Circulaire du 22 février 1968

adressée aux directeurs de bibliothèques centrales de prêt

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Le rapport du groupe de travail sur la lecture publique, dont vous avez reçu le texte édité par la Documentationfrançaise, vous a mis au courant des grandes lignes de la politiquede développement de la lecture publique que veulent engager et poursuivreles pouvoirs publics et qui a été approuvée par leComité interministériel du 25 janvier.

Cette politique, il vous appartiendra de l'adapter aux caractéristiquesgéographiques et sociales du département qui vous est confiéet de la mettre progressivement en œuvre au fur et à mesure que vous en sera donnée la possibilité.

Je tiens à vous indiquer les points sur lesquels j'ai décidéde faire porter dès cette année un effort particulier etles moyens que je mettrai à votre disposition pour atteindre lesbuts fixés. Une autre circulaire sera bientôt envoyéeau personnel scientifique des bibliothèques municipales.

Public adulte.

L'action que vous menez à la direction de votre bibliothèquecentrale de prêt se heurte à deux difficultés principalesque le temps aggrave : l'évolution démographique et socialede la population que vous desservez ; le manque de relations directes aveccette population que vous ne pouvez toucher que par l'intermédiairede dépositaires.

Pour tenir compte du phénomène d'urbanisationet de regroupement de population, vous aurez à desservir désormaisles communes de moins de 20 000 habitants et non plus uniquement cellesdont la population est inférieure à 15 000. Vos efforts porteronten priorité sur les agglomérations d'une certaine importance.Plus qu'a multiplier vos dépôts en desservant des villagesdont la population ne cesse de s'amoindrir et que les moyens de communicationsortent peu à peu de leur isolement, vous vous attacherez àservir d'abord les localités qui sont des centres animéset actifs, à les servir de façon à répondreaux vœux des lecteurs déjà acquis et à en attirerd'autres. Je ne verrais, pour ma part, que des avantages à ce quedes dépôts qui ne sont pas vivants et efficaces soient abandonnés,après que vous ayez éventuellement averti les responsablesque vous prendriez une telle initiative si rien ne devait être changé.

Deux moyens de servir les lecteurs par bibliobus s'offrent àvous, soit le dépôt, soit le prêt direct.

Dépôt.

Tel qu'il est pratiqué le plus fréquemment, c'est-à-direà l'école, le dépôt n'attire souvent que lepublic scolaire et éloigne les adultes. Si les villages ou les petitesbourgades n'offrent guère d'autres ressources que l'école,il n'en est pas de même des agglomérations plus importantes.Vous devez vous ingénier à toucher le public adulte de préférencedans les centres où se crée une collectivité, soitde travail, soit de loisir : entreprises (à condition que votreaction soit prudente et ne soulève pas de polémique), centressociaux, Maisons des jeunes et de la culture (si le Comité ou lapersonne responsable de la bibliothèque qui s'y trouve souvent constituée,le désire), Foyers ruraux, Syndicats d'initiative, Maisons de vacances.Ces centres font parfois l'effort d'acquérir un fonds de livres; si vous pouvez leur assurer un apport régulier et renouveléd'ouvrages courants, en bon état, touchant à des domainesvariés, vous ferez vivre une bibliothèque qui risqueraitde rapidement s'étioler.

Prêt direct.

Le prêt direct aux lecteurs adultes par bibliobus stationnantplus ou moins longuement dans une agglomération est déjàpratiqué par quelques-uns d'entre vous. Les résultats obtenus,comparés à ceux que donnait dans le même lieu le systèmedu dépôt, démontrent que le public répond auxoffres qui lui sont faites et attend seulement d'être mieux servi.Cependant, le lancement d'expériences de prêt direct nécessiteun choix attentif des localités où l'essai est tenté: un tel système, en effet, suppose que le bibliobus et son personnelsoient à la disposition des lecteurs pendant plusieurs heures ;il ne saurait donc être raisonnablement appliqué que làoù un public suffisamment nombreux peut en bénéficier.Il serait imprudent de lancer le prêt direct sans étude préalableet de susciter ainsi la demande confiante des lecteurs si l'on ne pouvaitpar la suite la satisfaire.

Dès cette année, trois départements (Eure, Pas-de-Calais,Bas-Rhin) recevront des moyens en personnel et en bibliobus qui permettrontla pratique du prêt direct à une nouvelle échelle.De telles expériences seront multipliées par étapesde façon à ce que se généralise peu àpeu la méthode du prêt direct, méthode qui aura pleinementatteint son but si elle a contribué à donner le goûtde la lecture et abouti à faire prendre conscience, tant aux mairesqu'à l'opinion publique, du besoin d'une bibliothèque fixe.Auprès de ces bibliothèques fixes, votre rôle resteraprimordial car, s'il est relativement simple de créer une petitebibliothèque, le difficile est de la faire vivre ; il appartiendratoujours à la bibliothèque centrale de prêt de fournirl'apport régulier de livres nouveaux et l'aide de son personnellorsque les municipalités seront d'accord. Mais là aussil'aide ne sera donnée qu'aux bibliothèques qui sont déjàvivantes ou peuvent le devenir.

Animation.

La diversité des dépôts, le système du prêtdirect ont un même but : rapprocher du lecteur le livre et aussile bibliothécaire. Mieux connaître le lecteur pour répondreà ses goûts et l'aider à en acquérir d'autresest, je le sais, votre vœu et vous avez souvent regretté de ne pouvoirpleinement le réaliser. Pour vous assister dans cette tâche,un nouveau corps de bibliothécaires de lecture publique sera crée.Ces bibliothécaires, formés aux méthodes et techniquesd'animation, auront sous votre autorité à aider et guiderles lecteurs en cas de prêt direct, à animer les dépôtset bibliothèques par les moyens divers : expositions, cercles delecture, conférences, débats, projections, etc. et àintroduire le livre et la lecture dans les activités culturellesdu département. Je vous engage, en effet, vivement à coopéreravec les divers services publics et associations qui contribuent àl'action socioculturelle et à faire en sorte que la lecture aitla place qui doit lui revenir dans cette action.

En ce domaine comme en celui de l'information du plus large public survos activités, par la presse, les émissions de radio et detélévision, la publicité par affiches, tracts, jecompte sur votre initiative.

Public scolaire.

L'évolution sociale et les réformes de l'enseignementont déplacé la population scolaire qui quitte tôt levillage pour le chef lieu de canton ou le département. Regroupée,cette population scolaire est plus facile à saisir et elle offretoujours un public de choix. Le service des élèves constitueraun secteur nouveau de votre activité qui s'étendra àl'ensemble du département et couvrira toutes les agglomérationsy compris celles de plus de 20 000 habitants. Des bibliobus spéciauxde prêt direct serviront les élèves de chaque classedans l'enseignement élémentaire des écoles primaires,les CEG, les CES et les CET autonomes. La pratique d'un tel systèmequi obtient dans le département d'Indre-et-Loire les heureux résultatsque vous connaissez, se concilie très bien, le cas échéant,avec l'existence d'une bibliothèque d'établissement. La miseen place de ces bibliobus scolaires qui suppose la collaboration activedu personnel enseignant, se fera aussi par étapes. Dès cetteannée, trois départements (Cantal, Doubs, Seine-et-Marne)seront spécialement choisis pour pratiquer ce système deprêt scolaire avec les moyens voulus en personnel et en bibliobus.Le dépôt de livres pour enfants dans les écoles pourracontinuer, bien entendu, là où il obtient des résultatsefficaces, en attendant la pratique du prêt direct.

Les moyens.

Il ne saurait être question d'inciter le public à la lecturesi ce n'était pour lui offrir un choix de livres étendu etrenouvelé qui réponde à ses besoins de loisir, d'informationet de formation. L'acquisition d'ouvrages de qualité, en nombresuffisant, est l'élément fondamental du développementd'une BCP ; l'accroissement des crédits qui seront attribuéscette année doit servir en priorité à ce chapitredes dépenses. C'est à ce titre, avant tout, que j'ai pu obtenirune augmentation importante des crédits de fonctionnement des quarante-cinq bibliothèques centrales de prêt. Ont étéinscrites, aussi, au budget, les sommes nécessaires à lacréation de six nouvelles centrales de prêt ainsi qu'àla mise en place des seize bibliobus de prêt direct, huit pour lepublic adulte, huit pour public scolaire, qui permettront dans certainsdépartements les expériences dont j'ai parlé ci-dessus.Ces bibliobus, conçus comme des petites bibliothèques ambulantes,seront de dimensions plus importantes que ceux que vous utilisez encorepour la plupart. Je sais combien vous importe une augmentation de l'effectifde votre personnel. Le nombre d'emplois créés cette annéepermettra, outre la mise en route de six nouvelles BCP et des seize bibliobuspour expériences nouvelles, à chacun desquels sont affectésun sous-bibliothécaire et un conducteur, l'octroi de vingt-huitsous bibliothécaires supplémentaires répartis dansdifférentes BCP. Insuffisant, certes, à vous satisfaire tousdans l'immédiat, cet apport n'est qu'une première étapedans la réalisation d'un plan à développer en plusieursannées.

Dans la mesure où des sous-bibliothécaires pourront occuperles nouveaux emplois de bibliothécaire de lecture publique, suivantles modalités que je vous ai indiquées par ma circulairedu 29 janvier, ils libéreront leurs propres postes de sous-bibliothécaireset l'effectif du personnel technique en sera d'autant accru. Les postesainsi récupérés pourront être attribuésà celles des bibliothèques centrales de prêt dont lessous-bibliothécaires auront été admis à remplirles fonctions de bibliothécaire de lecture publique.

A la Direction des bibliothèques et de la lecture publique estcréé un Service de la lecture publique dirigé parMademoiselle Garrigoux, conservateur en chef ; il suivra vos efforts etvos expériences, procédera à des études d'ensembleet vous aidera dans toute la mesure de ses moyens.

L'effort financier en faveur des bibliothèques qui représentepour le budget de 1968 une augmentation de 339 % sur celui de 1967 ne vapas sans que soient posées des conditions de réforme en vuede plus de rationalisation et d'efficacité.

Beaucoup d'entre vous ont exprimé leur inquiétude devantle nouveau projet de système commun d'achats. Il n'est nullementquestion, vous le savez, de porter atteinte à votre responsabilitéintellectuelle et morale de chef de service. La centralisation des commandes,commandes qui seront faites à votre choix et suivant vos besoinslocaux, devrait permettre, au départ, des conditions plus économiquesd'acquisition et, après une période de rodage, pourrait allégervos tâches administratives et comptables, permettre, par exemple,d'éviter des passations de marchés trop nombreux (marchésobligatoires dès que la somme due à un même fournisseurdépasse 20 000 F dans l'année, et que, d'ailleurs vous nepouvez passer vous même). Pratiquée à l'étranger,dans des pays où la lecture publique est fort développée,la centralisation des achats ouvre, enfin, la perspective d'un traitementlui-même centralisé (catalogage et équipement des livres).

Appelés à gérer un budget plus important, àdisposer d'un fonds de livres accru, à rechercher de nouveaux lecteurs,à participer activement à l'action culturelle locale, àprogresser dans la voie d'expériences nouvelles, vous aurez peut-êtreà modifier sur certains points votre gestion traditionnelle et àtrouver des méthodes de travail plus rationnelles.

J'aurai l'occasion, durant le cours de l'année de vous précisermes intentions.

Je n'ai pas besoin de vous dire que lorsque vous obtiendrez des succès,il sera bon que ces succès ne restent pas ignorés. La radioet la télévision régionales peuvent vous êtred'une aide certaine en faisant connaître au public non seulementvotre existence mais encore ce qu'il peut attendre de vous.

Cette année, qui est une année d'expérience, et,j'espère, de départ, doit être décisive : l'espritnouveau qui vous animera dans votre tâche, l'appui que vous saurezobtenir des pouvoirs locaux et de l'opinion publique, l'impulsion qui seradonnée à certaines expériences dans quelques départements,joints aux efforts de vos collèges des Bibliothèques municipales,seront le meilleur plaidoyer pour engager la lecture publique dans un plande développement qui devrait l'amener dans quelques annéesà devenir ce qu'elle est ailleurs, un service public de cultureet d'information, ouvert à tous, présent partout.
 

Le Directeur des bibliothèques et de la lecture publique
Signé : Etienne Dennery.
 
 
 

 
 ADBDP : Association des Directeurs de Bibliothèques Départementales de Prêt