Atelier 2 : bibliothèques et développement durable

Avec la participation de Hélène Coquand, Claire Cebron de l’Isle et Yves Belmont

Intervenants

- Hélène Coquand, directrice de la médiathèque Théodore Monod à Betton (Ille- et-Vilaine),
- Claire Cebron de l’Isle, directrice de la médiathèque de Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire),
- Yves Belmont, architecte, Drac Rhône Alpes.

Atelier modéré par Alain Caraco, SICD Chambéry et rapporté par Amandine Jacquet, Médiathèque départementale de la Drôme.

 

L’atelier a rappelé quelques définitions.

- Constructions HQE

La démarche Haute Qualité Environnementale s’inscrit dans le cadre du développement durable. C’est une démarche de projet visant à réduire les impacts environnementaux d’un bâtiment tout au long de son cycle d’existence, de sa conception à la démolition. Pour cela, il faut respecter 14 cibles normalisées :

• des cibles d’éco-construction : essentiellement la réduction de l’impact du chantier ;

• des cibles d’éco-gestion : la gestion des ressources (eau, déchets, entretien) ;

•des cibles de confort : thermique, acoustique, visuel, olfactif ;

• des cibles de santé : qualité sanitaire des espaces, de l’air, de l’eau.

Il faut en respecter six sur 14 pour obtenir le label HQE.

- Urbanisme et programmation

Le conseil de l’architecte est de :

• raisonner en termes d’accessibilité mais aussi de proximité vis-à-vis des autres équipements, présents ou à venir ;

• de prendre en compte l’évolution probable de la ville, du village ou du quartier.

Betton a choisi de construire la médiathèque au cœur d’un site vert : canal, coulée verte et petit étang à proximité.

À Chambray-lès-Tours, la médiathèque est construite au milieu d’un ancien champ et s’intègre dans une réflexion plus globale à l’échelle urbaine. Des logements sociaux ont été construits pour des personnes à mobilité réduite, sur une place en face de la médiathèque. Des personnes se sont inscrites à la médiathèque dans le mois qui a suivi leur installation dans ces logements. Une école de musique devrait aussi prendre place dans le parc derrière la médiathèque.

- Évaluation des coûts

Le conseil de l’architecte est de :

• prendre en compte le coût global (investissement et fonctionnement) : le développement durable permet de réduire considérablement les frais de fonctionnement, même si le coût de l’investissement est un peu plus cher ;

• évaluer l’énergie grise : énergie nécessaire pour la production, l’acheminement et la réalisation des ouvrages ; par exemple, si une construction est tout en bois, mais que celui-ci provient de destinations très éloignées, l’intérêt s’en trouve amoindri ;

• faire un bilan carbone comparé.

À Betton, le coût du bâtiment s’élevait, en septembre 2005, à 2,5 millions pour un coût total de 4,5 millions. Une étude thermique a été réalisée en complément du projet architectural pour vérifier le fonctionnement. Elle a montré qu’une économie de 30 % d’énergie devrait ainsi être réalisée.

À Chambray-lès-Tours, le choix d’un équipement HQE, peu énergétivore et plus respectueux du confort des usagers dans un environnement sain, a été fait par les élus comme un choix économique.

- Isolation

Le conseil de l’architecte Généralement, les bibliothèques sont construites sur un seul niveau et sont alors plus soumises aux variations de température du fait de leur large surface de contact avec l’extérieur. Il faut donc :

• isoler le toit et les murs ;

• mais aussi le sol, surtout dans les régions où il ne fait pas très chaud l’été

À Betton, des serres ont été installées sur la façade est. Des murs en terre régulent la température entre l’intérieur et l’extérieur, en été et en hiver. Une toiture végétalisée permet une isolation des chocs thermiques, l’absorption de l’eau de pluie et une bonne intégration dans le paysage.

À Chambray-lès-Tours, la façade sur la placette est traitée en « seconde peau » : un système de lattes à l’extérieur permet de filtrer le soleil, ensuite il y a une serre puis la bibliothèque. L’isolation est faite à l’extérieur du bâtiment : c’est la pratique actuelle sauf dans le cas de rénovation de bâtiments historiques.

- Ouvertures

Le conseil de l’architecte

Les fenêtres sont importantes pour le confort mais peuvent occasionner des problèmes de régulation de température. Aussi faut-il penser à :

• une protection nocturne hivernale (volets) ;

• une protection diurne estivale qui est tributaire de l’orientation : stores ou casquettes tracées d’après la courbe solaire en façade sud, stores destinés à lutter contre l’insolation matinale et de fin de journée en façade est et ouest ;

• une ventilation nocturne : en été, les fenêtres doivent pouvoir être ouvertes pour rafraîchir le bâtiment durant la nuit.

À Betton, le bâtiment est orienté est et sud pour les espaces publics (plus de lumière). Il y a peu d’ouvertures au nord (bureaux du personnel). Un écran végétal est placé sur la façade est : les feuilles tombent en automne pour laisser la chaleur pénétrer. Des brise-soleil sont placés sur la façade sud.

À Chambray-lès-Tours, le bâtiment est positionné de manière à limiter la pénétration du soleil tout au long de la journée. Il y a également plus de lumière dans les espaces publics et moins d’ouverture dans les bureaux.

- Régulation automatique de la température

Le conseil de l’architecte

Il faut prendre en compte la récupération possible des calories et l’intermittence dans l’exploitation (baisses de puissance nocturnes et de fin de semaine). Pour cela, il faut :

• différencier le système et le régime de chauffe selon la destination des locaux (par zonage : bureaux, salles de lecture, stockage) ;

• prévoir une régulation fine du stockage (sondes extérieures) et de l’éclairage (détecteur de présence, prise en compte de l’éclairage naturel).

À Betton, les fenêtres sont programmées pour s’ouvrir lorsque les serres chauffent trop, avec une fermeture programmée 10 minutes après. Un système de pompe à chaleur est couplé avec une ventilation double flux. Au sol, un système de serpentin peut également envoyer de l’eau froide pour obtenir en été un refroidissement du plancher.

À Chambray-lès-Tours, l’entrée de la chaleur solaire est limitée par des « sheds » et des « moucharabieh » (on trouve également ces installations à Béton). Une centrale de traitement de l’air à double flux permet de récupérer la chaleur (50 %). Elle est couplée à un programmateur pour réduire la consommation.

- Quelques autres idées pour réduire la consommation d’énergie

• À Betton :

des lampes basse consommation avec détection de mouvements ; une isolation de la toiture en verre cellulaire (recyclage de pare-brise de voitures) ; des matériaux naturels : tous les bois du bâtiment sont écocertifiés, y compris pour une partie du mobilier, ils sont traités avec des huiles végétales et les peintures sont sans composés organiques volatiles (COV).

• À Chambray-lès-Tours :

on retrouve aussi des lampes basse consommation ; un plafond acoustique en plaque de plâtre et des panneaux acoustiques en bois permettent de lutter contre les nuisances sonores.

- Au-delà de la construction…

• La ville de Betton s’est engagée dans la démarche « Défi pour la terre », avec l’agglomération de Rennes. Des agents « ambassadeurs display » vérifient les bonnes pratiques (ordinateur non éteint pendant la pause de midi, limite du nombre de photocopies…). Les papiers, cartons, verres, sont recyclés. Les imprimantes dans chaque bureau sont supprimées : une seule photocopieuse/imprimante est à disposition dans la salle de manutention. L’utilisation du mail pour la correspondance est privilégiée avec les usagers de la médiathèque (rappels, réservations…) et avec les autres services de la mairie et les élus.

• À Chambray-lès-Tours, le choix fait pour sensibiliser le public s’est porté sur le 1 % artistique, octroyé à Ségolène Garnier, qui propose un cheminement extérieur pour faire un lien entre l’environnement naturel et le bâtiment. Le motif est un papyrus qui rappelle un livre ouvert. Sur le toit des cellules capteurs photovoltaïques produisent de l’électricité, revendue à EDF. Un tableau situé dans le hall de la bibliothèque indique au public le nombre de KW/h économisés.

- Les résultats

•La bibliothèque de Betton a reçu, en 2009, le prix ECO-FAUR, décerné par la région Bretagne, qui labellise les communes motivées par le développement durable et s’est vu, à ce titre, octroyer une subvention de 84 480 euros.

• À Chambray-lès-Tours, le nombre d’inscrits est passé de 1 400, à l’ouverture en juin 2007, à 4 100, début septembre 2009.

- Questions soulevées par les participants à l’atelier

•Que faire pour la transformation d’un monument historique en bibliothèque en intégrant la notion de développement durable ? •Que faire avec les combles ? Si on les occupe pour éviter de construire de nouveaux bâtiments et gagner de l’espace, on perd la capacité de les utiliser pour faire un vide sanitaire et donc d’isoler. •Les bibliothèques aujourd’hui vont-elles vers une diminution des m2 et vers plus d’heures d’ouverture ?

En conclusion

Construire une bibliothèque HQE repose sur une volonté politique. Le développement durable, c’est aussi un mode de gestion au quotidien (social, pédagogique, en termes de management…). Les bibliothécaires intéressés se sont mobilisés dans un groupe d’intérêt spécialisé de l’IFLA « Bibliothèques et viabilité environnementale ».

Compte rendu atelier 2 (PDF - 25.1 ko)

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