève SNCF de mercredi et je vous remercie cordialement d’être venus à ces journées d’étude et d’avoir fait, aussi nombreux que les années précédentes, le chemin jusqu’à Vittel.

 

Allocution de Bernard CAZEAU

Bernard Cazeau, président du Conseil général de la Dordogne

 

Chers amis,

Bonjour et bienvenue en Périgord. Merci, Madame la Présidente, d’avoir choisi notre département, habituellement plus connu pour sa richesse patrimoniale, archéologique, préhistorique et touristique que pour les nouvelles technologies, même si votre choix démontre qu’il a su trouver des solutions dans le contexte difficile du milieu rural, difficultés partagées, d’ailleurs, par d’autres départements.

Je voudrais vous dire combien nous sommes heureux de vous recevoir pour ces trois journées d’étude, en rappelant que votre association était déjà venue, en 1990, pour des travaux relatifs à l’évaluation.

Le thème choisi cette année est plus « moderne » puisqu’il s’agit de la place et du rôle des bibliothèques départementales de prêt dans les modes d’accès contemporains de nos concitoyens à la culture, à savoir l’accès par l’outil Internet.

Le Conseil général de la Dordogne a été très impliqué sur ces questions alors que nous avions un énorme handicap : nous n’étions pas assez « rentables », selon France Télécom, qui ne considérait pas notre environnement rural, dense mais éparpillé, comme suffisamment intéressant, contrairement aux grandes villes et banlieues. Ainsi, alors qu’il y a encore 4 ans, nous n’en étions même pas à 50 % de connexions ADSL, nous atteignons aujourd’hui un taux d’éligibilité de 93 %. Dans les deux années à venir, nous allons investir 5 à 8 millions d’euros pour achever la couverture complète de notre vaste département (le 3e de France en superficie). À partir de cette volonté, la bibliothèque départementale de prêt a pu s’impliquer dans le développement d’outils et de services véritablement innovants. Il s’agit de proposer à tous les lecteurs de Dordogne un service en ligne leur permettant non seulement de consulter les collections des bibliothèques informatisées mais aussi de pouvoir réserver, à tout moment et de tout endroit, les documents dont ils ont besoin. Ceci s’est opéré progressivement, au fil des années. Nous avons mobilisé des moyens financiers importants pour favoriser l’équipement informatique et multimédia des bibliothèques en milieu rural. Peu à peu, l’informatique a pris la place du bibliobus, même si ceux-ci existent encore.

Depuis 2007, la BDP s’attache, en outre, à assurer un fonctionnement cohérent et professionnalisé des espaces numériques des bibliothèques en réseau. Elle leur propose des formations personnalisées, un accompagnement technique approfondi, des outils documentaires et d’animation adaptés. Je tiens à vous affirmer l’attention particulière que nous porterons à vos travaux par le biais du personnel de la BDP et de sa directrice, Madame Jallet, mais aussi par la présence continue de notre vice-président.

Les bibliothèques et le livre demeurent pour nous des acteurs incontournables de notre politique culturelle, au même titre que les actions artistiques, théâtrales ou musicales. A travers cette volonté interactive, il importe donc que nous puissions apporter à nos concitoyens l’espace culturel qu’ils souhaitent et dont ils sont d’autant plus demandeurs qu’ils sont isolés dans les différents secteurs ruraux de ce département.

Je vous souhaite des journées fructueuses, pleines d’enseignements et de débats, afin de pouvoir, de retour dans vos départements respectifs, donner à l’outil de la décentralisation tout l’espace qui lui revient à travers le livre et la culture. Je vous remercie.

Allocution de Corinne Sonnier

Corinne Sonnier, présidente de l’ADBDP

 

Monsieur le président du Conseil général, monsieur le vice-président, monsieur le directeur adjoint du livre et de la lecture, messieurs les inspecteurs généraux des bibliothèques, mesdames et messieurs les représentants d’associations amies, mesdames et messieurs, chers amis, depuis un peu moins d’une année – une courte année –, j’ai l’honneur et le plaisir de présider l’ADBDP. À ce titre, il me revient donc de procéder à l’ouverture de nos journées d’étude. Je souhaite, tout d’abord, vous adresser monsieur le président, tous nos remerciements pour nous avoir permis de réaliser nos travaux à Périgueux en mettant à notre disposition le Centre départemental de la communication. Par ailleurs, comme vous le signaliez tout à l’heure, l’équipe de la bibliothèque départementale a œuvré toute l’année pour organiser un accueil aussi chaleureux, qui restera vraisemblablement dans nos mémoires comme celui qui fut réservé aux directeurs de bibliothèques départementales en 1990.

En 1990 déjà, la Dordogne menait des politiques innovantes en matière d’accès au savoir et à l’information. Il n’y avait pas encore d’Internet mais en revanche le travail effectué sur le catalogue départemental était à l’époque un des tout premiers. Revenir en Dordogne, c’est pour nous dresser un bilan de ce qu’Internet a pu apporter à ce type de dispositif. Votre département nous semblait une terre propice pour mener nos réflexions. Je vous renouvelle donc, au nom de notre association, tous mes remerciements pour votre accueil.

Avant d’évoquer plus en détail le programme de nos journées, je souhaite vous transmettre, de manière non exhaustive, les excuses de monsieur Benoît Yvert qui n’a pu se joindre à nous mais qui sera représenté par Nicolas Georges, celles de Gilles Gudin de Vallerin de l’ADBGV, des présidents de nos associations amies comme l’ADBU et l’ADBS. Je tiens, en revanche, à signaler la présence parmi nous, cette année, de l’Association des conseillers pour le livre et la lecture, représentée par Lydie Valero.

Les BDP et l’accès au savoir et à l’information à l’heure d’Internet : vaste et ambitieux programme, question fondamentale pour l’avenir des équipements de lecture publique et qui à l’évidence vous interpelle en tant que professionnels de la lecture publique, car de mémoire de membre de l’ADBDP, à titre personnel, je n’ai jamais connu une telle fréquentation à nos journées d’étude ni une telle représentation de nos départements (environ 75 départements sont représentés ici aujourd’hui).

À l’évidence, Internet est un outil incontournable de diffusion, présent dans les territoires. Vous parliez, monsieur le Président, de la croissance très rapide du nombre de connexions ou d’accès aux savoirs, aux loisirs, à l’offre culturelle. Outils d’échange mais aussi de mise en réseau, les bibliothèques départementales ne se sont pas trompées car elles ont majoritairement rendu possible l’accès à leurs collections sur Internet depuis maintenant de nombreuses années. Mais la question posée actuellement est de savoir comment franchir une étape complémentaire, étape que nos usagers appellent de leurs vœux : proposer non plus l’accès au contenu, mais le contenu lui-même. Ce type de réflexion laisse émerger de nombreuses questions : quels contenus ? Comment ces contenus dématérialisés seront-ils proposés en complément de nos collections matérielles ? Pour quels publics ? Comment les bibliothèques départementales peuvent-elles ou doivent-elles se situer dans ce contexte nouveau de partenariat avec des bibliothèques ou médiathèques municipales ou intercommunales ? Apportent-elles un soutien au développement de ces stratégies d’accès au savoir ? Doivent-elles les porter elles-mêmes ? L’absence de support pour les contenus annonce-t-elle pour les bibliothèques départementales un retour à une forme de prêt direct – que nous pensions enfermé dans nos tiroirs ? Quelles seront les relations entre les collectivités locales et départementales ?

À ce stade du déploiement d’Internet en médiathèque, il nous a semblé nécessaire d’en dresser un état des lieux, d’interroger nos pratiques et de dessiner quelques perspectives. Nous ne prétendrons pas pendant ces trois jours traiter de toutes ces questions fondamentales de manière exhaustive. Cependant le conseil d’administration fortement mobilisé par la préparation de ces journées, et dont je tiens à saluer le travail d’autant plus important qu’il a été extrêmement resserré dans l’année, a souhaité ouvrir quelques pistes :
- un état des lieux de l’évolution des pratiques liées à l’apparition d’Internet en bibliothèque nous sera présenté par Bruno Maresca, directeur de recherche au Credoc,
- un recensement plutôt indicatif de l’offre existant en matière de ressources numériques présenté en début d’après-midi,
- puis nous pourrons découvrir, de manière un peu plus détaillée, certaines de ces ressources et explorer quelques pistes grâce à notre collègue du Haut-Rhin, Xavier Galaup.

Nous avons également souhaité nous pencher sur les stratégies Internet développées par les bibliothèques municipales ou intercommunales dans le cadre d’une table ronde qui se tiendra cet après-midi, et, mercredi matin, des ateliers vous permettront d’échanger avec des porteurs de projets en bibliothèques départementales.

Enfin, notre collègue Dominique Lahary tentera une improbable synthèse de nos échanges.

Par ailleurs pour que ces journées d’étude soient un temps fort de la vie de notre association, nous avons décidé de consacrer une part importante de leur déroulement aux travaux de l’ADBDP. Au cours de cette année, l’activité de notre association a été particulièrement dense. Outre la préparation de ces journées d’étude, l’ADBDP a poursuivi ses travaux en matière d’évaluation et de statistiques, de formation ou de réflexion avec nos partenaires. Ces travaux vous seront présentés en fin d’après-midi, avant de rejoindre la bibliothèque départementale, à l’invitation de notre collègue. L’association réunira par ailleurs son assemblée générale ordinaire, mardi après-midi, et les orientations 2009 pourront vous être présentées avant de clôturer nos journées. Nous accueillerons alors Vincent Eblé, vice-président de la commission culture de l’Association des départements de France (ADF).

Sans plus attendre, je déclare donc, avec plaisir, ouvertes les 22e journées d’étude de l’ADBDP.

Allocution de Corinne Sonnier

Corinne Sonnier, présidente de l’ADBDP

 

Chers collègues, Chers amis,

Il y a tout juste un an nous tirions le bilan des précédentes journées d’étude et considérions que c’était un cru exceptionnel. Nous étions alors 250 participants et nous sommes aujourd’hui 300 ! Ce qui n’est pas sans interroger le conseil d’administration sur le poids de l’organisation de ces journées et sur le fonctionnement de l’association. Votre présence en nombre sur des thématiques différentes d’une année sur l’autre est pour nous un signe encourageant de l’implication des équipes et de l’évolution de leurs attentes. Les journées d’étude coïncident avec l’Assemblée générale de l’association et nous ne manquerons pas d’évoquer cette question : cette année pourrait être une phase de réflexion préalable à une éventuelle mutation.

En cette période de mutations et de constats nécessaires, le parallèle peut être fait avec les bibliothèques. Cette mutation dont nous parlions pour l’association, je l’appelle aussi de mes vœux pour les bibliothèques. L’essoufflement du modèle, pour reprendre les termes de Claude Poissenot dans un article de Livres Hebdo, est un constat que nous faisons tous et sur lequel nous nous interrogeons. L’histoire des bibliothèques publiques est jalonnée de réflexions sur leurs missions : bibliothèques d’étude, bibliothèques d’éducation populaire, bibliothèques d’accès au savoir, bibliothèques d’information ; en tous les cas, des bibliothèques, lieux d’accès pour tous à la culture.

Or, nous reconnaissons aujourd’hui que cette mission d’accès pour tous à la culture, avec les réalités qu’elle recouvrait lorsque les bibliothèques se la sont assignée, n’a pas atteint ses objectifs. Nous le savons : les bibliothèques restent encore trop majoritairement fréquentées par les classes moyennes et supérieures. L’objectif de démocratisation n’a pas été atteint en tant que tel.

Que faire de ce constat ? Catherine Clément écrivait récemment dans l’ouvrage Quel modèle de bibliothèque ?, publié aux Presses de l’enssib, « […] de fait, la bibliothèque publique française n’est pas le lieu de réponses à des besoins ». Mais certaines bibliothèques, nous en connaissons tous dans nos réseaux et notre environnement professionnel, ont déjà dépassé cette étape du constat pour entamer leur mutation, leur révolution, pour reprendre le titre de nos journées. Elles ont bousculé le modèle, peut-être ne se réclamaient-elles d’ailleurs d’aucun modèle ; elles ont accepté de penser la bibliothèque comme un service public créé pour répondre à des besoins et non comme une bibliothèque qui s’assigne des missions de prescription et de démocratisation.

Le conseil d’administration qui œuvre depuis un an à la préparation de ces journées a souhaité vous faire partager ses interrogations sur la capacité qu’ont, que peuvent ou que devraient avoir les bibliothèques à répondre aux besoins du public. Pour tenter de répondre à ces questions, nous articulerons notre réflexion autour de quatre notions.

- La notion de lieu, très présente dans la préparation de ces journées : la question architecturale sera abordée par la parole des décideurs politiques, des sociologues, des porteurs de projets de construction et celle des BDP. S’affranchir d’un modèle pose d’importantes questions aux bibliothèques départementales de prêt dans l’accompagnement des projets. Nous avons donc souhaité vous présenter quelques démarches ainsi que les outils élaborés.

- La notion de collection : quelles collections et quels accès aux collections ? La dématérialisation en cours des supports interroge les pratiques des bibliothèques : après avoir abordé l’an dernier la question de la constitution des collections, nous nous interrogerons plus spécialement cette année sur l’accès aux collections dématérialisées et sur la révolution induite dans les bâtiments.

- La notion de territoire sera également au cœur de nos réflexions : les bibliothèques départementales s’appuient sur des territoires de lecture ; la forte attractivité des équipements n’est sans doute pas sans lien avec le souci de proximité exprimé lors de leur construction. L’enquête du Crédoc montrait l’impact des réseaux communaux sur la fréquentation. Mais comment définir le territoire adapté et concilier le besoin des publics avec les contingences financières des collectivités ?

- Enfin la question du public, la dernière mais non la moindre, sera également abordée : nous écouterons la parole des usagers et nous réfléchirons à la relation du public avec les institutions culturelles.

Par ailleurs, dans le contexte actuel, ces journées n’auraient pu être pensées sans envisager l’avenir des bibliothèques dans le cadre de la réforme territoriale : quelle sera l’articulation entre les collectivités dans le domaine de la lecture publique ? pourront-elles continuer à construire des bibliothèques ? quel est l’avenir de l’accompagnement croisé de l’État, des régions, des départements pour les projets de communes et des communautés de communes ? quel sera, de fait, le rôle de la bibliothèque départementale, y compris dans le contexte de la création des métropoles ? Autant de questions que nous avons voulu aborder durant ces journées car elles sont le résultat d’un travail de veille pour le conseil d’administration. Parce que ce travail déroulé tout au long de l’année vous concerne tous, ainsi que nos partenaires, le conseil d’administration a souhaité pour la première fois présenter le bilan de son activité, au cours d’une demi-journée, en amont de notre assemblée générale.

Ces journées ne seraient pas ce qu’elles sont sans la découverte d’une BDP et d’un département différents chaque année. À l’invitation de nos collègues de la Drôme, nous aurons le plaisir d’aller visiter deux bibliothèques aux avant-postes de la lecture publique. Je remercie d’ores et déjà nos collègues pour l’accueil qu’ils nous ont réservé et sans plus attendre et afin de pouvoir entamer la « révolution des bibliothèques », je déclare ouvertes les journées 2009.

Merci de votre attention.

Allocution de Louis Guedon

Louis Guedon, Député-Maire de la ville des Sables-d’Olonne

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs,

En premier lieu, je vais vous présenter la ville où se déroule votre congrès, ensuite je vous donnerai l’avis d’un œil extérieur, le mien, celui d’un observateur, sur l’action qui est la vôtre et comment le grand public perçoit votre activité.

La ville qui vous accueille est une ville dont la géographie est récente. Elle est à l’estuaire de deux petits fleuves, l’Auzance et la Vertonne, qui se sont ensablés au cours des temps. Je passerai sur les Phéniciens et les Vikings entre le VIIIème et le Xème siècle. Les Sables dépendaient de la région de Talmont, avec le château en ruines que Richelieu a démantelé. On appelait princes les seigneurs de Talmont, car le château était la première défense instituée sur ce littoral pour résister aux Vikings. Du terme Premier principat, la famille La Trémouille a donc bénéficié du titre de prince. Lors de l’ensablement de cette côte, au XIème siècle déjà, derrière le cordon littoral qui emprisonnait la sortie des deux rivières, il y avait un havre naturel, utilisé par les princes de Talmont au XIème siècle. Au XIIème siècle, nous devenons anglais, avec le mariage d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt. Au XIIIème siècle, Talmont étant ensablé, les princes de Talmont font leur trafic maritime par ce havre, des maisons commencent à se construire sur la dune. L’église, que l’on voit sur un îlot rocheux, l’île Vertime, qui date du XIIIème siècle, est le premier bâtiment construit par les seigneurs de Talmont, ils ont installé un prieuré avec une hostellerie, deux foires, des droits sur les navires qui ont permis la naissance de cette collectivité. Au XVème siècle, ils sont fâchés avec Louis XI. Philippe de Commynes, en 1418, comprend le bénéfice qu’il peut tirer de ce territoire qui lui est offert par Louis XI pour déposséder ses adversaires, la famille de la Trémouille. Il obtient que nous devenions un port franc et fortifié. C’est l’aventure. Nous découvrons Terre-Neuve avec les Basques, au XVIème siècle, nous sommes le premier port morutier français, jusqu’au XVIIIème siècle. Un événement, la Révocation de l’Édit de Nantes. Nous étions huguenots à l’époque, tous les armateurs étaient huguenots, avec la révocation de l’Édit de Nantes, les huguenots sont partis avec leur argent, cela a été le début du paupérisme du port. Le déclin a été précipité par l’ensablement continu du port et achevé par les périodes troubles des guerres de Vendée qui ont fait 300 000 morts. Au XIXème, nous sommes repartis avec une pêche saisonnière à la sardine et au thon. Mais surtout, depuis le Second Empire, les bains de mer commencent à se développer, en 1876 c’est l’arrivée du chemin de fer.

Ce sont nos deux piliers économiques sur le littoral, la pêche d’un côté et le tourisme de l’autre, qui sont pour nous des raisons d’existence. Loin des grands lieux de fabrication, de commercialisation, loin des grands nœuds européens, nous sommes mal placés pour avoir des industries lourdes de transformation, nous vivons de la mer par la mer. Nous rencontrons néanmoins quelques difficultés avec la politique européenne des pêches et les contraintes des lois littorales, les contraintes de Natura 2000, les contraintes des Grenelle de la mer qui freinent un peu notre développement mais, ceci étant, tout va bien. Au XXème siècle, les Sables d’Olonne est une station balnéaire qui vit bien, se transforme, se modernise, avec un TGV, une autoroute, une thalasso, un port de plaisance important, c’est le départ du Vendée Globe, avec de nombreux équipements, un golf. Les Sables abordent le XXIème siècle avec la volonté de résoudre les difficultés qui se présentent aux pays européens et la crise qui est la nôtre.

Maintenant un œil extérieur sur votre action. Bien sûr, c’est merveilleux de faire entrer la culture dans chacun des foyers. La culture du livre a pris naissance dans les milieux municipaux, qui ont commencé à vulgariser le livre, en fonction des moyens financiers, de la demande, de l’appétit de lecture des populations. Aux Sables-d’Olonne, nous avons un fonds de 80 000 livres avec 200 000 prêts par an, nous sommes interconnectés avec les bibliothèques plus jeunes de nos communes voisines et amies, nous sommes heureux des relations que nous pouvons lier avec la bibliothèque départementale, nous avons des projets importants au niveau du département et en relation avec la DRAC. Dans le film que vous avez montré, on voyait l’immensité du travail qui est le vôtre, on voyait beaucoup de rangement, beaucoup de livres. Pour moi les bibliothèques, ce sont des livres mais c’est également l’apport de la culture, les conférences, l’animation autour d’un thème, l’animation avec les tranches d’âge, les relations avec la population, les portes ouvertes, faire en sorte que le livre, dans la concurrence où il est avec l’ensemble des moyens de communication dont nous disposons, puisse rester un élément considérable de la culture. Nous partageons l’excellent travail que vous faites, nous considérons qu’il est indispensable à l’économie et à l’équilibre de nos populations, nous vous remercions de la tâche qui est la vôtre avec l’esprit d’initiative qui ne cesse de croître et dont nous vous sommes reconnaissants.

Allocution de Gérard Faugeron

Gérard Faugeron, Vice-président du Conseil général de la Vendée

Madame la Présidente, Monsieur le Député-maire des Sables d’Olonne, je voudrais également saluer mes collègues Conseillers généraux, les Directeurs et Directrices de bibliothèques présents aujourd’hui, et Monsieur Vincent Lecomte, cheville ouvrière de ces trois journées.

La Vendée est très heureuse de vous accueillir pour fêter le quart de siècle de l’existence de votre association. Je dois dire que vous êtes tous des héros car en plein été indien, venir à une encablure de la plage des Sables-d’Olonne, c’est là une forme d’héroïsme que je tenais à souligner, même si les plaisirs de la lecture et les plaisirs de la plage ne sont pas forcément incompatibles. Merci à vous d’être venus très nombreux pour ces échanges qui non seulement vous permettent professionnellement d’enrichir, par comparaison d’expériences, la formation professionnelle qui est la vôtre et le fonctionnement des bibliothèques dont vous avez la charge, mais c’est aussi un moment important de réflexion sur le devenir de la lecture, publique pour ce qui vous concerne, mais aussi de la lecture privée, puisque depuis une décennie on a vu une métamorphose considérable de la lecture. En ce qui concerne les supports de cette lecture, et notamment le livre, un débat est déjà lancé, qui n’est pas près de s’achever, entre le livre en tant que tel, en tant que support de lecture et de culture, et, à l’ère d’internet, à l’aide de la numérisation, les autres techniques qui petit à petit ont fait leur apparition. Il y aura toujours, c’est un peu la querelle des anciens et des modernes, ceux qui entendent conserver, contre vents et marées, le caractère sacré du livre, ce « merveilleux petit tas de feuilles sèches » comme disait Jean-Paul Sartre, mais qui à lui seul génère des sensations multiples, qu’elle soient visuelles, tactiles, olfactives, chacun le sait, le livre restera toujours ce qu’il est mais pour permettre à ce livre à la fois d’approcher le plus près possible de tous les publics potentiels, la fameuse proximité, pour permettre à ce livre de s’ouvrir à tous les progrès, qui ne sont pas des progrès ennemis mais qui sont les auxiliaires en quelque sorte de la lecture, nous sommes dans une époque merveilleuse mais assez difficile où il faut que le livre continue de garder sa place tout en tenant compte de l’évolution des moyens d’accéder à la lecture. Une bibliothèque c’est non seulement, l’endroit où l’on conserve des livres, des revues, où l’on ouvre à tous les publics tous les supports de la culture, mais aussi un lieu d’exposition, un lieu d’ouverture, comme le sont aussi les bibliothèques municipales, ainsi les enfants par exemple adorent l’heure du conte, un lieu d’oralité. Il y a aussi un public disponible qui a un appétit de lecture, foyers, maisons de retraite, des gens qui sur la plage pendant leurs vacances attendent qu’à la limite on vienne à eux. Tous les accès se trouvent ainsimultipliés.

Vous allez vous poser la question, comment faire en sorte de créer une sorte d’harmonie, de synergie entre les endroits où l’on conserve la documentation, les livres, les revues, les fonds anciens comme à la bibliothèque municipale des Sables-d’Olonne où il y a un fonds ancien du 18ème très riche, au musée où il y a un certain nombre d’ouvrages très importants, à la mairie, un centre d’archives municipal également très important, autant de services municipaux. La question se pose aussi à l’échelle du département. A côté de Vincent Lecomte, responsable de l’ensemble des bibliothèques, il y a un responsable de l’ensemble des musées de Vendée qui développe des expositions avec des moyens modernes remarquables, l’une d’elle a été lancée la semaine dernière à propos de l’œuvre de Simenon avec des moyens d’accès extraordinaires, on entend Simenon s’enregistrer lui-même à la fin de sa vie nous avons donc la possibilité de réfléchir à la manière dont ces différents services peuvent répondre à une même politique culturelle. Le Président du Conseil général de la Vendée a évoqué l’idée d’une sorte de redéploiement, pas seulement redéploiement du personnel, un redéploiement assorti d’une réflexion sur les moyens d’envisager les finalités d’une politique culturelle départementale.

Les partenariats financiers sont aussi incontournables pour que la lecture publique ait les moyens de ses ambitions. Tous les nouveaux supports sont onéreux, supposent un investissement lourd pour les départements, communautés de communes et les communes, et il nous appartient de réfléchir à une politique culturelle commune et comment petit à petit mailler notre département, de telle sorte qu’aucun canton, aucune commune ne soit laissée à l’écart, si l’on veut continuer à promouvoir la culture.

Je terminerai par quelques chiffres sur la politique menée par la Vendée depuis quelques années : 220 bibliothèques publiques bénéficient du service départemental, plus de la moitié sont au niveau 3 et même supérieur, alors qu’elles n’étaient que 25% il y a 5 ans, il y a eu plus de 30 projets accompagnés en trois ans, aujourd’hui il y a plus de 50 projets sont en cours, d’ici trois ans un tiers des bibliothèques de la Vendée seront mises en réseau. La fréquentation a augmenté de 25% en 3 ans, 90 000 personnes sont accueillies chaque mois. Sur le seul canton des Sables d’Olonne, le plus peuplé des 31 cantons de la Vendée avec bientôt 50 000 habitants, a été inaugurée à Sainte Foix une petite médiathèque de proximité, articulée avec un accueil périscolaire. Il y a aussi dans les réflexions que vous serez amenés à porter, la proximité des établissements de lecture par rapport aux autres établissements, notamment les établissements scolaires. La ville des Sables d’Olonne, qui étudie la possibilité d’une nouvelle médiathèque, vient de se voir proposer la signature d’une convention avec le département, pour devenir la tête de réseau du service départemental en s’appuyant sur le réseau local intercommunal qui relie déjà les trois médiathèques du Pays des Olonnes. C’est dire si la Vendée n’est pas insensible, loin s’en faut, à la problématique qui fait l’objet de votre colloque.

Les départements que vous représentez ont déjà depuis des années lancé une réflexion générale sur ces sujets mais je crois que ce qui fait l’intérêt majeur de ces trois journées, c’est de mettre en réseau, en relief, en comparaison ce que vous tirez de vos propres expériences, de façon à ce que pour le 26ème anniversaire de votre association, un certain nombre de choses positives aient pu être réalisée, grâce à votre association, c’est le vœu que je formule. Je vous souhaite un excellent colloque à tous.

Allocution de Corinne Sonnier

Corinne Sonnier, présidente de l’ADBDP

Monsieur le Vice-président, Monsieur le Député-Maire, c’est avec grand plaisir que je prononce ces quelques mots d’ouverture. Je peux parler en notre nom à tous en disant que nous avons répondu avec grand plaisir à l’invitation de notre collègue Vincent Lecomte et de sa dynamique équipe pour organiser nos journées d’étude en Vendée. Je voudrais vous adresser tous nos remerciements. Notre association n’aurait pas été en capacité de proposer à ses membres la tenue de nos journées d’étude dans ce cadre, pour lequel je ne trouve pas de superlatif, sans votre soutien. Vous avez soutenu l’idée de ce projet et sa mise en œuvre par une contribution de vos collectivités respectives. Je souhaite en notre nom à tous, vous adresser tous nos remerciements. J’ai plaisir à vous accueillir aux Sables-d’Olonne à l’issue d’une année qui fut dense pour chacun mais aussi restée comme en suspens depuis nos dernières journées d’étude. Dense pour le Conseil d’administration, fortement mobilisé par la préparation des journées d’étude, qui depuis trois ou quatre ans rassemblent plus de 200 personnes. C’est une année qui fut également dense pour les directeurs de BDP, pour les équipes et les partenaires. Certains d’entre nous ont dû expliquer, légitimer, rendre compte de leur activité, argumenter... pour pérenniser des budgets, voire des pans entiers d’activité. Année dense à ce titre mais aussi année comme "en suspension" pour les décideurs des collectivités locales qui mesurent de façon pratique l’impact de la mise en œuvre de la réforme territoriale, notamment de la réforme de la fiscalité locale et ont entamé ou ont le projet d’entamer, de profondes réflexions sur leur capacité d’investissement et sur les politiques à mener. Année également "en suspension" pour les BDP.. Après la mise en chantier de nouveaux équipements, nous constatons à l’échelle nationale qu’il n’émerge plus de projet, mais que s’ouvre une période des réflexions sur les politiques de lecture publique, qui vient geler certaines perspectives.

Cette année semble être comme une forme de transition. Mais de nombreuses questions restent tout à fait présentes. Comment vont s’articuler les complémentarités entre les communes, les départements, les régions ? Quel sera le rôle de l’État et de ses établissements publics ?Comment les départements vont-ils reconfigurer l’exercice des compétences qui sont les leurs ? Quels seront les arbitrages budgétaires en cette période, rendue très difficile par la réforme de la fiscalité ? Quel sera le rôle, quelle sera la place des BDP dans le champ des interventions des départements ? Une année plus tard, ces questions restent posées.

Pour cette raison, le Conseil d’administration a souhaité vous proposer de réfléchir à la question de l’élaboration des politiques. Pour ce faire, nous avons souhaité écouter la parole des élus, des directeurs généraux, des directeurs généraux adjoints, des directeurs de la culture et porter un regard philosophique sur nos débats. Pour mener à bien ce programme, nous sommes ravis de nous retrouver en Vendée, à l’invitation de notre collègue Vincent. Cette invitation nous semblait importante à honorer, au sens où le département de la Vendée est pour nous un exemple de prise en compte de la lecture publique. Nous avons vu à quel point depuis le début des années 2000, il est possible pour un département d’entamer une importante mutation. Alors que la BDP a souffert d’une direction vacante pendant de nombreuses années, d’un faible développement en matière de lecture publique, nous avons constaté l’important mouvement que sont en mesure d’impulser les conseils généraux, dès lors que les politiques sont remises sur le métier, ce qui fut le cas en Vendée.

Je vous remercie encore pour accueil et c’est avec plaisir que je déclare ouvertes les 25èmes Journées d’étude de l’ADBDP.

Allocution de Laëtitia Bontan, présidente de l’Adbdp

Monsieur le Président du Conseil général, Monsieur le Directeur chargé du livre et de la lecture, Mesdames et Messieurs les Inspecteurs généraux, Mesdames et Messieurs les représentants du Ministère de la Culture et de la Communication, Madame, Monsieur les représentants de la DRAC Île-de-France, Monsieur le représentant du Centre national du livre, Mesdames et Messieurs les représentants des associations amies, Mesdames et Messieurs, chers collègues, chers amis,

Je vous souhaite la bienvenue à ces nouvelles journées d’étude. En tant que présidente de l’ADBDP, il me revient le privilège et le plaisir d’ouvrir ces 26èmes journées d’étude et je voudrais adresser nos plus vifs remerciements à Monsieur le Président du Conseil général du Val-d’Oise qui a bien voulu nous accueillir dans son département. Nous sommes dans le Val-d’Oise grâce à Cécile Le Tourneau et son équipe qui ont œuvré pour nous accueillir. On ne rappellera jamais assez quel investissement l’organisation de ces journées représente et je remercie chaleureusement Cécile et toute l’équipe départementale du Val-d’Oise. Les journées d’étude se veulent à l’image de notre association, un lieu d’échanges sur nos pratiques, et un lieu de réflexion sur l’évolution de nos établissements et de leur environnement. Nous sommes depuis quelques années dans une période qui nous interroge et Corinne Sonnier ouvrait ainsi les journées d’étude de 2009 : « Cette année pourrait être une phase de réflexion préalable à une éventuelle mutation ». En effet, la société qui nous entoure est en profonde mutation : crise économique, défi éducatif, recomposition territoriale, dont on nous promet dans les semaines à venir un acte trois de la décentralisation, révolution numérique, intensification de la circulation des biens et des personnes, nul doute que ces bouleversements restructurent notre société, nos collectivités, nos services. La révolution qui nous touche d’ores déjà est celle des supports et de l’écriture, de la technique de sa reproduction, de sa dissémination, des façons de lire et, pour reprendre Roger Chartier, une telle simultanéité est inédite dans l’histoire. La sphère culturelle est emportée par une logique de diversification galopante. Jamais on n’a produit et diffusé autant de musique, autant de peinture, autant d’informations. Dans les années soixante, la télévision naissante n’offre en France à ses premiers utilisateurs qu’une seule chaîne en noir et blanc. Quatre décennies plus tard, ce sont plusieurs centaines de chaînes qui sont à la disposition du téléspectateur, en clair, sur la TNT, sur le câble, cryptées, gratuites, payantes, en bouquet, nationales, étrangères, internationales. Le marché du livre montre la même diversification, proliférante, avec une production qui, pour la France seule, dépasse les 50 000 titres nouveaux par an, là où il s’en publiait moins de 30 000 il y a dix ans. La même logique est à l’œuvre dans la production cinématographique, comme le montre la multiplication chaque semaine des sorties sur les écrans. Entre dix et quinze films nouveaux sont chaque mercredi à l’affiche des salles françaises. Quant à internet, son explosion a fait qu’en quelques années la prolifération des sites est devenue exponentielle. Ce n’est pas l’information qui manque, on en regorge, ce qui fait défaut c’est la méthode pour s’orienter dans cette surabondance indifférenciée, pour parvenir à une distance analytique et critique qui seule peut lui donner un sens. L’un des grands enjeux est là, comment éduquer les individus, former des esprits libres à un univers d’excès d’information. On est aujourd’hui dans le double chaos de l’abondance et de l’immédiateté, jamais autant d’informations n’ont été disponibles, jamais les ressources encyclopédiques n’ont été aussi riches mais riches de quoi ? Si la révolution numérique est en jeu, si l’espace territorial s’interroge, la dette publique nous imposera de faire des choix. Comment en effet ne pas évoquer la crise de la dette publique dans un contexte où les collectivités seront amenées à effectuer des choix, à établir des priorités, à mutualiser des services. Si la modernisation des bibliothèques est une nécessité cyclique, il s’agira d’ancrer la bibliothèque dans son époque et d’entreprendre l’évolution des établissements, institutions publiques où l’important ne sera pas tant la diversité des supports mais la pertinence des choix et la complémentarité des services au regard des besoins de la société. Choix de notre légitimité, choix de notre stratégie, de nos missions, de nos actions. On comprendra donc aujourd’hui que le thème retenu pour nos journées interroge nos services et nos métiers. Services et métiers en évolution, c’est le thème que nous avons choisi d’aborder et cette année, l’ensemble du conseil d’administration s’est mobilisé pour construire cette réflexion. Au cours des vingt dernières années, grâce aux bibliothèques départementales, les réseaux de lecture n’ont cessé de se ramifier, de se consolider et les BDP n’ont cessé de voir leurs fonctions s’élargir. De simples fournisseurs et diffuseurs de documents, elles ont vu leur rôle s’accroître, experts en ingénierie culturelle, conseillers en matière d’aménagement et construction de bâtiments, programmateurs de saisons culturelles, organismes de formation, spécialistes de l’information et du numérique, aménageurs du territoire et la liste est longue. On comprendra qu’au cours de ces trois jours, nous ne pourrons malheureusement pas aborder tous ces sujets. Cependant, nous nous attacherons à ouvrir les points de vue. Évolution des services et des métiers, l’objet est de considérer comment les bibliothèques départementales évoluent et s’adaptent à leur environnement, en prenant en compte ces deux éléments que sont nos services d’une part et nos métiers d’autre part, l’un et l’autre étant étroitement imbriqués. Comment, de techniciens catalogueurs, nous sommes devenus experts en ingénierie culturelle, comment nous devons faire face aux préoccupations de nos collectivités. C’est présenter tout à la fois l’aspect concret de nos services mais aussi apprendre à raisonner sur eux. C’est le sens des conférences d’ouverture de ces journées ainsi que des deux tables rondes qui se succèdent aujourd’hui. Et puis, nous avons souhaité ouvrir notre horizon par la présentation d’expériences internationales et je salue d’ores et déjà Jordi Permanyer Bastardas, directeur du réseau de lecture publique de la « Diputacio de Barcelona », qui nous a fait l’amitié de répondre à notre invitation et qui sera présent parmi nous tout au long de ces journées. Merci aussi à l’ensemble des intervenants qui ont répondu à notre invitation. Je voudrais terminer sur ceci. Nous sommes ici dans le Val-d’Oise également pour saluer la carrière d’un professionnel « bdpiste », sa carrière active et engagée, un professionnel aux multiples casquettes, IABD, ABF et qui, jusqu’à sa nouvelle prise de poste ici même, participait activement aux travaux de l’ADBDP. Dominique, je crois pouvoir dire, au nom de l’association, tout le plaisir que nous avons à nous trouver ici aujourd’hui. Il me reste à vous souhaiter de riches et fructueux travaux et déclare ouvertes ces 26èmes journées d’étude de l’ADBDP.

Allocution d’Arnaud Bazin

Ouverture des journées par Arnaud Bazin, Président du Conseil général du Val-d’Oise et Laetitia Bontan, Présidente de l’ADBDP

Monsieur le Directeur chargé du livre et de la lecture représentant Madame la Ministre de la culture et de la communication, Mesdames et Messieurs les élus, mes chers collègues, Mesdames et Messieurs les représentants du Ministère de la culture et de la communication, du Centre national du livre, de l’Inspection générale des bibliothèques, de la DRAC, Monsieur le directeur du MOTif, Madame la présidente de l’ADBDP, Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs des bibliothèques départementales et leur collaboratrices et collaborateurs,

C’est à la fois un profond plaisir personnel et un honneur pour moi que d’ouvrir ce 26ème congrès des bibliothèques départementales de prêt, le premier, m’a-t-on dit, qui se déroule en Île-de-France et nous ne sommes pas peu fiers que ce soit dans le Val-d’Oise. En effet la région Île-de-France ne se réduit pas à Paris et à sa première couronne et vous aurez l’occasion de découvrir cette partie du Val-d’Oise, son tissu urbain si particulier et sa campagne si proche. Il y a de la campagne dans le Val-d’Oise à 30 kms de Paris et si vous me permettez ce trait d’humour peut-être déplacé, si proche en kilomètres et si lointaine en temps de transport.

Je suis heureux comme président d’un conseil général d’accueillir 150 agents exerçant dans soixante-deux conseils généraux de France métropolitaine et d’Outre-Mer. Il est important que les professionnels d’un secteur de l’action publique se réunissent pour partager leurs expériences, leurs projets mais aussi leurs interrogations et leurs visions dans une époque qui est à la fois très stimulante et singulièrement exigeante. Je suis aussi heureux parce qu’il s’agit de bibliothèques. J’ai été seize ans durant maire de Persan, une commune populaire de 10 000 habitants dans le nord du département et j’ai particulièrement mesuré, durant mes mandats successifs, l’importance de la lecture publique pour la population d’une commune ou d’un bassin de vie, surtout quand elle est en permanence en partenariat avec tous les autres acteurs du territoire. J’ai pu éprouver à quel point une bibliothèque, et même une médiathèque, puisque nous avons maintenant la chance d’avoir une médiathèque, est non seulement un lieu essentiel de démocratisation de l’accès à la culture, à la connaissance, à l’information mais aussi un lieu qui favorise le brassage, la rencontre intergénérationnelle, le lien social, et constitue pour chacun un espace de liberté individuelle et collective, un espace de vivre ensemble ou s’apprend et s’exerce la civilité et le respect d’autrui.

A titre d’anecdote, il y a bientôt 30 ans, la première fois où je suis arrivé dans ma ville, le premier service public que j’ai fréquenté était tout simplement ce qui était alors la bibliothèque. Les bibliothèques ont aussi pour caractéristique de toucher pour l’essentiel la population. Vous êtes les bibliothèques des bibliothèques, et aussi leurs conseillers et leurs formateurs. Cette compétence, assumée par les conseils généraux, se singularise par le fait qu’elle n’est pas bordée par des dispositifs nationaux qu’il s’agirait d’appliquer mais c’est un appel à l’imagination et donc à l’innovation. C’est un espace de liberté mais il n’y a pas de liberté sans responsabilité. Cette responsabilité que vous avez, c’est d’adapter aux évolutions générales et aux caractéristiques de chaque département le service que vous apportez.

Le Val-d’Oise a ainsi construit progressivement sa propre politique de lecture publique. Elle s’appuie d’une part sur des aides financières en investissement, constructions, équipements mobiliers et informatiques, véhicules, dans le cadre d’un dispositif d’aide aux communes et à leurs groupements qui est particulièrement apprécié et sur des subventions de fonctionnement que nous venons de refonder sous forme d’appels à projet autour de huit thématiques il y a quelques semaines, et d’autre part sur la bibliothèque départementale du Val-d’Oise avec son équipe de vingt-trois agents dirigée par Cécile Le Tourneau. Le site de Pontoise, que nous vous invitons à visiter ce soir, avec sa réserve, c’est une particularité du département, nous sommes deux départements à avoir cette capacité de réserve, ses véhicules, son fonds de livres, les CD, DVD, marionnettes et jeux vidéo. Je ne vous surprendrai pas en vous disant qu’elle prête des ouvrages aux bibliothèques et médiathèques, dispense des formations à leurs personnels bénévoles et salariés, prodigue conseils et assistance aux bibliothèques et à leurs collectivités quand elles en expriment le besoin.

Mais je voudrais ici vous tracer à grands traits les caractéristiques de l’action de notre BDP. Nous confions à notre bibliothèque départementale deux types de missions. Premièrement mener des actions pour lesquelles l’échelon départemental est le plus approprié, dans une logique de subsidiarité, deuxièmement soutenir les efforts des communes et de leurs groupements par une aide complémentaire et jamais substitutive. Le second volet vous est familier, j’insisterai donc sur le premier. Il est constitué de quatre axes principaux. Premièrement, la coordination de RéVOdoc, le réseau documentaire du Val-d’Oise, qui rassemble au une soixantaine de bibliothèques publiques ainsi que la bibliothèque universitaire. Tout valdoisien inscrit dans une de ces bibliothèques peut d’un clic chercher dans les fonds de l’ensemble du réseau, faire des réservations en ligne et ensuite être livré dans sa bibliothèque municipale. Deuxièmement, l’organisation d’une réserve départementale de prêt. Les bibliothèques sont invitées à renouveler les fonds qu’elles proposent dans leurs locaux, en donnant les ouvrages peu demandés à la bibliothèque départementale qui s’engage à conserver un exemplaire de chaque titre susceptible d’être prêté et le mettre à la disposition du réseau ReVOdoc. L’existence de cette réserve facilite le renouvellement des fonds présentés au public, ce que vous appelez le désherbage, et fournit une solution mutualisée pour garantir la pérennité de la disponibilité des titres malgré la diminution de la demande. Troisièmement, la participation à des actions d’échelle départementale visant à développer la lecture et les pratiques relatives aux autres supports de culture et de la connaissance. C’est ainsi que nous proposons, passé la 5ème, un prix permettant aux collégiens de voter pour un livre et de rencontrer un auteur dans leur classe. J’ai eu le plaisir de participer à l’une de ces rencontres en mai dernier et d’en apprécier toute la richesse. Vous savez bien sûr que les collégiens sont l’un des publics prioritaires du Conseil général. Enfin, quatrième axe, la réalisation d’études conçues comme des outils d’aide à la décision sur la lecture publique, grâce à la collaboration entre la bibliothèque départementale du Val-d’Oise et notre service études devenu aujourd’hui Mission innovation sur les services aux usagers.

Mais je ne saurais passer sous silence un mot qui obsède les esprits à juste titre car il compose une partie de la texture de notre époque, le numérique. Nous avons pris ce sujet à bras le corps en commençant à développer des collèges numériques et en votant un schéma départemental d’aménagement numérique. Les bibliothèques et médiathèques sont également concernées. Nous avons contribué à la sensibilisation des professionnels des bibliothèques, et plus largement des collectivités territoriales, en organisant, depuis 2007, avec l’association Cible 95, un cycle de journées d’étude que nous avons titré « La médiathèque dématérialisée ». Nous avons également lancé, dès 2011, un accès public en ligne à 1500 titres de presse réservés, comme il se doit, aux usagers inscrits dans les bibliothèques. Nous poursuivrons cette démarche dans un esprit de complémentarité avec celle des communes et de leurs regroupements.

Le 25 mai dernier, notre assemblée départementale a adopté un schéma de diffusion des ressources des bibliothèques qui nous permettra, avec le concours des communautés d’agglomération et de communes qui le voudront bien, d’optimiser par étapes la circulation des ouvrages, tant ceux de la bibliothèque départementale que ceux que les bibliothèques se prêtent entre elles dans le cadre de ReVOdoc, grâce à l’interconnexion des navettes départementales et intercommunales. Dès le mois prochain, nous serons en capacité de desservir la quasi-totalité des 127 bibliothèques deux fois par mois, directement ou en un point de desserte unique dans trois communautés d’agglomération et de communes. Dans la même délibération, nous avons adopté le principe de conventions types avec les communes et les communautés de communes et d’agglomération, qui fixera le cadre de la contribution respective du département et des collectivités partenaires dans le développement de la lecture publique.

J’en viens tout naturellement à notre vision du développement de l’organisation de la lecture publique et de la part que nous entendons prendre à cette œuvre publique. Elle tient en trois mots : territoire, mutualisation et réseau. Territoire parce que c’est dans la proximité et la collaboration entre acteurs locaux que les bibliothèques peuvent s’inscrire dans le quotidien des habitants. Il n’appartient pas au conseil général de faire à la place des communes et des associations, mais de contribuer à ce qu’elles développent elles-mêmes ce service public. Notre souci est de contribuer à ce qu’il y ait, dans ce domaine aussi, un maillage territorial qui ne laisse personne de côté. Je crois que nos dispositifs de soutien ont été d’un effet sensible puisque nous avons un maillage de 127 bibliothèques et quand on observe sa répartition territoriale, on voit que l’objectif est largement atteint.

Mutualisation parce que la réunion des moyens et des compétences permet d’améliorer les services à la population tout en les gérant de la façon la plus économe possible, et chacun est bien conscient de cette nécessité d’efficacité et d’économie aujourd’hui encore plus qu’hier. Deux niveaux de mutualisation se superposent et s’épaulent, le départemental et l’intercommunal. Nous entendons le favoriser et y prendre notre part.

Réseau enfin parce que la coopération horizontale entre collectivités et autres acteurs de la vie culturelle est une forme efficace de mutualisation. Dans le domaine de la lecture publique, nous avons la chance de disposer dans le Val-d’Oise de deux réseaux complémentaires, ReVOdoc que nous coordonnons et finançons, et l’association Cible 95, qui regroupe de nombreuses collectivités territoriales pour des actions communes en matière de bibliothèques. C’est dans ce domaine notre partenaire privilégié.

Ainsi concevons-nous notre politique publique dans le domaine qui est le vôtre. Il constitue l’un des volets de notre politique culturelle, dont mon collègue Gérard Lambert Motte, président de la commission des affaires culturelles, a la charge au sein du Conseil général et qui est dirigé par Véronique Flageollet. Celle-ci, outre la lecture publique, a en charge le spectacle vivant, le patrimoine, l’art contemporain, le cinéma et l’enseignement artistique.

Je vais laisser la parole aux intervenants pour ces deux jours et demi de travaux sur un thème qui s’impose dans notre époque de mutations, l’innovation. Comme je vous le disais, notre administration s’est dotée d’une « Mission innovation sur les services aux usagers » et de nouveaux outils, notamment le design de services, pour répondre de façon plus adaptée et pertinente aux besoins des usagers. Vous aurez bien des choses à produire et à échanger sur un tel sujet. Au moment de vous laisser entrer dans le vif de vos travaux, je voudrais me rappeler avec vous un ouvrage que j’aime beaucoup, les mémoires d’enfance de François Cavanna, qui s’appelle Les Ritals. Dans cet ouvrage, François Cavanna raconte son éveil émerveillé à la lecture, qui le poussait à lire tous les documents à sa disposition, on est dans les années 30, jusqu’aux étiquettes des boites de camembert. Je vais vous faire une confidence, j’ai été un peu quelque part cet enfant-là, je me suis éveillé à la vie dans l’amour de ma famille, j’ai eu cette chance, et au monde dans l’amour de la lecture, la découverte précoce de la lecture, et vous avez devant vous un président de Conseil général militant de la lecture publique. Merci de votre attention.

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