CR journées d'étude allocutions d'ouvertures

Introduction

Martine Blanchard, Présidente de l’ADBDP

Monsieur le Vice-Président du Conseil Général
Monsieur le Président du Conseil Supérieur des Bibliothèques
Monsieur le représentant du Directeur du Livre et de la Lecture
Mesdames, Messieurs les Inspecteurs Généraux,
Chers collègues,

C’est avec grand plaisir que nous vous accueillons si nombreux pour ces 13èmes Journées d’étude de L’ADBDP.

A l’ouverture de ces Journées, je tiens tout d’abord à adresser nos plus vifs remerciements à Monsieur le Président du Conseil Général du Gard, qui a bien voulu nous accueillir et permettre la tenue de ces journées dans son Département . Un grand merci également à Denise Pouget, et à l’équipe de la BDP du Gard, qui ont déployé beaucoup d’efforts et d’énergie pour prendre en charge l’organisation de ces rencontres.

Nous nous réjouissons que ces journées aient attiré un si grand nombre de collègues .

Cela tient sans aucun doute à la renommée du Gard et de la ville de Nimes, mais aussi, nous avons du moins la faiblesse de le croire, au choix du thème retenu. : les politiques d’acquisition en bibliothèques départementales de prêt. Il nous semble, à ce propos, symbolique et opportun que ce thème soit développé dans cette région de France, assez proche, géographiquement, de villes qui, par les pressions et les interdictions imposées à leur bibliothèque, ont défrayé la chronique et soulevé questions et inquiétudes chez les professionnels quelque peu désarmés.

La constitution des collections est l’activité de base d’une bibliothèque. Cela parait une évidence et pourtant il semblerait, comme le soulignait le Conseil Supérieur des Bibliothèques dans son rapport, que " la bibliothéconomie oublie de plus en plus la notion de collections ", et que les acquisitions ne sont plus tout à fait ou pas assez au coeur de nos préoccupations.

Il est vrai que l’augmentation des moyens, le développement des réseaux de bibliothèques, la percée des nouvelles technologies, la diversification de nos missions ont conduit le responsable de bibliothèque, et en particulier de BDP, à être à la fois : gestionnaire, manager d’équipe, constructeur de bâtiments, négociateur, animateur culturel, planificateur et aménageur du territoire, agitateur d’idées et de projets, statisticien , internaute etc...

Et je citerais volontiers la réflexion d’un collègue, en retraite maintenant, qui se démarquant de ce qu’il considérait comme une dérive technico-administrative disait : " moi, j’achète des livres et je les prête, c’est mon métier ".

Il est temps, après avoir prouvé nos capacités d’adaptation aux mutations sociales et techniques, et d’innovation dans la mise en place de réseaux, de revenir au coeur du métier : les politiques d’acquisition, c’est à dire ce qui légitime notre profession.

Le groupe de préparation de ces journées, sous la responsabilité de Bruno Dartiguenave, directeur de la BDP de Maine-et-Loire, que je voudrais tout particulièrement remercier, a souhaité aborder ce thème sous trois angles d’approche : la constitution des collections et la responsabilité des professionnels, l’adaptation des collections aux publics, l’évaluation des collections et leur mise en valeur. Outre les interventions d’universitaires ou de professionnels sur ces différents thèmes, il nous a semblé également important d’étayer notre réflexion sur nos pratiques actuelles en BDP, analysées dans un questionnaire détaillé, dont les résultats témoignent de nos diversités.

Dans un premier temps, nous nous efforcerons de répondre à ces questions : Comment sont constituées les collections ? Par qui ? Quels critères de sélection sont appliqués ? Par qui sont-ils déterminés et validés ? Y a-t-il une responsabilité scientifique des acquisitions ? Sur quoi fonder la légitimité des bibliothécaires à acheter les documents ? Quelle articulation avec le politique ? Comment définir et appliquer la notion de pluralisme des collections ?

Si ces questions ont toujours été sous-jacentes à nos réflexions et nos pratiques, les problèmes de censure évoqués tout à l’heure ont mis en lumière l’absence de réponses explicites et claires, fondées sur une assise méthodique, reconnue, validée et expliquée.

Il allait de soi qu’un professionnel des bibliothèques soit à la tête d’une bibliothèque et que son rôle soit, entre autres, d’acquérir des livres et d’autres documents pour desservir ses divers publics. La réalité nous oblige à le préciser et à le justifier.

Nous nous intéresserons également à l’adéquation des collections aux divers publics. En effet, l’apparition de nouveaux supports, et la diversification des publics à desservir nous conduit à une étude des besoins et à un réajustement des collections par rapport à de nouvelles attentes. Quelle place est faite aux demandes des lecteurs dans nos acquisitions ?

Quelle conception de la culture sous-tend nos choix ? Qu’en est-il chez nos collègues anglo-saxons ? Comment justifier nos choix, et nos refus ? Où s’établit la limite dans des domaines délicats, tels que la violence, l’érotisme, l’ésotérisme les livres politiques etc... ?

L’évolution des populations desservies par les BDP, et des missions des BDP au cours de leur histoire induisent des changements dans les collections. Les politiques culturelles des départements, et la mise en place de réseaux départementaux de bibliothèques conduisent à repenser les politiques documentaires, en complémentarité des bibliothèques locales. La diversité des réseaux et la spécificité des fonctionnements se traduisent-elles par une diversité des collections dans les différentes BDP ?

Enfin, pour garantir la liberté intellectuelle et la responsabilité scientifique du professionnel dans le choix des documents, n’y a-t-il pas nécessité d’évaluer ses collections , en s’appuyant sur des outils formalisés , pour définir une politique documentaire cohérente et réfléchie ?

Autant de questions qui seront abordées au cours de ces 3 jours, où interventions théoriques, compte-rendus d’expériences et débats alterneront. Nous n’apporterons sans doute pas de réponses à toutes ces questions, ni ne donnerons de recettes infaillibles Souhaitons seulement que ces rencontres soient un enrichissement pour chacun et qu’elles ouvrent des pistes d’un travail fructueux, pour que les bibliothèques restent un espace de découverte et de liberté, au service des citoyens.

Le Pays de Racan (Indre-et-Loire) : une intercommunalité alternative

Jean-Yves Pineau, Agent de développement du Pays de Racan

Le territoire

Le Pays de Racan, zone rurale fragile, est situé en Indre-et-Loire à une trentaine de kilomètres au Nord de Tours. Il regroupe le canton de Neuvy-le-Roi (10 communes) et trois communes du Nord du canton de Neuillé-Pont-Pierre (pour une population d’environ 8 500 habitants). Composé de petits villages, il n’existe pas de bourg suffisamment important pour pouvoir jouer un rôle d’entraînement économique sur le territoire. Zone limite entre les départements de la Sarthe, du Loir-et-Cher et de l’Indre-et-Loire et à la frontière de deux Régions administratives (le Centre dont il fait partie et les Pays-de-Loire) l’activité économique prédominante du Pays de Racan reste l’agriculture. A l’Est du Pays de Racan dominent les grandes cultures (céréales, tournesols, etc.) tandis qu’à l’ouest on retrouve une forte activité autour de la culture de champignons et l’arboriculture. Pourtant, s’il n’existe pas vraiment d’activité économique de "substitution", on peut observer un début de développement récent de petites ou moyennes entreprises notamment dans la chaudronnerie et l’aéraulique ainsi que dans l’informatique de services. Cependant, le récent classement du canton de Neuvy-le- Roi (qui constitue la majeure partie du Pays de Racan) en zone de développement prioritaire, entérine le lent dépérissement économique du territoire constaté depuis 1988. On peut résumer cette fragilité en distinguant trois éléments structurels - ceux-là mêmes qui ont servi à inscrire ce territoire dans l’objectif européen pour le développement des zones rurales (5B) :

  • les problèmes démographiques : baisse du nombre d’habitants (-4,6% au dernier recensement), amoindrissement de la densité de population (22 habitants au km², moins 33%), forte augmentation de l’indice du vieillissement de la population,
  • la mono-activité agricole : importance de la surface agricole utile, nombreux emplois dans le secteur primaire (35 %),
  • le revenu par habitant qui est faible.

Les infrastructures de transports sont relativement satisfaisantes (Axe routier Tours-Le Mans et Blois-Angers)

Riche de savoir-faire et possédant un patrimoine préservé, le Pays de Racan s’est engagé dès 1990 dans une démarche de valorisation de ses ressources locales. Initiée de manière originale par un collège (le collège Racan de Neuvy-le-Roi) qui est devenu co-acteur du développement de son territoire et animée par une association multipartenariale (les Trois-Vallées du Pays de Racan), la première phase du projet de développement visait à créer une identité locale forte pour permettre la mobilisation des acteurs et la mise en oeuvre d’un plan de développement touristique et culturel. En obtenant rapidement des résultats conséquents, le Pays de Racan veut aujourd’hui s’engager dans une phase de globalisation de son développement.

Le Groupe d’action locale

Le GAL Pays de Racan se compose de la manière suivante : le collège Racan, chef de file administratif et financier du GAL, l’association des Trois-Vallées du Pays de Racan (12 communes, 50 entreprises, artisans, commerçants, 22 associations et 250 particuliers) et les douze communes adhérentes. L’animation, le suivi et la coordination du programme sont confiés à l’association des Trois-Vallées du Pays de Racan (structure disposant d’un agent de développement).

L’originalité du projet réside en partie dans le fait que le collège joue ici un rôle moteur dans la démarche de développement local.

Le projet de développement

Le programme d’innovation rurale du Pays de Racan se décompose en deux volets principaux.

1. Création d’un Centre de ressources pour la vie locale

Au sein du collège, qui accueille déjà l’association des Trois Vallées du Pays de Racan, un Centre de Ressources a été créé. Outre la présence d’un Point Public et d’un Point Information Jeunesse, le Centre de Ressources propose cinq domaines d’actions&nbp; :

  • Former, informer, mobiliser
  • Accueil, conseils, orientation
  • Permanences spécialisées
  • Formations de proximité
  • Services à la population

2. A partir d’une approche par Pôle, mettre en oeuvre un plan de développement global

Le GAL Pays de Racan a déterminé trois pôles de développement privilégiés :

  1. premier Pôle de développement touristique et de diversification agricole
  2. deuxieme Pôle de développement culturel et d’animation
  3. troisieme Pôle de développement des nouvelles techniques de l’information, de la communication et de l’enseignement

Exemples d’actions innovantes

1. Valoriser le patrimoine du Pays de Racan ; construire et commercialiser des produits touristiques

Axée au départ sur le tourisme rural, la démarche de développement du Pays de Racan s’est attachée à valoriser le patrimoine existant (monuments religieux, châteaux, savoir-faire agricole, etc) tout en organisant les conditions même de ce développement touristique : accroissement des infrastructures d’hébergements, animations, mise en place d’une Maison de pays.

Aujourd’hui, ce développement doit se traduire par la mise en marché de produits touristiques (thématiques). L’association a recruté une personne chargée de construire et de commercialiser ces produits (recrutement dans le cadre du programme européen LEADER II et du dispositif Emplois-Jeunes).

2. Autour d’une champignonnière : créer un complexe touristique

Les caves champignonnières Meyer-Champi sont situées sur un site historique remarquable : il s’agit d’une ancienne abbaye cistercienne datant du XIIIème siècle. L’entrepreneur, partenaire de l’association, a ouvert son entreprise aux visites depuis six ans. Les visites et la promotion du lieu sont assurées par l’association des Trois Vallées du Pays de Racan. Aujourd’hui, l’entreprise souhaite développer l’activité touristique en tant que diversification économique et souhaite étudier les conditions de réalisation d’un site attractif, tourné vers la découverte du savoir-faire mycologique et agrémenté d’un parc animalier (idée de conservatoire).

Ce site permettrait de doter le Pays de Racan d’une infrastructure touristique conséquente capable d’attirer un large public et de générer d’importantes retombées économiques au niveau local.

3. Création d’une "Maison des Ecritures"

Projet élaboré autour d’Alfil, maison d’éditions s’étant délocalisée de Paris pour s’installer au Pays de Racan en 1995, l’association Maison des écritures s’est créée en 1998. Inscrit dans le cadre du développement culturel du territoire, ce projet est basé sur l’accueil d’auteurs en résidence. Autour de ces résidences, il sera développé un certains nombres d’animations, toutes liées à l’écriture (stages, rencontres, contes, lectures, etc). Un chef de projet vient d’être recruté pour mener à bien cette opération.

4. A partir du festival des Bucoliques, accompagner le projet de développement culturel du Pays de Racan

Organisé par l’association des Trois-Vallées du Pays de Racan (10ème édition du festival en 1999), le festival des "Bucoliques du Pays de Racan" a largement contribué à promouvoir l’entité "Pays de Racan" en s’inscrivant d’emblée dans la démarche de développement local initiée sur le territoire.

L’action à mener consiste à rassembler les acteurs culturels du territoire, les élus, les socioprofessionnels concernés afin de mettre en oeuvre un Contrat de développement culturel (le Conseil général d’Indre-et-Loire est le principal partenaire financier et promoteur du contrat).

Pour cela, il est imaginé le recrutement d’un chargé de mission spécifique (LEADER II et Conseil Général).

5. Collège Racan : utiliser les nouvelles technologies de l’information, de la communication et de l’enseignement pour créer une structure de formation professionnelle continue ouverte aux acteurs économiques du territoire

Considérant qu’en zone rurale le public est hétérogène, les objectifs et les besoins en formation très variés, il importe de répondre de manière souple et différenciée (dans le temps, les méthodes, les outils) à l’ensemble des demandes.

En créant un espace multimédia, relié via Internet aux actions de formation individualisées du GRETA Touraine (langues, informatique, tertiaire), établissement public rattaché à l’Éducation nationale, il s’agit bien de prendre en charge de manière individuelle et selon des durées à chaque fois spécifiques et variables des stagiaires plus nombreux dans le cadre de formations plus diversifiées. Il s’agit aussi en se dotant d’un outil multimédia performant d’ouvrir les activités de formation à tout le champ des télé-services dont l’appropriation devient un impératif pour les TPMI-PME.

Ainsi, cet espace multimédia permettra de compléter et de prolonger de façon décisive les activités de formation continue en les modernisant tant du point de vue de l’efficacité pédagogique que de la satisfaction des besoins nouveaux induits par l’avènement inéluctable de la société de l’information et des réseaux.

Partie synthétique

Contact

Didier Montagné - Principal du Collège Racan, Président de l’association des Trois-Vallées du Pays de Racan et du GAL "Pays de Racan"
Pineau Jean-Yves - Agent de développement
Gros Catherine - Agent de développement
"Les Trois Vallées du Pays de Racan" - BP 19 - 37370 Neuvy-le-Roi
Tél : 02 47 24 84 12
Fax : 02 47 24 82 86
E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Langues de communication (E-P) : FR-EN-SP
&Ecute;tat membre : France
Région : Centre
Objectif : 5b
Superficie : 380 km2
Population : 8 500 habitants
Densité : 22 hab/km2

Économie et emploi

Taux de chômage : 9 % (95) (taux peu élevé dû aux emplois saisonniers)
Population active :
secteur primaire : 35 %
secteur secondaire : 21,6 %
secteur tertiaire : 43,4 %

Caractéristiques du territoire

Plateaux peu élevés (Gâtine)
Espaces protégés : projet NATURA 2000 pour une partie du territoire

Données LEADER II
(initiative européenne pour le développement des zones rurales, http://www.reseauleader.com)

  • Financement :
    • TOTAL :
    • 3 803 96 F
    • Contribution EU : 1 953 898 F
    • Autre fonds publics : 1 728 898 F
    • Privé : 121 000 F
  • Type de mesures
    • Assistance technique : 254
    • Formation professionnelle : 110
    • Tourisme rural : 60
    • PME, artisanat, services : 25
    • Valorisation des produits agricoles : 35
    • Autres : 41
    • Fonctionnement du GAL : 60

Du côté de la Moselle

Jean Buathier, Directeur de la Bibliothèque départementale de prêt de la Moselle

Dans un contexte de grande mutation de la lecture publique départementale en France, la Moselle s’est conduite en pionnière durant les dix dernières années, en terme de structuration de l’offre de service.

Ce département n’est pas le seul à proposer des solutions originales pour développer la lecture publique, mais les réponses qu’il produit pourraient bien témoigner d’une tendance dans un certain nombre de BDP. L’hypothèse se fonde sur l’échec objectif du prêt direct, en Moselle comme dans bon nombre de départements (moins de 5% d’inscrits) pour développer la structuration des territoires à desservir autour du couple bibliothèque relais / médiathèque annexe de la BDP.

Il faut entendre par bibliothèque relais une structure correspondant aux recommandations formulées par l’Etat (0,07m² habitant), gérée par un personnel formé, avec un budget de fonctionnement et offrant une qualité de service (aménagement des locaux, collections...) réellement apte à séduire le public, avec des plages hebdomadaires d’ouverture adaptées. La notion de médiathèque annexe s’articule quant à elle, en Moselle, sur trois caractéristiques principales :

  • Le partenariat intégral entre des communes et le Conseil général à Bitche, Nilvange et Créhange pour la création et le fonctionnement de ces structures (ainsi le personnel provient-il des deux collectivités pour une même mission, avec comme condition de base un(e) chef de site municipal - intercommunal à Bitche - comme garantie de l’engagement des communes au service du projet.
  • Une double mission de desserte municipale/intercommunale permettant de servir à la fois les publics locaux et une trentaine de bibliothèques relais de proximité pour chaque médiathèque annexe.
  • Une desserte sédentaire des publics, les bibliobus étant avantageusement remplacés par un service des bibliothèques relais dans une véritable zone de médiathèque - et non dans de simples magasins - offrant en permanence 25 000 documents récents contre 2 500 dans les 11 m² d’un bibliobus.

Ce partenariat novateur génère d’importantes économies d’échelle et une amélioration très substantielle, mesurée par enquête, du service apporté aux usagers.

Il sert de support à une intercommunalité optimisée qui fonctionne depuis début 2000 sur Bitche (15 communes) et qui se constituera bientôt sur Nilvange, pour ce qui concerne la desserte non départementale. L’intégration en intercommunalité d’un plus grand nombre de communes où sont situées des bibliothèques relais (125 en Moselle) est en état de réflexion, mais la carte des relais ne recoupe pas nécessairement la carte de l’intercommunalité.

Au niveau du réseau, il existe en outre une dizaine de structures intercommunales - " de droit" ou "de fait" - qui fédèrent une soixantaine de communes dont un tiers possèdent des bibliothèques relais de la BDP.

Les Pays de Mayenne

Silvie Dewulf, Directrice de la Bibliothèque départementale de prêt de la Mayenne

1. Présentation succincte du département

  • département rural ;
  • faible densité au km2 : 53 habitants/km2 (à comparer avec la moyenne française qui est d’environ 100 h au km2), 285&nbsp000 habitants.
    • peu de communes supérieures à 3&nbsp000 habitants : 8 seulement, et 3 supérieures à 10&nbsp000 habitants
    • beaucoup de petites communes : 132 de moins de 500 habitants
  • mise en place d’une intercommunalité renforcée en 1992 par les États généraux lancés par Jean Arthuis, Président du Conseil général de la Mayenne, et par le dispositif des CRD (Contrats régionaux de développement).

2. Origine du Plan départemental de la lecture

  • Réflexion sur la difficulté de fonctionnement de la BD. ;
  • recrutement d’un nouveau conservateur, Mme Dewulf, avec pour mission un audit sur la situation de la lecture sur le département ;
    Étude de 1994 avec les constats suivants :
    • le manque de personnel qualifié et formé,
    • la multiplication de petits points de desserte inadaptés en matière d’horaires d’ouverture et d’offre de collections,
    • la dépendance des bibliothèques-relais envers la BDP pour l’offre documentaire,
      et en corollaire un taux de fréquentation très bas : 6 % sur l’ensemble du réseau.
  • proposition d’exploiter dans le domaine de la lecture les atouts d’un Plan Musique initié sur le département en 1993 qui portait ses fruits et avait pour principe fondamental l’intercommunalité.

3. Objectifs du Plan départemental de la lecture

a) d’un point de vue " lecture publique " :

  • élaborer une véritable politique de lecture publique en matière d’équipements, de formation et d’animation en s’appuyant sur la constitution d’un réseau de lecture publique au niveau des pays ;
  • permettre à un maximum de public de fréquenter une vraie bibliothèque qui concilie les missions de prêt, de travail sur place et d’animation culturelle ;
  • encourager les pratiques de partenariat entre bibliothèques ainsi qu’entre professionnels du livre et bénévoles (favoriser les pratiques de réseau documentaire).

b) d’un point de vue de la politique culturelle départementale :

  • mieux définir les compétences et clarifier les implications financières de chaque partenaire (Département, intercommunalité, commune, État et autres partenaires). Construire une politique de financements croisés en évitant les doublons entre ces partenaires
  • mener une véritable politique d’aménagement culturel du territoire départemental en vue d’éviter toute exclusion de population à l’accès de l’offre culturelle ; en cela rappeler la mission des BDP (reprise dans la Charte du Conseil National supérieur des bibliothèques, article 25) de développer la création des bibliothèques sur le territoire départemental ;
  • insérer les plans thématiques que sont le Plan Musique et le Plan Lecture dans un schéma global de développement culturel, comprenant aussi des conventions culturelles pluridisciplinaires à l’échelle des Pays pour assurer une cohérence culturelle sur le département et avoir un discours clair qui " passe bien " auprès des élus de terrain.

4. Mise en place du dispositif

  • Constitution d’un véritable maillage de bibliothèques composé de trois échelons différents, tenant compte de la taille et des besoins des communes.

La donnée initiale était de concilier deux critères apparemment contradictoires en matière de lecture publique :

  • d’une part l’attractivité en incitant la création des gros équipements visibles et attractifs,
  • d’autre part la proximité avec des équipements de taille plus petite et plus proche des populations, notamment celles peu familières avec la fréquentation d’une bibliothèque ou médiathèque.

Ces différents lieux de lecture fonctionneront en réseau, par l’intermédiaire d’un bibliothécaire intercommunal en liaison avec la Bibliothèque départementale de prêt.

  • Les bibliothèques appelées " têtes de réseau " ont vocation à assurer des missions supra communales. Ces bibliothèques attractives draîneront un large public y compris celui des communes environnantes et permettront une offre de lecture performante. En outre, de par leurs fonctions intercommunales, elles seront l’interlocuteur idéal des Points Lecture délocalisés des communes environnantes de petite taille ne possédant pas de bibliothèques-relais. Ces Bibliothèques seront en partie gérées par des professionnels du livre et de la lecture. Elles seront desservies en priorité par la Bibliothèque départementale de prêt, en tenant compte du nombre de points lecture associés.
  • Les bibliothèques-relais sont destinées à desservir les besoins de leur population communale.

Le Conseil Général de la Mayenne en a fixé les critères minimum de fonctionnement qui sont : un local à usage spécifique de bibliothèque d’une surface minimale, la gestion par une équipe de bénévoles formés par la BDP, une ouverture minimale de 4 heures/semaine répartie sur deux jours, un crédit propre pour l’achat de livres. Ces bibliothèques seront desservies par la Bibliothèque départementale de prêt, pour répondre aux besoins de la population locale.

  • Les Points Lecture sont créés dans les communes ne possédant pas de bibliothèques-relais et souhaitant mettre à disposition de publics ciblés une offre de lecture. Ces lieux de lecture publique sont en liaison directe avec les bibliothèques " têtes de réseau " qui auront pour mission de les desservir. Ces points lecture doivent tendre le plus possible vers les critères de fonctionnement de lecture publique, notamment l’usage exclusif de bibliothèque en vue d’améliorer de manière sensible les dépôts-mairie actuels.

5. Moyens

  • Des recrutements de professionnels du livre, recrutés par voie statutaire de la fonction publique territoriale à l’échelon du Pays à raison d’1 ou 2 postes par pays qui ont 3 missions :
    • - la gestion/responsabilité de certains équipements, notamment des " têtes de réseau " ;
    • - la coordination du réseau intercommunal de bibliothèques (au niveau des acquisitions, du traitement des documents, du soutien aux bénévoles et de l’animation) ;
    • - la médiation entre l’échelon intercommunal et l’échelon départemental.

Le profil de ces postes est établi à la fois en tenant compte des critères repris dans le plan départemental de développement de la lecture publique et la situation du réseau. Le parti pris initial du double rôle du professionnel a pu être appliqué jusqu’à présent : à la fois assurer sa rotation sur le territoire pour mettre en place et faire perdurer une politique de réseau et des relations entre chaque maillon ; mais aussi prévoir une assise sur le terrain en assurant la gestion en qualité de responsable d’une ou plusieurs têtes de réseau.

Ce principe initial a été retenu en tenant compte de l’expérience et des bilans de postes intercommunaux créés dans d’autres départements.

  • Un renforcement de la BDP dans son rôle de coordination départementale des réseaux de pays : mettre en place des politiques culturelles de Pays en accord avec les critères prônés par le département et l’État. (Prendre pour exemple la politique du Bocage Mayennais).

6. Dispositions financières et coûts

  • Partenariat avec l’État par la passation d’une convention bipartite pour aide aux postes sur les principes suivants :
Année Département Pays État Total

A1

40 %
60 000 F

20 %
30 000 F
40 %
60 000 F
150 000 F

A2

40 %
60 000 F
20 %
30 000 F
40 %
60 000 F
150 000 F

A3

60 %
90 000 F
40 %
60 000 F
  150 000 F

A4

50 %

75 000 F

50 %
75 000 F
  150 000 F

A5

40 %
60 000 F
60 %
90 000 F
  150 000 F

A6

20 %
30 000 F
80 %
120 000 F
  150 000 F

A7

100 %
150 000 F
    150 000 F
  • Renforcement de la BDP :
    • 3 poste supplémentaires (2 cadre B, 1 catégorie C) = environ 420&nbsp000&nbsp.F/an en fonctionnement ;
    • acquisition d’un véhicule pour création d’un service de navette légère = 160&nbsp000&nbsp.F en investissement.
  • Création échelonnée sur 12 ans de 16 postes de professionnels du Livre par l’intercommunalité avec incitation financière de l’État et du Département selon un accompagnement dégressif (État 40 % pendant 2 ans, Conseil général 40 % en moyenne pendant 6 ans), soit un total estimé à 6.465&nbsp000&nbsp.F pour le Conseil général.

7. Évaluation

Les conventions prévoient une évaluation de chaque poste aidé par le biais de commission d’évaluation composée des partenaires du dispositif : les bibliothécaires, la bibliothèque départementale de prêt, le conseiller du livre et de la lecture de la DRAC, les élus de la structure intercommunale et les élus des bibliothèques " têtes de réseau ". C’est au cours de ces séances que s’élaborent les politiques de réseau à l’échelle de pays. Par ailleurs, elles ont permis de décider la création de postes supplémentaires quand le temps du premier poste était jugé en surcharge.

Situation actuelle :

a) Carte des réseaux :

Voir la carte des pays avec les bibliothécaires intercommunaux.

10 bibliothécaires intercommunaux ont pris leurs fonctions.

  • sur le S.V.E.T. des Coëvrons :
    • 38 communes organisées en 3 Districts et 1 Communauté de Communes ;
    • 25 694 habitants : 1 bibliothécaire pour trois " têtes de réseau " et la coordination du réseau ;
    • prévu : recrutement d’un 2ème poste en 2001.
  • sur le Pays de Loiron :
    • 15 communes ;
    • 14&nbsp000 habitants ;
    • la bibliothécaire effectue des heures de gestion dans 4 bibliothèques " têtes de réseau ", et un travail de coordination sur le reste des communes ;
    • prévu : recrutement d’un 2ème poste en 2001.
  • Sur le Bocage mayennais :
    • 27 communes ;
    • 21&nbsp000 habitants ;

Depuis 2000, 2 bibliothécaires assurent chacune 10 à 12 heures/semaine dans 2 bibliothèques tête de réseau et la coordination du réseau. Une politique soutenue de développement de lecture a été mise en place en appui à la politique départementale : prise en charge des postes de bibliothécaires intercommunaux, aide aux postes d’agents de patrimoine communaux, aide incitative aux communes se dotant d’un crédit d’achat de livres reprenant le critère du CNL de 10&nbsp.F/habitant.

  • Sur le Pays de Château-Gontier :
    • 21 communes (dont 1 de plus de 10&nbsp000 habitants) ;
    • 26 528 habitants ;
    • le bibliothécaire effectue 6 heures de gestion dans 1 bibliothèque municipale, et un travail de coordination sur le reste des communes.
  • Sur le Pays du Haut Maine et Pail :
    • 40 communes ;
    • 24&nbsp000 habitants ;
    • 2 bibliothécaires assurent chacun la gestion d’une " tête de réseau " et la coordination du réseau.
  • Sur le Pays du Maine Angevin :
    • 24 communes ;
    • 12.300 habitants ;
    • 1 bibliothécaire assure la gestion d’une " tête de réseau " et la coordination du réseau.
  • F Sur le Pays de Mayenne :
    • 15 communes ;
    • 24&nbsp000 habitants ;
    • 1 bibliothécaire recrutée en 2000 pour la gestion du réseau intercommunal et un mi-temps consacré à la relation avec la " tête de réseau " possédant sa propre équipe, la commune ayant plus de 10&nbsp000 habitants.
  • Sur le Pays de l’Ernée :
    • 15 communes ;
    • 19&nbsp000 habitants ;
    • 1 bibliothécaire assure la gestion d’une " tête de réseau " et la coordination du réseau.
  • A la BDP :
    • 2 postes ont été créés à la BDP : 1 cadre B et 1 catégorie C pour les postes animation et mise en service de la navette dans la desserte des Pays.
    • Sur le réseau : &Enbsp;volution quantitative et qualitative des équipements + * De 2 bibliothèques municipales en 1994, on est passé à 18 municipales et têtes de réseau en 2000 ; * + De 38 bibliothèques-relais en 1994 : 59 en 2000 ; * + Diminution des dépôts mairies de 122 à 46.

b) Perspective 2001-2002 :

Recrutement d’un cadre A pour prendre en charge une partie des dossiers relatifs au Plan départemental en délégation du conservateur et mettre en place la programmation de la formation à destination des Pays en concertation avec les professionnels du terrain.

Réflexions

  • Problématique actuelle du découpage territorial avec la mise en place des Pays Voynet ;
  • Concilier l’aménagement du territoire actuel avec ses équipements et la mise en place d’une politique culturelle incitative à l’échelle du Pays ;
  • Constitution d’une politique documentaire ;
  • Formation des agents bénévoles ou salariés délocalisée plutôt que centralisée à la Bibliothèque départe-mentale de prêt. ;
  • Mise en réseau informatique des établissements.

La Bibliothèque districale du canton de Cuiseaux, ou l’intercommunalité au quotidien

Mylène Pogrund, Bibliothécaire à la bibliothèque districale du canton de Cuiseaux (Saône-et-Loire)

I. La répartition des tâches

1. Les responsables

Une visite hebdomadaire, sauf exception, est faite du centre de ressources (Cuiseaux) aux relais (Varennes et Frontenaud) afin de traiter les demandes particulières et de faire circuler l’information.

Toutes les tâches sont communes aux trois pôles, exception faite de la gestion des bénévoles : en ce domaine, chaque pôle organise de manière interne et indépendante ses relations responsable/bénévoles.

Cuiseaux et Frontenaud réunissent leurs bénévoles de manière exceptionnelle : en cas d’exposition par exemple. Varennes a choisi de faire des réunions trimestrielles avec son équipe, ce qui permet d’élaborer un planning précis des permanences au prêt, de mettre en place des projets en affinant la réflexion, et surtout, de fidéliser et de motiver l’équipe.

2. Les bénévoles

Elles sont au nombre de trois à Frontenaud, sept à Cuiseaux et huit à Varennes. Elles aident de manière différente selon le pôle, puisque chacun a mis en place sa propre organisation au sein de son équipe.

De manière générale, elles équipent les livres, aident à la logistique des expositions et animations, participent à la réflexion commune, viennent en librairie et à la BDP selon leur envie et leur disponibilité. Elles participent au choix des livres pour les clubs des aînés et y accompagnent la responsable. Elles sont toutes précieuses par leurs différents savoir-faire et leurs qualités humaines.

II. Le fonds

1. L’inventaire

Avant la création du district, les deux pôles existants (Cuiseaux et Varennes Saint Sauveur) avaient chacun leur inventaire propre. En cas de dissolution du district, les fonds respectifs restent propriété de la commune d’origine.

Depuis la création de la bibliothèque districale, l’inventaire du fonds est commun aux trois pôles, tant pour les dons que pour les acquisitions.

2. Le traitement du fonds

Les dons sont mis en commun et redistribués sur les trois sites selon les besoins, exception faite des ouvrages de fonds local, qui demeurent physiquement dans le pôle choisi par le donateur.

Les acquisitions sont effectuées en commun, qu’il s’agisse de se rendre en librairie ou d’accueillir des représentants. Cette présence tripartite aide à mieux cibler les acquisitions selon les demandes faites sur chacun des pôles, et à ouvrir les champs de réflexion sur les acquisitions. Ici, entre en jeu la sensibilité et les compétences de chacun dans le choix des ouvrages et leur critique.

Les achats sont ensuite laissés en attente chez le libraire, en vue de la signature du président du district. Dès la signature effective, l’une des responsables se rend chez le libraire pour récupérer les ouvrages qui sont alors répartis à parts égales entre les trois pôles. Les nouveautés "tournent" d’un pôle à l’autre de manière mensuelle ou bimensuelle selon les cas. Quand les nouveautés ont bien tourné sur les pôles, elles sont redistribuées aux clubs des aînés qui les gardent un mois.

3. A la BDP...

La bibliothèque districale se rend à la BDP deux fois dans l’année pour y changer entre six cents et huit cents livres chaque fois, selon un système alternatif fonds jeune / fonds adulte.

Comme pour les acquisitions, sont présentes à la BDP les trois responsables ainsi que les bénévoles qui le désirent. Nous nous répartissons les rayons afin d’éviter le choix de doublons.

Les livres sont acheminés par transporteur sur le centre de ressources, Cuiseaux en l’occurrence ; là, les responsables de Frontenaud et Varennes aident au partage à parts égales selon la classification Dewey et acheminent personnellement leur fonds respectif.

Les fiches des ouvrages sont classées puis recentralisées à Cuiseaux dans des fichiers au nom de chacun des pôles. En ce qui concerne les demandes particulières des lecteurs, nous nous concertons mutuellement et à défaut de pouvoir contenter le lecteur dans sa demande, nous effectuons alors et alors seulement, la demande à la BDP.

III. Les animations

1. Une sensibilité commune

Dans le cas d’une thématique commune, nous faisons "tourner" l’exposition ou l’animation sur les trois pôles. Un exemple : la littérature d’Europe, empruntée à la BDP. Pour cette exposition, le prêt étant limité à six semaines, nous avions décidé de partager l’exposition en choisissant de représenter chacune quelques pays et de nous charger respectivement de l’animation autour des pays choisis. En revanche, afin que les lecteurs soient informés de manière exhaustive, nous avons fait circuler une plaquette et des affichettes mentionnant le thème global de l’animation, le choix de chacun des sites et les horaires de visite sur les sites respectifs.

2. Une sensibilité particulière :

Dans ce cas là, chaque site choisit son "cheval de bataille" et mène le projet de bout en bout au sein de son équipe ; les autres pôles aident par le prêt de documents de leur fonds pour compléter la thématique. Le cas échéant, nous échangeons également nos contacts et nos savoir-faire mutuels.

Les variantes de fonctionnement sur les trois pôles : en animation, nous n’avons pas tous les mêmes priorités. Cuiseaux et Frontenaud gardent leurs expositions à demeure, tandis que Varennes fait également "tourner" ses thématiques sur les trois villages qu’il lui incombe d’animer. Une politique d’échange a été mise en place afin de pouvoir accueillir expositions et animations proposées dans un lieu public de la commune concernée : généralement la salle polyvalente. Ceci permet aux différents publics de mieux profiter de l’offre de lecture et d’animation. Cette démarche est particulièrement bien accueillie par les écoles, et par les publics éloignés ou empêchés.

Le budget animations : il est pour l’instant inexistant. Nous nous arrangeons donc avec les moyens du bord. Quand nous accueillons une exposition coûteuse ou créons une animation avec des intervenants extérieurs, nous faisons alors appel aux diverses associations des communes concernées qui bien souvent, acceptent d’offrir leur aide financière ou logistique selon le cas.

IV. L’informatisation

1. Sa mise en place

Avant de procéder à l’informatisation de la bibliothèque districale, nous avons visité plusieurs sites et vu plusieurs logiciels. Notre choix s’était porté initialement sur Agathe. Pour finir, les élus ont opté pour Microbib, logiciel d’informatisation des petites bibliothèques.

2. Une phase préparatoire : le désherbage

Il était impératif de désherber avant d’informatiser ; nous avons donc élaboré et présenté à la tutelle une charte de désherbage propre à la bibliothèque districale, charte élaborée selon des critères communs aux trois pôles, dans un souci de cohérence du fonds.

3. Son exploitation

Après quelques problèmes d’installation, l’informatisation (la saisie du fonds) a pu débuter au printemps 2000. Actuellement, le fonds et les lecteurs sont saisis mais la mise en réseau n’est toujours pas fonctionnelle. Le prêt informatisé devrait pouvoir démarrer au premier janvier 2001.

Epilogue

L’intercommunalité se porte bien à la bibliothèque districale du canton de Cuiseaux. Nous travaillons dans un esprit d’échange et de complémentarité. Néanmoins, comme il n’existe pas de fonctionnement idéal, quelques aspects restent à améliorer :

  • réunir de temps à autres l’équipe districale au complet, afin de définir une politique commune d’animation au sein de la bibliothèque. Ceci aurait certainement du poids auprès des élus pour défendre un budget en ce sens.
  • ouvrir les limites de l’intercommunalité afin de développer le réseau des partenaires.
  • définir un type d’action commune en vue de mieux desservir les structures mises en place sur le district : maisons de convalescence et maisons de retraite notamment.

Conclusion La structure est bien en place : elle couvre la totalité géographique du canton ; avec l’informatisation, elle tend à proposer par un réseau en lien avec un centre cyber-jeunes une offre documentaire importante ainsi que des services parallèles propres aux NTIC. Toutefois, la bibliothèque districale demande à présent à être affinée en vue de son évolution : 25% de lecteurs à court terme est envisageable compte tenu des efforts communs développés sur le canton-district rural de Cuiseaux pour "la défense et illustration" de la lecture publique.

La bibliothèque districale du canton de Cuiseaux : le point de vue d’un élu

Guy Coulon, Vice-Président aux affaires culturelles et sportives du district du canton de Cuiseaux

Présentation du district du canton de Cuiseaux

Le District du Canton de Cuiseaux est un établissement public à fiscalité propre. Situé aux confins de la région Bourgogne et du département de Saône et Loire, il est limitrophe des départements du Jura et de l’Ain et, par conséquent, des régions Franche-Comté et Rhône-Alpes.

Le District a été créé le 1er janvier 1992 en se substituant à un SIVOM,, lui-même existant depuis 1972.

Il est composé des neuf communes que compte le canton : Champagne (502 hab.), Condal (349 hab.), Cuiseaux (1783 hab.), Dommartin les Cuiseaux (652 hab.), Flacey en Bresse (358 hab.), Frontenaud (660 hab.), Joudes (419 hab.), Le Miroir (503 hab.), Varennes-Saint-Sauveur (1017 hab.), soit au total 6243 habitants.
Siège social : Mairie de Cuiseaux
Secrétariat : Hôtel de Ville à Varennes-Saint-Sauveur (Tél. 03.85.60.10.95).

Situation géographique :

35 km de Lons-le-Saunier (Jura) - 45 km de Bourg-en-Bresse (Ain) - 20 km de Louhans - 60 km de Chalon-sur-Saône et Macon (Saône-et-Loire)

Situation économique :

  • Secteur rural avec implantation agro-alimentaire importante (Ets Bigard - abattoirs bovins à Cuiseaux) - (Laiteries du Revermont à Varennes-Saint-Sauveur)
  • Activités artisanales fortes (Bâtiment - Sous-traitance - Mécanique générale - Plasturgie, etc.)
  • Polyculture à vocation élevage laitier et viande - Élevage volailles de Bresse

Le District est composé de 30 délégués issus de chaque commune. Il est présidé par le Docteur René Beaumont, maire de Varennes-Saint-Sauveur, conseiller général du canton de Cuiseaux et également Président du Conseil général de Saône-et-Loire. Le bureau est composé des maires de chaque commune ainsi que des présidents des différentes commissions

LA BIBLIOTHEQUE DISTRICALE

La bibliothèque districale est née à partir d’un existant et d’une volonté politique forte de développement de la lecture publique.

1. État des lieux avant la bibliothèque districale

Il existait deux bibliothèques : l’une à Cuiseaux, l’autre à Varennes-Saint-Sauveur :

Commune

Cuiseaux

Varennes

Population

1793 hab.

1017 hab.

Offre documentaire

6000 livres 5 périodiques
+ 900 livres dépôt

1100 livres
+ 800 livres dépôt

% lecteurs

18,5%

25,2%

Horaires d’ouverture

10h/semaine

4 à 5h30/semaine

Budget livres

7 F/habitant

3,50 F/habitant

Personnel

8 personnes dont 1 qualifiée rémunérée 1/2 temps

10 personnes dont 1 qualifiée (tous bénévoles)

Animations

Heure du Conte

Atelier enfants
Coopération Écoles

Expositions

A noter, l’implantation récente à Cuiseaux (1993) avec des locaux rénovés par la municipalité : 154 m2 dont trois salles mises à disposition du public. Vu les horaires d’ouverture, le nombre d’ouvrages à gérer, les animations nombreuses à Cuiseaux, la nécessité d’un emploi rémunéré à mi-temps s’est avéré indispensable, ce qui n’exclut pas la présence non moins indispensable, d’un groupe de bénévoles.

Quant à Varennes, l’exiguïté des locaux (25 m2), le nombre d’ouvrages disponibles réduit, l’absence de personnel rémunéré. sont autant de facteurs handicapants pour le développement de la lecture publique.

2. La volonté du District de développer la lecture

En s’appuyant sur un existant et sur une intercommunalité forte et ancienne, le District décide en 1995 de créer une bibliothèque intercommunale à trois pôles.

Avant d’en arriver là, le District a engagé une réflexion en dégageant quelques points forts qui ont amené à créer une bibliothèque districale avec les moyens correspondants.

Nous avons notamment considéré que la lecture est un enjeu culturel de formation et de loisirs, qu’elle est une contribution au développement de la connaissance, de l’information, de la documentation.

Faciliter l’accès à la lecture nous est donc, apparu comme une mission impérieuse et un enjeu d’actualité.

Par ailleurs, le développement de la lecture publique dans le cadre d’une coopération intercommunale nous a semblé comme un élément de lutte contre les inégalités en même temps qu’un outil pour surmonter la ruralité et atteindre tous les publics.

En effet, s’il est difficilement envisageable de créer neuf points de lecture, c’est à dire, un par commune, il est plus simple et plus facile de mutualiser les moyens pour créer trois points de lecture, reliant chacun, trois communes.

C’est là, l’intérêt de l’intercommunalité : le projet devient celui d’un regroupement de communes et il n’est envisageable que dans l’intérêt de tous, avec une forte implication de chacun.

Pour que ce projet soit acceptable et accepté, il doit donc se construire à partir d’un état des lieux, (que nous venons d ’ évoquer), d’objectifs définis, de moyens et de procédures à mettre en place pour les atteindre et enfin d’une évaluation du dispositif.

Ce sont autant de passages incontournables mais qui ne sont pas insurmontables pour peu que les acteurs des projets (en l’occurrence les élus du canton) soient convaincus de son bien-fondé.

3. La création de la bibliothèque intercommunale : 1995-1996

 

Partant de l’état d’esprit évoqué, le District du canton de Cuiseaux décide donc de mettre en place une bibliothèque intercommunale à trois pôles :

  • Un centre de ressources à Cuiseaux
    Communes rattachées : Cuiseaux, Champagnat, Joudes
    Distances maxi : 5 km
  • Un relais-lecture à Varennes-Saint-Sauveur
    Communes rattachées : Varennes, Condal, Dommartin
    Distances maxi : 6 km
  • Un relais-lecture à Frontenaud (création)
    Communes rattachées : Frontenaud, Le Miroir, Flacey
    Distances maxi : 8 à 10 km

Le personnel :

  • L’emploi de Cuiseaux passe à 30 h/semaine, car en plus de la gestion de la bibliothèque de Cuiseaux, s’ajoute cette personne, la supervision et la gestion comptable des deux autres pôles.
  • Création de deux emplois à temps partiel (2 x 16 h sur Varennes et Frontenaud) Ces emplois sont en catégorie C de la Fonction Publique Territoriale (agent du patrimoine pour Cuiseaux et agent administratif contractuel pour Varennes et Frontenaud
  • A cela,, s’ajoutent les bénévoles , indispensables au fonctionnement normal de l’ensemble :
    • Cuiseaux 8 dont 1 avec formation ABF
    • Varennes 7 dont 1 avec formation ABF
    • Frontenaud : 3

Les locaux :

Ils appartiennent à chaque commune siège. Par contre, les frais de fonctionnement et d’aménagement (entretien, chauffage, nettoyage, mobilier, etc ... ) sont supportés par le budget du District.

Les surfaces :

  • Cuiseaux : 154 m2
  • Varennes : on est passé de 30 m2 à 60 m2
  • Frontenaud : création = 120 m2.

L’ouverture au public :

  • Cuiseaux : 10 h réparties sur 4 jours
  • Varennes : 8 h 30 réparties sur 4 jours
  • Frontenaud : 6 h réparties sur 3 jours Des permanences mensuelles supplémentaires sont faites dans les écoles et les Clubs du 3ème âge des communes non sièges en particulier.

Le budget :

Année 1996 1999

 

Achat de livres

31 700F

54 000 F
(8,50/hab., 10 F en 2000)

Fonctionnement

8 465 F

43 300 F

Personnel

126 594 F

246 700 F

Investissement

125 000 F

dont 40 000 F de subv. du Conseil régional
et 30000 F de subv. du Conseil général
(aménagement locaux Frontenaud et Varennes)

205 000 F (informatisation)
dont 158 500 F de subventions (77%)

État : 61 000 F,
Région : 57 500 F,
Département : 40 000 F

Fonctionnement et gestion :

Il est assuré par le personnel rémunéré et les bénévoles. Il existe un règlement intérieur commun aux 3 points lecture. Il existe un comité de gestion composé d’un élu de chaque commune, des bibliothécaires et de bénévoles volontaires.

Les perspectives :

Une informatisation en réseau devrait déjà fonctionner, mais des retards sont dus au fonctionnement en réseau et au logiciel (Microbib). Tout le fonds de livres a été saisi (soit plus de 10000 ouvrages) Tout devrait fonctionner au 1er j anvier 2001.

Au total, 7 ordinateurs :

  • reliés en réseau par Internet : 3 à Cuiseaux, 2 à Varennes, 2 à Frontenaud
  • et en liaison avec le Point CYBER J implanté à Dommartin avec 4 ordinateurs cette année.

En conclusion

Sans une volonté forte du District et sans les aides importantes (État, Région, Département), tant pour l’installation que 1’informatisation des bibliothèques, nous n’aurions pas pu mener à bien notre projet. L’intercommunalité a permis la réalisation du projet grâce à son appropriation commune, grâce à des moyens que les petites communes n’auraient pas pu ou peut être pas voulu engager.

Ce que l’on doit retenir, c’est que la volonté commune des élus du canton a permis de mette en place :

  • un outil indispensable à la lecture publique et à son développement sur le canton ;
  • l’accès pour tous les habitants du canton à la lecture publique, puis aussi aux NTIC depuis 2000 (chose impossible sans 1’intercommunalité) ;
  • la création de plus d’un équivalent emploi à temps plein + un emploi-jeune pour le Point CYBER J. ;
  • l’accroissement de l’amplitude des horaires d’ouverture au public ;
  • la création d’un point lecture supplémentaire et l’amélioration d’un des deux existants ;
  • l’informatisation de l’ensemble à compter du 1er janvier 2001

Cela s’est fait au prix d’efforts financiers importants dont on ne peut faire l’impasse si l’on veut mener à bien un projet aussi important.

Je vous remercie de votre attention....

Du côté de la Saône-et-Loire

Marie-Christine Pascal , Directrice de la Bibliothèque départementale de prêt de Saône-et-Loire

1. Historique et principes fondateurs

La Bibliothèque Centrale de Prêt de Saône-et-Loire a été créée en 1982 et l’intercommunalité a commencé dès 1985 : 5 bibliothèques intercommunales associaient 14 communes.

Le Conseil Général a encouragé les démarches en donnant les bibliothèques intercommunales prioritaires pour le prêt de mobilier et en 1987 une convention de développement de la lecture publique était signée avec l’Etat. Deux volets concernaient l’intercommunalité : étude réalisée par un élève de l’ENSSIB et aide en mobilier et matériel pour les relais de lecture associés à une bibliothèque intercommunale.

Les principes ont été explicités par Bertrand Calenge dans une étude menée à l’occasion d’un DESS option direction de projets culturels présenté à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble (Bibliothèques intercommunales / Olivier Doubroff) en 1988 et reposaient sur les 3 raisons suivantes :

  • " du point de vue des communes candidates à un service de lecture publique, la mise en place d’une bibliothèque complète devenait difficile pour les plus petites d’entre elles ; un service plus modeste pouvait suffire, pourvu qu’une " vraie " bibliothèque soit disponible à peu de distance : pourquoi alors ne pas lier dans le droit des communes complémentaires dans les faits ?
  • du point de vue des communes siège d’une bibliothèque, le développement de cette bibliothèque trouvait parfois ses limites et dans la taille de la population à desservir, et dans les ressources modestes d’une commune encore plus petite : pourquoi ne pas dégager des ressources nouvelles pour une meilleure bibliothèque, en collaboration avec les communes voisines ?
  • cette double démarche se trouvait favorisée par le fait que les bibliothèques existantes drainaient déjà un fort public venant des communes extérieures, comme l’avait montré in situ l’étude réalisée par la BCP de Saône-et-Loire en 1985 (Une bibliothèque dans un pays rural : lecture et lecteurs à Saint-Gengoux-le-national / F.Schmidt). La logique de responsabilité communale, mise en avant par la BCP, trouvait son compte dans une formalisation de ces attractions et mouvements. "

Le projet intercommunal n’est pas une réponse à un problème technique de desserte, mais s’inscrit dans un choix politique d’aménagement du territoire.

Évolution

Les statistiques annuelles montrent l’accroissement progressif de l’intercommunalité, que ce soit pour le nombre de bibliothèques comme dans le nombre de communes associées ; les graphiques suivants permettent de visualiser clairement cette croissance :

Part des bibliothèques intercommunales dans la desserte

Deux chiffres significatifs : en 1985 5 bibliothèques intercommunales sur 95, en 2000, 57 sur 127.

Répartition des bibliothèques intercommunales et des communes associées

En 1985, 14 communes associées, en 2000, 154.

2. Cadre de l’intercommunalité

Modes de desserte

Plusieurs modes de fonctionnement sont proposés par la BDP et expliqués lors des réunions préparatoires qui regroupent élus et bibliothécaires, un dossier " bibliothèques intercommunales " étant donné à chaque participant :

  • large ouverture de la bibliothèque "siège" à tous les habitants des communes associées (lorsque la commune associée ne peut mettre de local à destination de bibliothèque)
  • bibliobus
  • relais de lecture situé dans la commune associée, organisé à destination d’un public particulier (enfants de l’école) ou ouvert à l’ensemble de la population (local qui n’est pas à obligatoirement à usage exclusif de bibliothèque) ; il a été volontairement choisi une autre terminologie pour bien distinguer la bibliothèque du lieu existant dans une commune associée.

Les différents types de desserte peuvent coexister pour la même intercommunalité. En effet toutes les communes n’ont pas la nécessité de choisir le même fonctionnement.

Cadre juridique

Une convention spécifique est signée et définit les engagements de chacune des parties et en particulier les obligations entre la commune siège et la commune associée : desserte, budget d’acquisition obligatoire, aides de la BDP, et définit également l’éventuel divorce avec les règles de rupture de l’intercommunalité...

  • convention tripartite : commune siège/commune associée/Conseil Général (84% des bibliothèques intercommunales)
  • convention avec le groupement de communes : SIVOM (4), communauté de communes (3), district(1), SIVU (1), soit 16%.

Les engagements sont au nombre de 9 pour la commune siège, de 6 pour la commune associée, (7 pour les groupements de communes), de 10 pour le Conseil Général. La convention est signée pour une durée minimum de trois ans et ensuite reconduite tacitement.

Nombre et localisation

Au 1° novembre 2000, l’intercommunalité concerne 225 communes (57 bibliothèques sièges et 168 communes associées).

Pour mémoire, la Saône-et-loire comporte 359 communes de moins de 500 habitants, 171 de 500 à 2 000, 25 de 2 000 à 5 000 et 13 de 5 000 à 10 000, 5 de plus de 10 000 :

  • 14 bibliothèques intercommunales sont dans des communes de moins de 1 000 habitants ;
  • 21 bibliothèques intercommunales dans des communes de 1 000 à 3 000 habitants ;
  • 22 bibliothèques intercommunales dans des communes de plus de 3 000 habitants.

Presque toutes les communes associées ont moins de 1 000 habitants, (la plus petite 65, en moyenne 400 habitants).

Statistiques 1999

  • budget intercommunal : 9,70 F / habitant
  • fonds : 8 400 livres en moyenne
  • lectorat : 18,6% de la population
  • prêts : 4 par hab.

3. Aides du conseil general

Le Conseil Général de Saône-et-loire apporte des aides spécifiques à l’intercommunalité depuis novembre 1989 :

  • dépôt renouvelé (au choix de une à trois fois par an) de livres bonifié : 100, 150, 200, 250 livres supplémentaires selon la taille de la commune,
  • crédits d’achat de livres : 10 000 F attribués une fois, par commune associée à partir de la 2° (940 000 F ont ainsi été attribués à 37 bibliothèques),
  • subventions bonifiées pour le mobilier des bibliothèques : 60% au lieu de 40% (plafond de 24 000 F),
  • subventions pour le mobilier des relais : 100% plafonné à 5 000 F (84 relais de lecture ont été subventionnés),
  • dépôts permanents pris sur le fonds de livres de la BDP (été 1999) : 100 livres par commune associée (de 1 à 5), forfait de 750 livres au-delà.

4. Emploi jeune, bilan et perspectives

En 1994-1995, des articles dans notre bulletin de liaison avaient permis de présenter l’intercommunalité, et les réunions de secteur de l’automne 1994 avaient pris ce sujet pour thème ; nous avions pu alors écouter les bibliothécaires et animateurs des relais donner leur avis, leur ressenti sur ce mode de fonctionnement. Un plus grand suivi ainsi qu’une meilleure connaissance du fonctionnement de chaque bibliothèque avaient été jugés nécessaires par les bibliothécaires de la BDP mais faute de temps et de disponibilité ce ne furent que des vœux pieux. L’occasion m’a été donnée de concrétiser ces souhaits grâce au projet de création d’emploi-jeune pour lesquels il fallait définir de nouveaux emplois. Une emploi-jeune chargée de la " mise en réseau des bibliothèques " a été recrutée en janvier 1999 - niveau souhaité : bac + 2, dans les faits, licence et DUT de documentation. Elle effectue 4/5° de son temps pour l’intercommunalité et 1/5° pour l’animation d’un centre pénitentiaire.

Ses objectifs sont définis :

  • Visite de toutes les bibliothèques intercommunales et dans la foulée de leur relais de lecture pour rappel des principes, bilan de l’existant, recensement des problèmes, suggestions d’amélioration et proposition d’aides personnalisées : ce premier cycle de visites est terminé en octobre 2000. A ces visites étaient invités les bibliothécaires, les maires et le Conseiller Général du canton. Un compte rendu systématique a été rédigé et a abouti à un bilan de 5 pages diffusé au Président du Conseil Général, à la commission de la Culture et au directeur général des services. Celui-ci est accompagné d’une série de tableaux (37 pages).
  • Ensuite une visite annuelle est prévue par bibliothèque de façon à en suivre l’évolution.
  • Dans le même temps, des visites pour réaliser les aides personnalisées sont effectuées.

Quel est le bilan après 15 ans d’intercommunalité ?

  • Pour la desserte : 9 bibliothèques intercommunales n’ont pas de relais de lecture, la presque totalité des relais sont tout public (4 concernent uniquement les enfants), certains peuvent être dans des secrétariats de mairie, des postes, des cafés-restaurants, 2 bibliothèques ont un bibliobus.
  • La superficie moyenne est de 40 m2, et est comprise entre 10 et 130 m2.
  • Le fonds propre de chaque relais est d’environ 1 200 livres.
  • Le comité de gestion, recommandé par la BDP, n’existe que dans la moitié des bibliothèques.
  • Quelques communes associées ne mettent pas de budget d’acquisition, malgré l’obligation contractuelle.
  • Les achats en concertation (bibliothèque/relais) ne sont faits que dans une bibliothèque sur trois ; l’idée d’un fonds intercommunal unique est peu présente dans les esprits. Le fichier centralisé est encore peu répandu. L’individualisme français reste fort...
  • Les échanges se font le plus souvent dans le sens de la bibliothèque vers le relais, avec même pour 4 d’entre elles concerne uniquement l’échange des livres de la BDP !
  • Les horaires d’ouverture : malgré la convention qui prévoit un minimum de 4 heures hebdomadaires, les deux tiers des relais sont en deçà.
  • La signalisation est effective pour la moitié des relais, les élus étant souvent persuadés que dans leur petite commune, tout le monde en connaît l’existence.
  • La formation initiale n’est pas exigée pour les animateurs des relais, contrairement à la bibliothèque ; cependant dans 44% des relais, les animateurs ont fait cet investissement lourd puisque la formation est celle de l’ABF.
  • 21 bibliothèques intercommunales ont du personnel rémunéré ; pour 7 d’entre elles, il s’agit d’emplois liés spécifiquement à l’intercommunalité et non à la taille de la bibliothèque. A signaler qu’une bibliothèque intercommunale (800 habitants) s’est constituée en SIVU, créé pour pouvoir embaucher un agent du patrimoine à mi-temps.
  • La circulation des informations est un des éléments indispensables au bon fonctionnement de la bibliothèque intercommunale. En général, les animateurs se déplacent au moins une fois par quinzaine pour récupérer livres, appel de réservation, courriers...La circulation se fait difficilement pour une infime quantité de relais.
  • L’uniformisation des inscriptions, quand c’est le cas, à la bibliothèque et dans les relais est conseillée, puisque les emprunts sont possibles dans tous les lieux de l’intercommunalité. Seules 8 bibliothèques intercommunales n’ont pas réussi à imposer les mêmes tarifs.

Les aides personnalisées ont été recensées : catalogage avec mise en place d’un fichier (6 bibliothèques), indexation et cotation (12 relais), organisation et classement (3 relais), désherbage (2 relais), tri des dons (2). Le bilan à l’issue des réunions de secteur en 1994 comme les visites effectuées en 1999-2000 par notre emploi jeune font apparaître une large satisfaction : l’intercommunalité est bien vécue de l’intérieur malgré une charge de travail accrue pour l’équipe de la bibliothèque siège (un tiers seulement a du personnel rémunéré).

Perspectives

Du point de vue quantitatif, on constate qu’entre 1990 et 1995, le pourcentage de bibliothèques intercommunales était autour de 38-39%, et qu’entre 1996 et 2000, il était de 43-44%. Les chiffres risquent de progresser encore avec l’arrivée en 2001 de nouveaux conseillers généraux...ne serait-ce que par l’accroissement des communes associées. Celles-ci voient leur nombre s’envoler : entre 1990 et 2000 il est passé de 79 à 154.

L’objectif n’est pas d’avoir une couverture exhaustive du territoire - 52% des communes de moins de 10 000 habitants sont desservies, et 65% des habitants - mais de "vraies" bibliothèques. A l’heure actuelle, le réseau de la BDP se compose de 26% de bibliothèques municipales, de 66% de bibliothèques relais (local, budget d’acquisition, personnel bénévole qualifié ABF) et de 8% d’antennes. Le budget en 1999 était de 2,6 millions de francs, soit 10 F par habitant et 93% des bibliothèques ont du personnel avec une qualification ABF ou supérieure. Un tiers des bibliothèques est informatisé.

Il est également plausible que les nouvelles lois sur l’intercommunalité changent le paysage : les " pays " sont en train de se constituer, les communautés d’agglomération comprennent des communes faisant partie du réseau de la BDP.

Une évolution, qui n’est cependant pas une révolution au pays de l’intercommunalité, s’amorce : certains relais (5) se sont dotés de moyens suffisants pour qu’ils soient transformés en bibliothèque : locaux de 30 m2 à 100 m2, budget important ( de 5,15 F à 30,50 F), personnel qualifié ABF, fonds de livres correct en nombre (de 2 200 à 4 200), informatisation pour quatre d’entre eux.

Du point de vue qualitatif, notre but est d’améliorer le fonctionnement des relais : signalisation systématique, respect de la convention pour le budget d’acquisition et les horaires, création de comité de gestion, acquisitions concertées. C’est maintenant le sens du travail de notre emploi-jeune, dont la pérennisation est plus qu’indispensable.

 

Enquête sur l’intercommunalité : résultats et analyses

Synthèse réalisée par Didier Guibaud, Direction Départementale des Bibliothèques et de la Lecture de Touraine
et Florence CORDIER, Stagiaire ENSSIB
et mis en phrases par Dominique Lahary, Bibliothèque départementale du Val d’Oise

1. Présentation de l’enquête

Objet

Il s’agissait de réaliser une photographie de l’existant et des projets en cours en matière d’intercommunalité (voir en annexe de cette présentation le texte de l’enquête).

 

Présentation

La présentation de l’enquête s’articule autour de trois axes :

  • L’existant dans les domaines culturels et sportifs, dans le domaine plus spécifique des bibliothèques, et l’incidence des réalisations intercommunale
  • les projets et positionnement du conseil général notamment au regard des lois Voynet-Chevènement
  • les sujets de débats professionnels

Méthode d’analyse

Sur 100 questionnaires envoyés, 31 ont été retournés.

L’évaluation quantitative des réponses aux questions fermées est difficile : l’absence de réponse signifie-t-il que le répondant ne sait pas s’il peut répondre oui ou non ?

Les questions ouvertes offraient toutes la possibilité d’un complément d’information qui a été largement utilisé. Sur certains point ont été fournis des catalogues de réalisations ou de propositions.

Au total, le dépouillement de ce questionnaire permet de dégager des tendances et de repérer certaines interrogations et attentes des professionnels des BDP.

2. L’existant

Les réalisations intercommunales dans les domaines de la diffusion culturelle, de la musique, du patrimoine et du sport révèlent une logique de regroupement

  • autour d’un équipement (école de musique, structure sportive)
  • autour d’une pratique (culturelle, sportive).

Diffusion culturelle

  • Dans le domaine des arts et du spectacle vivant, sont cités les festivals (Bouche à oreille, Jura), les expositions de peinture (CDC Coteaux de Haute-Seille), la danse (en Essonne).
  • En musique sont cités les concerts (Indre, Orne, Drôme, ....), les festivals (Portes du pays d’Auge, Orne) ; les écoles de musique et/ou d’art dramatique intercommunales ou à vocation intercommunale (Alpes-de-Haute-Provence).
  • Dans le domaine du patrimoine sont cités la restauration d’une église romane dans le pays de La Châtre (Indre), les musées gérés en intercommunalité (musée du Rouergue, musée de l’épicerie), les inventaires par canton.
  • Sont enfin évoqués des structures :associations de développement (Alençon, Orne), collectif de villes (Essonne), Pays (Loir-et-Cher) et des outils : office départemental d’action culturelle, schémas culturels, conventions culturelles, programmes intercommunaux de développement.

Sport

L’intercommunalité dans ce domaine est à la fois plus récente et plus facile. On note les premiers actes de coopération intercommunale. Des équipements intercommunaux existent : gymnases cantonaux, équipements sportifs de la compétence de districts.

Réalisations intercommunales dans le domaine spécifique des bibliothèques

Neuf départements évoquent des projets en cours ou à venir.

Les projets concernent des SIVOM, des pays ou des communautés de commune. Il s’agit de créer un équipement de qualité, fédérateur, et de proposer l’accès à de nouveaux services.

Questions de vocabulaire
 

Médiathèque de pays
Médiathèque districale
Médiathèque tête de réseau
Bibliothèque ressource
Bibliothèque intercommunale
 et centre de ressource
BM/BCD intercommunale

Les réalisations concernent deux types d’établissements :

  • Les bibliothèques à vocation intercommunale sont évoquées dans 4 à7 départements (BM rayonnante, antenne de BDP ouverte au public, médiathèque départementale ouverte au public, médiathèque de pays). Le propos a ses limites : les expressions vocation intercommunale, influence intercommunale, bibliothèque rayonnant sur plusieurs communes cachent une intercommunalité de fait ou inavouée. La création d’un équipement de qualité peut-elle amener les communes à participer à leur financement ?
  • Les bibliothèques intercommunales sont signalées dans 18 départements. Les bâtiments peuvent être intercommunaux, districaux ou communaux avec bibliothèques associées gérées par un comité de gestion. Le statut de Relais livre en campagne peut leur être attribué. Même diversité dans le mode de gestion : elle peut être associer plusieurs communes, relever d’une communauté de communes, faire l’objet d’une convention entre le département et un regroupement de communes.

Les incidences de ces équipements portent sur

  • le personnel : recrutement de salariés, modifications statutaires, engagement du département ;
  • les budgets : ils peuvent augmenter, être gérés sur un plan intercommunal ;
  • le réseau : agrandissement des locaux, rationalisation de la desserte. La Drôme parle d’effet structurant.

Certains collègues évoquent les conséquences positives d’une démarche intercommunale en terme d’emploi, de budget, d’implication des communes et d’optimisation des moyens. Mais d’autres affirment qu’il est trop tôt pour évaluer, ou évoquent un retard de la démarche avec un très grand nombre de communes.

Les tâches des BDP évoluent : travail en commun sur des projets structurants, participation au projet de bibliothèque d’agglomération (Chartres), participation aux comités de gestion. La desserte se rationalise : desserte regroupée en un seul lieu, moins de logistique, restructuration des missions et soutien logistique en direction des réseaux locaux.

3. Et le Conseil général ?

Projets et positionnement

Les conseils généraux s’engagent dans des démarches intercommunales dans de nombreux domaines : économie (bassins d’activité), environnement et assainissement (eau et déchets), sports, culture.

Ils s’engagent dans la territorialisation de leurs services.

Le Conseil Général et les bibliothèques

Certains conseils généraux accordent des aides financières aux bibliothèques majorées dans le cas d’une intercommunalité affirmée.

De nombreux plans ce développement de la lecture publique sont votés ou en cours d’élaboration.

Les schémas ou contrats peuvent présenter les configurations suivantes :

  • contrats globaux de développements
  • plan général de structuration du territoire
  • conventions culturelles d’animation avec les pays
  • chartes de développement

Incidence des lois Chevènement et Voynet

La mise en place est difficile : ces lois trop récentes, des projets sont abandonnés, il y a peu d’impact à ce jour dans le domaine culturel.

Toutefois les choses suivent leur cours : création de communautés de communes et d’agglomération (Rodez, Grenoble, Châteauroux, Tours...), mise en place de pays, activisme de certaines préfectures.

4. Suggestions, propositions

Certaines BDP évoquent le rôle des conseillers techniques pour le livre des DRA, abordent la question de la place des communes de plus de 10 000 habitants dans nos réseaux. PLus généralement, c’est la place de l’animation et de la culture dans le développement local rural qui est posée.

Les interrogations sont nombreuses. Elles portent notamment sur :

  • le positionnement des instances responsables et leur participation à la réflexion : élus, tutelles administratives
  • les modalités concrètes de réalisation et de fonctionnement : y a-t-il un ou des modèles ? Qui recrute, paie, forme le personnel ? Quelle organisation du travail pour quelles missions ? Comment évaluer ?
  • la place des NTIC dans l’aménagement du territoire.

Certains demandent des explications précises sur la notion d’intercommunalités, d’autres suggère qu’une commission commune ADBDP-ABF s’empare de ce dossier.

La politique culturelle des agglomérations en France : Vers une nouvelle donne communautaire ?

Alain Faure, CERAT, IEP de Grenoble-CNRS
et Emmanuel Négrier, CEPEL, CNRS-Université de Montpellier I

 [1] En dix ans, la problématique de l’intercommunalité culturelle a changé de nature et de degré. Les principes qui la gouvernaient étaient marqués par la forte hétérogénéité des formules institutionnelles (SIVU, SIVOM, Districts, Communautés de communes, de villes, etc.), de l’intensité de la coopération et de ses motivations. La réticence à dépasser le cadre communal a eu pour conséquence une démultiplication de l’intercommunalité fonctionnelle, tout en préservant les autonomies culturelles communales. Le principal facteur explicatif de cet état des choses était que l’intercommunalité culturelle posait trois problèmes : un seuil de crédibilité difficile à identifier, une pertinence territoriale introuvable, ainsi qu’un attachement durable des élus à la prééminence de la sphère municipale. Au cours des années 1990, la pratique de coopération culturelle s’est pourtant diffusée, au sein même de ces territoires imbriqués, auprès d’un nombre toujours croissant d’organismes. 48 districts déclaraient une compétence culturelle en 1990 ; dix ans plus tard, ils sont au nombre de 88. Six mois après l’entrée en vigueur de la loi Chevènement, plus de la moitié des Communautés d’agglomération ont d’ores et déjà retenu la culture comme l’une de leurs compétences. Mais, derrière l’image d’un essor continu, sans doute faut-il parler d’une rupture. La loi, avec les facultés de contraindre qu’elle comporte, n’est déjà plus une nouvelle loi créant un niveau fonctionnel de plus. Au contraire, elle se propose d’intégrer les intercommunalités fonctionnelles préexistantes, notamment dans le domaine culturel. C’est la raison pour laquelle nous posons dans cet ouvrage, frontalement, la question d’une politique culturelle intercommunale dans des termes qui n’auraient pas pu être envisagés il y a seulement cinq ans. Au-delà des chiffres globaux, une entrée en profondeur sur les dynamiques de ce changement de nature était donc utile, au moment même où se précisent les règles du jeu et les contenus de cette culture d’agglomération.

La présente réflexion a pour point de départ un important travail de terrain lancé aux quatre coins de l’hexagone. En partenariat avec la DATAR et Dexia, l’Observatoire des Politiques Culturelles a initié une série d’études sur les transformations contemporaines de l’intervention culturelle intercommunale en milieu urbain. Cette recherche comparée s’est fixée pour double objectif de réaliser un état des lieux sur le fonctionnement des politiques culturelles dans plusieurs grandes villes françaises et d’analyser l’incidence de l’application de la loi Chevènement sur ces politiques à l’échelon de l’agglomération. Sept agglomérations ont ainsi été auscultées au printemps 2000, permettant la réalisation de monographies qui donnent une idée assez représentative de la diversité des situations et des modes urbains de gestion de la culture. Les configurations d’intervention publique sur le dossier culturel mettent en scène deux villes situées au cœur d’une région rurale (Amiens et Rodez), deux métropoles en formation (Le Grand Lyon et l’aire urbaine de Montbéliard) et trois villes centre rayonnant sur leur agglomération (Montpellier, Rennes et La Rochelle). Sur chaque cas de figure, les diagnostics sont précieux à la fois pour les tendances lourdes qu’ils suggèrent en matière d’équipements structurants et pour les évolutions plus aléatoires qu’ils révèlent selon les filières culturelles étudiées. Plutôt que de lister les éléments de convergences et de divergences que ce kaléidoscope culturel laisse entrevoir, la présente synthèse souhaite questionner la nature potentielle des changements politiques qui sont induits par la loi du 12 juillet 1999 sur l’intercommunalité. Les sept agglomérations étudiées ont pour point commun d’avoir adopté une nouvelle forme institutionnelle fin 1999 [2] et de s’être dotées de compétences culturelles conséquentes. Les entretiens (une quinzaine par site) offrent des éléments originaux pour comprendre la façon dont les différents acteurs impliqués ont perçu et accompagné le passage en communauté d’agglomération. Dans la présente introduction, on tentera de tirer quelques enseignements généraux sur ce processus de transformation. Trois pistes de réflexion balisent le propos : tout d’abord la dimension politique décisive du cheminement vers l’intercommunalité culturelle (I), ensuite la faible implication des acteurs culturels dans la communautarisation des nouveaux programmes d’action (II), et enfin les perspectives d’orientation des politiques culturelles d’agglomération sur des objectifs plus transversaux (III). Ces trois angles de lecture permettent de montrer comment les grandes villes expérimentent aujourd’hui une donne communautaire où s’entremêlent des enjeux de pouvoir et de culture.

I. Le cheminement obligé de l’intercommunalité culturelle

Les communautés d’agglomération ne se construisent généralement pas sur du vide. Derrière les traditionnels blocages que l’intercommunalité institutionnelle a suscité par le passé, le territoire français aura ouvert la voie à des formules coopératives à géométrie variable (syndicats divers, Districts, communautés de communes, cercles locaux de réflexion et d’aménagement...) qui sont, dans la plupart des cas, à la base des projets actuels. 289 communautés de communes (32% du total) et 88 districts (27%) ont une compétence culturelle déclarée. La culture est donc loin d’avoir été oubliée dans ce passé intercommunal. Mais elle est aujourd’hui confrontée à un changement qui n’est pas seulement de degré, mais de nature. Aussi, c’est au sein de territoires à la fois comparables dans leurs potentialités institutionnelles, mais qui divergent quant à leur capacité de projection que se préfigure, aujourd’hui, l’intercommunalité culturelle d’agglomération. Ce cheminement peut être illustré en trois temps. Le processus politique est déterminant, en ce qu’il balise les choix possibles, par des habitudes relationnelles, des conflits aussi, des normes localisées de comportement. La définition des compétences, qui est un moment clef de ces dispositifs, laisse souvent se profiler des zones d’ombres, que seule la pratique institutionnelle pourrait dissiper. Enfin, le périmètre de coopération est à la fois au cœur du projet et source de controverses, d’incompréhensions entre acteurs.

Un processus politique déterminant

Mettre en place une communauté d’agglomération est une opération lourde, complexe, aléatoire. Lourde parce qu’elle implique un réexamen systématique de toutes les structures et politiques intercommunales passées, afin de les mettre en phase, de réduire les redondances, de muscler l’institution appelée à prendre en charge leurs missions, et leurs histoires. Complexe, parce que les clefs de compréhension de la loi et de ses implications sur le terrain ne sont pas connues des acteurs au départ. Ceux-ci progressent ensemble dans la résolution de problèmes techniques ou politiques qui ne trouvent pas de solution toute faite dans les textes. Aléatoire, parce que le contexte dans lequel s’opèrent ces projets est préélectoral et que les avancées dans l’action font souvent courir des risques politiques, où toutes les démagogies peuvent ruiner une politique certes volontaire et rationnelle, mais qui comporte un coût. Ces aspects de l’intercommunalité d’agglomération sont d’autant plus cruciaux qu’une chose au moins est partagée par tous : le mouvement, là où il est engagé, sera irréversible.

C’est pour ces raisons que l’une des constantes de cette étude est le poids des apprentissages préalables dans la conduite de ces nouveaux projets. Les habitudes et équilibres politiques sont généralement stables, connus et c’est en leur intérieur que l’opportunité de l’agglomération est comprise. On trouve à ce titre :

  • le rôle des cultures locales de coopération, qui s’illustre dans la manière dont toute compétence, à Rennes, fait l’objet préalablement d’un diagnostic collectif, d’un accord ratifié, qui sera suivi à la lettre. À Montbéliard, là aussi, rien ne peut émerger sur l’agglomération sans un passage obligé par la négociation collective, qui associe d’ailleurs un niveau élargi de mobilisation (l’aire urbaine). À Rodez, l’agglomération apparaît très clairement comme l’aboutissement d’une culture " chrétienne-démocrate " du consensus, qui fonctionne d’autant mieux dans l’agglomération qu’elle est confrontée à une sourde hostilité du département. Ces cultures locales peuvent parfaitement être aux antipodes de la coopération " partenariale ". Il n’est qu’à voir le processus " à la hussarde " appliqué à Montpellier pour se convaincre que la dynamique de projet peut parfaitement se nourrir du rejet des formes consensuelles de la concertation préalable. Du moins est-ce le cas au stade de la mise en œuvre initiale. Face à l’incertitude à laquelle sont confrontés les protagonistes de ces projets, la reconduction de principes anciens, entre des acteurs qui se connaissent bien et depuis longtemps, est une garantie de stabilité qui n’est pas négligeable. Mais elle prive en même temps de pertinence toute idée d’une formule unique du succès.
  • le rôle du leadership politique est un autre moyen d’assurer la conduite de ces projets. Partout se pose, bien sûr, la question de savoir " qui gouvernera l’agglomération ? ". C’est elle qui suscite les controverses politiques les plus évidentes. Mais le leader remplit ici une fonction, transitoire, de simplification des enjeux. Sa capacité à porter un projet, à lui donner du sens, une identité apparaît comme une donne incontournable dans le lancement de cette nouvelle institution territoriale. Georges Frêche illustre à sa manière un idéal type de ce leadership qui désigne les perspectives, explicite les motivations, concrétise les opérations projetées, mettant au passage bien des " partenaires " devant le fait accompli. Edmond Hervé et son équipe s’appuient au contraire sur des procédures associatives, le travail de commissions, des relais stables avec les autres communes pour faire avancer un projet collectif. Marc Censi incarne, dans ce domaine, un leadership à la fois incontesté et fondé sur le consensus des parties. Il garantit à ses partenaires, par sa propre implication locale et nationale dans ces enjeux, la mise en œuvre d’une politique dont personne ne peut sortir perdant. Dans des conditions radicalement différentes, la conduite du projet par Gilles de Robien, avec pour partenaires des élus communistes que l’on savait hostiles à cette loi, démontre que ce poids du leader peut jouer sur des domaines étendus. On peut parfaitement démontrer ce rôle du leadership par la négative. La Rochelle a perdu, chemin faisant, son leader historique, Michel Crépeau. Du coup, Philippe Teillet nous explique que le projet a perdu une partie de son âme, et avec elle certaines potentialités, une certaine capacité à faire sauter des blocages, des égoïsmes locaux face au projet. A Lyon, les désaccords et valses-hésitations sur le leader du dispositif au niveau du Grand Lyon a pour conséquence une paralysie dans la montée en charge du secteur culturel, entre autres. À Montbéliard, l’étroitesse de la marge de manœuvre politique de Louis Souvet conditionne, là aussi, de grandes hésitations sur le modèle de coopération, son intensité et même son territoire.

A ce stade, on le verra, les leaders sont très nettement en avance sur les dossiers. Ils le sont par rapport à leurs partenaires politiques, les élus des petites communes associées, de gré ou de force, au dispositif. Ils le sont vis-à-vis des partenaires institutionnels (DRAC, Conseil Général, Conseil Régional) dont la connaissance et la conscience des enjeux demeurent étonnamment limitées. Ce qui surprend ici est que, pourtant, le sentiment relevé partout que les dynamiques de projet touchent à des secteurs d’intérêt de ces institutions : aménagement culturel du territoire, complémentarité ou concurrence des interventions, devenir des partenariats...C’est cette circonstance qui explique que, pour l’instant, les dynamiques culturelles d’agglomération apparaissent comme unilatérales, peu mobilisatrices, très mono institutionnelles. C’est aussi ce qui conduira les autres protagonistes que les leaders urbains à un rattrapage rapide une fois que le train de l’agglomération sera en ordre de marche (premiers budgets, premiers secteurs ciblés, premiers transferts de charges, premières instances intercommunales d’action).

Compétences élargies et zones d’ombre

On pouvait s’attendre, compte tenu de la force symbolique maintes fois accordée aux dossiers culturels, à ce que la définition des compétences communes soit excessivement prudente. Que les agglomérations affichent un tel domaine apparaissait déjà comme une entreprise à haut risque. Le législateur ne s’y était d’ailleurs pas trompé, en classant cette compétence parmi les domaines " optionnels " (pour ne pas contraindre les acteurs à s’engager sur ce point), et en donnant une définition restrictive : " construction, aménagement, entretien et gestion d’équipements culturels et sportifs ". Celle-ci comprenait donc, a priori, les aspects les plus matériels des politiques culturelles locales, et non les aspects dynamiques et plus sensibles (subventions culturelles, politiques innovantes, coopérations sectorielles). Or, et c’est une relative surprise, cette modestie n’a pas été souvent suivie par les agglomérations concernées. Bien sûr, et c’est une habitude dans le domaine culturel, la loi n’est pas limitative mais incitative. Elle implique un seuil minimal (ici : l’équipement) tout en autorisant une extension des plus généreuses à d’autres aspects. Et c’est la voie qu’ont allègrement suivie plusieurs agglomérations.

La palme revient sans doute à Amiens, qui a a priori inclus dans son domaine d’action intercommunale toutes les " politiques de développement sportif et culturel d’intérêt communautaire ". Montpellier, après avoir cité la loi, étend le domaine à " la création d’institutions, de manifestations et actions d’animation dans les domaines culturel et sportif (...), et de façon générale toutes activités culturelles et sportives d’intérêt districal ". Rodez précise aussi la compétence culturelle en ces termes : " participer à l’accueil de grands spectacles ; mettre à la disposition de l’État un dépôt pour recueillir le produit des fouilles archéologiques ; subventionner des associations à caractère culturel (...) ". Une extension comparable se retrouve à La Rochelle. Quant à Montbéliard, si elle limite la compétence au texte de loi, elle l’accompagne, au titre des compétences " facultatives " (non prévues par la loi) tous les domaines couverts par les acquis antérieurs de coopération ou par des projets dégagés par consensus.

Comment expliquer cette explosion de l’intercommunalité culturelle ? Trois circonstances en démontrent et les motivations et les limites.

La première a trait aux apprentissages préalables, que les élus ont souhaités, avec leurs administrateurs, reconduire dans la nouvelle formule. C’est donc bien une ratification (un remodelage) des initiatives antérieures au sein de la nouvelle structure qui est en jeu. Montpellier avait expérimenté un fonds de diffusion théâtrale dans le District, et cette initiative est rendue légitime dans l’agglomération. Rodez avait, pour des raisons locales propres, investi dans l’archéologie, et il est naturel qu’elle trouve dans la Communauté une place distinguée. La culture scientifique et technique était un enjeu propre au territoire montbéliardais et figure au titre des compétences facultatives. Même chose pour La Rochelle ou Rennes en matière de médiathèques et de lecture publique. L’agglomération reçoit ici la culture en héritage.

La seconde explication est plus socio-politique. Définir, précocement, un champ large de politique culturelle, c’est ouvrir un espace des possibles vis-à-vis de partenaires inquiets. Les périphéries des villes sont extrêmement fragmentées, diverses. Certaines unités ont développé ici un domaine d’action culturelle, là une institution d’art contemporain, ailleurs une médiathèque. Certaines n’ont rien et aspirent à quelque chose. Devant une telle diversité, élargir le domaine culturel c’est renforcer les opportunités d’échange, de négociation entre les déséconomies locales éventuelles (perdre la responsabilité d’un SIVOM, la haute main sur un centre culturel) et l’intérêt communautaire. Cette extension permet, au-delà d’une satisfaction pointilleuse et clientéliste des revendications d’un équipement chez soi, d’aménager culturellement le territoire par plusieurs entrées possibles. Ne pas être condamné à une distribution territoriale " automatique ", c’est enfin, pour le leader de l’agglomération (qui est souvent le maire de la ville-centre) pouvoir poursuivre une politique de réduction des charges de centralité. Montpellier en est, à cet égard, une parfaite illustration.

Enfin, rappelons que tous ces projets mettent en évidence la fameuse question de l’intérêt communautaire. C’est, bien plus que la loi, la véritable limite affichée dans toutes les agglomérations. Mais c’est en même temps celle qui fait, et fera couler le plus d’encre. Cette définition ne peut être sui generis. Elle est forcément dépendante de ce qu’en feront les acteurs concernés au premier chef : les élus. L’intérêt communautaire se dégage en effet de règles de majorité au sein des futurs Conseils Communautaires, qui disposeront en cette matière d’une liberté quasi totale. Là aussi, l’intérêt communautaire risque de différer très nettement au gré des contextes et des opportunités politiques. Seule Montbéliard a fait un effort de définition pour préciser cet intérêt communautaire à parti de quatre critères alternatifs : le périmètre concerné, la dimension stratégique du projet, son rapport à l’équilibre socio-économique, la nécessité d’une compétence d’agglomération pour le mener à bien. On le voit, même ici ces critères sont très vagues et laissent une large part à l’interprétation. Pour aller au-delà, la responsabilité des acteurs encore marginaux (les artistes, responsables culturels, institutions départementales, régionales étatiques) sera grande pour que cet intérêt puisse également émerger de logiques directement artistiques et culturelles.

Au risque de tempérer l’enthousiasme général sur la place de la culture dans les agglomérations en gestation, on notera également que le degré d’innovation dans cette définition de compétence est très limité. On en reste d’une part à une vision très institutionnelle de la culture, où les équipements, les politiques de subvention, le partage des coûts des grandes institutions artistiques figurent au premier (et souvent unique) rang des préoccupations. D’autre part, les croisements possibles entre différents champs d’exercice des compétences agglomérées (politique de la ville, culture, environnement, développement économique...) n’ont pas été abordés. Tout se passe comme si ces dossiers progressaient séparément, livrés à des ajustements techniques et politiques internes, sans que l’agglomération ne soit a priori un niveau où les frontières sectorielles puissent, au contraire, être discutées ou franchies.

Leadership urbain, charges de centralité, reconduction de modèles empiriquement vécus... Les agglomérations se dessinent aujourd’hui plus comme des super municipalités que comme de nouveaux espaces de politiques publiques.

Périmètres durs et enjeux sensibles

Pour constituer un espace en territoire d’action, il faut bien sûr que s’établissent des règles du jeu, une institution représentative, des politiques publiques. Mais il faut aussi que cet espace soit doté d’un sens particulier, distinct des autres. Or, la chose est presque toujours plus délicate qu’il n’y paraît à première vue. Tout d’abord, un constat général. Dans toutes les agglomérations françaises, les espaces démographiquement les plus dynamiques sont aujourd’hui les périphéries immédiates des villes. Ce sont celles qui sont visées par la formation de nouveaux ensembles intégrés. Or, l’examen rétrospectif de ce qui s’est fait, en matière de culture, dans ce périurbain dynamique est le plus souvent consternant. Hétérogénéité des initiatives, faiblesse ou absence de prise en compte par le Conseil Régional, contractualisation limitée, ou politiquement ciblée, avec les Conseils Généraux, totale méconnaissance par les DRAC, sauf exception, de cet enjeu ; tels sont les constats de l’action culturelle d’agglomération, si l’on veut bien tourner le regard en dehors des villes centre, siège du professionnalisme, de la centralité artistique, des interactions culturelles les plus denses. De ce point de vue, les agglomérations ont presque tout à inventer.

Ensuite, l’identification du territoire, c’est-à-dire la question de son identité propre et celle du niveau le plus pertinent divisent les protagonistes principaux. Paradoxalement, la définition du périmètre obéit à des logiques politiques et institutionnelles relativement bien connues à présent. Du reste, les agglomérations de notre échantillon sont partagées entre deux cas de figure : celles qui ont associé à leur projet une extension du périmètre de l’intercommunalité antérieure (Lyon, Montpellier, Rennes et Amiens) et celles qui construisent leur agglomération à périmètre constant (La Rochelle, Montbéliard, Rodez). Même si elle donne lieu, par endroits, à des querelles (comme à Montpellier), la démarche est engagée, mise en œuvre et aboutit à une ratification officielle claire. Il n’en est pas de même pour la logique culturelle qui en est déduite.

Le premier enjeu est de connaître la pertinence du territoire comme espace d’action culturelle. Cette question divise le plus souvent les acteurs politiques (urbains, périurbains, départementaux et régionaux), qui en ont une idée très claire, même si elle est conflictuelle, et les acteurs culturels (artistes, responsables d’institutions, DRAC) qui sont le plus souvent réticents, par principe, à s’engager dans un tel débat. Les DRAC connaissent les acteurs culturels du territoire au gré de la mise en œuvre de leurs propres critères professionnels, et non pas de leur rayonnement territorial. La déconcentration, les rapports avec l’administration préfectorale, les exigences politiques d’aménagement culturel du territoire les ont certes conduites à se pencher sur la signification territoriale de leur action. Mais celle-ci n’est encore prise en compte qu’après coup, afin de justifier des politiques qui n’ont pas, dans le territoire, leur sens premier. N’ayant que peu de conscience " pratique " de ce que sont aujourd’hui les dynamiques d’agglomération, elles ne sont pas en mesure, le plus souvent, d’identifier un territoire plus pertinent qu’un autre. Les artistes et responsables de structure sont dans une position légèrement différente. Ils connaissent du territoire ceux qui les représentent et qui constituent pour eux les partenaires de premier rang. Ils sont donc portés, en général, à suivre avec beaucoup d’intérêt les démarches en cours, d’autant que certains d’entre eux sont directement concernés par les agglomérations et leurs politiques. Mais nous verrons plus loin qu’ils ne forment pas un ensemble cohérent d’acteurs et que leur capacité d’initiative dans ce domaine est lacunaire.

La conséquence de cette hétérogénéité des manières de penser le territoire est d’aligner les dispositifs sur les stratégies de ceux qui en ont aujourd’hui la conception la plus claire, la plus légitime aussi : les élus. Pour autant, des questions se posent partout sur d’autres perspectives que la simple agglomération instituée. A Montpellier, c’est le leader lui-même qui place la perspective, à moyen terme, de la Communauté Urbaine. On en reste à une logique politico-institutionnelle. À Montbéliard, l’agglomération ne semble déjà plus suffire aux réflexions des aménageurs, acteurs culturels et politiques. C’est ici l’aire urbaine, bien plus vaste, qui est d’ores et déjà la nouvelle frontière de coopération, culturellement plus pertinente. Il n’y a qu’à Rodez et Amiens que l’agglomération semble avoir trouvé sur son espace une coïncidence entre le périmètre et l’action culturelle à moyen terme. Mais c’est au prix d’interrogations souvent exprimées sur le bien-fondé de l’institution pour coopérer en matière culturelle. Faut-il un service culturel, faut-il des compétences propres dans l’agglomération, l’institution est-elle nécessaire ou conduit-elle, pour le rayonnement même de l’espace, à des effets pervers ? Cette question est directement posée dans le cas de Lyon. Ce n’est pas par hasard. Il s’agit là du seul exemple (et rare en France par ailleurs) d’agglomération où tout ne se fait pas au centre-ville. La richesse de créations et d’initiatives artistiques du Grand Lyon est actuellement fondée sur une absence totale d’organisation institutionnelle. À quels motifs faudrait-il en engendrer une ? Ne risquerait-elle pas de tarir ou d’écorner les dynamiques mêmes de l’offre culturelle ? Ne conduirait-elle pas à une officialisation dommageable des liens fragiles qui s’opèrent à la marge des logiques institutionnelles (politique de la ville et culture, pratiques amateurs, innovations artistiques...) ? Il faut lire, outre les réflexions de Pierre-Alain Four (Lyon) sur ce point, les propres réflexions sur l’effet de l’institutionnalisation d’agglomération sur la gestion des nouvelles politiques culturelles, avec Philippe Teillet (La Rochelle) pour les musiques actuelles. Se focaliser sur les dynamiques à l’œuvre (et louer les acteurs qui dépassent leurs propres blocages pour fonder ces nouvelles structures) c’est peut-être passer à côté d’une réflexion sur les nouveaux contenus, et d’un exercice, nécessaire, d’inventaire de tous les effets passés et présents de l’institutionnalisation des politiques culturelles.

II. Des acteurs très inégalement mobilisés

La réaction des différents milieux concernés n’est pas homogène. Mais il faut tenter ici d’expliquer pourquoi les milieux culturels, les élus et les partenaires extérieurs (publics et privés) se sentent mobilisés de manière si contrastée par ces enjeux d’agglomération. L’étude de ces trois groupes doit permettre de mieux comprendre comment cette inégalité des mobilisations interfère sur les conditions d’accès des problèmes culturelles à l’agenda politique intercommunal. Il semble possible de souligner trois tendances : l’atonie des milieux culturels conforte la désectorisation du dossier culturel, l’investissement fragmentaire des élus locaux dans ce dossier favorise l’arbitrage volontariste du leadership intercommunal, et enfin la discrétion des partenaires traditionnels du financement culturel offre à ce même leadership des opportunités inédites de territorialisation des programmes en faveur de la culture.

L’atonie des milieux culturels

Les milieux culturels ne forment pas un groupe cohérent. Tout d’abord, ils ne sont pas tous concernés au même degré par les politiques annoncées. Il y a ceux qui sont déjà impliqués parce qu’ils ont eu, par le passé, à connaître les rouages de l’intercommunalité préexistante. Les grandes institutions figurent, au minimum, dans ce premier cercle. Dotés de staffs adaptés, ils ont la capacité à anticiper les nouvelles formes qui seront légitimes demain. Inclus dans les équipes les plus proches des leaders, ils disposent d’une meilleure information, de relais à même de trouver leur place dans les nouvelles politiques. Soutenus par des financements pluriels, leur légitimité à incarner (dans cette phase institutionnelle forte) la politique culturelle de l’agglomération est d’autant plus importante qu’il s’agit, presque toujours, de réduire les charges de centralité. Les dirigeants de grandes structures (Lyon, Montpellier, Rennes, Montbéliard), ceux de l’enseignement artistique (Montpellier, Rodez, Amiens, La Rochelle) ou des centres culturels (médiathèques, centres d’action culturelles à Amiens, à La Rochelle) font partie de ces acteurs pour lesquels l’agglomération veut déjà dire quelque chose.

Le second cercle, celui de la culture semi-professionnelle, des troupes de théâtre, de danse, les ensembles musicaux est déjà largement moins au fait des enjeux. N’ayant pas les moyens d’anticiper ni d’influer directement, ils sont aussi plus prompts à dénoncer une dynamique qui resterait liée aux " jeux politiques ". Leur fragilité devrait les rendre plus sensibles à une démarche collective, afin de poser, ensemble, les bases d’une culture d’agglomération. Car ils sont en même temps souvent plus au cœur de l’imaginaire territorial, au centre d’un travail de mémoire locale associée à leurs créations. Mais il est peu dire que cet intérêt " objectif " ne rencontre que peu d’écho aujourd’hui.

Le troisième cercle, celui des acteurs culturels amateurs (le gros des troupes), associations, animateurs culturels de quartier, nouvelles cultures urbaines non encore reconnues, est à la fois atomisé, déconnecté des logiques institutionnelles et... concerné par plus d’une politique d’agglomération. Nombreuses sont en effet celles qui ont déjà prévu de consacrer une part de leur budget aux subventions culturelles, sans pour autant que les principes d’attribution en soient connus. Ce public, large, ne fait l’objet d’aucune information spécifique, et ne semble pas la rechercher. La stabilisation de leurs propres ressources (subventions municipales) semble mobiliser l’essentiel de leurs (maigres) capacités d’action, et leur possibilité de se projeter dans ce nouvel espace intercommunal est pratiquement nulle.

Compte tenu de cette structure interne des milieux culturels, on comprend pourquoi une mobilisation collective autour de l’enjeu d’agglomération est extrêmement peu probable. À la difficulté de l’action collective des individus artistes, maintes fois démontrée, s’ajoute ici l’hétérogénéité des positions (à l’égard de l’institution) et des intérêts (professionnels, territoriaux). Enfin, si l’on raisonne en termes de secteurs, l’un des constats qui s’impose est qu’il n’y a pas de domaines plus " agglomérables " par principe que d’autres. Il y a certes quelques constantes : les grandes institutions en font partie, pour les motifs déjà énoncés liés à la centralité. Les équipements socioculturels sont, ne serait-ce que parce que la loi les désigne presque en particulier, généralement intégrés à la réflexion (quoique de manière très différente entre Amiens et Montpellier, par exemple). Mais en dehors de ces deux cas de figure, les secteurs jugés prioritaires sont très différents : l’archéologie à Rodez, les musiques actuelles à La Rochelle, les médiathèques et l’art contemporain à Montpellier, l’enseignement artistique à Montpellier, Montbéliard et Amiens... Cette situation, qui redouble les lignes de fracture entre cercles culturels du point de vue de l’institution, devrait poser un enjeu paradoxalement moins territorial que sectoriel autour de la question : comment, secteur par secteur, envisager l’émergence des agglomérations d’un point de vue et professionnel et territorial ? Les associations représentatives, de niveau national, ont leur responsabilité dans cet aspect des choses.

Le volontarisme fragmenté des élus locaux

Comment les élus locaux ont-ils appréhendé les débats relatifs aux compétences culturelles de leur future communauté d’agglomération ? On a vu plus haut que quelques leaders politiques seulement avaient cherché à jouer un rôle actif, principalement parce qu’ils étaient les seuls à être réellement saisis du dossier et que la précipitation du passage en communauté d’agglomération ne permettait guère l’ouverture de véritables négociations collectives dans le domaine culturel. Celui-ci révèle apparemment un volontarisme politique limité à quelques influences qui ne sont pas nécessairement planifiées et concordantes, cette absence de dynamique collective nous informant sur la partition fragmentée que jouent les maires et les adjoints à la culture sur la scène intercommunale.

D’une part, on constate que la stratégie du leader politique de l’agglomération (le maire de la ville centre) donne le tempo des initiatives communautaires en matière d’intervention culturelle. Ce constat ne signifie naturellement pas que la culture devient automatiquement un dossier d’agglomération mais montre la place toujours décisive de la ville centre dans le processus politique de négociation sur les nouvelles compétences. Lorsque l’on est en présence d’un fort discours de communautarisation de la culture (comme à Montpellier, à Amiens ou dans une moindre mesure à Rodez), les débats sont essentiellement rythmés par les interventions du maire de la ville centre et par sa propension à intervenir en véritable patron de l’agglomération. Lorsque le dossier culturel semble déboucher sur une stratégie plus prudente (voir attentiste) d’affirmation de compétences intercommunales qui ne heurtent pas les acquis communaux, cela correspond en général à un leadership politique moins affirmé, que ce soit pour des raisons d’équilibre interne (comme à Montbéliard) ou de transition (comme à La Rochelle). Enfin, le dossier culturel est l’occasion de débats inédits lorsque le maire de la ville centre cherche à expérimenter de nouvelles formes de négociation avec sa périphérie (comme à Lyon et à Rennes). On perçoit dans ce troisième cas de figure un souci des leaders de favoriser une phase initiale approfondie de mise à plat des acquis communaux, et ce afin de discuter sur le moyen terme des perspectives négociées de réorganisation à l’échelon communautaire.

D’autre part, l’engagement des élus locaux se manifeste à travers la façon dont les adjoints à la culture et les maires des communes périphériques débattent ensemble. Quelle est la place de la culture municipale héritée qui pourrait être transférée sur la scène intercommunale ? Les sept monographies révèlent des configurations de négociation collective très variées et parfois surprenantes. À Rennes par exemple, la définition lentement élaborée d’une politique culturelle d’agglomération valorisant ses composantes périurbaines est abruptement supplantée par un grand projet communautaire que la ville centre place, grâce à la lettre de la loi Chevènement, comme thématique prioritaire. À Amiens, l’adjoint à la culture de la ville centre parvient à s’appuyer sur la loi pour convaincre, au cas par cas, l’ensemble des adjoints à la culture et des maires de communes périphériques qu’il est nécessaire de définir un " plan d’aménagement culturel " organisant les équipements structurants de l’agglomération. Dans les autres cas, c’est surtout une situation d’incertitude politique et de flou stratégique qui caractérise les échanges. À La Rochelle, le décès du maire qui incarnait le rayonnement culturel de sa ville place les élus dans une situation de flottement qui menace jusqu’à l’affirmation d’une identité d’agglomération. Entre le Grand Lyon et ses 55 communes, la forte densité d’équipements culturels municipaux favorise le fonctionnement de débats où les élus se contentent de faire des hypothèses sur d’éventuelles " compétences partagées ". Dans le Grand Rodez, les élus s’entendent pour mettre en place un système de mutualisation des dépenses qui fait l’économie d’une véritable ambition de politique culturelle communautaire, limitant le dynamisme identitaire à des priorités de développement. Dans l’aire urbaine de Montbéliard, une association d’élus organise des assises culturelles pour dynamiser les projets sans jamais revendiquer la définition d’une politique d’ensemble. Et à Montpellier, le déficit de tradition coopérative au sein de la commission culturelle du District se maintient, au vu de la marginalité même du processus d’élaboration d’une charte d’agglomération. Chaque situation illustre un volontarisme politique fragmenté, comme si le dossier culturel ne pouvait pour l’instant mobiliser les élus locaux qu’au prisme de considérations plus territoriales que sectorielles, comme si la nature des relations entre la commune centre et les communes périphériques surdéterminait fortement la teneur d’éventuelles négociations collectives sur le développement culturel.

Des institutions partenaires tenues à distance

La question des collaborations que chaque agglomération tisse avec le conseil général, le conseil régional et la DRAC à l’occasion du passage en communauté d’agglomération révèle une situation sans équivoque : ces institutions partenaires sont tenues à distance des négociations et elles font, de leur côté, preuve de beaucoup de discrétion, se contentant d’attendre que chaque EPCI (établissement public à caractère intercommunal) affirme ses nouveaux champs d’intervention. Le constat prend des inflexions plus ou moins prononcées selon le contexte, mais la tendance générale paraît étonnamment convergente : les agglomérations mettent en place leur dispositif d’intervention culturelle en vase clos, sans tenir compte ni des anciens intérêts croisés avec le département ni des champs futurs de co-intervention avec le conseil régional et l’État en région. Cette situation de non-dialogue révèle néanmoins deux cas de figure selon que l’agglomération intègre ou non l’idée de partenariats potentiellement structurants.

Les agglomérations qui comptent implicitement sur le passage en communauté d’agglomération pour renforcer ou reconfigurer les partenariats avec les échelons provinciaux (le département et la région) cantonnent les réflexions à une dimension essentiellement technique pour l’instant. Sur la scène amiénoise par exemple, la tradition de coopération entre les opérateurs culturels, le Conseil Général et la DRAC devrait être prolongée avec les nouveaux objectifs de communautarisation de la politique culturelle d’Amiens Métropole. Néanmoins, la situation extraterritoriale du Conseil Régional et les faibles marges de manœuvre de la DRAC montrent les limites de ces partenariats. Dans le Territoire de Belfort, les partenariats culturels se sont exprimés sur la base territoriale de plusieurs périmètres intercommunaux qui ne correspondaient guère au découpage de la communauté d’agglomération. L’avenir des cofinancements paraît maintenant suspendu à la capacité de cette entité à s’affirmer comme un interlocuteur légitime pour calibrer une politique culturelle d’agglomération cohérente au sein du territoire plus vaste de l’Aire Urbaine. Dans l’Aveyron, la politique culturelle du Conseil Général était traditionnellement calibrée par la politique de guichet développée par le Conseil Régional et validée par la DRAC. Le Grand Rodez, qui possède un milieu culturel assez peu professionnalisé et qui préfère aux ambitions spécifiquement culturelles les projets de rayonnement économique, développe une stratégie de contournement des partenariats qui va préserve, de fait, les marges de manœuvre culturelles départementale et régionale. Enfin à La Rochelle, les institutions culturelles ont su nouer avec le département et la région des accords pour soutenir différentes manifestations culturelles sur un mode bilatéral et contractuel. Même si l’éventualité d’une globalisation des financements à l’échelon de l’agglomération n’a pas été étudiée pour l’instant, tous les acteurs la jugent quasi-inéluctable à terme. En définitive, ce dernier paradoxe illustre bien la situation de ces quatre agglomérations : la mise à distance des partenaires officiels est bien réelle, mais elle ne préjuge pas pour autant du rôle que joueront peut-être demain ces relais départementaux et régionaux dans la définition d’une politique culturelle d’agglomération.

Le second cas de figure concerne les agglomérations qui s’émancipent plus explicitement de toute relation contraignante avec les échelons supérieurs. À Montpellier par exemple, le Conseil Général, le Conseil Régional et la DRAC ont longtemps adopté avec le District des accords de financement qui portaient sur des projets, sans prise en compte de leur cohérence territoriale et d’une éventuelle politique d’ensemble pour l’agglomération. Le passage en communauté d’agglomération élargie risque d’accentuer cette déconnexion en dotant l’agglomération d’une plate-forme relativement souveraine d’équipements et de produits culturels. De la même façon, la ville de Rennes possédait une situation partenariale passive quoique effective puisque le département, la région et la DRAC soutenaient des initiatives sectorielles, mais sans jamais peser sur des arbitrages territoriaux. La création de Rennes Métropole risque de modifier cette neutralité gestionnaire dans la mesure où les nouvelles compétences empiètent très largement sur des interventions jusqu’alors assumées par le Conseil Général. Le passage en communauté d’agglomération devrait presque mécaniquement favoriser une logique de globalisation des financements qui ôtera à ces partenaires certaines des marges de manœuvre qu’ils détenaient encore pour orienter les initiatives culturelles. Le Grand Lyon enfin connaît une situation partenariale particulière dans la mesure où son potentiel culturel le place en position de force vis-à-vis du département, en concurrence directe avec la région et dans un statut d’exemplarité pour la DRAC. Cette configuration reflète une forme d’autonomie sur les interventions culturelles qui pourrait gagner, à moyen terme, bien des agglomérations dès lors que l’élargissement de leur périmètre et leur assise démographique les placent dans la catégorie potentiellement puissante des grandes métropoles urbaines.

III. Quelle métropolisation culturelle pour demain ?

Au-delà des informations relatives au long cheminement culturel des agglomérations et à la mobilisation différenciée de ses acteurs, les enquêtes ont aussi permis de sonder les cœurs des acteurs rencontrés pour mieux comprendre comment ils envisageaient le devenir institutionnel de leur ville. La forme de la communauté d’agglomération s’apparente surtout, pour l’instant, à une forte opportunité financière saisie par des communes pour conforter des pratiques de coopération et pour mutualiser des services publics. Le suivi des négociations internes à chaque agglomération montre en effet la place souvent centrale des négociations et des arbitrages permettant à chaque commune de tirer parti, sur le plan budgétaire et gestionnaire, de la nouvelle configuration d’agglomération. Pour autant, cette phase instrumentalisée de captation des avantages sonnants et trébuchants de la réforme ne doit pas faire oublier les enjeux plus substantiels qui pourraient concerner, à terme, la redéfinition des modalités de l’intervention culturelle dans les agglomérations et dans chaque commune. De façon concertée, les chercheurs engagés sur le terrain ont sollicité leurs interlocuteurs pour que ces derniers évoquent l’éventualité de cultures originales d’agglomération. Les sept monographies, qui proposent des scénarios d’évolution à moyen terme, soulignent volontiers que cette projection dans le futur incite surtout, pour l’instant, à la prudence. Néanmoins, au terme de cet exercice prospectif, il semble possible de lister au moins trois séries d’enseignements sur des transformations de l’intervention culturelle qui pourraient fonder une donne communautaire inédite. Ainsi, sur leur versant administratif, les dossiers culturels mettent en perspective des formules gestionnaires qui ébauchent une " centralité partagée " toujours instable et singulièrement malléable. De même, sur le versant artistique et esthétique, des indices convergents semblent montrer la place croissante des cultures d’agglomérations qui privilégieront d’abord des médiations en quête d’intégration et d’animation socioculturelle. Enfin, sur un versant plus politique, il apparaît comme assez vraisemblable que le pouvoir d’agglomération portera une attention de plus en plus soutenue aux symboles culturels favorisant les stratégies métropolitaines de marketing institutionnel et de rayonnement international. À leur façon, ces trois pistes prospectives dessinent un déplacement des politiques culturelles urbaines vers une donne communautaire territorialisée et pragmatique, c’est-à-dire se situant volontairement à bonne distance de l’universalisme du service public et de l’esprit de corps des grandes filières culturelles.

Centralité partagée et malléabilité administrative

Si l’on s’attarde sur la façon dont la gestion du dossier culturel est envisagée en termes administratifs et financiers, on est surpris de constater le recours, dans presque toutes les monographies, à des métaphores exprimant des situations pour le moins flottantes. La Rochelle passe d’une gestion culturelle au coup par coup à des effets boule de billard entre communes. Rennes traverse une période d’incertitude où c’est une dynamique de marchandage qui oriente les négociations sur l’intérêt communautaire. Le Grand Lyon adopte une progression en crabe pour définir des compétences culturelles à la fois acceptables par les communes et assumables par un pouvoir d’agglomération en quête de légitimité. Le Grand Rodez est en attente de relais institutionnels de coordination pour promouvoir un système plus coopératif que mutualiste, tandis que la communauté d’agglomération de Montbéliard cherche à combiner le principe de mutualisation et la pratique des accords à géométrie variable. Sur un mode plus volontariste, les agglomérations d’Amiens et de Montpellier proposent des instruments de pilotage qui donnent à la ville-centre un rôle très persuasif dans les arbitrages métropolitains.

Dans tous les cas de figure, on retrouve au cœur du dispositif administratif quelques fonctionnaires proches du pouvoir politique qui ont pour difficile mission d’inventer les contours techniques et budgétaires de cet intérêt communautaire incertain. Dans les différentes hypothèses d’évolution proposées à la fin de chaque monographie, plusieurs projections permettent d’envisager que cette activité administrative communautaire, à la fois incertaine et bricolée, débouche sur un modèle inédit de centralité partagée. Il s’agirait, schématiquement, d’une généralisation du scénario andante proposé sur Montpellier dans son versant organisationnel : la ville centre maintient certaines prérogatives d’excellence artistique et pèse sur les arbitrages communautaires, le financement des grandes institutions est mutualisé au niveau de l’agglomération, la communauté d’agglomération se dote d’une administration culturelle qui intervient de façon sélective et ce système impose aux partenaires extérieures une globalisation des financements. Sur un plan plus technique, cette intercommunalisation des dossiers culturels pourrait être caractérisée par une forte malléabilité administrative, tant sur le registre de la souplesse dans les négociations (une charte générale et des contrats sectoriels) que sur celui de la flexibilité des règles validées collectivement (avec la reconnaissance de l’asymétrie entre les communes). La réflexion sur les possibles méthodes administratives nouvelles dans le Grand Lyon illustre aussi cette perspective gestionnaire dans laquelle la technocratie métropolitaine deviendrait le fragile laboratoire d’une harmonisation de priorités plus territoriales que sectorielles.

Les cultures d’agglomération comme vecteurs d’intégration ?

La deuxième piste prospective qui ressort des scénarios sur chaque grande ville concerne les courants d’idées et les influences artistiques qui pourraient s’affirmer spécifiquement à l’échelon de l’agglomération dans les années à venir. Nous avons pu souligner qu’une certaine atonie des milieux professionnels avait prévalu dans la période de négociation sur les nouvelles compétences culturelles des communautés d’agglomération. Ce diagnostic a vraisemblablement déteint sur les témoignages puisque toutes les projections s’accordent à juger comme assez improbable l’avènement de véritables politiques culturelles d’agglomération. Dans les agglomérations de La Rochelle, de Rennes, de Montpellier et d’Amiens par exemple, les milieux culturels s’engagent dans des stratégies de création et d’innovation à partir de réseaux d’acteurs habitués à travailler avec la ville centre. Et à Lyon, à Montbéliard et à Rodez, le relatif morcellement territorial des enjeux culturels hors la ville centre ne cristallise pas pour autant les énergies innovantes sur l’échelon institutionnel de la communauté d’agglomération.

En revanche, cette absence de mise sur agenda des priorités culturelles au niveau de l’agglomération révèle, en creux, une autre forme de médiation qui pourrait prendre, dans les années à venir, une place beaucoup plus structurante. On observe en effet que plusieurs communautés d’agglomération envisagent de donner une forte coloration culturelle et intégrative aux dossiers d’agglomération portant sur la thématique générique de la politique de la ville. C’est sans doute à partir des négociations entre les communes sur le devenir des structures d’animation socioculturelle que cette orientation pourrait s’affirmer. Les agglomérations d’Amiens, de La Rochelle et de Lyon fournissent trois exemples différents mais tout autant éclairants sur cette possible tendance. Dans le premier cas, la maîtrise par la ville-centre des orientations culturelles de l’agglomération n’a apparemment été possible qu’en contrepartie de promesses de relance des centres culturels de proximité. Ces derniers, qui sont majoritairement situés dans les communes périphériques, sont animés par des professionnels qui pourraient revendiquer avec force, demain, une dynamique d’agglomération orientée sur l’éducation populaire et l’insertion sociale. Dans le deuxième cas, les arbitrages communautaires conduits au gré des priorités culturelles de la ville-centre l’ont vraisemblablement été avec pour contrepartie que la technocratie culturelle de la communauté d’agglomération se préoccupe, à l’avenir, davantage d’aménagement du territoire et de cohésion sociale que de perfection artistique et d’innovation esthétique, et ce avec la médiation active des milieux culturels impliqués dans les communes périphériques. Le troisième cas enfin permet de s’interroger sur la place que pourrait prendre la promotion des cultures émergentes dans une politique culturelle métropolitaine. Des professionnels plaident en ce sens, en arguant que la reconnaissance de ces pratiques artistiques jugées mineures valoriserait une identité métropolitaine au sein d’univers urbains surtout identifiés pour les troubles sociaux qui les traversent. Ces trois exemples nous permettent de supposer que les mouvements d’idées qui accompagneront demain les dynamiques métropolitaines seront au moins autant liées à des projets culturels d’intégration et d’animation que d’excellence et de spécialisation. En d’autres termes, les médiateurs culturels qui composeront le premier cercle des institutions métropolitaines possèderont vraisemblablement un profil tout terrain et transversal de généraliste, loin, très loin, du modèle dominant des conseillers culturels des DRAC.

Un pouvoir d’agglomération en quête de symboles identitaires

Enfin, sur un versant plus politique, l’exercice prospectif permet d’imaginer comment le pouvoir d’agglomération pourrait s’approprier, à l’avenir, certains symboles culturels pour conforter sa légitimité et pérenniser son territoire d’intervention. Les scénarios qui concluent les études montrent à quel point chaque configuration territoriale reste dépendante d’une histoire intercommunale bordée d’opportunités politiques précises et de rapports de force singuliers. Le passage en communauté d’agglomération a en quelque sorte révélé les représentations du combat politique telle qu’elles s’affirmaient de façon différenciée dans chaque contexte local. L’exercice prospectif du mal à se dégager de ce décor " réaliste " d’échanges politiques territorialisés. Pour autant, le passage en communauté d’agglomération affûte des ambitions nouvelles chaque fois qu’il permet à ses leaders politiques d’affirmer un imaginaire territorial qui transcende des particularismes ou des clivages internes. Deux cas de figure sont à ce titre identifiables : celui où l’agglomération pourrait asseoir une partie importante de sa communication politique sur les ambitions culturelles de rayonnement qui étaient jusqu’alors exprimées par la ville-centre (comme à Montpellier et à Rennes, ou dans une moindre mesure à Amiens et La Rochelle), et celui où l’agglomération pourrait valoriser symboliquement les ambitions socioéconomiques affichées sur son territoire, que ce soit à partir de la ville centre (comme à Rodez), de la région urbaine (comme à Montbéliard) ou de la métropole (comme dans le Grand Lyon).

Le premier cas de figure est caractérisé par la structuration d’un leadership politique fort qui semble impliquer, à terme, un renforcement de la bureaucratie culturelle d’agglomération. Les scénarios prospectifs montrent en effet que les communautés d’agglomération pourraient chercher à dépasser la pratique des fonds de concours pour autonomiser la politique culturelle d’agglomération. Cette stratégie repose sur l’idée que le leader politique souhaite que l’agglomération devienne une collectivité majeure avec une politique de marketing institutionnel en rapport avec ses fonctions de centralité et de rayonnement. C’est ainsi que la communauté d’agglomération de Montpellier pourrait utiliser la culture pour multiplier les indices de grandeur de son territoire auprès d’une population riche en classes moyennes et supérieures, dans un contexte régional politiquement hostile. Sur le même registre, la communauté d’agglomération de Rennes pourrait afficher son Nouvel Équipement Culturel comme le symbole d’une certaine plénitude gestionnaire mariant la puissance rennaise, le renouveau des négociations intercommunales et l’affirmation symbolique d’une forme innovante de démocratisation culturelle. On pourrait aussi faire cet exercice de politique-fiction sur Amiens (la culture facilitant pour le président de la communauté d’agglomération l’apprentissage discursif d’une citoyenneté métropolitaine) et sur La Rochelle (où un élu pourrait personnaliser à nouveau le pouvoir en renouant, via des manifestations culturelles d’envergure, avec le référentiel modernisateur porté par Michel Crépeau).

Le second cas de figure illustre en revanche une situation où la donne culturelle serait plutôt mise au service d’autres stratégies de développement. L’exemple le plus explicite concerne le Grand Rodez et l’affichage prioritaire sur le développement économique. Le refus actuel d’une communautarisation des services culturels n’est pas incompatible avec le développement progressif d’une stratégie communicationnelle centrée sur l’excellence économique dans laquelle les critères culturels de l’identité et des valeurs communes prendront une place croissante. Dans la communauté d’agglomération de Montbéliard, le contexte compliqué de chevauchement des espaces communaux et supracommunaux pourrait inciter les principaux leaders politiques à accompagner les ambitions sectorielles sur le tourisme et l’emploi de programmations culturelles soulignant la cohésion et l’identité de ces effets de territoires (dans l’esprit de la dynamique conquérante sur l’industrie automobile des années 50). Le cas du Grand Lyon offre aussi un exemple d’intercommunalité où la cohésion d’ensemble pourrait être inventée sur des bases intellectuelles combinant des références culturelles et des atouts socioéconomiques. Le vaste exercice de prospective engagé dans Millénaire 3 montre que les 21 priorités pour le 21ème siècle s’appuieront nécessairement sur une démarche participative imprégnée de repères forts sur la place culturelle du Grand Lyon dans le contexte régional et international. On peut facilement imaginer que ce souci de positionnement géostratégique incitera les leaders politiques à lutter contre les risques d’éclatement et d’éparpillement en imprégnant les différentes politiques sectorielles de références identitaires.

Au-delà de ces deux cas de figure, l’une des nouvelles frontières de l’agglomération est située à la périphérie des villes. Désorganisé, desservi au gré des rares sensibilités artistiques et culturelles de ses élus, le périurbain s’illustre pour l’instant, par le biais de ses représentants, au travers de velléités de protection contre les effets jugés indésirables (notamment financièrement) de l’agglomération. Dans les phases de transition institutionnelle, ce sont souvent les grands leaders qui sont au devant de la scène. Le stade de la consolidation désignera ce périurbain comme l’espace par excellence d’un aménagement territorial et d’une refondation des politiques culturelles urbaines.

* * *

L’intervention culturelle dans les agglomérations pourra-t-elle avoir des effets structurants sur les conditions de définition de l’intérêt communautaire dans les grandes villes en France ? En guise d’ouverture conclusive, nous ferons l’hypothèse que les indices culturels de centralité partagée, d’intégration sociale et de marketing identitaire qui se dégagent des réflexions prospectives accompagnent et illustrent le déplacement des politiques urbaines vers un modèle d’action publique plus territorialisé et plus pragmatique que par le passé. Ce constat, s’il s’inscrit sans surprise dans un contexte général de réorganisation des régulations collectives (mondialisation, gouvernance, néo-libéralisme, nouvelle économie et territorialisation de l’action collective...), prend néanmoins, dans ses composantes culturelles, une tournure explicative intéressante. On perçoit en effet avec la création des compétences culturelles d’agglomération que le leadership politique appréhende la mise sur agenda des problèmes culturels en acceptant des héritages territoriaux mais en se démarquant, parfois fermement, d’un standard de politique culturelle urbaine qui orientait, depuis l’État culturel, la majorité des villes. Ce standard, au gré de la décentralisation et des effets de la déconcentration, est en voie d’épuisement. Ses acquis sont certes encore largement présents dans les cadres d’action des villes centre, mais leur transcroissance à l’échelle nouvelle de l’agglomération devrait pousser plus loin encore l’autonomisation des choix, du sens et de l’institutionnalisation des politiques culturelles urbaines.

Notes

[1] Ce texte est paru sous une forme légèrement remaniée dans l’ouvrage suivant :
La politique culturelle des agglomérations, Alain Faure, Emmanuel Négrier (dir.). Paris : La Documentation française, 2001, 13,00 €, 87,27 FF.

[2] sous réserve d’épuisement de certains contentieux locaux.

Synthèses des journées d’étude

Anne-Marie Bertrand, Chargée de mission à la Direction du Livre et de la Lecture

En commençant cette synthèse, je dois d’abord vous avouer mon embarras : je ne suis pas une spécialiste des BDP, je ne suis pas une spécialiste de l’intercommunalité et je ne suis même pas, contrairement à Dominique Arot, une spécialiste de la synthèse des congrès. C’est à ce triple titre que je sollicite votre indulgence.

L’intercommunalité aujourd’hui s’insère dans un problème précis et complexe qui est posé aux BDP : il s’agit de structurer l’action sur un territoire donné alors même que les modes d’action des BDP changent et, selon la formule de Didier Guilbaud, passent d’une logique de distribution à une logique de services.

Les nouveaux textes législatifs (loi Voynet, loi Chevènement) ont été largement abordés au cours de ce congrès. Je me permettrai donc de ne pas les reprendre mais, en revanche, de citer le rapport Mauroy (Refonder l’action publique locale) qu’on a peu évoqué jusqu’ici. Le rapport Mauroy annonce " une révolution intercommunale au cours des quinze années à venir " et pronostique un maillage du territoire autour de " quelques milliers de communautés de communes ", " 130 communautés d’agglomération " et " une vingtaine de communautés urbaines ". Pour les échelons qui intéressent plus particulièrement les BDP, voici ce qu’il dit : " Le département reste irremplaçable en matière d’action de proximité notamment en ce qui concerne le social, la culture ou les équipements " ; " Les pays ne sont pas et ne doivent pas devenir un nouvel échelon institutionnel " ; à propos de " la couronne péri-urbaine " (où habitent, selon lui, 9.674.000 personnes), le rapport s’exprime avec force : " Il n’est plus, comme par le passé, possible d’opposer une France des villes et une France des campagnes " - ce que soulignait aussi tout à l’heure Jean Pihan.

Dans ce contexte politico-administratif, les questions qui se posent aux BDP pourraient être résumées ainsi :
Comment organiser, structurer un territoire ?
Comment organiser territorialement une offre de services ?
Comment qualifier le personnel qui intervient sur ce territoire ?
Comment garantir la qualité du service rendu ?
Comment assurer l’égalité d’accès au livre, à la lecture et au savoir ?
Comment faire vivre le service public de la lecture sur tout le territoire ?

Dans cette synthèse, je vais reprendre, brièvement, quelques-unes de ces questions selon trois axes : les modalités d’organisation du territoire, la formation et les missions des BDP.

Les modalités d’organisation du territoire

Que sait-on de " l’intercommunalité au travail " selon la formule de Françoise Danset ? J’ai été frappée par une certaine méconnaissance de ce qui se fait, qui s’explique conjointement par une absence de recensement et une absence de formalisation (ce printemps, à Eymoutiers, les conseillers livre et lecture auprès des DRAC ne comptabilisaient que 24 " vrais " plans départementaux de développement de la lecture publique). Cependant, on nous a présenté plusieurs exemples d’organisation (ou de projet d’organisation) du territoire : la Saône-et-Loire, la Mayenne, la Moselle et l’Ille-et-Vilaine. Un point commun rassemble ces organisations : l’arborescence entre les équipements ; une différence les sépare : les uns misent plutôt sur la décentralisation (Saône-et-Loire, Mayenne), les autres sur la déconcentration (Moselle, Ille-et-Vilaine). D’autres modèles sont expérimentés ici ou là, notamment dans la Vienne qui a mis en place un système de " bibliothécaire sans bibliothèque " où l’intercommunalité ne s’appuie pas sur des équipements mais sur le partage de la qualification, du conseil et de l’expertise.

De nombreux intervenants, à commencer par Emmanuel Négrier, ont souligné que ce travail en partenariat ne pouvait exister sans une volonté politique forte. Jean Buathier a mentionné la " volonté de travailler ensemble et d’impliquer les communes ", Joseph Schaefer (maire de Bitche) parlait de " créer une solidarité active " et Guy Coulon (district de Ciseaux) de " travailler dans l’intérêt de tous avec une forte implication de chacun ". Cette volonté politique est-elle en train de prendre un virage en faisant aujourd’hui le choix d’une logique d’aménagement du territoire, plutôt que d’une logique de décentralisation ? Emmanuel Négrier nous a proposé une troisième piste : une logique d’auto-aménagement d’un territoire donné (l’agglomération) qui s’ajoute à l’aménagement " octroyé " par l’État ou par la Région. Mais pas d’angélisme : dans cet auto-aménagement, certains sont plus égaux que d’autres et l’étude d’Emmanuel Négrier montre que l’aménagement de l’agglomération est piloté par les " leaders d’agglomération ", la plupart du temps maires des villes-centres : la conséquence la plus importante de cet auto-aménagement pourrait ainsi être de renforcer la prééminence du centre.

La qualification du personnel, des personnes

Lors de votre congrès de Lille, en 1997, Bernadette Seibel s’exprimait ainsi : " La formation est un enjeu formidable pour le développement de la lecture publique dans les départements [...]. Une des missions grandissantes de la BDP consiste précisément à qualifier et à professionnaliser les intermédiaires (entre les bibliothécaires de la BDP et le public) à travers l’ensemble des formations qu’elle met en place. "

Les BDP ont bien compris cet enjeu puisqu’on assiste à une véritable explosion des journées-formation assurées : de 3 942 en 1995 à 19 860 en 1998. Et cette question du personnel et de sa qualification était bien présente dans l’enquête présentée par Didider Guilbaud, qui soulevait notamment ces interrogations : qui anime ? qui paye ? qui forme ? qui gère ?

Mais, peut-être paradoxalement, la formation a été peu abordée au cours de ce congrès. On a par contre évoqué, même si c’était ponctuel, la question de la création d’emplois. Marie-Christine Pascal remarque que l’intercommunalité engendre une dynamique de création d’emplois. Sylvie Dewulf souligne que l’aide à la création d’emplois mise en place par le Conseil Général permet non seulement de créer des emplois mais aussi de constituer un réseau de professionnels, habitués à travailler ensemble.

Les missions des BDP

C’est un point qui a été abordé souvent, sous l’angle de la modification des modes d’action, d’une part, et sous celui du territoire à desservir, d’autre part.

La logique de distribution évolue vers une logique de services, a-t-on dit. Du coup, le département et la BDP sont devenus planificateurs, pédagogues, coordonnateurs (de l’intercommunalité), animateurs, formateurs, conseillers, rationalisateurs, logisticiens et évaluateurs - pour reprendre les termes qui se sont égrenés tout au long du congrès. Les modes d’action évoluent. Seules 25 BDP assurent encore une desserte scolaire. Le prêt direct est en voie d’extinction, le nombre des points de desserte est rationalisé et diminue. Logiquement, les BDP font moins de prêts (Alain Caraco suggère d’enlever le P de BDP), s’appuient moins sur leurs propres collections et font moins d’acquisitions (d’où des problèmes de ratio par rapport aux aides du CNL).

La question du territoire d’intervention évolue elle aussi. Martine Blanchard dit clairement : " La recomposition des territoires fait voler en éclats le seuil des 10.000 habitants " et Véronique Chatenay-Dolto renchérit : " L’intercommunalité ne peut pas ne pas modifier l’organisation du système ". Les frontières du territoire sont doublement mises en cause : d’une part le seuil démographique apparaît aujourd’hui sans pertinence (quid des collèges, des publics spécifiques, du péri-urbain ?) ; d’autre part, les frontières mêmes du département ne semblent plus infranchissables : au-delà de l’exemple fameux des BDP des deux Savoie, on a évoqué un projet de médiathèque interdépartementale dans le pays de Redon.

Introduction

Martine Blanchard
Présidente de l’ADBDP
BDP de l’Eure-et-Loir

Monsieur le Président du Conseil Général
Madame le Directeur-Adjoint du Livre et de la lecture
Monsieur le Directeur Régional des Affaires culturelles
Mesdames, Messieurs les Inspecteurs Généraux,
Chers collègues,

Remerciements

A l’ouverture de ces journées, je tiens tout particulièrement à vous remercier, Monsieur le Président du Conseil général, pour la qualité de votre accueil en Maine et Loire. Vous avez répondu à notre sollicitation en offrant le cadre somptueux de ce château pour la tenue de nos 14èmes journées d’étude. Je crois que c’est la première fois, de mémoire bédépiste, déjà forte ancienne, que nous avons le privilège d’élire domicile dans un château pendant trois jours.

Un grand merci également à Bruno Dartiguenave et au personnel de la BDP du Maine et Loire pour l’organisation de ces journées. Je sais ce que cela représente en temps et en énergie déployée pour faire en sorte que tout se passe au mieux pendant ces journées.

Il est devenu traditionnel de se retrouver au mois de novembre pour nos journées d’étude. L’ADBDP, vous le savez, organise chaque année ces rencontres professionnelles autour d’un thème large, pouvant intéresser un grand nombre de personnes. Il est d’usage aussi de se réjouir du nombre de participants à l’ouverture de tout colloque. Alors au delà des formules convenues, ne boudons pas notre plaisir.

Vous avez, une fois de plus, répondu présents à ce rendez-vous annuel et nous sommes vraiment très heureux de vous accueillir si nombreux : 140 collègues, venant de 60 BDP, et nous vous remercions de cette fidélité.

Présentation des journées d’étude

L’ADBDP se veut à la fois un lieu d’échange sur nos pratiques professionnelles, et un lieu de réflexion sur l’évolution de nos établissements.

Le thème choisi cette année : " Bibliothèques départementales et développement local " se situe bien dans cette volonté d’analyser le contexte actuel, d’anticiper et d’adapter notre capacité de transformation aux mutations de la société.

On pourrait dire que ce sujet n’est en soi pas très original, puisque nombre de colloques, ou de congrès l’ont abordé récemment. Je ne citerais comme exemple que le pré-congrès de l’ABF en mai , ou le colloque de la FNCC en septembre. Cela démontre a contrario que c’est un thème d’étude important pour situer le rôle des BDP dans les grands débats en cours.

Quelques mots d’explication sur le thème et les angles d’approche retenus .

" Bibliothèques départementales et développement local " : il s’agit bien de porter la réflexion sur l’enracinement de l’action des BDP sur un territoire déterminé, dans des projets de proximité, soutenus par les collectivités locales qui mettent en œuvre une politique de développement et d’aménagement du territoire.

Et nous avons abordé " ce développement local " dans la seule perspective de l’intercommunalité, et de la place accordée à la culture.

Il nous semble incontournable en effet de situer notre action dans cette perspective . Il nous faut étudier les lois dites Chevènement et Voynet et leur impact actuel et prévisible sur les collectivités locales, puisque ces nouveaux cadres législatifs modifient en profondeur l’organisation du territoire, les structures, les responsabilités et les finances locales.

L’action et les missions des BDP devront s’appréhender dorénavant dans ce contexte, porteur d’un nouvel élan.

Nous sommes persuadés en effet que l’intercommunalité est le moyen de garantir un développement harmonieux et réfléchi des bibliothèques ,en zone rurale aussi bien que péri-urbaine, et d’offrir à tous l’accès aux sources documentaires, à travers un maillage de bibliothèques de proximité et d’équipements structurants.

Cet optimisme doit cependant se nuancer.

Bien des questions se posent : comment défendre les projets culturels dans les structures intercommunales : communautés de communes et communautés d’agglomération, où la culture n’est qu’une compétence optionnelle ?

La mise en place de nouvelles structures va-t-elle conduire à un empilement, un enchevêtrement de compétences, un croisement inextricable de financements ? Va-t-elle conduire à la suppression de certains échelons ?

Ces questions dépassent bien sûr le cadre de réflexion des seules BDP, il s’agit d’enjeux politiques qui sont au cœur des débats actuels sur la décentralisation. Mais il est bien certain que nous sommes concernés. La recomposition des territoires fait voler en éclat le seuil traditionnel des 10 000 habitants et oblige à repenser notre action et les missions des BDP dans ces structures en évolution.

Dans ce contexte de réflexion et de grande diversité, il nous paraît important que l’État réaffirme une politique nationale forte et ambitieuse pour le livre et les bibliothèques, enfin traduite dans une loi. Garant de la cohérence de l’aménagement du territoire, afin d’éviter les risques accrus d’inégalités profondes et durables, l’État doit rester attentif à l’effort des collectivités locales qui, depuis la décentralisation, ont soutenu le développement de la lecture publique et doit leur donner les moyens de conforter leur engagement, sans leur imposer de charges supplémentaires.

Sans prétendre à l’exhaustivité sur ces questions complexes, nous tenterons de donner quelques éclairages, allant du général au particulier.

Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS, nous présentera une étude sur l’intercommunalité culturelle qu’il a co-réalisée pour l’Observatoire des politiques culturelles

Guy Dupré nous expliquera les cadres juridiques et fiscaux de l’intercommunalité, et l’état d’avancement dans la mise en application des récentes lois.

Enfin, à travers une enquête réalisée par l’ADBDP, et le compte-rendu d’expériences concrètes de terrain, nous essaierons de dresser un état des lieux de l’intercommunalité et des bibliothèques dans nos départements, en particulier dans la Mayenne et le Maine-et-Loire. Votre département, en effet, a fortement incité à l’intercommunalité dans le domaine culturel notamment.

Nous souhaitons que ces journées répondent à votre attente et qu’elles soient pour nous tous un carrefour d’idées et de débats.

Le développement territorial de la lecture publique : éléments de rétroprospective

Dominique Lahary, directeur de la Bibliothèque départementale du Val d’Oise

Pour ma part je préfère me tourner résolument vers l’avenir !... Un monde nouveau se crée sous nos yeux : Demain, grâce aux extraordinaires progrès de la science, l’humanité libérée des servitudes matérielles pourra enfin se consacrer librement aux joies de l’esprit.
Edgar P.Jacobs,. Le piège diabolique, 1962 (Les aventures de Blake et Mortimer) (1)

Bien poser un problème n’est pas le supposer d’avance résolu
Jean Baudrillard, préface à l’Immoraliste d’André Gide.

Au terme de ces journées d’étude, je ne me livrerai pas au traditionnel impromptu consistant à synthétiser les interventions et débats ou à livrer une impression générale. Bien que j’aie pris plaisir et intérêt à entendre de tels exercices, j’ai préféré fouiller la mémoire de notre profession et j’ai cherché à écouter et à vous faire entendre ceux qui ont imaginé et écrit en matière de territoires et de prospective, afin de proposer quelques pistes pour les années qui viennent.

1. Un demi-siècle de modèles pour la lecture publique française
 1.1. Retour vers les années 1960 et 1970
 1.2. L’introuvable échelon régional

 1.3. Le cas des BCP
 1.4. La bibliothèque publique, modèle du centre contre la périphérie ?
 1.5. La bibliothèque publique, modèle de la ville pour la campagne ?
 1.6. L’État, la loi, les bibliothèques
 1.7. Le sourire du chat (qu’est-ce qu’une bibliothèque ?)
2. Décentralisation et territoires

 2.1. Problématiques de la décentralisation
 2.2. Territoires pertinents ou approche pertinente des territoires ?
3. Prospective et scénarios
4. Retour sur la lecture... publique
 4.1. Lecture, lecture publique, bibliothèque publique
 4.2. Fondements

 4.3. Missions, objectifs, inégalité
 4.4. Réseautage
 4.5. État ?
Conclusion
Remerciements
Notes

1. Un demi-siècle de modèles pour la lecture publique française

Comment répartir un réseau cohérent de lecture publique sur un territoire ? Cette idée qui obsède ces temps-ci nombre de responsables de bibliothèques départementales a déjà fait depuis longtemps l’objet de réflexions, de projets, de polémiques.

 

1. Retour vers les années 1960 et 1970

Il y a une époque où un cercle de bibliothécaires s’est engagé dans une réflexion territoriale opiniâtre. Ces collègues avaient choisi de se placer du point de vue du public. Ils ont cherché à établir comment, en partant de la population, de sa répartition sur le territoire, on pouvait construire une architecture de bibliothèques publiques, avec à la tête " une bibliothèque publique centrale possédant un fonds d’étude sérieux [on ne parlerait plus ainsi aujourd’hui], salle d’étude, salle d’animation service pour jeunes, catalogage [...] ; des bibliothèques publiques annexes dans les quartiers, grands ensembles urbains [...], dans les villes à partir de 3 000 habitants, dans les lycées, collèges, établissements hospitaliers, prisons, etc. ; deux bibliobus ou plus [...] desservant groupes scolaires primaires et villages toutes les deux semaines ", le tout chargé de " desservir une population de 100 000 habitants".

Ceux qui ont vécu cette époque auront reconnu la " bibliothèque de secteur ".

Celle-ci se déclinait en annexes et bibliobus. On trouvait à un échelon supérieur une " bibliothèque régionale de prêt ", avec services culturels, documentation régionale, prêt interbibliothèque, ayant vocation à recevoir toute la production imprimée française.

La clé de voûte du dispositif, et c’est là que cela commence à se gâter, était la " nationalisation du personnel municipal "... catégories A et B seulement.

Ce texte, qu’on peut qualifier de révolutionnaire, est issu des assises des bibliothèques de juillet 1968, qui se sont tenues dans la foulée d’un certain mois de mai que vous savez(2).

Les promoteurs de cette très importante réflexion(3), la plus importante sans doute qui ait été menée sur ce thème avant celle qui nous occupe actuellement, avaient commencé à élaborer ces projets dès le milieu des années 1960. Ils ont persévéré bien au-delà des assises de 1968. Ce fut la position officielle de la section des bibliothèques publiques de l’ABF jusqu’en 1975.

Elle nous intéresse notamment parce qu’elle reposait sur une critique de la BCP : " Le projet de bibliothèque de secteur repose sur l’idée générale suivante : il ne doit pas y avoir une lecture publique urbaine et une lecture publique rurale. Tous les citoyens quel que soit leur âge, leur situation familiale ou sociale, leur lieu de travail, de repos, de loisir, leur niveau de culture générale, doivent avoir un accès aux livres et autres moyens de formation et de distraction dans les mêmes conditions, avec les mêmes facilités(4). "

" Il ne doit pas y avoir une lecture publique rurale et une lecture publique urbaine " : cette phrase, on l’a relue plus récemment sous la plume d’André Ansroul, actuel directeur de la BDP de Meurhte-et-Moselle(5). Pour Michel Bouvy, un des principaux promoteurs de la bibliothèque de secteur et ancien directeur de la BCP de Moselle, les BCP sont " plus des entrepôts de livres que de véritables bibliothèques ", souvent reléguées " dans les zones industrielles des villes " (6). Il remarque que quand les BCP ont été créées en 1945 ce modèle n’existait pas encore en France. On a donc créé une architecture, un système, mais sans référence au modèle de la bibliothèque publique telle qu’elle ne s’est seulement développée qu’au cours de la seconde moitié du XXème siècle. Louis Yvert, contradicteur déclaré de Michel Bouvy, admettra lui aussi que " la BCP n’est pas une bibliothèque(7) ".

Les défenseurs de la bibliothèque de secteur avancent deux idées forces :

- la lecture publique doit être organisée sur une base territoriale, en réseaux hiérarchisés mêlant zones rurales et zones urbaines,
- le modèle de la bibliothèque ouverte au public en est la pierre angulaire et la tête de réseau ne saurait être autre chose qu’une bibliothèque publique.

Ce même groupe a d’ailleurs contribué à implanter le mot médiathèque en France. La première médiathèque française ainsi nommée fut celle de Cambrai, avec un classement qu’on appelait " multimédia " (on dirait aujourd’hui " multisupport "), et sa revue Lecture et bibliothèques fut rebaptisée en 1975Médiathèques publiques(8).

Une bataille d’idées a fait rage au sein de la profession, et notamment à l’intérieur de l’ABF. Elle s’est traduite par des polémiques d’une violence verbale sans équivalent aujourd’hui. En définitive, les " sectoristes " ont perdu leurs positions à la section des Bibliothèques publiques de l’ABF et leur revue, auparavant publiée sous la responsabilité de cette section, a pris son indépendance.

Ceux qui ont gagné la bataille au sein de l’ABF, mais aussi à la Direction du Livre, au Parti socialiste(9) et finalement sur le terrain, puisque aucune bibliothèque de secteur n’a vu je jour, ont été qualifiés de " communalistes ". Ils avaient un argument très fort : il faut s’appuyer sur les collectivités locales existantes, c’est-à-dire les communes. Le modèle communaliste a fonctionné. Il a permis le développement de la lecture publique là où ont coexisté une volonté politique et un dynamisme professionnel(10).

1.2. L’introuvable échelon régional

Ces idées sectoristes venaient de plus loin. Dans l’entre-deux-guerres déjà des articles ont été écrits par Georgette et Éric Grolier(11) qui se basaient sur une structure dite " la bibliothèque régionale ". Nos vingt-et-une régions n’existaient pas à l’époque : " la zone d’action normale d’une bibliothèque régionale sera [...] un cercle de 50-60 km de rayon " ce qui nous donne " 140 à 175 bibliothèques régionales " avec un réseau de bibliothèques et des bibliobus irriguant le territoire à partir de cette structure. Au-dessus, les auteurs imaginaient des " centres régionaux de prêt interbibliothèque et d’information bibliographique [...] situés dans des villes importantes, capitales régionales ", l’ensemble étant couronné par un " centre national de prêt interbibliothèque et d’information bibliographique(12) ".

En 1937, Pierre Lelièvre, directeur de la bibliothèque municipale de Nantes, avait lancé un " projet d’équipement intellectuel de la région Centre-Ouest " : nous changeons là d’échelle et anticipons sur ceux qui aujourd’hui trouvent nos 21 régions trop petites.

En novembre 1945 furent créées par arrêté, outre les huit premières BCP, neuf centres régionaux de bibliothèques. Mais ceux-ci ne virent pas le jour et furent remplacés par arrêté du 5 juin 1946 par 9 BCP(13).

On retrouve le projet d’un échelon régional de gestion de la lecture publique jusque dans le rapport Pingaud-Barraud(14).

Il s’est finalement traduit, avec la politique du ministre de la culture Jack Lang et de son Directeur du livre Jean Gattégno, par la création d’agences de coopération régionale dont la création a été fortement encouragée par la Direction du Livre et de la lecture, d’une façon paradoxale puisqu’on était en pleine décentralisation, comme si l’État devait une dernière fois, avant retirer ses billes, s’assurer d’un minimum de cohérence territoriale. Ces agences, quand elles ont survécu, ce qui est le cas de la plupart, sont ensuite devenues ce que les régions ont voulu, aussi bien les conseils régionaux que le milieu professionnel de chaque région, c’est-à-dire des institutions extrêmement diverses, et rassemblant plus ou moins l’interprofession du livre. Mais gardons à l’idée qu’une coalition des professionnels en région, ce n’est pas la même chose qu’une mission effectivement assumée par la collectivité territoriale région.

En septembre 1982, l’Association des bibliothèques et centres de documentation de Lorraine(15) publia des Propositions pour un réseau de bibliothèques publiques de Lorraine(16) inspirées de la bibliothèque de secteur. " Cet ambitieux programme a été un moment soutenu par le nouveau directeur du livre et de la lecture, Jean Gattégno ", rappelle André Ansroul(17). Le service régional de bibliothèque y est présenté comme un " service de coordination et d’équilibre " chargé de " mettre en œuvre la politique du Conseil régional " et de " " gérer des services communs " (imprimerie, reliure, catalogues collectifs...).

Pourtant la dernière mouture du projet de bibliothèque de secteur que présenta Albert Ronsin(18), ultime tentative visant à faire coïncider ce schéma avec l’architecture des collectivités territoriales issue de la décentralisation, donnait une importance beaucoup plus grande au service régional, avec inspection, achats et catalogage groupés, gestion de l’animation, réserve régionale recevant le produit des désherbages et accueillant les fonds anciens mal entretenus. Le département quant à lui coordonnait un réseau de bibliothèques de secteurs et d’annexes incluant les bibliothèques municipales existantes.

Enfin fut inventée en 1992 la notion de BMVR (bibliothèque municipale à vocation régionale), surtout pour permettre à quelques grandes villes françaises de combler leur notoire déficience en matière d’équipement central, sans qu’aucun lien n’existe avec la collectivité locale région, ni que le niveau régional des missions apparaisse clairement (19).

1.3. Le cas des BCP

Les BCP, fonctionnant à partir d’un principe inventé en 1945, ont permis aux seules communes les moins peuplées(20) de disposer d’un troisième moteur : l’État. L’histoire est bien connue(21). Ce qui m’intéresse ici c’est de montrer que le modèle de la bibliothèque publique, dont Michel Bouvy a souligné l’inexistence en 1945, n’apparaît officiellement dans le dispositif qu’en 1978, se substituant aux deux figures successives du dépôt géré par l’instituteur et de la desserte directe de la population par bibliobus. La " circulaire Groshens " du 17 juillet 1978(22) la fait surgir en deux étapes :

  • " L’objectif des directeurs doit être de convaincre les autorités communales de la nécessité de donner aux dépôts un aspect extérieur et intérieur attrayant et de les ouvrir le plus largement possible à tous. "
  • Et plus loin : " Dans les communes qui bénéficient d’un dépôt public, il serait souhaitable que des contacts soient établis progressivement avec les maires - en commençant par ceux qui ont marqué le plus d’intérêt pour la lecture publique - afin de leur proposer, si cette démarche vous apparaît opportune, un engagement réciproque entre la commune et la bibliothèque centrale de prêt sous forme d’un échange de lettres, visant à transformer progressivement le dépôt en "relais-bibliothèque". "

Suivent une liste de points sur lesquels pourrait porter l’engagement de la commune, parmi lesquels les suivants constituent une sorte de définition a minima de la bibliothèque publique :

  • local public, bien signalé, aménagé avec un mobilier moderne, composé de rayonnages, d’une ou plusieurs tables et de quelques chaises ;
  • désignation d’un responsable ou d’un groupe de personnes " suffisamment disponibles, suffisamment cultivées et ayant le sens des relations publiques " pour " gérer ce dépôt et tenir quelques statistiques " ;
  • formation élémentaire dispensée au responsable ;
  • ouverture à toute la population sans aucune exclusive ;
  • présentation des collections en libre accès.

La circulaire Gattégno de 1985(23), chant du cygne de l’État précédant de quelques mois le transfert des BCP aux départements, systématise une typologie qui demeure dans les statistiques demandées annuellement par la DLL aux BDP, même si les définitions ont bougé : la " bibliothèque municipale ", la " bibliothèque relais " et le " dépôt ".

La bibliothèque municipale y est définie comme un " service disposant d’un agent qualifié rémunéré sur un emploi spécifique(24) et d’un budget d’acquisition. Nous avons là une énonciation par l’État d’une définition minimale de la bibliothèque publique normative, curieusement désignée, en une sorte de " concept manqué " (par analogie aux actes manqués), par un statut qui ne figure pas dans les conditions requises et ne garantit nullement que celles-ci soient remplies (les bédépistes connaissent des bibliothèques associatives bien dotées et des bibliothèques municipales misérables), comme si le statut communal avait vocation à incarner l’idéal post-sectoriste de la lecture publique.

Ainsi les BCP, à partir de la formule initiale du " dépôt-instituteur ", ont couru après les modèles (le prêt direct, le prêt direct aux écoles, le dépôt aux écoles, le dépôt public) pour se retrouver avec un modèle trinitaire - et avec la mission implicite de multiplier les bibliothèques " municipales " au détriment des " relais " et des " dépôts ", devenus " antennes ".

 

1.4. La bibliothèque publique, modèle du centre contre la périphérie ?

Analysant dans sa thèse les politiques de lecture publique de l’avant-guerre aux années 1980, Marine de Lassalle(25) développe l’analyse suivante : l’idée de la bibliothèque publique a été imposée par le centre contre la périphérie, par des conservateurs de bibliothèque d’État, qui avaient une culture étatique, et qui ont peu à peu peaufiné ce modèle, important en le modifiant le modèle anglo-saxon. Cette importation se serait faite contre le terrain qui était absolument impur : la bibliothèque populaire du XIXème siècle, la persistance de la bibliothèque municipale de conservation accessible aux seuls érudits, une multitude de bibliothèques associatives divergeant plus ou moins gravement du modèle canonique. Elle manifeste une réduction du problème de la lecture à celui de la lecture publique, identifiée au modèle de la bibliothèque publique.

On voit bien que les sectoristes sont de cette école-là. Pour eux, il n’existe que la bibliothèque, la lecture publique se limite à la bibliothèque publique, et c’est le meilleur instrument pour développer un réseau. Mais les communalistes sont également de cette école, et le différend entre eux est au fond institutionnel, politique. À ceci près qu’à l’époque, seul le modèle sectoriste permettait de penser en terme de réseau.

Mais ce modèle, il n’est pas seulement étatique. Anne-Marie Bertrand a, dans sa propre thèse(26), mis l’accent sur l’alliance de l’État et des collectivités locales, des fonctionnaires modernistes de l’administration centrale, des conservateurs et bibliothécaires d’État ou communaux et de certains élus dans la définition de politique d’équipement des villes en bibliothèques.

Elle le résume dans un autre texte : " C’est l’existence d’un modèle de bibliothèques conçu par les bibliothécaires et promu par l’État qui a permis à des objectifs dispersés de prendre forme et vigueur au sein de politiques locales. L’interaction entre l’échelon national et l’échelon local a été décisive dans le démarrage et le développement du mouvement de modernisation(27). "

Après 1981 on a beaucoup proclamé la décentralisation alors que les bibliothèques municipales étaient décentralisées de naissance, si l’on écarte la question particulière des bibliothèques municipales classées pour lesquelles les bibliothécaires s’étaient battus comme de beaux diables entre les deux guerres pour être (eux, statutairement) nationalisés.

Le transfert des BCP aux départements dans le cadre des lois de décentralisation de 1982-1985 a, à l’époque, suscité des craintes, des protestations allant jusqu’à la grève. Les sectoristes y ont vu bien sûr un danger suprême : " Nous avons un temps espéré [que la bibliothèque de secteur] recueillerait l’adhésion des " décideurs ". C’était, hélas, compter sans la décentralisation. [...] Mettant les établissements encore plus sous la coupe des élus locaux ou départementaux, [la décentralisation] a favorisé les inégalités générées par le bon (ou le mauvais) vouloir des uns et des autres suivant les cas, le meilleur ou le pire ; elle a accentué les pressions, les censures, les propagandes pour le parti au pouvoir, quel qu’il soit(28). "

Les bibliothécaires présents à la Direction du Livre et de la lecture ont également pu éprouver une certaine réticence, comme en témoigne Claude Jolly, en poste au Bureau des bibliothèques municipales entre 1979 et 1985(29) : " La Direction du livre de l’époque, de 1981 à 1985, a parfaitement joué le jeu de la décentralisation " contrairement à d’autres directions du ministère de la culture, comme celle des musées de France. " J’ai effectivement ressenti les choses de façon pas très agréable en me disant finalement que ceux qui avaient joué le jeu, ils n’avaient pratiquement plus prise sur rien, y compris sur un certain nombre de points qu’il aurait été pertinent de garder et que ceux qui avaient été complètement à contre courant, ils avaient finalement réussi à gagner au moins temporairement la partie ".

Aujourd’hui, quelles que soient encore les grandes inégalités dans l’équipement des communes mêmes importantes, la décentralisation ou la non centralisation des bibliothèques relevant des collectivités locales paraît un fait acquis que nul ne songe plus à remettre en cause. Ce n’est plus de saison. Seule demeure au fond le concours particulier de la dotation globale de décentralisation, " cette exception bibliothécaire ", et son " taux James Bond " (0,07 m2 par habitant(30)) ouvrant droit à l’aide à la construction ou à l’aménagement.

1.5. La bibliothèque publique, modèle de la ville pour la campagne ?

M’inspirant de l’analyse de Marine de Lassalle, j’émets l’hypothèque que si finalement la décentralisation des BCP a parfaitement fonctionné, au point de ne plus guère susciter de réserve dans le milieu professionnel, c’est que le modèle du centre contre la périphérie, l’imposition du modèle de la bibliothèque publique, a été décentralisé par les conservateurs acceptant de travailler dans les collectivités locales, qu’ils aient ou non opté pour la fonction publique territoriale.

Et le relais a été parfaitement assuré grâce à l’arrivée massive dans les équipes des BDP et à leur tête des bibliothécaires communaux, dont bon nombre de " CAFBistes ", ces titulaires du Certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaires, organisé par l’État, faisant l’objet d’un enseignement par des conservateurs d’État, et qui a grandement contribué dans les années 1970 et 1980 à la transmission du modèle de la bibliothèque publique dans les collectivités locales. Ce qu’on a entendu tout au long de ces journées ce n’est rien d’autre que la continuation de cette même attitude : il n’y a de lecture publique que par la bibliothèque publique, département par département.

Finalement on peut considérer que la BDP telle qu’elle évolue réalise la conciliation entre communalistes et sectoristes au niveau départemental. Mieux, avec la montée en puissance d’architectures de réseaux à plusieurs niveaux, la fameuse typologie ternaire transforme ce qui était une simple caractérisation discriminatoire des différents points de desserte en agencement de réseau.

Demeurent deux questions d’importance.

D’une part, persiste la coexistence entre le réseau de lecture publique rurale et les équipements de lecture publique urbaine, qui s’agencent mal, voire se concurrencent et empiètent les uns sur les autres : il y a là un défi à relever dans les années qui viennent.

D’autre part, il est permis de se poser avec les sectoristes la question des territoires pertinents. Ces derniers avaient encore une démarche fondée sur la bibliothèque en soi close et coupée du reste du territoire institutionnel, mais ils n’étaient pas coupés des habitants. Quand on fait une analyse territoriale, on est évidemment tenu, au moins dans un premier temps, de mettre entre parenthèses les structures institutionnelles. Les habitants vont partout, ils ont leurs propres réseaux, leurs propres déplacements, qui obéissent à des logiques de polarisation, et parfois la bibliothèque est si forte qu’elle polarise elle aussi : " Chacun de nous vit désormais dans des territoires-réseaux, pas les mêmes pour tous, variables dans le temps, traduisant un autre système de relations sociales de base que celui qui s’inscrivait jadis dans le village ou dans la ville(31). "

Oui mais, et c’est en cela que les communalistes avaient raison, on ne peut rien faire en dehors d’un environnement institutionnel, on le prend comme il est, on ne peut pas courir éternellement après un territoire pertinent où ne pourrait s’incarner aucune volonté politique. On doit s’appuyer ce qui existe, sur ce qui existe de façon stable et sur ce qui est émergent, voilà pourquoi l’intercommunalité est une chance à saisir absolument et sera peut être, pour la lecture publique, la grande affaire de la décennie.

1.6. L’État, la loi, les bibliothèques

Reconnaissons-le : l’État ayant réussi à diffuser les modèles professionnels dans les collectivités locales, il s’est peu à peu retiré de nos esprits, n’était la survivance de subventions spécifiques, surtout efficaces en matière d’investissement.

Et pourtant demeure dans nos esprits une trace, sur le mode fantasmagorique. Non pas la trace d’un État qui agit, mais celle d’une volonté nationale qu’on appelle de ses vœux, ultime garant et énonciateur suprême des missions des bibliothèques et des prérogatives des bibliothécaires.

Cette trace, c’est un rite, qui date d’avant la guerre de 1914 et qu’on voit courir tout au long du vingtième siècle, celui de la revendication d’une loi sur les bibliothèques.

" En janvier 1979, le Président Valéry Giscard d’Estaing annonce en conseil des ministres la mise en chantier d’un projet de loi sur la lecture publique(32) " dont une des dispositions devait être " [l’]obligation de construire une bibliothèque municipale pour toutes les communes de plus de 10 000 habitants dans un délai de cinq ans " (il était aussi question du transfert des BCP aux départements). Le projet n’a jamais vu le jour. Par la suite le Parti socialiste a mis cette obligation dans son programme au congrès de Valence en octobre 1981, sans que cela ait la moindre suite.

Le rapport Yvert de 1984(33), qui comporte dans son annexe 1 des " éléments pour un projet de loi sur les bibliothèques publiques ", ne contient aucune disposition coercitive de cette sorte.

Depuis cette date, les associations de bibliothécaires réitèrent régulièrement leur demande d’une " loi sur les bibliothèques " (et non sur les seules bibliothèques publiques), et les représentants des pouvoirs publics assurent régulièrement qu’une telle loi est en chantier.

Nous aurons la preuve que le deuil de l’État sera définitivement consommé quand ce rite se sera évanoui. Car il s’évanouira. Aucun congrès de bibliothécaire ne proclamera son indifférence pour une loi sur les bibliothèques. Simplement, on n’en parlera plus.

Pour ma part, mais je n’exprime pas ici l’avis du CA de l’ADBDP, je pense qu’il n’est pas très important de demander une loi sur les bibliothèques mais qu’il est très important que les bibliothèques soient dans les lois, par exemple dans la ou les lois qui vont transposer en droit français la directive sur la propriété intellectuelle dans la société de l’information. Dans tous les domaines de législation où les bibliothèques sont directement ou indirectement concernées elles doivent être chaque fois que nécessaire mentionnées, ce qui serait la manifestation que la bibliothèque n’est plus close dans son monde, protégée par l’État et par une loi que ne concerne qu’elle, mais qu’elle est conquérante et surtout ouverte, bien en vue dans tous les dossiers où elle a un rôle à jouer au service des citoyens.

1.7. Le sourire du chat (qu’est-ce qu’une bibliothèque ?)

Qu’est-ce en définitive qu’une bibliothèque ?

La FNCC (Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture le reconnaît " il n’existe pas de textes légaux définissant ce qu’est une bibliothèque municipale(34) ". L’annuelRépertoire des bibliothèques publiques publié par la direction du Livre et de la lecture ne saurait en fournir le compte et n’énonce d’ailleurs pas les critères de son recensement.

Une autre façon de poser la question est : à quelles conditions une bibliothèque publique est-elle viable ? Elle était déjà posée par Georgette et Éric de Grolier(35) : " L’expérience a montré que les petites bibliothèques isolées sont destinées à dépérir [...]. Par contre leur existence est une gêne pour la constitution d’organisations plus efficientes fonctionnant sur une base plus large. Les municipalités, ou les secrétaires de mairie, ont tendance à dire, si on leur propose de participer à une telle organisation : " mais nous avons déjà une bibliothèque ! " - même s’il s’agit d’une centaine de livres que personne ne lit... ".

Et les sectoristes ont renchéri. Ecoutons Michel Bouvy(36) : " Médiathèques publiques n’était en aucune manière une revue destinée aux petites bibliothèques. Une des idées importantes défendues dans ces pages était que la vraie bibliothèque doit avoir une certaine importance. La petite bibliothèque n’est en fait une vraie bibliothèque que si elle dépend étroitement d’une centrale, ses usagers étant à même de profiter facilement des ressources de la centrale en usuels, en périodiques et en ouvrage de prêt, disques, etc. ". Et Albert Ronsin(37) : " Au nom de quoi va-t-on justifier l’implantation irrationnelle de ces mini-bibliothèques faites au seul gré de la demande d’un conseil municipal à qui cela ne coûte que la promesse formelle de trouver quelqu’un qui s’en occupera ! "

Comme si le modèle de la bibliothèque s’épuisait à mesure qu’il s’enfonçait dans le territoire jusqu’à disparaître insensiblement, jusqu’à devenir indécelable aux yeux des bibliothécaires, même si demeure quelque chose qu’on pourrait nommer la lecture, à l’instar du chat d’Alice au pays des merveilles qui s’évanouit en laissant perdurer un moment son sourire.

Illustrations de Joseph Tenniel pour la première édition d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Tout l’effort des BDP est sans doute, de leur point de vue, d’intégrer tous ces points de lecture dans un " système bibliothèque " qui réalise au fond l’idéal des sectoristes qui " avaient adopté cette idée essentielle selon laquelle les besoins étaient partout qualitativement identiques(38). ".

Mais risquons au passage cette définition qui incite à penser réseau sans disséminer plus que de raison le modèle : une bibliothèque publique à la française, c’est un établissement où on passe beaucoup de temps à faire autre chose qu’accueillir le public.

2. Décentralisation et territoires

2.1. Problématiques de la décentralisation

La décentralisation, après l’épisode du référendum manqué de Charles de Gaulle en avril 1969, a été lancée à partir de 1982 par le premier gouvernement Mauroy. Elle a n’a pas remis en cause l’existence des 36 675 communes françaises, avec une population moyenne de 1 522 habitants, alors que les grands pays voisins comme l’Espagne et Italie comptent seulement quelque 8 000 communes(39). Mais elle a essayé de transférer des compétences, en respectant peu ou prou la théorie des blocs de compétences qui veut que chaque niveau fasse quelque chose de différent, faute de quoi les citoyens n’y comprendraient rien.

Lorsqu’ils débattent de la décentralisation, les élus se plaignent le plus souvent du non respect de ce principe, disant en substance : on a voulu répartir des blocs de compétences et finalement tout le monde fait tout, ce n’est plus lisible. Plus rares sont ceux qui disent qu’il faut essayer d’intervenir à tous les niveaux. Enfin, chaque échelon a une propension naturelle à intervenir hors de ses domaines de compétence obligatoire.

Jean-Pierre Fourcade, maire de Boulogne-Billancourt, se référant à Jean Puech, Président du Conseil général de l’Aveyron et de l’ADF (assemblée des départements de France), propose un compromis : la " théorie du binôme(40) ". Il juge utile le " couple État-région ", le " couple région-département ", le " couple département-commune ou département-grande agglomération " mais prévient : " il faut essayer [...] de laisser la place aux binômes et d’essayer de chasser les trinômes et puis ce qui va ensuite parce que c’est là qu’on crée la difficulté ".

On évoque souvent pour déterminer le bon niveau de gestion la notion de subsidiarité, ainsi définie, sans que le mot soit cité, dans l’article 4 de la Charte européenne de l’autonomie locale(41) : " L’exercice des responsabilités publiques doit, de façon générale, incomber, de préférence, aux autorités les plus proches des citoyens. L’attribution d’une responsabilité à une autre autorité doit tenir compte de l’ampleur et de la nature de la tâche et des exigences d’efficacité et d’économie. "

En voici une définition intéressante : " La subsidiarité active, qui conduit à privilégier l’articulation des responsabilités des différents acteurs aux diverses échelles de l’action territoriale, plutôt que l’exercice cloisonné de leurs compétences respectives, oblige donc à une reformulation exigeante de la notion de coresponsabilité, notion qui n’est ni familière à notre droit ni coutumière à notre culture(42). ".

Jacques Delors de son côté " voit dans cette notion non seulement une limite à l’intervention d’une autorité supérieure, mais aussi pour cette autorité une obligation d’agir à l’égard de la personne ou de la collectivité pour lui offrir les moyens de s’accomplir(43). "

Et ailleurs : " On s’épuise à la recherche de l’illusoire " territoire pertinent ". Or le problème n’est pas là, il est même rigoureusement inverse. Tous les problèmes essentiels de notre temps [...] nécessitent pour être correctement gérés des interventions à tous les niveaux à la fois [...]. Le défi de la gouvernance, ce n’est donc pas de trouver pour chaque sujet le niveau pertinent mais de trouver pour tous les sujets l’articulation pertinente entre tous les niveaux(44). "

Ou encore : " L’idée selon laquelle chaque collectivité locale aurait pleine et entière souveraineté dans la sphère d’attribution qui lui est assignée est radicalement illusoire. Les collectivités ne sont pas isolées mais interdépendantes : les compétences qu’elles détiennent interfèrent nécessairement ; leur exercice est toujours plus ou moins encadré et limité par les décisions prises aux autres niveaux territoriaux(45). "

Et enfin : " Il s’agit de déterminer précisément le niveau à partir duquel on travaillera de façon plus adaptée et efficace ensemble plutôt que chacun de son côté(46). "

Voilà qui relativise la théorie des blocs de compétence et justifie notre propension à voir la lecture publique à tous les étages : la commune, la coopération intercommunale, le département, la région, l’État, ce qui est vrai d’une manière plus générale pour le domaine culturel(47). Comment distinguer ces cinq niveaux ? Revenons à la logique des lois de décentralisation de 1982 et des années suivantes, qui portaient sur trois niveaux, ce qui n’est déjà pas mal :

" Proximité communale, solidarité départementale, programmation régionale. A la commune revient la maîtrise du sol, l’urbanisme, les équipements de proximité ; le département assure une vaste mission de solidarité sociale et de péréquation territoriale ; la région se trouve investie de missions plus prospective : réflexion, programmation, impulsion en matière économique, de formation professionnelles et d’aménagement(48). "

Quelle part alors laisser à la collectivité locale département ?

Au-delà du bric-à-brac de compétences issu des lois de décentralisation, avec l’énorme compétence sociale et la petite compétence en lecture publique, un fil rouge peut être dégagé : la mission d’équilibrage. Equilibrage social, qui va, et combien massivement, jusqu’à la prestation sociale individuelle. Mais aussi équilibrage entre les collectivités.

Ceci vaut aussi pour la lecture publique, pourvu qu’on dépasse, selon des modalités adaptées à chaque département, l’unicité du critère de population communale, que la multiplicité des causes d’inégalité et la montée de l’intercommunalité rendent de plus en plus obsolète.

En définitive, la question n’est pas de trouver la structure idéale pour la lecture publique mais d’identifier quelles structures existantes ou émergeantes, n’existant pas d’abord pour les bibliothèques, peuvent leur servir d’institution d’appui.

2.2. Territoires pertinents ou approche pertinente des territoires ?

Au-delà et en deçà de la décentralisation il y a les espaces, les territoires. Que recouvrent ces notions ?

Ecoutons Denis Erckert, géographe du groupe RECLUS : " Les systèmes territoriaux doivent être différenciés par les espaces géographiques tout court, car ils les produisent et les organisent. Un espace géographique ne fait pas a priori système, c’est-à-dire ensemble d’éléments en interaction(49). "

Mais aussi Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart, dans leur stimulant essai intitulé La fin du territoire jacobin : " L’espace français est devenu territoire à travers trois structures sociales : la mosaïque à base agraire, le réseau des marchands et des entreprises, la pyramide de la souveraineté nationale [...]. Le territoire c’est précisément de l’espace structuré autrement que par la seule proximité physique(50) ". Nous avons donc intérêt à nous rapprocher des analyses géographiques et de la frontière entre le géographique et l’institutionnel.

Ces espaces et ces territoires, il nous faut les caractériser, car ils sont comme la matière première de l’intervention des BDP. Jean-Louis Guigou(51) nous guidera dans cette recherche.

Il identifie tout d’abord quatre niveaux de recomposition : " le territoire européen " ; " les systèmes urbains " ; " les agglomérations, pays et districts " ; " les quartiers et bassins de vie quotidienne ".

Il distingue ensuite cinq catégories d’espace : " 10% d’espace urbain avec 60% de la population ; 10% d’espace rural périurbain avec 20% de la population ; 25% d’espace rural en monoactivité agricole ; 30% d’espace rural en voie de dépopulation ; 25% d’espace rural d’activités mixtes(52). "

Enfin il détaille un double processus de polarisation diffusion dans les 20% d’espace rassemblant 80% de la population : " Concentration et polarisation sont en marche, au point que 80% des Français occupent aujourd’hui 30% du territoire, selon un double processus de concentration macro-spatiale dans les métropoles et les régions urbaines, et de diffusion micro-spatiale dans le péri-urbain et l’habitat pavillonnaire. [...] Il en résulte des migrations alternantes de grande ampleur, par la distance, la durée et la fréquence. Elles sont le fait de l’écart croissant entre la sédentarisation du peuplement (le logement) et la mobilité du travail (l’emploi). Le poids du budget consacré au logement des ménages " ossifie " le logement. "

Voilà les territoires sur lesquels nous avons à agir. On peut les voir, selon l’expression de Jean-Louis Guigou, comme une " mosaïque éclatée ". Comment peuvent-ils se développer ? Certainement pas dans l’autarcie. " La question même du développement local pourrait [...] se reformuler ainsi : ; à quelle condition un élément de mosaïque peut-il conserver son statut de territoire en s’inscrivant cependant dans des réseaux [...] ?(53). "

Il est banal de constater que ces espaces et ces territoires sont en décalage avec les découpages politiques. " Nos circonscriptions administratives ont été dépassées par l’histoire " écrit Jean-Louis Guigou(54). Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart précisent : " L’époque actuelle se manifeste par un décalage entre les territoires publics et les autres, décalage qui rend l’exercice politique malaisé sinon impuissant et qui, peut-être, crée un risque pour la démocratie. Les entreprises, les ménages, vivent de plus en plus un territoire éclaté en plusieurs lieux, créant ainsi une multitude de réseaux qui s’enchevêtrent(55). "

Et d’user d’une image frappante : " Sur l’espace de jeu qu’est notre pays, les pouvoirs publics jouent aux échecs avec autant de types de cases qu’il existe de types de collectivités. Sur ce même espace, vu autrement, selon d’autres règles, les entreprises et, de plus en plus, les ménages jouent au jeu de go(56). "

Illustration de Joseph Tenniel

pour la première édition d’Alice au pays des merveilles
de Lewis Carroll.
 

Mais c’est l’analyse territoriale elle-même qui nous fournit la clé de la réconciliation : " Le logement de la famille constitue un des rares points fixes individuels à partir duquel rayonnent tous les membres de la parentèle [...]. L’espace de la vie quotidienne, l’espace de la quotidienneté de la famille, redevient un territoire pertinent, un point fixe pour un groupe factuellement solidaire. Une communauté d’intérêt vis-à-vis des services publics, de l’environnement, de la politique locale renaît(57). " Le lieu de l’habitat est celui de l’élection.

Un rapport du Commissariat au plan(58) invite à renoncer au " mythe de l’optimum territorial " qui " postulait jusqu’à présent d’un recouvrement possible (l’optimum territorial) entre trois types de territoires, celui, objectivable, des phénomènes socio-économiques, celui, instrumental, des circonscriptions de l’action administrative et celui, politique, de la légitimité élective " : " il apparaît davantage productif de développer une territorialisation de l’action publique qui renonce à identifier le territoire pertinent à même de superposer toutes les configurations territoriales, pour considérer les territoires politiques, à légitimité élective, comme autant de " points fixes " arbitraires en charge de produire, pour chaque enjeu, la combinaison spécifique de territoires socio-économiques et de territoires administratifs à même de faciliter l’action publique. "

Quelle place peut alors prendre une collectivité comme le département ? Ecoutons encre Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart : " Un niveau intermédiaire entre le local représenté par les communes et le national sera durablement nécessaire à cause de la nécessité de gérer des services publics - éducation, santé, etc. - qui ne peuvent exister qu’en desservant une population importante, très inférieure cependant à la population nationale. Une collectivité publique s’impose pour assumer ces services en les ajustant aux besoins d’une population donnée, ce qui implique que cette collectivité soit territorialisée(59). "

Et Jean-Louis Guigou va nous donner la clé de cette territorialisation : " L’objectif d’équilibre et d’égalité territoriale apparaît de nos jours comme une fausse piste. Il faut au contraire favoriser des aménagements adaptés à la diversité des territoires(60). "

3. Prospective et scénarios

Qu’est-ce que la prospective ? On a pu penser que c’était de la prédiction, de la conjecture(61). C’est une définition dépassée. L’avenir n’est écrit nulle part.

On s’attachera plutôt à une conception de la prospective comme " instrument crédible d’aide à la décision(62) ", comme " panorama des futurs possibles d’un système destiné à éclairer les conséquences des stratégies d’action envisageables(63) ". On peut d’autant moins imaginer l’avenir qu’on participera à sa construction. Mais on peut faire l’effort de maîtriser, autant que faire se peut, la part de l’avenir sur laquelle on peut influer.

Avec modestie, car le slogan " Qui maîtrise le passé maîtrise l’avenir, qui maîtrise le présent maîtrise le passé. " était celui du Parti dans 1984 de George Orwell. Mais aussi avec une certaine détermination, car " en matière de prospective on a souvent tendance à imaginer ce qui pourrait éventuellement changer en oubliant de recenser systématiquement ce qui, de toutes façons, a de grandes chances de rester inchangé si l’on ne fait rien pour cela(64). "

Parmi les méthodes de la prospective, on peut citer les scénarios, les modèles et le brain storming. Tenons-nous-en aux scénarios.

Jean-Louis Guigou, faisant une analyse prospective de la structuration du territoire français à l’échéance de 2015(65), en propose trois reposant chacun sur un schéma. Or ces trois schémas, qui traitent de l’avenir du territoire français dans son ensemble, nous parlent immédiatement si nous nous plaçons du point de vue de l’organisation de la lecture publique sur un territoire donné, par exemple un département.

  • Le premier scénario se nomme " hiérarchie ". Il correspond à une conception hiérarchique des relations entre organismes chargés de la lecture publique. Ce que nous appelons nos " réseaux " correspondent souvent à ce modèle. Et d’une manière général tous les dispositifs présentés comme coiffés par une " tête de réseau ".
Nous avons le schéma simple à deux niveaux avec la BDP et ses " dépôts ", mais aussi le schéma émergeant à trois ou plus :

BDP > Bibliothèque de pays (et ses équivalents) > Relais > Antenne

qui correspond très exactement à celui de la bibliothèque de secteur :

Service régional > Service départemental > Bibliothèque de secteur > Annexe

  • Le second scénario se nomme " dislocation ". Il correspond à une vision pessimiste de compartimentation du territoire sans cohérence générale.
Nous pensons immédiatement à la coexistence des réseaux de lecture publique ruraux et urbains. Le sentiment de dislocation peut être exacerbé dans l’esprit des bédépistes par l’émergence des communautés de communes et surtout d’agglomération notamment autour du chef-lieu de département.
  • Le troisième et dernier scénario se nomme " réseau ".
Et l’on remarque bien sur ce schéma qu’un réseau, c’est un maillage multidimensionnel et ça n’a pas de tête. Il représente l’interconnexion des dispositifs.

Il n’est pas indifférent de citer ici un autre prospectiviste, Thierry Gaudin, qui, présentant deux schémas, l’étoile et le réseau, conclut : " L’étoile et le réseau symbolisent respectivement le pouvoir et la société civile(66). "

Jean-Louis Guigou conclut : " Entre ces trois images de la France en 2015, il n’y a pas de choix à faire. Ces " trois France " vont fonctionner simultanément. L’important est de veiller à encourager l’une plutôt que l’autre ".

Il est clair que dans le domaine de la lecture publique, ces trois scénarios sont également plausibles et que ce qui est plus plausible encore c’est leur coexistence. Le défi sera donc de parier sur le réseau, au sens de Jean-Louis Guigou, d’agir pour le réseau, avec s’il le faut une dose raisonnable de hiérarchie, et en travaillant contre la dislocation(67).

4. Retour sur la lecture... publique

Pourquoi avoir fait ces détours par les problématiques territoriales relevant de la prospective, de la géographie, de la politique ? Pour deux raisons essentielles :

  • parce que la lecture publique n’est qu’un élément parmi d’autres de ces problématiques : il est indispensable de la replacer dans son contexte ;
    • parce que la lecture publique peut être un agent de développement local, et qu’à ce titre elle doit être présentée dans le cadre de la problématique du développement local.

4.1. Lecture, lecture publique, bibliothèque publique

Mais il est temps de revenir à ces trois termes : lecture, lecture publique, bibliothèque publique. Quand on lit de nombreux textes de littérature professionnelle, ou des projets sur la bibliothèque, des textes venant des cabinets ministériels et autres, des rapports, il y a sans cesse une hésitation entre " lecture publique " et " bibliothèque publique ". Finalement, les politiques de lecture sont souvent limitées à une politique de bibliothèque publique. C’est le cas de beaucoup de nos départements dont le mien. Or il me paraît que la bibliothèque départementale est bien placée pour disjoindre tout ça, pour dire que d’abord existe la lecture, un acte privé qui bénéficie des différents canaux de distribution et de diffusion, dont les bibliothèques ne sont qu’un parmi d’autres.

La lecture publique ne passe pas forcément par la bibliothèque publique, modèle normatif dont nous sommes les infatigables défenseurs.

Anne Duquesne a au cours de ces journées(68) parlé d’autre chose, d’action en faveur du livre hors les murs, hors les bibliothèques, partout où passe, où stationne, où réside une population que l’on souhaite toucher. Cela ne se réduit pas à quelques dispositifs aidés par l’État(69). Ça passe partout, la lecture, y compris par ce qui n’est pas reconnu comme la bibliothèque. Si nous arrivons à faire des réseaux de bibliothèques, ce qui vaut mieux que des bibliothèques isolées, à côté il reste encore beaucoup à faire.

La remarque d’une dépositaire, Madame Claude Boisset, responsable de la bibliothèque d’Omerville (Val d’Oise, 337 habitants) m’a beaucoup troublé. En 2000, le Conseil général du Val d’Oise avait réformé son Plan de développement de la lecture publique, en conditionnant notamment à une ouverture hebdomadaire minimale de quatre heures l’attribution de subventions aux bibliothèques publiques, ce qui est bédépistement correct. Madame Boisset nous a dit : " vous soutenez les structures, pas la lecture ". Cette phrase me paraissait si impossible à entendre que j’ai cru avoir entendu le contraire : " Vous soutenez la lecture, pas les structures ". Mais non, elle avait bien dit : " vous soutenez les structures, pas la lecture ". Et je pense que c’est une leçon qu’elle nous donne, et qu’en dehors des bibliothèques que nous avons bien défendues, il existe aussi d’autres réseaux où la bibliothèque publique normée ne vit plus mais où il peut se passer encore quelque chose, où on peut encore contractualiser, fournir, à condition de savoir de quoi il s’agit, d’en être conscient, et éventuellement de le formaliser dans une politique, si nous ne savons pas légitimer autrement notre aide à nos yeux et/ou à ceux de la collectivité pour laquelle nous travaillons.

Dans un beau texte qu’il donna à la dernière livraison de la revueMédiathèques publiques et qu’il intitula L’amour du métier(70), Albert Ronsin résumait : " Etonnante histoire qu’il faudra bien écrire un jour que celle qui a consisté, dans un premier temps, à donner sa place à la lecture publique dans la population [...] mais aussi au sein de la profession ! Le deuxième temps de cette histoire est celui de la transformation de la notion de lecture publique en celle de bibliothèque publique et ce ne fut pas une simple question de vocabulaire : il s’agissait rien moins que de substituer à la notion d’établissement de distraction et d’information celle d’établissement culturel de documentation au service de l’ensemble de la population tout entière. [...] Le troisième temps a été celui du passage de la bibliothèque publique à la médiathèque. "

Osons ici proposer un quatrième temps : celui où l’effort normatif des sectoristes, des communalistes et de bien d’autres, ayant porté ses fruits, peut être dépassé, celui où le développement séparé des bibliothèques peut laisser la place à une reconnaissance mutuelle, à une association chaque fois que c’est possible, au pire à une concurrence lucide, des moyens de diffusion des supports de lecture, du son, de l’image fixe et animée... et des différents points d’accès à Internet.

Non qu’il ne faille encore et toujours, sur le terrain, vanter les mérites de la bibliothèque, en exposer les principes de fonctionnement, agir pour la création et le maintien d’emplois qualifiés. Mais nous pouvons désormais prêcher par l’exemple. Ainsi que l’annonçait Albert Ronsin, la médiathèque a conquis sa place dans la légitimité politique et l’opinion publique, et s’est déclinée dans tous les calibres, de la médiathèque rurale de pays à la " MAVR " (médiathèque d’agglomération à vocation régionale, figure contemporaine de la BMVR).

4.2. Fondements

Il est difficile de trouver des fondements à la bibliothèque publique. De l’intéressante intervention de François Dietsch(71)on retient l’idée que la recherche d’un fondement juridique est sans issue. Comme est sans issue la démarche analogique ou métaphorique, qui court tout au long du XXème siècle, consistant à comparer la bibliothèque à l’instruction publique, devenue éducation nationale.

La Charte des bibliothèques(72) s’appuie très simplement sur les " droits à la formation permanente, à l’information et à la culture reconnus par la Constitution ". Et plus loin : " La bibliothèque est un service public nécessaire à l’exercice de la démocratie. Elle doit assurer l’égalité d’accès à la lecture et aux sources documentaires, pour permettre l’indépendance intellectuelle de chaque individu et contribuer au progrès de la société ".

Quant au Manifeste de l’Unesco sur la bibliothèque publique(73)de 1994, il commence ainsi : " La liberté, la prospérité, le progrès de la société et l’épanouissement de l’individu sont des valeurs humaines fondamentales. "

Contentons-nous de quelques textes fondateurs sans valeur juridique certes, mais pleins de sens. Référons-nous aussi aux discours de légitimation de l’action culturelle, encore que la lecture publique ne se réfère pas exclusivement à une problématique culturelle. Ecoutons l’ancien ministre de la Culture Jacques Rigaud : " Le fondement de l’action publique en faveur de la culture est politique au sens le plus élevé du terme. Le but de la politique culturelle est d’accomplir la République c’est-à-dire de donner à chacun, par un accès égal aux œuvres de l’esprit, la possibilité de se forger sa propre citoyenneté(74). "

Ce rappel à des fondements, fussent-ils généraux et sans valeur juridique, a son importance. La lecture publique n’est pas une simple question de logistique et d’équipement : " La bibliothèque devient [...] un lieu, un objet valorisé en soi, indépendamment de son contenu et de ses objectifs ", avertissait Anne-Marie Bertrand (75). Nous débouchons inévitablement sur la question des contenus, ce qu’on appelle aujourd’hui les politiques documentaires.

Un manuel à l’intention des BCP publié en 1955 par la Direction des Bibliothèques de France(76) s’ouvrait sur ces mots : " Le rôle d’une bibliothèque n’est pas le développement de la lecture pour la lecture. Le but à attendre n’est pas seulement d’accroître le nombre des lecteurs et d’augmenter le nombre des livres prêtés, mais de donner à tous le goût du livre de qualité et de favoriser le développement de l’éducation et de la culture. "

Un quart de siècle plus tard, Michel Bouvy écrivait(77) : " Ou bien la bibliothèque est considérée comme une institution éducativecontenant des ouvrages qui procurent aux lecteurs information et récréation, mais une récréation associée à une certaine dose d’imagination créatrice. La collection comprendra alors seulement des livres qui d’une manière ou d’une autre tendent au développement et à l’enrichissement de la vie. Ou bien la bibliothèque est considérée comme une institution démocratique dont les charges incombent à la communauté, chacun de ses membres pouvant prétendre y trouver ce qu’il souhaite lire. Il va sans dire que le bibliothécaire choisit et établit un certain compromis, et sa clientèle sera précisément le reflet de ce compromis. " Et d’ajouter : " Je penche personnellement pour la bibliothèque institution démocratique. "

Voilà une façon comme une autre de poser les termes d’un débat qu’il conviendra de poursuivre.

4.3. Missions, objectifs, inégalité

J’ai été frappé par une remarque d’Anne-Marie Bertrand(78) : " moi je ne sais pas ce que c’est que les missions, je ne connais que les objectifs. " Puis je me suis rappelé la remarque d’un formateur, dans le cadre d’une session pour les cadres du Conseil général du Val d’Oise relative à la gestion en mode projet, selon laquelle une mission présente un caractère très général, tandis qu’un objectif, c’est un résultat que l’on peut effectivement atteindre, et qui porte donc sur le court ou le moyen terme.

A cette aune, l’égalité d’accès de tous à tout, c’est une mission. Ce n’est évidemment pas un objectif parce que nous ne l’atteindrons jamais. L’utilité des missions, c’est qu’elles peuvent être déclinées en objectifs.

Ce que manifestent les bibliothèques départementales décentralisées, dans toute la diversité des politiques et pratiques, existait déjà du temps de la gestion étatique : il n’y a pas d’égalité. Le rapport Vandevoorde de 1982 dénonçait les inégalités criantes entre départements(79). Il y a également des inégalités au sein de chaque département.

Il y a des territoires, des communes où ça va plus vite que d’autres. C’est comme cela que les choses avancent. Acceptons les différences : c’est ce qui permet l’émulation, et finalement le mouvement.

 

4.4. Réseautage(80)

Le mot " réseau " prolifère dans la littérature bédépiste. Mais souvent dans une optique hiérarchique, ainsi que le révèle l’expression récurrente " tête de réseau ".

Or, un réseau, ça n’a pas de tête. Chaque élément est inséré dans une multiplicité de réseaux. Nos dépositaires sont aussi au centre de leurs réseaux, ils ont différents moyens pour avoir ce qu’ils veulent, et notamment la BDP. Si l’on se pense toujours comme une tête, on ne comprend pas quel est le point de vue de l’autre.

Et en définitive, le point de vue principal, c’est celui de l’utilisateur final, qui ne voit pas tant des réseaux que des points de service, et les utilise selon leur commodité et leur efficacité.

Revisitons les trois schémas présentés plus haut : la combinaison du modèle " hiérarchie " et du modèle " dispersion " représente une situation typique dans un département : la bibliothèque universitaire, la bibliothèque municipale du chef-lieu et la BDP agissent comme dans des mondes parallèles.

Certes nos tutelles sont différentes, n’ont pas toujours une appétence naturelle les unes pour les autres, peuvent s’ignorer ou rivaliser. Mais ces clivages sont également à l’œuvre dans le monde professionnel.

Avouons-le nous, notre profession extrêmement cloisonnée, nous travaillons trop souvent chacun dans son coin. Et pourtant, il arrive que des établissements qui sont en principe de nature différente arrivent à coopérer très simplement. Décloisonnons-nous nous-mêmes : voilà un objectif.

Mais nous parlons du futur il nous faut bien parler des nouvelles technologies dites encore " nouvelles ", auxquelles on assimile trop souvent de façon réductrice les réseaux . Ce qui paraît clair c’est que vont progressivement se développer des ressources payantes en ligne. Les bibliothèques universitaires sont déjà dans cette problématique, les bibliothèques publiques vont y venir. Nous allons nous mettre à acquérir non des documents mais des accès.

Il appartiendra évidemment aux BDP de se poser la question de la fourniture d’accès aux établissements auxquels elles fournissent des documents. Voilà à la fois une prospective et un objectif à moyen terme.

4.5. État ?

" N’attendez rien de l’État " nous avait dit Jean-Yves Chamard, Vice-Président du Conseil général de la Vienne, en accueillant nos journées d’étude de novembre 1998(81).

Mais écoutons Pierre Mouliner dans sa Décentralisation culturelle(82), fonctionnaire d’État que quelqu’un a qualifié de partisan du despotisme éclairé (c’est ce que nous sommes un peu tous, nous sommes des technocrates qui nous rêvons en conseillers du despote éclairé).

Pierre Moulinier dit que dans le domaine de la culture demeure l’État régalien (la loi), l’État gestionnaire de service, l’État redistributeur, l’État animateur.

Retenons pour notre part l’État redistributeur, car les subventions conditionnées par le respect de critères demeurent utiles. Mais ajoutons l’État évaluateur, l’État statisticien. Mais déjà nous voyons qu’à côté de l’État agissent les BDP coalisées.

L’ADBDP aussi forme un réseau et il était intéressant hier d’entendre Annie Dourlent(83) proposer un formulaire unique de statistiques pour les établissements que nous desservons, et peut-être que finalement ce seront les BDP mises en réseau qui réaliseront ce que l’État unitaire n’a pas fait.

 

Conclusion

" D’une certaine façon, on pourrait dire que l’ambition des BCP est de disparaître au profit d’un tissu suffisamment riche, suffisamment nourri de bibliothèques municipales " avait lancé Jean Gattégno en 1984(84). Cette phrase provocante pourrait être reformulée ainsi : l’ambition des départements peut être de contribuer au développement de réseaux de lecture adaptés aux territoires, en conservant pour leur part les activités, et seulement elles, de nature à aider les collectivités à améliorer effectivement les services rendus au public.

Soulignons ce paradoxe : au moment même où se manifeste avec éclat le décalage entre les territoires institutionnels et les autres, apparaît la nécessité pour la lecture publique de coller aux territoires institutionnels. Mais mouvants, dynamiques, multiformes. Car la lecture publique demeure pour l’essentiel objet de politique publique, et il appartient aux institutions territorialisées de rechercher une adaptation, jamais acquise et jamais achevée, aux territoires humains.

Il n’y a donc pas d’organisation possible de la lecture publique en dehors du cadre institutionnel démocratique. C’est aux collectivités territoriales de décider ensemble des meilleurs niveaux de gestion et des meilleures formules de coordination et de centralisation. Ces formules sont diverses et échappent définitivement à tout schéma unitaire.

Pour terminer, je vais encore citer Michel Bouvy : " Il faut choisir : faire la bibliothèque pour elle-même, objet de délectation pour son bibliothécaire ou la faire avant tout pour ses utilisateurs(85). ". Et Jean-Paul Gaschignard, directeur de la Bibliothèque du Cher, dans son avant-propos à un travail d’étudiant : " Le tout premier enjeu, duquel tout découle, c’est le service rendu à la population du département, c’est le lecteur, nous devons partir du lecteur pour définir l’organisation du réseau, partir de ce projet de réseau pour définir le travail de la bibliothèque départementale(86). "

Car le piège pour nous, si nous raisonnons, ce qui est souhaitable, en termes de management, de marketing public, de logistique, c’est de considérer que nos clients sont les dépositaires. Nos véritables clients, c’est le public. Et à partir de là nous utilisons les collectivités telles qu’elles sont et telles qu’elles évoluent, avec notre contribution, comme supports de la bibliothèque publique, qui n’est qu’une partie de la lecture publique et qui n’est qu’une partie de la question de la lecture.

Ecoutons André Malraux quand il a inauguré la maison de la culture d’Amiens en 1966 : " Maintenant Mesdames et Messieurs c’est à cela que je fais appel, il n’y aura pas de maison de la culture sur la base de l’État ni d’ailleurs de la municipalité, et [s’adressant à la foule amassée] la maison de la culture c’est vous. Il s’agit de savoir si vous voulez le faire ou si vous ne voulez pas(87). "

- Pour ma part je préfère me tourner résolument vers l’avenir !... Un monde nouveau se crée sous nos yeux : Demain, grâce aux extraordinaires progrès de la science, l’humanité libérée des servitudes matérielles pourra enfin se consacrer librement aux joies de l’esprit.

- Théorie séduisante mais qui, je le crains, vous fait voir " VOTRE " hypothétique FUTUR sous un jour un peu trop idyllique !... " MON PASSE ", lui, a au moins fait ses preuves !...

- Bah ! C’est avec un mépris appuyé que " MON FUTUR " jugera " VOTRE PASSÉ " ignorant et barbare !

Edgar P.Jacobs,. Le piège diabolique (Les aventures de Blake et Mortimer)

Remerciements

J’ai découvert en préparant cette intervention que notre passé avait finalement bien des choses à nous dire, bien des visions que nous pouvons revisiter et réutiliser.

Je remercie différentes bibliothèques qui m’ont permis d’amasser cette documentation : le fonds professionnel de la bibliothèque départementale du Val d’Oise, la bibliothèque universitaire de Cergy-Pontoise, la bibliothèque de l’Essec, le centre de documentation de la Direction du Livre et de la lecture ; et aussi André Ansroul qui m’a fourni documents et idées.


Notes

(1) Cet épisode se déroule en grande partie au château de La Roche-Guyon (Val-d’Oise) où a été célébré en octobre 1999 le trentenaire de la création de la Bibliothèque départementale du Val d’Oise.

(2) Assises nationales des bibliothèques, 6-7 juillet 1968, ronéoté. Publiées également dans le Bulletin d’informations [de l’Association des bibliothécaires français] n°61, 4ème trimestre 1968. Le document est signé par le Président Michel Bouvy et le secrétaire Guy Baudin de la commission des bibliothèques publiques des Assises nationales. On trouvera d’autres descriptions du schéma de bibliothèque de secteur, et notamment : " La bibliothèque de secteur / Albert Ronsin, in :Lecture et bibliothèques n°33-34, janvier-juin 1975.

(3) Michel Bouvy, qui fut directeur de la BCP de la Moselle puis de la bibliothèque municipale de Cambrai, Albert Ronsin, directeur de la bibliothèque de Saint-Dié-des-Vosges, Guy Baudin, responsable du Bureau des bibliothèques de la Ville de Paris, et quelques autres.

(4) " Propositions pour une nouvelle structure des médiathèques publiques en France " / Albert Ronsin, in : Médiathèques publiques n°49, janvier-mars 1979.

(5) " Bibliothèques municipales et Bibliothèque départementale dans l’agglomération nancéienne " / André Ansroul, in :Mémoires pour demain : Mélanges en l’honneur de Albert Ronsin, Gérard Thirion, Guy Vaucel. - Paris : Association des bibliothécaires français, 1995.

(6) " Une évolution indispensable et urgente " / Michel Bouvy, in : Médiathèques publiques n°61, janvier-mars 1982.

(7) " A propos des normes du groupe de travail sur les BCP " / Louis Yvert, in : Bulletin des bibliothèques de France, t. 30, 1985, n°3-4.

(8) Sous ses deux titres successifs, cette revue a paru de 1967 à 1988.

(9) Le Parti socialiste avait adopté l’idée de bibliothèque de secteur avant de la rejeter très logiquement puisqu’elle était contradictoire avec la décentralisation mise en œuvre après le 10 mai 1981.

(10) Voir Les villes et leurs bibliothèques : légitimer et décider : 1945-1985 / Anne-Marie Bertrand. Paris : éd. du Cercle de la librairie, 1999.

(11) " Bibliobus et bibliothèques régionales " / par Georgette et E. de Grolier, in : Revue du livre et des bibliothèques, juin 1938 pp. 81-82, et " Développement de la lecture publique par l’organisation de bibliothèques régionales " / par E. de Grolier, in : Revue du livre et des bibliothèques n°4-6, mai 1939 pp. 189-197.

(12) " Développement de la lecture publique par l’organisation de bibliothèques régionales ", art. cit.

(13) " La lecture publique en France : aperçu historique, projets, réalisations en cours ", Notes et études documentaire n°918, 2 juin 1948.

(14) Ce rapport préconise des " bibliothèques régionales " chargées de la conservation, du catalogue collectif, de l’information bibliographique et du prêt interbibliothèque) installées dans une bibliothèque municipale ou universitaire et des " services communs régionaux " pour la formation, l’action culturelle, la coopération et la programmation. Pour une politique nouvelle du livre et de la lecture / Bernard Pingaud et Jean-Claude Barreau. - Paris : Dalloz, 1982.

(15) Propositions pour un réseau de bibliothèques publiques de Lorraine / Association des bibliothèques et centres de documentation de Lorraine, ronéoté. L’ABCDL, créée en 1978, réintégra en 1994 l’ABF, dont elle constitua le groupe régional Lorraine.

(16) André Ansroul, art. cit. L’article est suivi par le texte du projet lorrain.

(17) André Ansroul, art. cit.

(18) " Le projet de la médiathèque de secteur en 1983 " / Albert Ronsin, in : Médiathèques publiques n°65-66, janvier-juin 1983.

(19) Le Sénat avait lors des travaux préparatoires malicieusement transformé l’expression " à vocation régionale " par celle-ci : " à vocation nationale ".

(20) Le seuil fixé à 15 000 habitants fut haussé à 20 000 habitants en 1968 pour être ramené à 10 000 habitants en 1985.

(21) Voir :

  • " Les bibliothèques centrales de prêt : naissance de la lecture publique rurale " / Bertrand Calenge, in : Histoire des bibliothèques françaises, 4 : les bibliothèques au XXèmesiècle / sous la dir. de Martine Poulain. Promodis, éd. du Cercle de la librairie, 1992.
  • " Les bibliothèques centrales de prêt à la recherche d’une définition " / Bertrand Calenge, ibid.
  • Histoire des BDP / ADBD,http://www.adbdp.asso.fr/outils/histoire/histoire.htm.
  • La saga des bibliobus : la lecture publique en milieu rural du 19e siècle à nos jours / par Sabine Gely, Bibliothèque départementale de l’Isère, 1995.
  • " BCP " [dossier], in : Bulletin des bibliothèques de France, t.30, n°3-4, 1985.
  • " Les réseaux départementaux de lecture publique " [dossier], in : Bulletin des bibliothèques de France, t.42, n°5, 1997.
  • " De 1945 à 1995 : Cinquante ans de lecture publique rurale " [dossier], in : Bulletin d’informations [de l’Association des bibliothécaires français] n°169, 4e trimestre 1995,.
  • Bibliothèques départementales de prêt : 50 ans d’aménagement culturel du territoire, ADBDP, 1997

(22) Circulaire DL 6 n° 1705 du 17 juillet 1978 de Jean-Claude Groshens, Directeur du livre.
http://www.adbdp.asso.fr/outils/histoire/circulaire1978.htm

(23) Circulaire DL 6 n° 85-47 du 1er août 1985 de Jean Gattégno, Directeur du livre et de la lecture,

http://www.adbdp.asso.fr/outils/histoire/circulaire1985.htm

(24) Formulation étrange définie à contrario par la notion " d’emploi non spécifique (secrétaire de mairie, agent de service...) " ce qui semble la réduire aux emplois créés en référence à la filière culturelle territoriale. Note explicative annexée chaque année au formulaire d’évaluation appeléRapport annuel des bibliothèques départementales de prêt.

(25) L’impuissance publique : la politique de lecture publique en France : 1945-1993 / Marine de Lassalle. Thèse, Université Paris 1, 1996. Voir aussi " L’équilibre introuvable : le rapport local-national dans les politiques de lecture publique " / Marine de Lassalle, in : Politiques locales et enjeux culturels : Les clochers d’une querelle : XIXème-XXème siècle / sous la dir. de Vincent Dubois en collab. avec Philippe Poirrier. La Documentation française, 1998, et " Les paradoxes du succès d’une politique de lecture publique, in : Bulletin des bibliothèques de France, 1997, t.42, n°4.

(26) Parue en librairie dans une version légèrement allégée et remaniée : Les villes et leurs bibliothèques : légitimer et décider : 1945-1985, op. cit.

(27) " La modernisation des bibliothèques municipales : incitation nationale, décisions locales " / Anne-Marie Bertrand, in : Affaires culturelles et territoires / sous la dir. de Philippe Poirrier et de Jean-Pierre Rioux. La documentation française, 2000 (Travaux et documents / Comité d’histoire du Ministère de la culture ; 11).

(28) " Une revue professionnelle de combat : Médiathèques publiques " / Michel Bouvy, in : Mémoires pour demain : Mélanges en l’honneur de Albert Ronsin, Gérard Thirion, Guy Vaucel. - Paris : Association des bibliothécaires français, 1995.

(29) Propos recueillis par Marine de Lassalle, L’impuissance publique, op. cit., pp.422-423.

(30) L’État n’accorde des subventions pour la construction ou l’aménagement d’une bibliothèque municipale qu’à partir d’une surface minimale de 0,07 m2 par habitant (minimum de 100 m2) pour les communes de moins de 25 000 habitants, et de 0,07 m2par habitant pour les 25 000 premiers habitants et 0,015 m2 par habitant au delà pour les communes de plus de 25 000 habitants.

(31) La fin du territoire jacobin / Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart. Albin Michel, 1990, p.61.

(32) Marine de Lassalle, L’impuissance publique, op. cit.,, p.295.

(33) Décentralisation et bibliothèques publiques : bibliothèques des collectivités locales : Rapport au Directeur du Livre et de la lecture / établi par un groupe de travail présidé par Louis Yvert, Ministère de la Culture, 1984, multigr.

(34) " Le guide de l’élu à la culture ". Échanges : la lettre de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture, numéro spécial n°34 ; 2001.

(35) " Bibliobus et bibliothèques régionales ", art. cit.

(36) " Une revue professionnelle de combat : Médiathèques publiques " / Michel Bouvy, art. cit.

(37) " L’amour du métier " / Albert Ronsin, in : Médiathèques publiques n°71-72, automne 1982.

(38) Michel Bouvy, art. cit.

(39) L’Italie compte 8 074 communes, l’Espagne 8 082, et la République fédérale d’Allemagne en comptait 8 503 avant la réunification. Voir Les collectivités décentralisées de l’Union européenne / sous la dir. d’Alain Delcamp. - Paris : La Documentation française, 1995. La population moyenne d’une commune était de 7 109 en Italie, 4 840 en Espagne et 7 165 en Allemagne contre 1 522 en France. Voir L’économie de la décentralisation : un enjeu financier pour les collectivités locales / Marie-Jacques Marchand. Presses universitaires de Rennes, 1999.

(40) La décentralisation dix ans après : actes du colloque organisé au Palais du Luxembourg, [Paris], les 5 et 6 février 1992 / [par] le GRAL [Groupement de recherches coordonnées sur l’administration locale] et la Fondation des collectivités locales... ; sous la dir. de Guy Gilbert et Alain Delcamp, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1993 (Décentralisation et développement local).

(41) Charte européenne de l’autonomie locale [adoptée à Strasbourg le 15 octobre 1985] / Conseil de l’Europe, ,
http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/122.htm.

(42) Cohésion sociale et territoires / Commissariat général du plan ; rapport du groupe de réflexion prospective présidé par Jean-Paul Delevoye,..., la Documentation française, 1997, pp. 104-105.

(43) Territoires et espaces politiques / Sylvie Biarez, Presses universitaires de Grenoble, 2000 (Débats).

(44) Des articulations grippées / Pierre Calame. Solagral, 1997,
http://www.solagral.org/publications/cdp/cdp41/article2.htm.

(45) Les Pouvoirs locaux à l’épreuve de la décentralisation : [compte rendu du séminaire tenu à Bordeaux les 9-11 décembre 1982] / [organisé par le Centre d’étude et de recherche sur la vie locale de Talence, avec la collaboration du Groupement de recherches coordonnées sur l’administration locale], sous la dir. d’Albert Mabileau, Pedone, 1983 (Vie locale ; 9).

(46) " Questions ouvertes en guise de conclusion rédigées à partir de la synthèse à chaud réalisée par Pierre Moulinier ", in : Action culturelle et coopération intercommunale / Observatoire des politiques culturelles ; Ministère de l’éducation nationale et de la culture, Direction de l’administration générale, Département des études et de la prospective ; édité par Michel Gault, la Documentation française, 1992.

(47) Rapport d’information au nom de la mission commune d’information chargée de dresser le bilan de la décentralisation et de proposer les améliorations de nature à faciliter l’exercice des compétences locales / Sénat, Session ordinaire de 1999-2000 ; [président, Jean-Paul Delevoye] ; [réd. par] Michel Mercier, Sénat, 2000 (Impressions. 1999-2000 / Sénat. ; 447), titre de couv. : Pour une République territoriale.

(48) Histoire de la décentralisation française / Jean-Marc Ohnet, Le Livre de poche (Référence), 1996.

(49) Évaluation et prospective des territoires / Denis Eckert, RECLUS-La Documentation française, 1996 (Dynamiques du territoire), p. 38.

(50) Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart, op. cit., p. 91.

(51) Une ambition pour le territoire : aménager l’espace et le temps / Jean-Louis Guigou ; préf. de Bernard Pons, DATAR ; Éd. de l’Aube, 1995 (Monde en cours. Série Prospective et territoires).

(52) Jean-Louis Guigou, op. cit., p. 66.

(53) Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart, op. cit., p. 104.

(54) Jean-Louis Guigou, op. cit.

(55) Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart, op. cit., p. 61.

(56) Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart, op. cit., p. 118.

(57) Jean-Louis Guigou, op. cit.

(58) Cohésion sociale et territoires rapport du groupe présidé par Jean-Paul Delevoye. op. cit., pp. 113-114.

(59) Jean-Pierre Balligrand et Daniel Maquart, op. cit., p. 183.

(60) Jean-Louis Guigou, op. cit.

(61) Traité élémentaire de prévision et de prospective / sous la dir d’André-Clément Découfflé. Presses universitaires de France, 1978, p.23.

(62) ibid. p.259.

(63) Prospective et planification stratégique / Michel Godet, Économica, 1985 (CPE-Économica).

(64) La prospective : Pratique et méthode / Fabrice Hatem, avec la participation de Bernard Cazes et Fabrice Roubelat, préf. de Michel Godet, Économica, 1993 (Gestion).

(65) Jean-Louis Guigou, op. cit.. Schémas reproduits avec l’aimable autorisation de l’auteur.

(66) 2001, Odyssée de l’espèce / Thierry Gaudin, Payot, 1993 (Documents Payot), p. 85.

(67) Dans une version remaniée de son texte, Jean-Louis Guigou revisite ces scénarios et les porte au nombre de quatre, dont le dernier est en harmonie avec notre conclusion de cette partie : " l’archipel éclaté ", " le local différencié ", " le centralisme rénové ", " le polycentrisme maillé ". Aménager la France de 2020 : Mettre les territoires en mouvement / [texte rédigé par Jean-Louis Guigou], nouv. éd. revue et augmentée, La Documentation française ; 2002.

(68) " Les " nouvelles dessertes " : toucher les publics hors de la bibliothèque " / Anne Duquesne, in : Les missions des bibliothèques départementales : du modèle imposé au modèle libéré ? : Actes des journées d’étude de l’ADBDP, 12-13 novembre 2001, ADBDP, 2003,

http///www.adbdp.asso.fr/association/je2001/duquesne.htm.

(69) La bibliothèque hors les murs / Claudie Tabet, Éd. du Cercle de la librairie, 1996, (Bibliothèques).

(70) " L’amour du métier " / Albert Ronsin, in : Médiathèques publiques n°71-72, automne 1988.

(71) " Bibliothèques départementales de prêt et missions de service public " / François Dietsch, in : Les missions des bibliothèques départementales : du modèle imposé au modèle libéré ? : Actes des journées d’étude de l’ADBDP, 12-13 novembre 2001, ADBDP, 2003,
http///www.adbdp.asso.fr/association/je2001/dietsch.htm.

(72) Charte des bibliothèques / adoptée par le Conseil supérieur des bibliothèques le 7 novembre 1991,
http://www.adbdp.asso.fr/outils/droit/chartebib.htm.

(73) Manifeste de l’Unesco sur la bibliothèque publique, 1994,

http://www.adbdp.asso.fr/outils/droit/principesIFLA.htm.

(74) La décentralisation culturelle : rapport au ministre de la Culture et de la communication / Jacques Rigaud. La documentation française, 1990, p.210.

(75) " La modernisation des bibliothèques municipales ", op. cit.

(76) Manuel de la lecture publique rurale en France : organisation et fonctionnement des bibliothèques centrales de prêt et des services départementaux de lecture publique, Ministère de l’Éducation nationale, Direction des Bibliothèques de France, 1955.

(77) " Démocratie et choix des livres " / Michel Bouvy, in :Médiathèques publiques n°51, [décembre] 1979.

(78) Cette remarque orale ne transparaît pas dans la version écrite de l’intervention : " Les moyens des BDP : Évaluation de 1985 à 1995" / Anne-Marie Bertrand, in : Les missions des bibliothèques départementales : du modèle imposé au modèle libéré ? : Actes des journées d’étude de l’ADBDP, 12-13 novembre 2001, ADBDP, 2003,
http://www.adbdp.asso.fr/association/je2001/bertrand.htm.

(79) Les bibliothèques publiques en France : rapport au Premier ministre / prés. par Pierre Vandevoorde, Dalloz, 1982.

(80) Mot québécois.

(81) Intervention de Jean-Yves Chamard aux journées d’étude de l’ADBDP de 1998 : Les BDP dans la société de l’information. Cette remarque ne figure pas dans la version écrite de son intervention :
http://www.adbdp.asso.fr/association/je1998/chamard.htm.

(82) Politique culturelle et décentralisation / Pierre Moulinier, CNFPT, 1995.

(83) Annie Dourlent est directrice de la Bibliothèque départementale d’Ille-et-Vilaine, secrétaire adjointe de l’ADBDP et responsable du groupe de travail Evaluation de l’ADBDP. La présentation des travaux des groupes de travail de figure pas dans les actes des journées d’étude.

(84) " Résumé de l’intervention de M. Jean Gattégno, directeur du Livre et de la lecture " [au congrès de l’ABF tenu à Reims], in : Bulletin d’information [de l’Association des bibliothécaires français], n°125, 4e trimestre 1984.

(85) Bouvy, Michel ; " Vues prospectives sur les bibliothèques publiques ", in : Lecture et bibliothèques, no13, janvier-mars 1970. Cet article est un commentaire de : Eyssen, Jürgen, " Weniger Ideologie, mehr Wirtschaftlichkeit : Plädoyer für betriebwirtschaftliche Überlegungen in der Büchereipraxis ", in :Bücherei und Bildung, no2-3, février-mars 1970.

(86) Les lecteurs d’un réseau départemental : enquête sur les lecteurs des lieux de prêt pour tous publics desservis par la bibliothèque départementale du Cher / Anne Slomovici, Conseil général du Cher, 1994.

(87) Discours prononcé à l’occasion de l’inauguration de la Maison de la culture d’Amiens le 19 mars 1966, in : La politique, la culture : Discours, articles, entretiens : 1925-1975 / André Malraux, Gallimard, 1996 (Folio essais).

 

Les bibliothèques publiques en Communauté française de Belgique et le rôle des bibliothèques départementales

Jean-Claude Tréfois, Bibliothécaire-Directeur principal de la Bibliothèque centrale provinciale du Hainaut

Il me paraît utile en débutant, de vous préciser, à grands traits, quelle est l’organisation institutionnelle actuelle de la Belgique.

Elle paraît, vue de l’extérieur, assez compliquée, mais notre structure institutionnelle a des conséquences importantes en ce qui concerne la lecture publique.

La Belgique

La Belgique est un état fédéral. Les compétences fédérales sont celles qui sont généralement attribuées à ce type de pouvoir : armée, justice, monnaie, affaires étrangères, etc... Notons, cependant, que la Bibliothèque nationale dite Royale est restée de la compétence du fédéral.

Vient ensuite le niveau communautaire : trois communautés basées sur la langue. La Communauté française, dont la langue est, évidemment, le français, la Communauté germanophone, dont la langue est l’allemand et la Communauté flamande, dont la langue est le néerlandais.

C’est de ce niveau de pouvoir que dépendent les décrets relatifs à la lecture publique, le subventionnement et l’inspection. Nous y reviendrons.

Un troisième niveau de pouvoir est la Région. La Belgique organise une région wallonne, une région flamande et la région de Bruxelles-capitale. La Région intervient de manière indirecte dans la vie des bibliothèques puisqu’elle peut mettre à leur disposition des travailleurs dont elle prend en charge une partie du salaire.

Un quatrième niveau de pouvoir constitué par les provinces (départements). Il y a cinq provinces wallonnes et cinq provinces flamandes. Les provinces ont un rôle d’aide vis-à-vis des bibliothèques (voir plus loin), de subventionnement et d’inspection. Elles organisent aussi des services de lecture (bibliothèque centrale et itinérante - voir plus loin).

Enfin, un niveau de pouvoir qui nous est commun : les communes (municipalités) qui sont souvent les pouvoirs organisateurs des bibliothèques (il existe cependant des pouvoirs organisateurs privés).

Lorsque la Belgique constituait un état unitaire, les lois avaient force sur l’ensemble du territoire. Ainsi, en 1921, une première loi sur la lecture publique est promulguée par le Ministre de l’Education et des Beaux-Arts de l’époque, Jules Destrée.

En bref, cette loi imposait aux communes de créer une bibliothèque publique au service de leurs citoyens. Si l’Etat leur octroyait un certain nombre de livres, les salaires devaient être pris en charge par le pouvoir organisateur, de même que les locaux et la majeure partie de l’achat des ouvrages. l’Etat belge attribuait une certaine prime aux bibliothécaires.

Un nombre d’heures d’ouverture était imposé aux bibliothèques, selon l’importance de celles-ci... Il s’agissait très rarement un temps complet. En 1978, un décret sur la lecture publique est promulgué par la Communauté française. Il est donc valable exclusivement sur son territoire. Il faudra attendre 1987 pour que les arrêtés d’exécution de ce décret paraissent, et donc pour que ce décret soit réellement mis en application.

Le décret de 1978 sur la lecture publique en Communauté française

Que dit-il en bref ?

D’abord, il impose un certain nombre de conditions pour obtenir le bénéfice des subsides de la Communauté (c’est-à-dire la reconnaissance par la Communauté française). Ces conditions se situent (liste non exhaustive) au niveau des heures d’ouverture, du nombre de livres, de la diversification des collections, du taux d’accroissement, du nombre de lecteurs obligatoire, du nombre de prêts, du personnel - en nombre et en compétence -, des surfaces dont doit disposer la bibliothèque et d’un certain nombre de normes bibliothéconomiques. Elle précise également les limites des taxes d’inscription et de prêt.

Ce décret prévoit l’organisation d’un véritable réseau partant du niveau local. Il s’agit d’un réseau constitué d’un certain nombre de bibliothèques, dites bibliothèques pivots, filiales et dépôts.

En outre, chaque arrondissement regroupe un certain nombre de bibliothèques sous le vocable " bibliothèques publiques principales ". Cette dernière est chargée d’aider, spécialement en collections d’appoint, mais aussi en matière de désherbage et de promotion de la lecture les bibliothèques publiques de son ressort.

Enfin, chaque province dispose d’une bibliothèque centrale et met sur pied également une bibliothèque itinérante. Notons que dans ce domaine, la Communauté française est également organisatrice. Nous reviendrons sur les tâches particulières de ces deux bibliothèques.

Par ailleurs, le décret institue également la possibilité de création de bibliothèques spéciales pour les aveugles par exemple.

Notons aussi, que, quelle que soit la catégorie de la bibliothèque, d’autres conditions sont nécessaires pour obtenir la reconnaissance. Il faut, en effet avoir fonctionné un an en respectant le prescrit du décret, et mis sur pied un Comité d’Usagers. Une fois remplies toutes ces conditions, la proposition de reconnaissance est débattue devant un Comité provincial de Coordination qui remet son avis au Comité supérieur des bibliothèques, lequel Conseil propose la reconnaissance au Ministre qui la reconnaît " dans les limites des crédits disponibles " - ce qui est une disposition évidemment extrêmement embarrassante. Il peut, en effet, arriver que des municipalités consentent des efforts financiers considérables pendant plus d’un an pour respecter le décret - et ce n’est pas toujours chose facile - et il est arrivé, et il arrive encore parfois, que le Ministre ne puisse pas reconnaître toutes les bibliothèques qui sont pourtant parfaitement en ordre.

Le partage des tâches

Premier niveau : la Communauté

La Communauté possède donc le pouvoir décrétal. C’est elle qui va définir le cadre législatif dans lequel les bibliothèques peuvent être reconnues. Moyennant quoi, c’est elle qui va attribuer des subsides-traitement forfaitaires. Quel que soit le grade d’ancienneté du bibliothécaire, le subside est forfaitaire. Ceci constitue une mesure particulièrement dommageable pour les pouvoirs organisateurs qui ne sont guère encouragés à engager du personnel hautement qualifié puisque la différence de traitement est évidemment à leur charge. Par ailleurs, La Communauté - toujours dans la limite de ses crédits disponibles - peut octroyer des subsides pour la construction et/ou la modernisation. De la même manière, mais les possibilités sont faibles, des subsides pour l’informatisation et pour l’équipement.

Elle propose également une aide pour l’organisation d’animations et une aide financière de 50 000 francs belges par an pour le fonctionnement. Précisons que le subside forfaitaire de traitement est donc de 655 000 francs belges. Par ailleurs, La Communauté française, qui exige la formation continuée des bibliothécaires, a mis au point le Centre de Lecture publique de la Communauté française qui organise ces formations continuées, mais n’en a pas l’exclusivité - les associations professionnelles, les provinces peuvent également en mettre sur pied.

Deuxième niveau : la Province (le département). Elle doit, pour chaque bibliothèque reconnue par la Communauté française, octroyer un subside de fonctionnement qui dépend du nombre de bibliothécaires reconnus. Elle peut, également, octroyer des aides exceptionnelles par rapport à des projets particuliers.

Enfin, ce sont donc les provinces qui organisent les bibliothèques centrales dont le rôle est tout à fait important par rapport aux bibliothèques locales.

Troisième niveau : la Commune
ou les autres pouvoirs organisateurs privés (les municipalités ne sont pas les seules organisatrices de bibliothèques). La commune doit pourvoir à l’achat des livres, l’achat, l’aménagement et l’entretien des locaux, (moyennant les subsides de construction éventuellement possibles), les compléments de traitement (puisque nous avons indiqué qu’il s’agissait de subsides-traitements forfaitaires). Notons aussi que ces subsides ne concernent que le personnel bibliothéconomique. Tout le personnel administratif et d’entretien est à charge de la commune ou du pouvoir organisateur privé.

En Hainaut

Que fait la bibliothèque départementale du Hainaut ?

Elle a d’abord promu et organisé un catalogue collectif. Pour ce faire, elle a pourvu les bibliothèques du matériel informatique nécessaire et du logiciel indispensable. Les reprises des collections ont été assurées par la Province. Elle tente aussi d’harmoniser les pratiques en mettant au point un " passeport-lecture " qui, une fois acquis dans n’importe quelle bibliothèque, permet à l’usager de bénéficier des services des autres bibliothèques sans autres contraintes financières.

Elle participe à la promotion des auteurs hainuyers en mettant sur pied un certain nombre d’expositions, de rencontres avec des auteurs, elle aide financièrement aux projets d’animation des bibliothèques locales et, enfin, elle participe au Comité provincial de Coordination et au Conseil supérieur des Bibliothèques.

En outre, de manière plus particulière, la Province de Hainaut assure les quatre services suivants : bibliothèque locale à La Louvière, bibliothèque principale de l’arrondissement de Soignies, bibliothèque centrale et la bibliothèque itinérante du Hainaut.

En matière de bibliothèque itinérante, deux axes sont organisés. Les dépôts de livres, soit dans les écoles (61), soit dans les bibliothèques publiques (92), soit dans d’autres mouvements comme les crèches, associations (19).

Le service itinérant organise également le prêt inter-bibliothèques. A partir du catalogue dont il a été question plus haut, les bibliothèques peuvent repérer et demander des livres qui sont disponibles dans d’autres bibliothèques. Une camionnette provinciale les achemine ou les reprend chaque semaine. Il y a, pour l’instant, 32 bibliothèques qui, hebdomadairement, sont ainsi servies.

La bibliothèque centrale, pour sa part, organise le passage des bibliobus (en prêt direct). la journée auprès des écoles et, dès 16 heures, au bénéfice du public adulte.

Nous pensons avoir tissé ainsi un bref descriptif de l’organisation du réseau des bibliothèques publiques en Belgique francophone.

 

Les missions des Fachstellen

Konrad Heyde Directeur de la Staatliche Fachstelle für das öffentliche Bibliothekswesen de Fribourg-en-Brisgau (Bade-Wurtemberg)
traduit de l’allemand par Suzanne Rousselot, Médiathèque départementale du Haut-Rhin

1. Les Fachstellen

Il y a 32 Fachstellen en Allemagne, dont 4 en Bade-Wurtemberg. Les Fachstellen sont des établissements relevant des Länder . Les 4 Fachstellen du Bade-Wurtemberg relèvent donc du Land (État) de Bade-Wurtemberg . Le Land de Bade-Wurtemberg comprend 4 circonscriptions administratives, appelées Regierungsbezirke (arrondissements). Chaque Fachstelle est compétente pour l’un de ces arrondissements.

L’arrondissement de Freiburg est de par sa population un petit arrondissement : Il comprend 9 Landkreise (correspondant grosso-modo aux cantons français) avec 302 communes et 2 millions d’habitants. Les communes les plus importantes sont Freiburg, Constance, Villingen-Schweningen, Offenburg et Lörrach. L’arrondissement de Freiburg compte 95 communes, qui font fonctionner 136 bibliothèques de lecture publique.

2. Les missions des Fachstellen

Les Fachstellen se définissent en raccourci comme des établissements de conseil et de service pour les bibliothèques publiques. Mais cette définition ne concerne que les moyens, et ne dit rien sur les missions.

Dans le Land de Bade-Wurtemberg, une loi datant de 1975 précise les missions des Fachstellen . Cette loi dit que les " staatliche Fachstellen für das öffentliche Bibliothekswesen "(centrales techniques d’État pour les bibliothèques publiques) conseillent et soutiennent les tutelles des bibliothèques publiques pour la création de bibliothèques conformes à des normes et pour le développement de systèmes de bibliothèques performants ".

Par conséquent, les Fachstellen ont clairement pour mission de créer et de développer des bibliothèques, quant au conseil et aux services ce sont les moyens grâce auxquels cette mission doit être remplie. Cela signifie que par rapport à toutes leurs actions, les Fachstellen doivent se demander si celles-ci servent bien le développement des bibliothèques. Comme leur aide est de fait une aide à s’aider soi-même , les actions de la Fachstelle sont limitées dans le temps. Développement signifie progrès (dans le sens optimiste du 19e siècle), donc vaincre le sous-développement, et atteindre des normes reconnues. Le travail des Fachstellen consisterait donc à se rendre peu à peu inutiles et à préparer leur propre disparition. Mais développement signifie aussi participation active au changement permanent dans le domaine des bibliothèques, par exemple par une remise en cause des normes, mais avant tout par la transmission de ces changements aux bibliothèques relevant géographiquement de la Fachstelle, afin qu’elles ne deviennent pas obsolètes, parce -qu’isolées . Ce processus constant sous-entend que les Fachstellen sont des établissements nécessaires dans la durée.

3. Préservation des Fachstellen

Bien que le développement des bibliothèques en tant que mission des Fachstellen soit clairement défini, du moins dans le Land de Bade-Wurtemberg, le débat sur la nature des Fachstellen , organismes de services, ou organismes de promotion du développement, reste vif entre les bibliothécaires affectés à ces Fachstellen . Dans les Fachstellen où l’on privilégie le service, on se fonde sur les besoins des bibliothèques, telles qu’elles sont aujourd’hui. Dans les Fachstellen où l’on privilégie le développement, on part du principe que les bibliothèques ne sont pas encore ce qu’elles devraient être, et on ne répond à leurs besoins en services et en conseils, que si cette réponse a un réel impact sur leur développement.

Chacune des directions prises se prévaut d’être la bonne pour préserver l’existence des Fachstellen. En effet, ces dernières sont toujours menacées de réductions budgétaires, de suppressions de postes, et de fermeture. En période de difficultés budgétaires, il est courant de prétendre que les bibliothèques publiques ont atteint un niveau suffisant, et que le travail des Fachstellen est devenu superflu. Les Fachstellen adeptes du service aux bibliothèques, affirment que les communes ont intérêt au maintien des Fachstellen et qu’elles seraient prêtes à défendre leur existence : les communes se feraient donc les porte-parole des Fachstellen.

En Bade-Wurtemberg, l’expérience prouve le contraire. Lorsqu’au cours des années 90, les Fachstellen furent auditées dans le but de réaliser des économies, l’analyse a porté sur les services et notamment sur la possibilité de transférer ces services à des entreprises, des ingénieurs, des architectes. Les Fachstellen ont pu prouver que leurs activités étaient exclusivement orientées vers le développement et l’amélioration des bibliothèques, et qu’il n’était pas raisonnable d’en détacher des parties à confier à des entreprises.

La conséquence fut que les Fachstellen furent exemptées des suppressions de personnel généralisées dans l’administration du Bade-Wurtemberg. Il est vrai que cette mesure fut compensée par l’octroi de missions nouvelles dans le domaine de la promotion de la littérature et de la lecture (organisation de festivals de littérature, gestion de musées littéraires, activités dans le domaine de l’illettrisme), qui représentent aujourd’hui 20% de l’activité des Fachstellen. Comme ces missions sont intéressantes et variées et comme elles ne sont pas très éloignées des bibliothèques, elles ont été bien acceptées par les Fachstellen, dont elles contribuent à préserver l’existence et le personnel.

4. Le contexte extérieur

En Allemagne, la compétence culturelle et éducative, qui inclut les bibliothèques , est exercée par les états (Länder) .Les Länder ont transféré la mission de faire fonctionner des bibliothèques de lecture publique aux communes , en tant que mission non obligatoire. Les communes peuvent donc faire fonctionner des bibliothèques ou pas, et si elles le font, il relève de leur bon vouloir de remplir cette mission plus ou moins bien.

Le Land de Bade-Wurtemberg intervient en faveur des bibliothèques publiques de la manière suivante : il entretient 4 Fachstellen (1,4 M d’euros par an ), il règle forfaitairement les droits de prêt pour les bibliothèques du Land (1,3 M d’euros), et tente de créer un climat favorable à la littérature, aux nouveaux medias et aux bibliothèques en organisant des festivals, des prix littéraires, des concours, des congrès . Ainsi le Land organise " le jour de Frédéric " [1], un festival de littérature pour la jeunesse le 20 octobre de chaque année, qui a donné lieu cette année à l’organisation de 2000 manifestations différentes, dont 1000 dans des bibliothèques publiques. Tous les 2 ans , le Land organise les journées des bibliothèques , qui pendant une semaine mettent les bibliothèques à l’honneur dans une ville grâce à de multiples manifestations.

Et en ce moment, l’organisation de l’été littéraire du Bade-Wurtemberg est en cours : cette manifestation aura lieu de mai à juillet 2002 et sera ensuite programmée tous les 2 ans. Il va de soi que les Fachstellen sont impliquées fortement dans la préparation et l’organisation de toutes ces manifestations.

Mais c’est là tout ce que fait le Land pour les bibliothèques communales. Il n’y a pas de subventions possibles pour la réalisation, l’aménagement, les acquisitions de documents ou le personnel. En raison de cette abstinence financière, le Land se garde de promulguer de quelconques exigences ,voire des recommandations pour la réalisation de bibliothèques communales. C’est aussi pourquoi les communes ne sont pas tenues de faire appel aux Fachstellen pour la programmation et la création de bibliothèques. Si elles le font néanmoins, c’est parce- que les Fachstellen se font connaître des communes largement en amont de ces projets.

5. Les moyens de la Fachstelle de Freiburg

La Fachstelle de Freiburg dispose de 9 postes, dont 5 postes de bibliothécaires, 2 postes administratifs et 2 postes d’employés de bibliothèque. Les bibliothécaires ont tous étudié à l’école de bibliothécaires de Stuttgart (appelée aujourd’hui " école supérieure des médias "), et réussi l’examen pour le service aux bibliothèques publiques. Tous ont une expérience de plusieurs années en bibliothèque publique ou en Fachstellen.

Les bibliothécaires ont la responsabilité d’un secteur géographique , c’est à dire qu’ils sont les conseillers techniques dans des Landkreise définis ; ils ont aussi des compétences thématiques dans des domaines requérant une expertise, ce qui signifie des connaissances approfondies et la capacité à suivre les évolutions régulières de ces domaines afin de les rendre utilisables par la Fachstelle. Parmi ces domaines, citons : offres de formation pour les personnels des bibliothèques et les membres des administrations communales, construction et aménagement de bibliothèques, bibliothèques scolaires, évaluation des bibliothèques, conseil aux communes pour l’informatique et les NTIC, administration du système informatique de la Fachstelle, mise à jour du site internet , offres d’animation pour les bibliothèques, publications de la Fachstelle.

La Fachstelle est logée dans 500 ;m2 d’un local loué. Elle dispose de bureaux et d’une salle de 100 m2. Le système informatique de la Fachstelle est un réseau composé d’un serveur et de 10 postes -clients, d’imprimantes, de scanners, et d’accès internet . Le réseau informatique est un poste budgétaire important, son adaptation régulière aux nouveautés électroniques est fondamental. Ce n’est que par l’utilisation régulière de l’informatique que le personnel entretient ses compétences et est en mesure de conseiller les bibliothèques et les administrations communales dans ces domaines.

6. Activités de développement

Qui veut développer, doit se rapprocher de celui qui doit être développé et lui faire mal ; en effet, il doit lui faire comprendre qu’il n’est pas encore ce qu’il devrait être. Néanmoins, ce rapprochement et cette douleur infligée ne doivent pas être trop brutaux. En effet, lorsqu’une Fachstelle est responsable d’un secteur géographique, elle aura régulièrement affaire , à des moments différents, aux mêmes communes et aux mêmes bibliothèques : il faut donc faire en sorte que de nouvelles prises de contact soient possibles plus tard. L’argumentation en faveur du développement doit être conduite avec doigté. Celui qui travaille depuis longtemps dans une bibliothèque a tendance à considérer son développement dans une perspective historique : il compare l’avant et l’après, les évolutions sur une échelle de temps donné lui apparaissent importantes. De son point de vue, l’évolution de la bibliothèque est vue de façon positive et satisfaisante.

Le point de vue de la Fachstelle n’est pas historique , mais structurel. Elle ne compare pas l’avant et l’après d’une bibliothèque particulière, mais l’état de développement actuel des bibliothèques.

Le progrès est l’œuvre d’insatisfaits. Comme le progrès tend à devenir la tradition, donc à diminuer, il est essentiel pour le travail de la Fachstelle qu’elle reste insatisfaite. Cela est possible grâce au flux permanent d’informations concernant l’évolution des bibliothèques qui arrive à la Fachstelle, et au débat tout aussi permanent autour de ces informations au sein de la Fachstelle. C’est pourquoi les voyages d’information, en particulier à l’étranger, la consommation de littérature professionnelle, et la participation à des cercles de réflexion régionaux et supra- régionaux sont particulièrement importants pour le personnel de la Fachstelle. A l’inverse, la Fachstelle s’efforce de porter à la connaissance des professionnels des bibliothèques les informations émanant de son domaine de compétence géographique, et ce sous forme de publications, d’exposés lors de formations permanentes régionales ou supra- régionales, et d’impulser ainsi des améliorations dans les autres bibliothèques.

Par ailleurs, nous savons par expérience que des arguments et des manières d’argumenter qui ont pu être efficaces une fois, ne peuvent pas être repris une autre fois. Si on tente de reproduire, on se rend compte que les arguments et les manières d’argumenter utilisés une fois avec succès, sont émoussés, et ne peuvent plus être utilisés avec la même conviction . Ceci entraîne pour la Fachstelle la nécessité d’être toujours à la recherche de nouveaux arguments, de nouveaux points de vue, de nouvelles manières de présenter, de nouveaux mots et de nouvelles formulations pour sauvegarder la fraîcheur de l’argumentation. Le débat permanent à la Fachstelle porte aussi sur ces aspects.

7. Contacts avec les maires

Il est important que les Fachstellen, grâce à une information ciblée, systématique et si possible directe, veillent à ce que la thématique des bibliothèques soit d’actualité et reste d’actualité dans la tête des responsables communaux. Comme les communes n’ont aucune obligation de consulter la Fachstelle, il est nécessaire que celle-ci soit active, qu’elle prenne et garde le contact avec les communes, le maire étant le correspondant le plus important. Les premiers contacts pris par les Fachstellen avec les maires permettent de faire connaissance, de présenter la Fachstelle, ses missions et ses objectifs ; ils permettent aussi d’aborder la situation des bibliothèques locales.

8. Services d’information

Ces contacts ne peuvent pas être repris sans raisons particulières. Mais pour garder les contacts, la Fachstelle envoie des publications dans des délais assez rapprochés : Fachstellen -Info (1-2 fois par an ), bibliothèques publiques en Bade-Wurtemberg (tous les 2 ans), Revues de presse et d’autres informations, déclarations de principes, statistiques etc. Ces documents sont réalisés en partie par la Fachstelle, ils sont aussi repris d’autres institutions. Toutes ces publications sont personnalisées et rendues importantes par l’accompagnement de courriers, afin qu’elles soient bien transmises aux maires, et non éliminées par le secrétariat. Le but est de faire en sorte que les maires reçoivent régulièrement des indications sur la situation des bibliothèques et des rappels de l’existence de la Fachstelle. L’objectif est d’amener la commune à faire appel à la Fachstelle en cas de projets pour la bibliothèque. C’est pourquoi toutes les publications de la Fachstelle sont calibrées du point de vue des contenus et de la forme en fonction des maires, qui sont les cibles principales de l’action de la Fachstelle.

Je vais illustrer le service d’informations de la Fachstelle à l’aide de 2 exemples .

Les revues de presse

Depuis 1986, la Fachstelle de Freiburg établit deux à trois revues de presse annuelles , qu’elle adresse aux maires et aux bibliothèques. Ces revues de presse contiennent un choix d’articles , dont la Fachstelle considère qu’ils peuvent intéresser les élus, en particulier les articles concernant des projets de construction, l’installation de bornes Internet, les créations de sociétés des amis, la création d’un premier poste de professionnel.

Bien entendu, la Fachstelle n’imagine pas que les élus vont lire les articles de journal, au mieux ils les survoleront : c’est pourquoi le libellé des titres est important. Mais nous savons que la plupart des élus prennent connaissance avec intérêt de ces revues de presse

Grâce à ces revues de presse, la Fachstelle atteint deux objectifs : Tout d’abord, elles permettent de rassembler tout ce qui se dit sur les bibliothèques, en général dans les pages locales et donc de façon épisodique, de manière à démontrer qu’il existe un nombre important d’articles sur les bibliothèques et qu’il s’y passe des choses intéressantes. Par ailleurs, nous démontrons ainsi aux bibliothécaires, qui nous adressent régulièrement des articles de presse, que nous en faisons un usage utile, ce qui augmente leur motivation pour un travail régulier avec la presse. Il est notoire que la couverture de presse concernant les bibliothèques dans le Regierungsbezirk de Freiburg s’est sensiblement améliorée, en qualité et en quantité, depuis que nous éditons nos revues de presse. Cette amélioration de la couverture de presse est un sous-objectif de notre objectif de développement des bibliothèques.

L’offre d’animations

Le deuxième exemple concerne le travail d’animation des bibliothèques. Les animations sont des formes particulières de mise à disposition des contenus des bibliothèques , et de ce fait sont partie intégrante des missions des bibliothèques.

Depuis 1988, la Fachstelle propose des animations , et cette offre s’intensifie d’année en année. En 2000, 200 animations ont été proposées. En fait, la Fachstelle propose, mais ce sont les bibliothèques qui paient les honoraires et les frais de déplacements . Bien entendu, cette offre d’animations est un service rendu aux bibliothèques, mais du point de vue de la Fachstelle, ce service contribue fortement au développement des bibliothèques.

Lorsque nous avons mis en place ce service en 1988, dans le Regierungsbezirk de Freiburg, 4 bibliothèques seulement organisaient régulièrement des animations pour un budget global de 25 000 DM (environ 90 000F). Aujourd’hui 64 bibliothèques organisent des animations régulières pour un budget global de 184 000 DM (soit 665 000 F ). Cela signifie qu’en 13 ans, l’animation est devenue une évidence pour la plupart des bibliothèques.

9. Construction de bibliothèques

La construction et l’aménagement de bibliothèques sont un point fort de l’activité de la Fachstelle. Lorsqu’une bibliothèque est en projet dans une commune, la Fachstelle est à l’affût afin d’être associée. En effet, un projet de construction ne représente pas seulement un pas dans le développement d’une bibliothèque, mais un saut en avant . Les coûts élevés de construction et d’aménagement représentent un investissement important pour une commune, ce qui justifie le fait que les autres facteurs contribuant au succès d’une bibliothèque soient aussi pris en compte. C’est l’occasion de créer un poste de professionnel, ou d’engager du personnel supplémentaire, d’équiper la bibliothèque avec un système informatique , d’augmenter le budget d’acquisition de documents. Comme un projet de construction de bibliothèque s’étale sur plusieurs années, de nombreuses occasions se présentent à la Fachstelle pour exercer son influence sur la conception et des points de détail, afin de rendre la bibliothèque aussi performante que possible.

Pour participer activement à un projet de construction, la Fachstelle doit avoir des compétences dans le domaine de la construction et de l’aménagement, mais aussi en architecture et design.

10. Centre d’information bibliothéconomique

Les Fachstellen sont des centres d’information bibliothéconomique, centres de ressources pour des informations complexes qui doivent permettre le développement des bibliothèques. J’ai parlé en détail de certains domaines particuliers, je me contenterai d’une énumération pour les autres :

  • élaboration de concepts de bibliothèque à l’échelle locale ou régionale,
  • aide à la décision pour les administrations communales et les élus,
  • propositions de voyages d’études pour élus et administratifs, participation à ces voyages pour attirer l’attention sur des aspects pas forcément visibles (par exemple le concept de bibliothèque qui a produit la bibliothèque visitée),
  • conseil aux administrations et aux élus pour l’équipement informatique et multimedia,
  • conseil pour les autres aspects de l’équipement (automates de prêt, systèmes anti-vol, systèmes de paiement),
  • activités de formation pour les bibliothécaires mais aussi les administratifs des communes ( par exemple sur le thème de la coopération avec d’autres partenaires),
  • organisation et animation de groupes de travail : journée annuelle d’études, rencontre annuelle par secteurs géographiques, gestion comparative des bibliothèques (limitée à 3ans), bibliothèques de grandes villes, bibliothèques scolaires,
  • établissement d’un rapport annuel et diffusion ciblée de ce rapport,
  • mise en réseau des bibliothèques : actuellement mise en réseau technologique (mise en réseau de catalogues électroniques de bibliothèques publiques, scolaires, spécialisées, archives, bibliothèques d’images etc. ) ; Cette mise en réseau technologique ouvre des pistes : carte de lecteur à l’échelle d’un secteur, prêt interbibliothèques),
  • services électroniques ; par exemple : offre de documents d’importance régionale (textes, images, informations locales à télécharger) ; complément de notices dans le catalogue électronique par des critiques et des champs de saisie libre, dans lesquels le public peut écrire des commentaires ; information automatisée sur les nouvelles acquisitions des bibliothèques en direction de personnes et d’institutions dont le profil a été défini préalablement.

La spécificité du travail d’information de la Fachstelle ne tient pas seulement à son intensité et à ses références locales et régionales, mais aussi au fait qu’elle lie différents domaines relevant de la bibliothéconomie. Les Fachstellen établissent des liens dans 2 domaines essentiellement :

  • Le premier, et cela n’a rien de remarquable, est la mise en réseau du domaine bibliothéconomique général avec les bibliothèques particulières du secteur géographique de compétence de la Fachstelle, le flux des informations allant dans les 2 sens
  • Le deuxième est le lien entre les experts en bibliothéconomie et les communes. Plus que le premier échelon du réseau, il a un aspect politique pour les bibliothèques et les communes. Il permet, et c’est rare, que les informations bibliothéconomiques ne soient pas , comme d’habitude, limitées à l’échange entre bibliothécaires, mais qu’elles soient diffusées dans un réseau non-bibliothécaire, pertinent d’un point de vue politique pour les bibliothèques .

Notes

[1] Le jour de Frédéric : manifestation baptisée ainsi d’après l’album pour la jeunesse de Leo Lionni Frédéric et qui relate l’histoire d’un souriceau poète. Site web : http://www.frederick.de

 

La restructuration de la BDP du Bas-Rhin : 1986-2002

André Hincker, Directeur de la Bibliothèque départementale du Bas-Rhin

Mon intervention portera sur les quatre points suivants :

  • les réalisations dans le département du Bas-Rhin de 1986 à 1996 jusqu’à mon arrivée à la BDP du Bas-Rhin en août 1996,
  • le plan départemental de lecture publique voté par le Conseil général en mars 1999,
  • le nouveau siège de la BDBR et ses innovations,
  • le projet de service.

La période 1986-1996

Dès 1988, le Conseil général décide de supprimer le prêt direct, l’objectif étant de pallier rapidement à cette suppression des tournées du bibliobus par la création de bibliothèques dans les communes.
Deux mesures sont prises par le Conseil général dans le cadre de cet objectif.

En 1988, l’Assemblée départementale vote un dispositif pour la création d’antennes, suivi, en 1990 d’un dispositif d’aide à la création de bibliothèques municipales.
En ce qui concerne la création d’antennes, le degré d’intervention du Département est relativement élevé dans la mesure où la création d’une antenne n’exige que peu d’investissement de la part d’une commune : au minimum un local entretenu et la participation d’une équipe de bénévoles formés par la Bibliothèque départementale.

Pour ce qui est des bibliothèques municipales, leurs conditions de création sont peu contraignantes (absence de critères de surfaces, de montants pour les crédits d’acquisition, absence de conditions en ce qui concerne le personnel). Par ailleurs, le niveau d’intervention du département reste relativement modeste dans le domaine des subventions (20 % sur les investissements).

Pour la période 1988 - 1996, l’analyse des résultats montre que,d’un point de vue quantitatif, le dispositif s’est avéré très productif puisque 142 structures ont été créées, dont 85 antennes et 57 bibliothèques municipales.
Le bilan fait état de près de 17 créations en moyenne par an entre 1989 et 1996 avec des pointes à 33 en 1989.

L’objectif de substituer rapidement aux stations de prêt direct des équipements en dur a donc été rempli, surtout dans le domaine de l’appui aux créations d’antennes. Leur nombre a rattrapé celui des bibliothèques municipales et le réseau existant fin 1996 a été construit à 85 % entre 1989 et 1996, étant donné que 27 bibliothèques municipales avaient déjà été réalisées entre 1980 et 1988.

Pour ce qui est du bilan qualitatif, les définitions floues du dispositif pour les deux types d’équipements aboutissent à des résultats plus mitigés. Le diagnostic en 1996 est dans ses grandes lignes le suivant :

  • Un réseau hétérogène de bibliothèques municipales et d’antennes (insuffisance et limites de certains équipements d’une part, absence de définition claire des deux types de structures d’autre part).
  • On assiste également à des écarts très importants entre les surfaces des équipements et à une absence de différence réelle entre les antennes et les bibliothèques municipales : les antennes peuvent avoir des surfaces de 7 m2 à 100 m2, les bibliothèques municipales des surfaces de 20 m2 à 330 m2. Certaines bibliothèques municipales ne disposent pas de budget d’acquisition ; certains points-lecture en disposent

A tout cela, s’ajoute l’absence de prise en compte des pratiques culturelles de la population qui aspire très souvent à une offre documentaire plus large, ouverte à d’autres supports de la connaissance (domaines audiovisuels et multimédia).
Seule la diffusion du livre est cependant assurée sur le réseau.
Enfin le manque cruel, dans le département, d’équipements structurants de type médiathèque résulte d’une absence de prise en compte du principe d’aménagement du territoire.

En dehors du réseau strasbourgeois et de la médiathèque intercommunale de Sélestat, la médiathèque, service complet de lecture publique, est pratiquement inexistante dans les bassins de vie ruraux ; le service rendu est donc finalement un service à deux vitesses.
Le réseau dans son état de 1996 n’a pas intégré la dimension d’aménagement du territoire : les équipements ont été créés quelquefois dans l’urgence, avant tout en fonction de la demande des communes et des élus ; il s’agissait très souvent de répondre aux doléances et demandes immédiates suscitées par la suppression rapide du prêt direct.

Cet état des lieux permet de dresser un premier constat, celui de ne pas avoir suffisamment intégré à cette époque :

  • l’importance et la taille des communes sièges (pas de rapport précis entre les caractéristiques de l’équipement, le type, la surface, les moyens financiers et le personnel d’une part et la population ou l’importance de la commune d’autre part),
  • de la même manière il n’a pas été tenu compte de l’organisation locale de la vie des habitants dans le cadre d’un territoire circonscrit qui est celui du bassin de vie.

On peut noter que les annexes ont surtout été créées entre 1980 et 1985 (pour 29 d’entre elles, soit la moitié) et que leur création s’est ensuite nettement ralentie.

Si le nombre des équipements créés est important, le lieu d’implantation, l’envergure, les services limités sont autant de facteurs de fragilité à long terme.

A partir de cette analyse de l’existant, deux ans ont été nécessaires pour concevoir, à la demande du Conseil général du Bas-Rhin, un véritable plan de développement de la lecture publique permettant d’engager une politique en termes d’équipements et d’animation du territoire.

Cette réflexion a débouché sur un plan départemental de la lecture publique voté en mars 1999, six mois, très exactement, avant l’ouverture du nouveau siège de la bibliothèque départementale.

Le Plan départemental de développement de la lecture publique

Ce plan comporte trois objectifs :

  • donner une définition claire et conforme des différents types de bibliothèques
  • assurer la modernisation du réseau existant
  • favoriser le développement des services de diffusion des documents audiovisuels et multimédia dans le cadre d’un programme de création de médiathèques municipales et intercommunales.

Les décisions prises sont les suivantes :

  • Le réseau en projet sera hiérarchisé. Il s’appuiera sur trois types de structures :
    • les points-lecture
    • les bibliothèques municipales
    • les médiathèques
  • Le plan prévoit un programme de médiathèques intercommunales dites médiathèques de secteur. Ces médiathèques auront vocation à desservir un ensemble de communes et à compléter les services existants (points-lecture et bibliothèques municipales) dans un bassin de vie. Leur création constitue l’axe prioritaire de la politique départementale.

Au cours de la période de préparation du plan (mars 1997-mars 1999), l’objectif premier était tout naturellement l’amélioration qualitative du réseau. Celle-ci a pu être amorcée plus rapidement que prévu, grâce à un rythme de créations moins important.
Ce rythme qui était de 12 ouvertures par an de 1980 à 1996 est passé à 8,3 ouvertures en moyenne par an pour ces trois années : cela signifie moins de créations, mais des projets d’un meilleur niveau.

Quelques chiffres attestent de cette diminution des créations d’équipements : dans la période 1997-1999, seulement 8 points-lecture ont été créés pour 17 bibliothèques municipales et médiathèques alors que, dans la période précédente, (1988 - 1996) la moyenne était d’un point-lecture pour deux équipements ouverts.

Autre point positif : celui du nombre important de projets de transformation et d’amélioration d’équipements existants (10 sur 25 projets).

Le développement exponentiel des informatisations est également une avancée significative : 12 bibliothèques en moyenne par an. Seulement 17 bibliothèques municipales étaient informatisées fin 1996. Elles sont au nombre de 53 en décembre 1999.

Une dernière amélioration concerne la création des six premiers sites de diffusion de l’audiovisuel (CD et VHS). Ces créations se sont appuyées sur le dispositif de 1990 qui prévoyait déjà une aide aux communes pour ce type de documents, mais sans que cette aide ait pu déboucher sur des réalisations concrètes.

Le nombre de bibliobus (médiabus, musibus, vidéobus...) a, lui aussi, sensiblement augmenté entre 1980 et 1985, augmentation ralentie depuis l’abandon progressif du prêt direct n’est pas étranger à ce phénomène.

2000-2001 : les premiers effets du plan de développement

  1980-1996 1997-1999 2000-2001
Surfaces moyennes 93 m2 100 m2 180 m2
Nombre d’équipements
ouverts par an
13 8,3 8
Points-lecture 85 7 3
Bibliothèques municipales 84 17 9
Médiathèques   1 4
Proportion des points lectures
par rapport aux BM

et médiathèques

1/2 1/3 1/5
Informatisation 17 36 22
Secteurs audiovisuels   6 20
Secteurs multimédia   31 sur la double période

Quel est l’impact, sur le réseau, d’une définition claire et conforme des différents types de bibliothèques ?

L’objectif de remise en ordre de la typologie des différents équipements dans une recherche de complémentarité entre médiathèques, bibliothèques municipales et points-lecture répond à un réel besoin de hiérarchisation du réseau.

Quel est l’impact de cette hiérarchisation sur les créations nouvelles ?

3 points-lecture, 9 bibliothèques municipales et 4 médiathèques sont ouvertes en 2000 et 2001 :

  • les surfaces moyennes pour les bibliothèques municipales et les médiathèques sont passées de 93 m2 à 180 m2.
  • le nombre de créations est toujours en légère régression au moment même où la ventilation des différents types d’équipements est à présent plus conforme aux objectifs (moins de points-lecture, plus de bibliothèques municipales et surtout la création des premières médiathèques). Les points-lecture ne représentent plus que 1/5 des créations d’équipements.

Quel est l’impact de cette hiérarchisation des équipements sur la modernisation de l’existant ?

7 structures, sur les 16 ouvertes en 2000 et 2001, sont des extensions, transformations ou améliorations d’équipements existants. L’objectif de modernisation qui représente 50 % du volume de nos interventions démontre que le dispositif est bien opérationnel sur ce plan.

Audiovisuel et informatisation

La création de services audiovisuels enregistre une forte progression avec un rythme augmenté de 2 par an à 10 par an en moyenne par rapport à la période 1997-1999.

Au cours de l’année 2001, nous avons créé autant de services audiovisuels que dans les quatre années précédentes (13 sur les 26 opérationnels). De la même manière, le rythme des informatisations reste soutenu (11 par an) et concerne souvent l’existant.

Création de services multimédia : postes de consultation de CD-ROM et accès à Internet

22 bibliothèques municipales, les 5 médiathèques en service et 4 points-lecture offrent fin 2001 des accès publics au multimédia (Internet), soit 31 points d’accès recensés au total.

Les configurations vont de 1 à 2 postes ; le dispositif le plus fréquent propose jusqu’à 6 postes. Les bibliothèques offrent, la plupart du temps, les accès à Internet et la consultation de CD-ROM.

Les services les plus importants bénéficient d’un emploi d’animateur multimédia.

Il va de soi que la plupart des nouvelles bibliothèques municipales ou médiathèques ouvrent d’emblée un service multimédia (10 sur 16 en 2000 et 2001, mais 15 réalisations sur 31 au total sont installées dans des structures existantes).

l est aujourd’hui l’impact sur l’accompagnement des projets

Je dois reconnaître que la mise en œuvre du plan de développement avec des équipements élaborés, ouverts aux technologies et aux supports multimédia exige un accompagnement technique plus important de la part de la BDBR que dans la période précédente.

Une demande d’assistance et de conseil est sensible essentiellement dans trois domaines :

  • les études de services audiovisuels et/ou multimédia
  • ssistance à la rédaction de cahiers des charges informatiques
  • programmations et les simulations financières d’équipements existants ainsi que celles d’un certain nombre d’équipements en cours de création ou mis en attente (plus de 20 études ont déjà été réalisées dont 3 sur des médiathèques dites de secteur).

A titre d’exemple, la communauté de Communes du Pays de Niederbronn (27 000 hb.), citée en priorité dans le plan, a décidé de réaliser une médiathèque intercommunale de 1600 m2. La Bibliothèque départementale est un partenaire incontournable dans la conception de ce projet.

Le nouveau siège et ses innovations

La restructuration de l’action de la BDP du Bas-Rhin passe également par la construction d’un nouveau siège permettant à cette institution de remplir toutes ses missions.
Je rappelle que la BDP se trouvait à l’étroit dans ses locaux strasbourgeois peu fonctionnels avec une surface non extensible de 950 m2. Il fallait sortir de ce ghetto. Le Président du Conseil général entendait accomplir un geste fort dans le domaine de la déconcentration des services publics. C’est une initiative qui a une portée hautement symbolique puisque le choix de l’implantation de la BDBR s’est porté sur un bourg-centre de 3000 habitants situé au cœur même de la ruralité.
Cette délocalisation représentait un pari audacieux. Les locaux strasbourgeois étaient certes vétustes, mais le personnel y avait pris ses habitudes et le mot d’ordre à mon arrivée avait été :" pas question d’emménager à Truchtersheim ! "

Je précise que personne ne manquait à l’appel le jour du déménagement et je crois qu’aujourd’hui le pari est gagné.
La construction et l’aménagement du nouveau siège à Truchtersheim a permis à la Bibliothèque départementale de se doter d’un équipement à la mesure de ses nouvelles missions au service des bibliothèques du réseau, avec une particularité d’importance, celle d’avoir été conçue sur le modèle de la médiathèque publique. Les équipes de bénévoles et les professionnels apprécient énormément le fait d’évoluer dans unevraie médiathèque.

L’audiovisuel
Je crois pouvoir dire que l’ouverture du nouveau siège a provoqué chez bon nombre de dépositaires une sorte de déclic, de prise de conscience de la nécessité de faire évoluer leur propre structure.
Je crois également pouvoir dire que ce nouvel outil a contribué à une mise en œuvre plus rapide que prévue du plan départemental.
Un des aspects novateurs de ce bâtiment est l’espace de communication des collections. D’une surface totale de 1000 m2, cet espace est aménagé en tenant compte des critères de présentation des documents en vigueur dans les médiathèques publiques (espacement des rayonnages, signalétique des collections, présentation de certains documents en bacs, consultation de la base bibliographique locale, accès à Internet). Les équipes de bénévoles et de professionnels, en évoluant dans cette bibliothèque, découvrent par la même occasion la section audiovisuelle.

D’ailleurs, la volonté de créer et de développer des équipements audiovisuels sur le réseau de même que les conditions d’intervention et d’aide financière du Conseil général alliées à cette découverte sont une réponse certaine au développement accru de l’audiovisuel et du multimédia dans les bibliothèques municipales au cours des deux dernières années.

Autre innovation : la présence d’un espace d’animation
Cet espace peut être utilisé comme espace d’exposition, comme salle de spectacle, comme salle de projection, mais également comme une salle de formation. La capacité d’accueil étant de 90 stagiaires, cela nous permet d’ouvrir les rencontres aux bibliothèques des villes de 10 000 habitants.

La réforme de la desserte
Une dernière initiative novatrice porte sur la nouvelle logique de distribution et l’accueil des équipes mis en place à l’ouverture du siège à Truchtersheim en octobre 1999.
Je rappelle qu’au moment de l’arrêt du prêt direct, en 1988, la Bibliothèque départementale de prêt a desservi les équipements nouvellement créés avec une flotte constituée de 5 bibliobus : .

trois pour la centrale à Strasbourg
un pour l’annexe de Sarre-Union
un pour l’annexe de Ville
(L’annexe de Betschdorf bénéficie la première, en 1996, d’un autre type de desserte préfigurant celui qui sera envisagé et mis en place à Truchtersheim). >

Avant 1999, les communes rattachées à la centrale sont réparties en trois secteurs géographiques, chacun étant sous la double responsabilité, en ce qui concerne les dépôts et les échanges de livres, d’une équipe de deux personnes, un(e) assistant et un chauffeur.

Bibliobus 1 : desserte de 33 communes

Bibliobus 2 : desserte de 41 communes
Bibliobus 3 : desserte de 44 communes
soit 118 communes en 1999

Organisation depuis 1999 à Truchtersheim

En octobre 1999, un nouveau mode de desserte est instauré. Il privilégie l’accueil des bibliothèques à Truchtersheim, le choix des équipes en salle de prêt et préconise, à terme, l’arrêt définitif des bibliobus. Il a nécessité une réorganisation et une redéfinition des secteurs géographiques ainsi qu’un redéploiement du personnel, redéploiement qui se traduit par la participation de la majeure partie des agents du siège à ce nouveau type de service public.

Dans un premier temps, 45 communes situées dans un cercle de 25 kilomètres autour de Truchtersheim sont concernées par ce dispositif qui signera l’arrêt d’un premier bibliobus.

En 2000, 60 communes viennent au siège.
En août 2001, 70 communes sont accueillies en moyenne 3 fois dans l’année.
En décembre 2001 ce chiffre s’élèvera à 75 communes.

Au mois de juin 2002, un deuxième bibliobus cessera son activité et les communes seront réparties dans le cadre d’un redécoupage des secteurs entre le siège et l’annexe de Ville. C’est ainsi que sept communes dépendant actuellement du siège y seront rattachées.
Cette procédure sera étendue dans le futur à certaines communes situées à proximité du territoire desservi par les deux autres services déconcentrés, le relais de Betschdorf et l’annexe de Sarre-Union. Nous souhaitons éviter aux responsables et à leurs équipes de trop grands déplacements et l’incommodité qui pourrait s’en suivre.

Pour ce qui est des modalités pratiques, les équipes sont accueillies par un(e) assistant et un(e) agent sur rendez-vous, le matin ou l’après-midi, à leur convenance. Les rendez-vous sont pris deux à trois mois à l’avance.

Un agent est chargé de la tenue et du suivi du planning des accueils en salle et des tournées des bibliobus (ainsi que de l’envoi de différents courriers : lettres de confirmation de rendez-vous, fiche de transaction pour les quotas de documents à prendre et à rendre lors des échanges, demande de réservations éventuelles). Il veille également à ce que le nombre d’échanges prévu par structure soit respecté au cours de l’année.
Ce système permet aux lecteurs du département de trouver dans les différents lieux de lecture une proposition documentaire régulièrement réactualisée ; il permet également de faciliter la circulation des documents dans les meilleurs délais. Pour les mêmes raisons, les durées de prêt fort longues auparavant ont été ramenées à un an. Les échanges se font au tiers, trois fois dans l’année.

Les collections choisies en salle sont disposées sur des chariots et acheminées directement dans les bibliothèques un ou deux jours plus tard par un nouveau mode de transport, un fourgon spécialement aménagé.
A cette occasion, les ouvrages sont repris et enregistrés en retour sur un ordinateur portable par le chauffeur.

La période de fermeture annuelle de trois mois (initialement du 15 juin au 15 septembre) a été ramenée à un mois (15 juillet au 15 août) à la satisfaction des usagers.

1999 2000 2001
42 122 183

Nombre d’accueils en salle de prêt sur le site de Truchtersheim

Quelles sont les évolutions à venir de ce nouveau mode de desserte ?

L’arrêt d’un deuxième bibliobus est prévu en mai 2002 (ce bus dessert encore à l’heure actuelle 14 communes).

Par ailleurs, nous avons dû constater que l’augmentation du nombre de bibliothèques venant à Truchtersheim nécessitait pour des raisons de logistique, d’efficacité et de rapidité, un deuxième fourgon. Ce dernier sera opérationnel en mai 2002.

Ce sont donc 85 communes sur les 121 communes rattachées à Truchtersheim qui seront concernées par ces modalités de choix et de desserte. Quant au bibliobus 1, il desservira les communes restantes jusqu’en 2004.

Je rappelle que les bibliothèques situées dans le Nord du département et rattachées au relais de Betschdorf fonctionnent déjà selon cette logique qui sera également opérationnelle à compter de septembre 2002 sur le secteur Nord-Ouest, celui de l’annexe de Sarre-Union.

A terme, c’est donc l’ensemble des bibliothèques et points lecture du réseau départemental qui bénéficiera de cette nouvelle logique de distribution. Une réflexion est en cours visant à rééquilibrer le poids du siège et celui des annexes par le biais d’une nouvelle répartition géographique des structures à desservir. La construction d’un relais dans le Sud du département et l’extension du relais de Betschdorf seront l’une des réponses permettant de parachever ce dispositif.

Bilan

 

 

Points positifs de ce nouveau mode de desserte : Les dépositaires apprécient énormément la diversité et le choix des documents proposés en libre accès :

  • 80 000 livres sur les rayons (3000 à 3500 dans les bibliobus)
  • 10 000disques compacts
  • 3 000 vidéocassettes
  • 1 000 CD

Le relationnel et la communication

La BDBR a acquis une meilleure visibilité sur le réseau : les deux tiers du personnel, soit 22 agents, participent aux échanges en salle de prêt. Auparavant, le service public de la BDP était constitué de six personnes (trois assistants et trois chauffeurs) lesquels étaient également les seuls à avoir un contact avec les animateurs du réseau et une connaissance du réseau qui n’était pas nécessairement transmise à la direction. Autre point très important : les dépositaires peuvent facilement, lors de leur venue, rencontrer les différentes personnes ressources, que ce soit pour le conseil bibliographique et bibliothéconomique, ou bien pour l’animation, la formation, l’informatique, l’équipement.
Dernier point positif : nous assurons régulièrement des visites demandées par les équipes elles-mêmes. C’est là, sans aucun doute, une façon de s’approprier cet équipement conçu et mis à leur service.

Points à revoir

Les équipes venant sur place, nous n’avons plus, pour le moment, de contact direct avec les établissements eux-mêmes. Cet inconvénient sera compensé dans le futur par une visite annuelle faite par l’assistant chargé de leur accueil à Truchtersheim.

Le projet de service

C’est l’ultime étape dans la restructuration de l’action de la BDBR.

En période de transformations structurelles (je n’ai évoqué ni le travail sur l’amélioration de l’image de la BDP, ni la mise en œuvre d’une politique d’animation, ni l’importante opération de désherbage avant le déménagement, ni le travail de constitution du fonds audiovisuel et multimédia, ni la création d’un bulletin de liaison, ni, enfin, la mise en place de l’ARTT), il était nécessaire de clarifier à nouveau nos missions. Après un passage de cap aussi important que celui que nous avons vécu à la Bibliothèque départementale du Bas-Rhin, passage nécessairement perturbant, il n’aurait guère été possible de fédérer le personnel autour de valeurs communes et partagées sans une démarche participative fondée sur la mise en œuvre de quelques grandes orientations.

Le projet de service présente un double avantage, celui de reconnaître ce qui a déjà été mis en œuvre et celui de fixer les objectifs permettant de mettre en application ces orientations.

Les objectifs généraux de la BDBR, qui sont la déclinaison logique de ce projet, peuvent être définis dans les termes suivants : " développer et adapter l’offre ou les offres en services aux besoins et attentes des habitants. "

  • développer l’offre en documents et en méthodes de communication (desserte)
  • développer l’offre en structures de diffusion (bibliothèques municipales et médiathèques dans le cadre d’un aménagement du territoire)
  • développer l’offre en formation et en animation pour les bibliothécaires, les structures et les habitants.

Le projet de service a pour ambition de définir et de mettre en œuvre un ensemble d’actions réalisables dans un délai de six ans. Il s’appuie sur un premier travail de réflexion issu de la démarche de mise en place de l’ARTT.

Les objectifs de service envisagés (2002-2007)

  • Poursuivre le programme de création et de modernisation des équipements du réseau en fonction des orientations du plan de développement.
  • Développer le nouveau système de desserte (harmonisation et amélioration des méthodes, nouvelle définition des dépôts de documents : ventilation, quantitatif, fréquence, amélioration du suivi des structures, évaluation de la qualité de la performance globale de la nouvelle logique de distribution des documents).
  • Etudier et mettre en œuvre un service d’acheminement rapide des documents à la demande : navette et réservations.
  • Mettre en œuvre un plan de développement des collections : protocole d’acquisitions documentaires et charte des collections.
  • Réaliser et mettre en service un nouveau relais pour la prise en charge des structures des cantons Sud du Bas-Rhin.
  • Mettre à l’étude le projet d’extension du relais de Betschdorf.
  • Redéfinir les quatre secteurs d’intervention (nouvelle répartition des structures à desservir entre les sites de Truchtersheim, Sarre-Union, Betschdorf et le secteur Sud du département.
  • Editer un guide du dépositaire à l’attention des bénévoles : guide bibliothéconomique incluant les relations entre la BDBR et les structures du réseau.
  • Etablir un plan de formation initiale et continue à destination des correspondants du réseau
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