Allocution d’Arnaud Bazin

Ouverture des journées par Arnaud Bazin, Président du Conseil général du Val-d’Oise et Laetitia Bontan, Présidente de l’ADBDP

Monsieur le Directeur chargé du livre et de la lecture représentant Madame la Ministre de la culture et de la communication, Mesdames et Messieurs les élus, mes chers collègues, Mesdames et Messieurs les représentants du Ministère de la culture et de la communication, du Centre national du livre, de l’Inspection générale des bibliothèques, de la DRAC, Monsieur le directeur du MOTif, Madame la présidente de l’ADBDP, Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs des bibliothèques départementales et leur collaboratrices et collaborateurs,

C’est à la fois un profond plaisir personnel et un honneur pour moi que d’ouvrir ce 26ème congrès des bibliothèques départementales de prêt, le premier, m’a-t-on dit, qui se déroule en Île-de-France et nous ne sommes pas peu fiers que ce soit dans le Val-d’Oise. En effet la région Île-de-France ne se réduit pas à Paris et à sa première couronne et vous aurez l’occasion de découvrir cette partie du Val-d’Oise, son tissu urbain si particulier et sa campagne si proche. Il y a de la campagne dans le Val-d’Oise à 30 kms de Paris et si vous me permettez ce trait d’humour peut-être déplacé, si proche en kilomètres et si lointaine en temps de transport.

Je suis heureux comme président d’un conseil général d’accueillir 150 agents exerçant dans soixante-deux conseils généraux de France métropolitaine et d’Outre-Mer. Il est important que les professionnels d’un secteur de l’action publique se réunissent pour partager leurs expériences, leurs projets mais aussi leurs interrogations et leurs visions dans une époque qui est à la fois très stimulante et singulièrement exigeante. Je suis aussi heureux parce qu’il s’agit de bibliothèques. J’ai été seize ans durant maire de Persan, une commune populaire de 10 000 habitants dans le nord du département et j’ai particulièrement mesuré, durant mes mandats successifs, l’importance de la lecture publique pour la population d’une commune ou d’un bassin de vie, surtout quand elle est en permanence en partenariat avec tous les autres acteurs du territoire. J’ai pu éprouver à quel point une bibliothèque, et même une médiathèque, puisque nous avons maintenant la chance d’avoir une médiathèque, est non seulement un lieu essentiel de démocratisation de l’accès à la culture, à la connaissance, à l’information mais aussi un lieu qui favorise le brassage, la rencontre intergénérationnelle, le lien social, et constitue pour chacun un espace de liberté individuelle et collective, un espace de vivre ensemble ou s’apprend et s’exerce la civilité et le respect d’autrui.

A titre d’anecdote, il y a bientôt 30 ans, la première fois où je suis arrivé dans ma ville, le premier service public que j’ai fréquenté était tout simplement ce qui était alors la bibliothèque. Les bibliothèques ont aussi pour caractéristique de toucher pour l’essentiel la population. Vous êtes les bibliothèques des bibliothèques, et aussi leurs conseillers et leurs formateurs. Cette compétence, assumée par les conseils généraux, se singularise par le fait qu’elle n’est pas bordée par des dispositifs nationaux qu’il s’agirait d’appliquer mais c’est un appel à l’imagination et donc à l’innovation. C’est un espace de liberté mais il n’y a pas de liberté sans responsabilité. Cette responsabilité que vous avez, c’est d’adapter aux évolutions générales et aux caractéristiques de chaque département le service que vous apportez.

Le Val-d’Oise a ainsi construit progressivement sa propre politique de lecture publique. Elle s’appuie d’une part sur des aides financières en investissement, constructions, équipements mobiliers et informatiques, véhicules, dans le cadre d’un dispositif d’aide aux communes et à leurs groupements qui est particulièrement apprécié et sur des subventions de fonctionnement que nous venons de refonder sous forme d’appels à projet autour de huit thématiques il y a quelques semaines, et d’autre part sur la bibliothèque départementale du Val-d’Oise avec son équipe de vingt-trois agents dirigée par Cécile Le Tourneau. Le site de Pontoise, que nous vous invitons à visiter ce soir, avec sa réserve, c’est une particularité du département, nous sommes deux départements à avoir cette capacité de réserve, ses véhicules, son fonds de livres, les CD, DVD, marionnettes et jeux vidéo. Je ne vous surprendrai pas en vous disant qu’elle prête des ouvrages aux bibliothèques et médiathèques, dispense des formations à leurs personnels bénévoles et salariés, prodigue conseils et assistance aux bibliothèques et à leurs collectivités quand elles en expriment le besoin.

Mais je voudrais ici vous tracer à grands traits les caractéristiques de l’action de notre BDP. Nous confions à notre bibliothèque départementale deux types de missions. Premièrement mener des actions pour lesquelles l’échelon départemental est le plus approprié, dans une logique de subsidiarité, deuxièmement soutenir les efforts des communes et de leurs groupements par une aide complémentaire et jamais substitutive. Le second volet vous est familier, j’insisterai donc sur le premier. Il est constitué de quatre axes principaux. Premièrement, la coordination de RéVOdoc, le réseau documentaire du Val-d’Oise, qui rassemble au une soixantaine de bibliothèques publiques ainsi que la bibliothèque universitaire. Tout valdoisien inscrit dans une de ces bibliothèques peut d’un clic chercher dans les fonds de l’ensemble du réseau, faire des réservations en ligne et ensuite être livré dans sa bibliothèque municipale. Deuxièmement, l’organisation d’une réserve départementale de prêt. Les bibliothèques sont invitées à renouveler les fonds qu’elles proposent dans leurs locaux, en donnant les ouvrages peu demandés à la bibliothèque départementale qui s’engage à conserver un exemplaire de chaque titre susceptible d’être prêté et le mettre à la disposition du réseau ReVOdoc. L’existence de cette réserve facilite le renouvellement des fonds présentés au public, ce que vous appelez le désherbage, et fournit une solution mutualisée pour garantir la pérennité de la disponibilité des titres malgré la diminution de la demande. Troisièmement, la participation à des actions d’échelle départementale visant à développer la lecture et les pratiques relatives aux autres supports de culture et de la connaissance. C’est ainsi que nous proposons, passé la 5ème, un prix permettant aux collégiens de voter pour un livre et de rencontrer un auteur dans leur classe. J’ai eu le plaisir de participer à l’une de ces rencontres en mai dernier et d’en apprécier toute la richesse. Vous savez bien sûr que les collégiens sont l’un des publics prioritaires du Conseil général. Enfin, quatrième axe, la réalisation d’études conçues comme des outils d’aide à la décision sur la lecture publique, grâce à la collaboration entre la bibliothèque départementale du Val-d’Oise et notre service études devenu aujourd’hui Mission innovation sur les services aux usagers.

Mais je ne saurais passer sous silence un mot qui obsède les esprits à juste titre car il compose une partie de la texture de notre époque, le numérique. Nous avons pris ce sujet à bras le corps en commençant à développer des collèges numériques et en votant un schéma départemental d’aménagement numérique. Les bibliothèques et médiathèques sont également concernées. Nous avons contribué à la sensibilisation des professionnels des bibliothèques, et plus largement des collectivités territoriales, en organisant, depuis 2007, avec l’association Cible 95, un cycle de journées d’étude que nous avons titré « La médiathèque dématérialisée ». Nous avons également lancé, dès 2011, un accès public en ligne à 1500 titres de presse réservés, comme il se doit, aux usagers inscrits dans les bibliothèques. Nous poursuivrons cette démarche dans un esprit de complémentarité avec celle des communes et de leurs regroupements.

Le 25 mai dernier, notre assemblée départementale a adopté un schéma de diffusion des ressources des bibliothèques qui nous permettra, avec le concours des communautés d’agglomération et de communes qui le voudront bien, d’optimiser par étapes la circulation des ouvrages, tant ceux de la bibliothèque départementale que ceux que les bibliothèques se prêtent entre elles dans le cadre de ReVOdoc, grâce à l’interconnexion des navettes départementales et intercommunales. Dès le mois prochain, nous serons en capacité de desservir la quasi-totalité des 127 bibliothèques deux fois par mois, directement ou en un point de desserte unique dans trois communautés d’agglomération et de communes. Dans la même délibération, nous avons adopté le principe de conventions types avec les communes et les communautés de communes et d’agglomération, qui fixera le cadre de la contribution respective du département et des collectivités partenaires dans le développement de la lecture publique.

J’en viens tout naturellement à notre vision du développement de l’organisation de la lecture publique et de la part que nous entendons prendre à cette œuvre publique. Elle tient en trois mots : territoire, mutualisation et réseau. Territoire parce que c’est dans la proximité et la collaboration entre acteurs locaux que les bibliothèques peuvent s’inscrire dans le quotidien des habitants. Il n’appartient pas au conseil général de faire à la place des communes et des associations, mais de contribuer à ce qu’elles développent elles-mêmes ce service public. Notre souci est de contribuer à ce qu’il y ait, dans ce domaine aussi, un maillage territorial qui ne laisse personne de côté. Je crois que nos dispositifs de soutien ont été d’un effet sensible puisque nous avons un maillage de 127 bibliothèques et quand on observe sa répartition territoriale, on voit que l’objectif est largement atteint.

Mutualisation parce que la réunion des moyens et des compétences permet d’améliorer les services à la population tout en les gérant de la façon la plus économe possible, et chacun est bien conscient de cette nécessité d’efficacité et d’économie aujourd’hui encore plus qu’hier. Deux niveaux de mutualisation se superposent et s’épaulent, le départemental et l’intercommunal. Nous entendons le favoriser et y prendre notre part.

Réseau enfin parce que la coopération horizontale entre collectivités et autres acteurs de la vie culturelle est une forme efficace de mutualisation. Dans le domaine de la lecture publique, nous avons la chance de disposer dans le Val-d’Oise de deux réseaux complémentaires, ReVOdoc que nous coordonnons et finançons, et l’association Cible 95, qui regroupe de nombreuses collectivités territoriales pour des actions communes en matière de bibliothèques. C’est dans ce domaine notre partenaire privilégié.

Ainsi concevons-nous notre politique publique dans le domaine qui est le vôtre. Il constitue l’un des volets de notre politique culturelle, dont mon collègue Gérard Lambert Motte, président de la commission des affaires culturelles, a la charge au sein du Conseil général et qui est dirigé par Véronique Flageollet. Celle-ci, outre la lecture publique, a en charge le spectacle vivant, le patrimoine, l’art contemporain, le cinéma et l’enseignement artistique.

Je vais laisser la parole aux intervenants pour ces deux jours et demi de travaux sur un thème qui s’impose dans notre époque de mutations, l’innovation. Comme je vous le disais, notre administration s’est dotée d’une « Mission innovation sur les services aux usagers » et de nouveaux outils, notamment le design de services, pour répondre de façon plus adaptée et pertinente aux besoins des usagers. Vous aurez bien des choses à produire et à échanger sur un tel sujet. Au moment de vous laisser entrer dans le vif de vos travaux, je voudrais me rappeler avec vous un ouvrage que j’aime beaucoup, les mémoires d’enfance de François Cavanna, qui s’appelle Les Ritals. Dans cet ouvrage, François Cavanna raconte son éveil émerveillé à la lecture, qui le poussait à lire tous les documents à sa disposition, on est dans les années 30, jusqu’aux étiquettes des boites de camembert. Je vais vous faire une confidence, j’ai été un peu quelque part cet enfant-là, je me suis éveillé à la vie dans l’amour de ma famille, j’ai eu cette chance, et au monde dans l’amour de la lecture, la découverte précoce de la lecture, et vous avez devant vous un président de Conseil général militant de la lecture publique. Merci de votre attention.

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