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Histoire de la lecture publique
Les personnes
| Les pages d'histoire de la lecture publique sont publiées par l'ADBDP avec l'aimable autorisation de Noë Richter et de la Société d'histoire de la lecture. |
Barault, Julien. 1766-1839
Inventeur de la formule des réseaux hiérarchisés de bibliothèques circulantes. Prêtre réfractaire exilé, il devient vicaire de la paroisse Saint-Paul de Bordeaux après le concordat de 1801. Il ouvre en 1812 une bibliothèque pour ses paroissiens, et expose en 1820 à l'archevêque le plan d'un réseau dont la bibliothèque Saint Paul serait le service central. L'uvre des bons livres de Bordeaux est aussitôt fondée. En 1834, Barault publie avec son adjoint et successeur Joseph-Hyacinthe Taillefer un Manuel qui fait le bilan des quatorze premières années d'activité de l'uvre, et décrit l'organisation et le fonctionnement du réseau. C'est le premier manuel pratique de bibliothéconomie populaire connu. L'uvre diocésaine a fonctionné jusqu'au début de la seconde guerre mondiale. Elle a été depuis intégrée aux Bibliothèques pour Tous.Bouvy, Michel. 1924
Directeur de la bibliothèque centrale de prêt de la Moselle (1951-1958) et de la bibliothèque municipale de Cambrai (1958-1989), il a été le chef de file du mouvement néo-moderniste. Il a présidé la section des bibliothèques publiques de l'Association des bibliothécaires français, avec laquelle il rompt en 1971, et fonde une Association nationale pour le développement de la lecture publique en 1977. Il a dirigé la revue Lecture et bibliothèques, devenue Médiathèques publiques (1977), de 1967 à 1988. Cette revue (72 numéros) a eu une large audience auprès des jeunes cadres de la lecture publique et a contribué à la transformation des mentalités professionnelles.Cacérès, Bénigno. 1916-1991
Compagnon charpentier du devoir, autodidacte, animateur culturel, universitaire et écrivain. Il trouve sa voie en 1942 à l'École des cadres d'Uriage, et dans la Résistance au sein des " équipes volantes d'information et d'animation " chargées de la formation intellectuelle et morale des résistants du Vercors. Il participe en 1944 à la fondation de Peuple et Culture qu'il animera de 1947 à 1973 comme secrétaire général puis président. La lecture y a une place privilégiée. La commission " Lecture " dirigée par Geneviève Cacérès publie des fiches de lecture pour les animateurs, et Bénigno Cacérès fait de nombreuses interventions dans les bibliothèques des entreprises et les bibliothèques publiques. Sa participation aux colloques de l'Unesco (1961) et du Festival de Nice sur la lecture en milieu de travail marquent de façon significative le lent processus d'intégration des bibliothèques d'entreprise au système national de lecture.Cacérès, Geneviève.1923-1982
Animatrice de la commission " Lecture " de Peuple et Culture, elle publie en 1949 Regards neufs sur la lecture, qui a été le premier manuel de bibliothéconomie rédigé pour les éducateurs populaires et les bibliothécaires des entreprises.Cain, Julien. 1887-1974
Administrateur général de la bibliothèque nationale de 1930 à 1940 et de 1945 à 1964. En 1937, il gère un crédit de cinq millions de francs attribué aux bibliothèques publiques dans le programme des grands travaux destiné à la relance de l'économie nationale. Il organise un service d'achat de livres confié à Paul Poindron, qui soutient les actions de lecture publique (bibliothèques enfantines, bibliobus du Soissonnais et de la Marne, hôpitaux, réseaux urbains), et subventionne les cours de formation élémentaire organisés par Myriem Foncin à l'Association des bibliothécaires français. En 1938, ce service sera transformé en Bureau d'information sur les bibliothèques, embryon de la future direction ministérielle des bibliothèques et de la lecture publique.Carnot, Hippolyte. 1801-1888
Homme politique. Ministre de l'Instruction Publique du 24Février au 5 Juillet 1848. Saint-Simonienimprégné des idéaux révolutionnaires, cefils du Grand Carnot va engager une action culturelle sansprécédent. Son projet de doter chaque commune d'unebibliothèque échouera faute de crédits. Mais ilorganisera des lectures publiques du soir qui eurent la faveur del'élite ouvrière de Paris. Elles durèrent troisannées et furent supprimées par le parti de l'Ordre aucours de l'été de 1851.Carson, Jessie.
Attachée à la section enfantine de labibliothèque publique de New-York, elle dirige lesbibliothèques du Card de 1921 à 1924. Elle forme lespremières bibliothécaires françaises desbibliothèques américaines implantées en France.Elle est à l'origine du Comité français de labibliothèque moderne, dont elle a étésecrétaire de 1922 à 1924, et de l'écoleaméricaine qui a fonctionné à Paris de 1923à 1929. Son intervention au Congrès desbibliothécaires de Paris (1923) est la source obligéede notre information sur les bibliothèques du Soissonnais.Charton, Édouard. 1807-1890
Avocat, parlementaire, conseiller d'État, secrétairegénéral du ministère de l'Instruction publiqueen 1848, Charton a été saint-simonien et s'estintéressé dès sa jeunesse àl'éducation populaire. Il a fondé et dirigé desrevues et des collections de vulgarisation: Le Magasin pittoresque(1833), L'Illustration (1843), Le Tour du Monde (1860), LaBibliothèque des merveilles (1864). Il a fondé labibliothèque populaire de Versailles en 1864 et l'aprésidée jusqu'à sa mort.Cormenin, Louis-Marie Delahaye de.1788-1868
Juriste, publiciste et député, Cormenin publie en 1845des Entretiens de village où il expose ses idées surl'enseignement et la lecture du peuple. Il considère quel'entretien d'une bibliothèque doit figurer au nombre desdépenses obligatoires, mais sa conception de la lecture sesitue davantage dans une perspective philanthropique que dansl'environnement industriel de son temps. L'ouvrage véhiculetous les ingrédients de la pensée conservatrice :ségrégation, sexisme, utilitarisme, conditionnement,rejet du plaisir de lire. On y trouve l'ébauche d'unréseau cantonal coopératif où lesbibliothèques pratiquent l'échange annuel des livres.Coyecque, Ernest. 1864-1954
Chartiste, chef de bureau à la préfecture de la Seine, il découvre la lecture populaire lorqu'il est chargé de l'administration (1913) puis de l'inspection des bibliothèques de Paris et du département (1916). Il lit les ouvrages d'Eugène Morel et entreprend la modernisation des bibliothèques municipales : libre accès, épuration des collections, publicité. Enthousiasmé par les bibliothèques américaines du Soissonnais, il multiplie les initiatives après 1918 : il organise avec Morel la circulation des cantines de livres de la Ligue de l'enseignement (1920) ; il implante à Belleville une bibliothèque offerte à la ville de Paris par le CARD (1922), soutient Claire Huchet et Marguerite Gruny dans les animations préparatoires à l'ouverture de "L'Heure Joyeuse", préside le Comité français pour la bibliothèque moderne et le transforme en organe de propagande pour la lecture publique (1924-1930) ; il enseigne à l'école américaine (1924-1929). Il s'est intéressé à la lecture en milieu carcéral en élaborant un programme de réorganisation des bibliothèques pénitentiaires où il propose l'organisation de clubs de lecture (1935).Deguigues, Jean-Baptiste. 1676- ?
Vicaire à Tourrette-sur-Loup, il est accusé dejansénisme en 1709. Les pièces de son procèsrévèlent qu'il fait des lectures au cours desveillées, qu'il prête des livres de piétéaux dévotes instruites, et des livres de labibliothèque bleue aux habitants du village.Delessert, François-Marie.1780-1868
Banquier, président de la Caisse d'épargne de Paris,député de 1831 à 1848. Le 31 Mai 1836, ilcritique le budget des souscriptions du ministère del'Instruction publique et plaide pour le développement de lalecture populaire. En décembre de la même année,il invite le conseil d'administration de la Caisse d'épargnedu 6e arrondissement (le 3e actuel) à créer unebibliothèque. C'est un modèle d'institution de lecturepatronnée à l'intention des ouvriers et des artisans :pour trois francs versés, le souscripteur reçoit unecarte d'entrée à la bibliothèque qu'il remetà un ouvrier méritant de son entreprise, si celui-cipossède un livret de caisse d'épargne. Delessert apublié le texte de son intervention à la Chambre et l'afait suivre d'une liste de 300 titres choisis pour lesbibliothèques populaires. Sa sélectionrévèle un esprit éclectique tolérant,ouvert au plaisir de la lecture.Dennery, Étienne. 1903-1979
Diplomate. Directeur des bibliothèques et de la lecturepublique de 1964 à 1975, il réoriente l'activitéde cette direction vers la lecture publique. Il améliore lacouverture du territoire par les bibliothèques centrales deprêt : 21 sont créées de 1964 à 1967, etelles sont dotées d'un personnel spécialisé plusimportant. Il préside de décembre 1966 àfévrier 1967 un groupe d'étude chargéd'élaborer un rapport sur l'état de la lecturepublique, et de proposer un plan de développement. Ce projetsera pris en compte partiellement par le sixième plan(1971-1975) de modernisation et d'équipement. Après lapublication du rapport, Étienne Dennery réorganise ladirection des bibliothèques en y créant une section dela lecture publique. Transférée au ministère dela Culture en Juillet 1975, cette section formera le service desbibliothèques publiques de la nouvelle direction du livre etde la lecture.Fillet, René. 1921-1996
Il commence sa carrière comme sous-bibliothécaire à la BCP de l'Isère (1946), prépare un doctorat en droit et intègre le corps scientifique des bibliothèques en 1951. Il dirige successivement les BCP de Charente-Maritime et du Loir-et-Cher (1951-1953), la bibliothèque municipale de Tours et la BCP d'Indre-et-Loire (1953-1977), et la bibliothèque Publique d'Information (1977-1983). René Fillet a été essentiellement un homme de terrain. Il l'a montré en Touraine où ses initiatives ont érigé les services de lecture publique en modèles dès les années 50 : deux bibliobus scolaires urbains à Tours (1956 et 1965) et trois ruraux dans les sous-préfectures (1963) pratiquant le prêt direct pour la première fois en France. Membre du conseil d'administration du Centre laïque de lecture publique, il rédige la partie technique du Guide pour l'organisation de la lecture populaire laïque (1955). Enseignant à l'École nationale supérieure des bibliothèques, il organise à Tours les stages de spécialisation des nouveaux diplômés et exerce par là une influence sensible sur la mentalité et les comportements d'une génération entière de praticiens de la lecture publique. Son pragmatisme et sa modération en font un interlocuteur privilégié de l'administration. Il a participé activement à des manifestations et à des groupe de réflexion qui jalonnent l'histoire de la lecture publique de 1960 à 1980 : groupe des Sept (1966-1967), colloque du conseil de l'Europe sur les bibliothèques (Bruxelles, 1966), groupe interministériel sur la lecture publique (décembre 1966-février 1967).Foncin, Myriem. 1893-1976
Géographe et bibliographe de notoriétéinternationale, Myriem Foncin termine sa carrière à laBibliothèque nationale comme chef du département descartes et des plans. Elle a mené parallèlement uneactivité de militante de l'éducation et de la lecturepopulaires. Elle fonde en 1923 la branche féminine desÉquipes sociales où elle anime des cerclesd'études et de lecture. Elle agit à partir de 1938 ausein de l'Association des bibliothécaires françaisoù elle organise une formation élémentaire pourles responsables des bibliothèques de loisirs. En 1940 et1941, elle anime des stages de formation pour les responsables desbibliothèques créées pour lesréfugiés et dans les centres de jeunesse. Ces cours deformation fonctionnent encore aujourd'hui. Ils ont formé desmilliers de cadres professionnels et bénévoles auxpratiques de la lecture publique. En 1938, Myriem Foncin constitue ungroupe informel d'éducateurs populaires, d'éditeurs etde bibliothécaires professionnels, quiréfléchissent ensemble aux critères de lasélection des livres pour les bibliothèques de masse.Une première liste paraîtra en 1942. Cessélections prendront par la suite la forme de fiches critiquesqui seront publiées périodiquement jusqu'en 1965.Gattegno, Jean. 1935-1994
Angliciste, directeur du livre et de la lecture de 1981 à1989, Il mène à terme le processus dedéveloppement de la lecture publique engagé en 1945. Ilachève la couverture du territoire par lesbibliothèques centrales de prêt, et consolide lesréseaux départementaux par une série de mesuresconcernant les constructions, l'informatisation, l'audiovisuel, etles bibliothèques-relais des communes de moins de 3 000habitants. Il étend les domaines d'intervention duministère de la Culture par des actions incitativesinterministérielles dans la lutte contre l'illettrisme, etdans l'organisation de la lecture dans les établissementshospitaliers, dans les prisons, dans les écoles et en milieude travail. Il favorise la décentralisation des servicestechniques communs en créant des structures administratives etcoopératives régionales : conseillers régionauxaux livres, associations régionales et Centre national decoopération.Gérando, Joseph-Marie de.1772-1842
Philosophe et administrateur de haut rang, Gérando aété la cheville ouvrière de laSociété d'encouragement pour l'éducationindustrielle du peuple (1802) et de la Société pourl'instruction élémentaire (1815), qui est issue de lapremière. Le fonctionnement des écoles mutuellescréées par la seconde révèle dès1817 le phénomène de l'analphabétisme de retour(illettrisme) et oriente Gérando vers la recherche des moyenspropres à entretenir les connaissances acquises. Lasociété élabore en 1818 un programmed'édition populaire encyclopédique et annexe desbibliothèques aux écoles mutuelles. Gérandolui-même incite les instituteurs à les ouvrir àl'ensemble de la population de la commune. Libéral etphilanthrope, Gérando a vu la lecture comme un facteurd'intégration sociale et de lutte contre l'indigence et noncomme une voie d'accès au savoir et à la culture.Girard, Jean-Baptiste. 1821-1900
Imprimeur-lithographe autodidacte, Girard a suivi les cours du soirde l'Association philotechnique. Socialiste convaincu quel'instruction et la lecture sont les voies nécessaires del'auto-émancipation du peuple, il fonde en 1861, avec quelquescondisciples, la Bibliothèque des Amis de l'instruction du 3earrondissement de Paris. Rejetant le paternalisme et l'interventiondes pouvoirs publics, cette bibliothèque est organisée" sur les mêmes principes que les sociétés desecours mutuels ". Elle essaimera dans d'autres arrondissements deParis, en banlieue et en province.Goy, Jean-Baptiste. 1666-1736
Curé de l'église Sainte-Marguerite au faubourgSaint-Antoine de Paris, il lègue sa bibliothèqueà la fabrique, à charge pour celle-ci d'en faire unebibliothèque paroissiale. C'est une bibliothèqueà deux niveaux : collection savante pour la consultation surplace à l'usage des prêtres ; collection de " livres depiété vulgaire " pour les " pénitents etpénitentes qui n'auraient pas les moyens d'en acheter ". Elleest peut-être le premier exemple d'une institution de lecturepour le peuple.Grégoire, Henri. 1750-1831
L'abbé Grégoire est un des pionniers de la lecturepopulaire, qu'il a intégrée à son actionpastorale. Il a créé une bibliothèque dans saparoisse d'Emberménil (1782) et àl'évêché de Blois (1791). Les réponsesà son enquête sur les patois (1790-1794), sesmémoires et ses écrits posthumes contiennent denombreuses notations sur les lectures du peuple audix-huitième siècle.Grolier, Georgette de. 1899-1988
Le parcours de Georgette de Grolier a été parallèle à celui de Victorine Vérine, mais inversé : elle suit en 1926 les cours de l'école américaine avant de devenir bibliothécaire dans un centre du Card à Château-Thierry. En 1933, elle fonde avec son mari Éric de Grolier la Revue du livre et des bibliothèques, qui est à la fois organe de l'Association des anciennes élèves de l'école américaine et du Bureau bibliographique de France, correspondant de l'Institut international de bibliographie de Bruxelles. Au printemps de 1936, elle propose sans succès de créer des groupes spécialisés autonomes au sein de l'Association des bibliothécaires français pour y permettre une meilleure représentation des bibliothèques de loisirs et de culture. Elle fonde alors l'Association pour le développement de la lecture publique (ADLP), qui fonctionnera en liaison étroite avec le sous-secrétariat d'État aux loisirs et élaborera un programme de couverture du territoire par des bibliobus. La Revue du livre et des bibliothèques devient alors l'organe de l'ADLP. Directrice de la bibliothèque municipale de Boulogne-Billancourt de 1938 à 1960, Georgette de Grolier publiera avec son mari une série d'articles très critiques à l'égard des bibliothèques françaises où ils exposent un projet d'organisation nationale comportant à sa base des circonscriptions spécifiques définies selon deux critères : zone d'attraction des villes et rayon d'action quotidien d'un bibliobus.Gruny, Marguerite. 1903-1993
Après avoir été formée àl'école américaine, elle est engagée par leBook committee on children's library comme assistante deClaire Huchet. Elle lui succède en 1929 et dirige l'HeureJoyeuse jusqu'en 1968. À côté desactivités d'animation, elle développe une action deformation de cadres pour les bibliothèques enfantines. L'heurejoyeuse a été une des bibliothèquesd'application de l'école américaine. Après ladisparition de celle-ci, Marguerite Gruny y organise des stagesalternant cours et travaux pratiques. Pendant quarante années,l'Heure Joyeuse de Paris a servi de modèle et deréférence aux bibliothécaires publics,hospitaliers et associatifs qui ont organisé des services delecture enfantine en France.Hassenforder, Jean. 1931
Documentaliste et chercheur en pédagogie. En 1959, il fonde au sein de l'Association des bibliothécaires français un " Section des petites et moyennes bibliothèques à rôle éducatif ". Regroupant des bibliothécaires d'entreprises, d'hôpitaux, d'établissements scolaires, d'institutions sociales, cette section attire rapidement des praticiens de la lecture publique de la région parisienne et de province. Elle organise des journées d'étude et publie une revue, Lecture et Bibliothèques (1967-1975). Jean Hassenforder a suscité indirectement la création du groupe d'étude interministériel sur la lecture publique (1966-1967) en écrivant au premier ministre, Georges Pompidou, qui avait répondu à "vingt question sur les lettres, l'art et la lecture" dans le Figaro littéraire du 1er septembre 1966. Hassenforder est l'auteur de nombreuses contributions à la sociologie de la lecture. Il a soutenu en 1965 et 1972 les deux première thèses consacrées au sujet, la première sur l'histoire comparée de la lecture populaire, la seconde sur la fonction pédagogique des bibliothèques.Henriot, Gabriel. 1880-1965
Chartiste, historien d'art et historien de Paris, toute sa carrière s'est déroulée dans les bibliothèques municipales parisiennes dont il a été inspecteur de 1931 à 1944. Il expose en 1928 un projet d'organisation de la lecture en réseaux départementaux, et propose en 1933 au comité de l'ABF d'accueillir les praticiens des bibliothèques de loisirs et de culture. L'ABF s'y refuse. Henriot a eu une influence considérable sur la formation de l'encadrement de ces petites bibliothèques. Il enseigne de 1924 à 1929 à l'école américaine, puis organise à la Bibliothèque Forney des cycles de formation élémentaire, qu'il transfère à l'Institut catholique de Paris en 1936 à la demande de la Ligue féminine d'action catholique. Ces cycles seront transformés en école de plein exercice que Henriot dirigera jusqu'à sa mort. Elle fonctionne encore aujourd'hui avec la dénomination "École de bibliothécaires-documentalistes". Henriot a mis en forme ses enseignements et publié en 1943, sous le titre Des Livres pour tous, un manuel élémentaire représentatif des idées et de la mentalité corporatives de l'entre-deux-guerres.Huchet, Claire. 1898-1993
Bibliothécaire et auteur de livres pour enfant.Secrétaire au Book Committee on Children's Library, qui aoffert leurs premières bibliothèques enfantines auxvilles de Bruxelles et de Paris, Claire Huchet a suivi une formationen Angleterre avant de prendre la direction de l'Heure Joyeuse deParis de 1924 à 1929, année où elle se marie etémigre aux États-Unis.Lafontaine, Henri. 1854-1943
Voir Otlet, PaulLelièvre, Pierre. 1903
Chartiste, bibliothécaire municipal de la Rochelle et deNantes, inspecteur général des bibliothèques de1945 à 1964. Il expose en 1938 un projet d'organisationrégionale des bibliothèques regroupant laLoire-Inférieure, le Morbihan, le Maine-et-Loire et laVendée. Il en amorce la réalisation en créant undouble réseau de lecture dans la Loire-Inférieure :circulation de caisses-bibliothèques dans les communes de plusde 1000 habitants ; service de lecture de proximité dans lescommunes moins peuplées où les adhérentsorganisés en groupe de cinq reçoivent deux livres parmois qu'ils échangent entre eux.Lemaître, Henri. 1881-1946
Chartiste, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale (1903-1919), Lemaître a été un des artisans de la lecture publique et de la documentation moderne. Il a écrit sur les bibliothèques catholiques, enfantines, ouvrières, hospitalières. Il organise l'assemblée générale de l'Association des bibliothécaires françaises de 1931 sur le thème de la lecture publique, à Alger. Il donne un éclat particulier à cette réunion en y invitant le ministre de l'Instruction publique et en publiant le texte des interventions dans un volume qui est une des sources de l'information sur la mentalité et les avancées modernistes des bibliothécaires de l'entre-deux-guerres. Il a enquêté sur le fonctionnement des bibliobus américains, et financé la construction d'un prototype français. Présenté à l'exposition coloniale de 1931, ce bibliobus a servi de modèle au bibliobus de la Marne mis en service en 1938Leneveux, Henri-Charles. 1817-1878
Typographe, il est gérant du journalsocialiste-chrétien L'Atelier de 1840 à 1844, et il atrès vraisemblablement inspiré le numéro denovembre 1843 consacré à l'instruction et à lalecture du peuple, où le roman populaire estsévèrement condamné. En 1861, il publie LaPropagande de l'instruction où, dénonçantl'analphabétisme de retour, il justifie au contraire lalecture des romans et des journaux populaires, et préconisel'organisation des lectures publiques du soir.Leriche, Mathilde. 1900
Bibliothécaire et auteur de livre pour enfants. En 1924, elleest engagée comme seconde assistante de ClaireHuchet à L'Heure Joyeuse. Elle y demeure jusqu'en 1965.Elle a été secrétaire du prix Jeunesse(1931-1967) fondé par les éditions Bourrelier,où elle était lectrice et directrice de collection.Macé, Jean. 1815-1894
Écrivain, journaliste, pédagogue, militant fouriériste et républicain, Macé a fait une place de choix à la lecture populaire dans son discours et dans son action politique et pédagogique. Exilé en Alsace après le 2 décembre 1851, il crée une bibliothèque municipale à Beblenheim (1862), et entre en rapport avec les manufacturiers mulhousiens éclairés de la Société industrielle de Mulhouse. Avec leur soutien, il fonde la Société des bibliothèques communales du Haut-Rhin qui apporte une aide financière et des conseils techniques aux initiatives locales. Il lance en 1866 un appel pour le regroupement des associations d'instruction des adultes, qui sera aux origines de la Ligue de l'enseignement. La plupart des cercles locaux de la Ligue inscriront la lecture et les bibliothèques dans leurs activités. Le plus puissant d'entre eux, le cercle parisien que Macé présidera après 1871, s'engagea de ce fait dans une action de propagande et d'incitation comparable à celle de la Société Franklin.Morel, Eugène. 1869-1934
Romancier, dramaturge et juriste, bibliothécaire à laBibliothèque nationale. Il découvre la lecturepopulaire au cours d'un voyage d'étude en Grande-Bretagne en1895. A son retour, il entreprend la rédaction d'unesynthèse internationale sur les bibliothèques, qui serapubliée en 1908 sous le titre Bibliothèques, etrésumée en 1910 sous celui de La Librairie publique.Ces deux ouvrages ont exercé une influence durable dans lemilieu corporatif. La pensée prospective de Morel, qui ne sedégage pas de l'emprise anglo-saxonne et de l'environnementsocio-administratif de son temps, y apparaît peu originale etsans audace. Morel n'a pas été un créateur, maisun épigone talentueux. Il a vulgarisé en France lesidées et les innovations techniques mises au point par HenriLafontaine et Paul Otlet à l'institutinternational de bibliographie de Bruxelles. Ses cycles deconférences sur la bibliothèque moderne (1911-1913) ontété le premier enseignement de bibliothéconomiemoderniste et de documentologie organisé en France. Lereclassement et la modernisation de la bibliothèque populairemunicipale de Levallois, entrepris de 1911 à 1913, aété la première tentative dedécimalisation d'un fonds de lecture et d'introduction del'accès libre du lecteur aux rayons.Morgan, Anne. 1873-1952
Co-fondatrice, avec Anne Murray-Dike, du Comité américain pour les régions dévastées (CARD).
Mouton, Eugène. 1823-1902
Magistrat et écrivain burlesque, connu sous le pseudonyme deMérinos, Eugène Mouton a fait une brèveincursion dans le domaine de la lecture populaire rurale, dont il ditqu'il a été le premier à avoir penséà l'organiser. Il a animé en 1867 et 1868 unréseau éphémère de bibliothèquesroulantes dans le département de l'Aveyron.Murray-Dike, Anne. 1875-1929
Co-fondatrice, avec Anne Morgan, du CARD, dont elle a été présidente de 1918 à 1924, et du comité français de la bibliothèque moderne.Oberlin,Jean-Frédéric.1740-1826
Il succède en 1767 à Jean-Georges Stuber à latête de la paroisse luthérienne de Waldersbach(Bas-Rhin). Pédagogue mystique, il est acquis aux idéesphysiocratiques, et il accueille la Révolution avec faveur.Comme son ami Henri Grégoire, il nedissocie pas l'action pastorale de l'action sociale etéconomique et de l'instruction du peuple. À leur yeux,la lecture est un facteur essentiel de cette action. Oberlindéveloppe les deux bibliothèques crééespar Stuber et réglemente la circulation des livres dans lesvillages. À sa mort, le réseau paroissial comptait 500volumes.Oddon, Yvonne. 1902-1982
Bibliothécaire du Musée de l'homme de 1929 à 1964, Yvonne Oddon a été formée à la pratique américaine : école américaine de Paris (1924), stages à la bibliothèque universitaire du Michigan (1926-1928) et à la bibliothèque du Congrès (1934). Présidente de l'association des anciennes élèves de l'école américaine et militante active de l'association pour le développement de la lecture publique (ADLP), elle a eu une influence notable sur l'organisation de la lecture publique en conseillant Victorine Vérine lors du lancement du bibliobus de l'Aisne (1934), et surtout en adaptant un Guide du bibliothécaire amateur rédigé pour les bibliothèques paroissiales protestantes par Charles-Henri Bach. Le " Bach et Oddon " a eu six éditions de 1931 à 1964 et a formé les praticiens français de la lecture publique de deux générations professionnelles, jusque vers 1975 environ.Otlet, Paul. 1868-1944
Le nom de Paul Otlet est indissociable de celui de Henri Lafontaine(1854-1943). Juristes, ces deux grands bourgeois de Bruxelles serencontrent vers 1890 et découvrent la bibliographie enpubliant des ouvrages d'initiation au droit et un bulletin dessommaires des revues juridiques. Ils proposent une organisationplanétaire de la documentation et une conception unitaire desbibliothèques qui ont été à l'origine dela lecture publique moderne. La fondation, en 1895, duRépertoire bibliographique universel les conduit à uneréforme radicale des usages bibliographiques etcatalographiques : normalisation de la fiche et de larédaction des notices, création des"hémérothèques" (départements depériodiques), micrographie des fiches. Leur géniecréateur se manifestera surtout dans le classement desréférences du Répertoire. Ils transforment leschéma rigide et énumératif de la classificationdécimale de Dewey et la transforment en un langagedocumentaire, la CDU (classification décimale universelle)dont la première édition paraît en 1905.Eugène Morel introduira en France lesidées et les innovations de Otlet et Lafontaine. Il sera lepremier à appliquer la CDU à un fonds de lecture enreclassant la bibliothèque municipale populaire deLevallois-Perret entre 1911 et 1913.Pellisson, Maurice. 1850-1915
Agrégé ès-lettres, enseignant (1874-1887),inspecteur d'académie (1888-1896), il est chargé en1896 du service des uvres auxiliaires de l'école dumusée pédagogique. Il assure le secrétariat derédaction du Bulletin des bibliothèques populairesfondé en 1906 par le Musée et l'Inspectiongénérale des bibliothèques. Pellisson aété le premier historien de la lecture populaire. Il adonné de nombreux articles au Dictionnaire de pédagogiede Ferdinand Buisson, et publié en 1904 un article trèsdocumenté sur les lectures du soir de la SecondeRépublique. Dans Les Bibliothèques populaires en Franceet à l'étranger (1906), il se pose enréformateur : réunion des bibliothèquespopulaires et scolaires des villes aux bibliothèquesmunicipales, réduction des bibliothèques scolairesrurales à une collection de livres de référenceet intégration à des réseaux cantonaux oùune bibliothèque centrale assurera le renouvellement deslivres de lecture courante. Il préconise la formation desinstituteurs-bibliothécaires dans les écoles normales,la pratique de la lecture collective à haute voix, et l'usagede la publicité. Son projet connaîtra un début deréalisation de 1910 à 1914 avec l'institution debibliothèques intercommunales confiées à des"bibliothécaires-trésoriers".Perdiguier, Agricol. 1805-1875
Compagnon-menuisier, chansonnier du tour de France,député en 1848, Perdiguier est une haute figure ducompagnonnage. Il organise vers 1835, dans son appartement unebibliothèque pour les compagnons menuisiers et tailleurs depierre auxquels il enseigne la pratique du trait. Son Livre ducompagnonnage (trois éditions en 1839, 1841, 1857) et Questionvitale sur le compagnonnage et la classe ouvrière (1861)exposent des programmes encyclopédiques de lecture pour lesouvriers.Perdonnet, Abel-Auguste. 1801-1867
Polytechnicien, ingénieur des chemins de fer, directeur del'École centrale, Perdonnet a tenu un rôle importantdans l'éducation ouvrière depuis 1830. Il aorganisé en 1837 une bibliothèque pour lesélèves des cours du soir de l'Association polytechniqueet a été le premier président de laBibliothèque des Amis de l'instruction (1861).Philipon de la Madelaine, Louis.1734-1818
Polygraphe et chansonnier, Philipon a étéjésuite, fonctionnaire et bibliothécaire. Ses Vuespatriotiques sur l'éducation du peuple (1783) esquissent uneorganisation de l'enseignement élémentaire, de lalecture urbaine et rurale, et contiennent la premièresélection de lectures à l'usage du peuple.Poindron, Paul. 1912-1980
Bibliothécaire à la bibliothèque nationale, ilest chargé en 1937 du service d'achat des livres pour lesbibliothèques publiques qui sera l'embryon de la futureDirection des bibliothèques et de la lecture publique. Ildevient chef du service technique de cette direction en 1945, puisinspecteur général en 1965. Après la partitiondes bibliothèques entre les ministères del'Éducation et de la culture, en 1975, il est adjoint audirecteur du livre et de la lecture, et aura un rôledéterminant dans l'organisation des enseignementsprofessionnels. Paul Poindron a été membre du conseild'administration du Centre laïque de lecture publique et dugroupe interministériel d'étude de la lecture publiqueconstitué par Georges Pompidou en 1966.Pompidou, Georges. 1911-1974
Homme politique. Premier ministre, il réunit le 18 novembre1966 un comité interministériel qui met àl'étude les moyens de favoriser le développement de lalecture publique. Ce comité constitue un groupe de travailprésidé par Étienne Dennery,qui remet en février 1967 un rapport général surl'état des institutions de lecture assorti de propositionspour un plan décennal de développement. Ce rapport aété publié en février 1968. Il aorienté la politique de la lecture jusqu'en 1975.Radu, Jules. 1810-après 1883
Pédagogue. Il fonde en février 1848 uneSociété de bienfaisance dite Société debibliothèques communales et propagation des bons livres dontl'objet est de doter d'une bibliothèque toutes les communes deFrance, d'Algérie et des colonies. Il lance en 1850 unesouscription nationale pour l'impression d'une collection de centvolumes en 37 000 exemplaires et pour la fabrication d'uneétagère de rangement en nombre égal.Entièrement déphasée de l'environnement socialde son temps, la sélection de Radu s'inscrit dans l'esprit dela lecture utilitaire et conditionnante définie parPhilipon de la Madelaine. Le projet aété sévèrement critiqué par leCercle de la librairie, qui a refusé de s'y associer. 626communes seulement ont répondu à l'appel de Radu.Rouland, Gustave. 1806-1878
Magistrat, député, ministre de l'instruction publiquede 1856 à 1863. Par un arrêté du 1er juin 1862,il institue la bibliothèque scolaire, qui est aussi labibliothèque publique rurale. C'est dans cette premièreorganisation nationale de la lecture qu'apparaîtront lespremiers réseaux laïques de bibliothèquesroulantes, puis les bibliothèques intercommunales qui serontabsorbées par les bibliothèques centrales de prêtcréées après 1945.Simon, Jules. 1814-1896
Philosophe et homme politique. En 1863, il est dans l'oppositionrépublicaine et condamne toute intervention de l'Étatdans l'édition et la diffusion du livre, et dansl'organisation des bibliothèques populaires. Ministre del'Instruction de septembre 1870 à mai 1873, il ordonne uneenquête générale sur les bibliothèquespopulaires des départements, le 8 janvier 1873. Legouvernement de l'Ordre moral en tirera les conclusions etédictera en 1874 la première réglementationspécifique des bibliothèques populaires.Stuber, Jean-Georges. 1722-1797
Pasteur de la paroisse luthérienne de Waldersbach (Bas-Rhin)de 1750 à 1767. Il réorganise les écoles descinq villages de la paroisse, ouvre des cours de chant et desécoles du soir pour les adultes. Il crée deuxbibliothèques, l'une pour les écoles, l'autre pour lesadultes, dont les livres circulent entre les villages.Taillefer, Joseph-Hyacinthe.1797-1868
Directeur-adjoint de l'Oeuvre des bons livres de Bordeaux, ilrédige avec Julien Barault, auquel ilsuccède en 1839, le premier manuel technique connudécrivant l'organisation d'une bibliothèque populaire(1834).Vendel, Henri. 1892-1949
Chartiste, écrivain, bibliothécaire municipal deChâlons-sur-Marne (1921-1944), inspecteur généraldes bibliothèques (1945-1949). Dans la foulée durapport de la commission de lecture publique de 1930, ilélabore plusieurs projets de réseaux debibliothèques circulantes pour la Marne. En avance sur sontemps, Vendel introduit les gravures, les disques et les films parmiles documents distribués par les bibliobus. Il organisera en1936 le réseau départemental de la Marne, qui seraopérationnel en 1938, et sera le modèleprécurseur des bibliothèques centrales de prêtinstituées en 1945.Vérine, Victorine. 1892-1985
Engagée en 1921 par le Comité américain pour les régions dévastées (CARD), elle est affectée à la section des bibliothèques et formée sur le terrain par des bibliothécaires américaines à Anizy-le-château, Blérancourt et Soissons. Elle se perfectionne à l'école américaine de Paris en 1923 et est nommé directrice de la bibliothèque municipale de Soissons en 1924. Elle reconstitue cette bibliothèque en y réunissant les collections du CARD. Dans la foulée du rapport de la commission de lecture publique de 1930 et du succès médiatique du prototype de bibliobus présenté à l'Exposition Coloniale de 1931, elle fonde en 1933 une association qui lance le premier bibliobus français. Celui-ci desservit une cinquantaine de communes entre 1934 et 1940. Cette association est devenue bibliothèque centrale de prêt en 1945.