Introduction
C’est, sauf erreur, la deuxième fois que l’ADBDP consacre
une journée d’étude à l’évaluation. La première fois, c’était à Périgueux, en
1990 ; il en avait découlé, directement ou indirectement :
- la première typologie ADBDP
- le guide des BDP
- le nouveau formulaire statistiques de la DLL
- Evalbib
Il était donc temps de remettre l’ouvrage sur le métier.
Olivier de Brabois, directeur général des services du conseil général de
Saône-et-Loire
Olivier de Brabois a commencé par déclarer : "L’évaluation,
on en parle beaucoup, on y consacre parfois des crédits et on n’en fait pas
tant que cela !". Il a ensuite constaté qu'à la Bibliothèque
Départementale de Saône et Loire, on commence à en faire à grande échelle et
probablement plus que dans d’autres domaines de l’action publique. Ce qui pose
même un problème pour le directeur général et les élus : la Bibliothèque
Départementale de Saône et Loire peut argumenter ses demandes !
Didier Guilbaud, président de l'ADBDP
Didier Guilbaud a rappelé la problématique : évaluer la
BDP et évaluer le réseau. Il a évoqué le palmarès peu pertinent publié par
Livres Hebdo en 2002, qui n'évaluait que la BDP, en s'appuyant sur des critères
des années 1970. Evaluer sert à agir et à évoluer.
Annie Dourlent, responsable groupe évaluation de l'ADBDP
Annie Dourlent a rappelé que le groupe évaluation de l'ADBDP
tirait son origine d'une enquête, en juillet 2001, "Les BDP
connaissent-elles leurs réseau ? ", qui soulevait deux problèmes :
- peu de retour d’information
à la DLL sur les réseaux des BDP
- terminologie trop fluctuante (antenne, bibliothèque-relais, etc.)
20 BDP participent au groupe, dont 7 très actives. Le groupe souhaite effectuer
de l’évaluation qualitative, pour donner du sens. Mais il a vite pris conscience
que le recueil régulier de données statistiques de base était le substratum
de l’évaluation qualitative.
Annie Dourlent a conclu :
- On ne peut pas faire de projet de développement sans outil d’analyse
ni sans mission données par le politique.
- L’évaluation, c’est dans le temps et dans l’espace : on se compare
à soi, sur la durée, et aux autres.
Les outils d’évaluation
Evalbib
Eric Binet (BDP de Saône-et-Loire) a présenté Evalbib,
développé par Alain Caraco.
Avantages
- Complet et paramétrable
- Ayant su évoluer et durer
- Nombreux utilisateurs (on estime que cet outil est utilisé par 15 à 30 BDP)
- Open source = adaptable par tout utilisateur expérimenté. Ainsi, la BDP
d'Ille-et-Vilaine en a fait une version locale, plus facile à utiliser
Inconvénients
- Demande du savoir faire pour bien l'utiliser
- Peu sécurisé
- Développeur bénévole = pas de fournisseur professionnel
- Gère mal l’historique des données
Base de données
MS Access, assez répandue dans les BDP, mais aux performances
limitées
Gebib
Didier Guilbaud (BDP d'Indre-et-Loire) et Victoria Courtois
(BDP du Val-d'Oise) ont présenté Gebib, développé par Hassan Rachidi.
Avantages
- Complet et très paramétrable
- Sécurisé
- Interface SIGB prévue
- Développeur professionnel, s'appuyant sur une société
Inconvénients
- Utilisé seulement par 2 BDP
- Peu d’antériorité, en cours de finition
Base de données
Oracle, outil réservé aux informaticiens professionnels.
Oracle se répand dans les conseils généraux, car c'est la base utilisée par le
logiciel financier Grand Angle.
Excel
Véronique Forcet a montré comment la BDP du Rhône utilisait
Excel.
Avantages
- Logiciel très répandu
- Mieux que le papier + crayon + gomme + calculette
Inconvénients
- Très vite limité (ergonomie, contrôle de la qualité des données)
Bref, c’est surtout une solution de transition entre le tout papier (ou même
l'absence d'évaluation) et un vrai outil d'évaluation.
Débat sur les outils
Ont principalement été évoquées les questions
suivantes :
- Combien
de temps prend la saisie des données ? 5 minutes par questionnaire en
moyenne. Cela va plus lentement les deux premières années.
- Il
faut impliquer les bibliothécaires pour vérifier les données.
- L’intercommunalité
mal gérée par les outils informatiques, car mal décrite.
- L’outil
doit-il être dans le SIGB (Orphée) ou en dehors et communiquer avec lui.
L'ADBDP doit elle faire naître l'équivalent de la recommandation R995 pour
l’exportation des données statistiques ?
Comment valoriser les statistiques et les rendre lisibles ?
Une gamme de documents en Saône-et-Loire
Marie-Christine Pascal a rappelé que la Bibliothèque
départementale de Saône-et-Loire était une des plus anciennes à pratiquer
l'évaluation : 20 ans d’expérience, dont 10 avec Evalbib. Elle produit
plusieurs documents, maintenant en couleurs, en fonction du public
destinataire :
- Rapport d'activité complet (25 pages) = un outil de réflexion pour la BDP
et les décideurs.
- Rapport d'activité en bref (4 pages + une fiche descriptive) détaillée pour
chaque bibliothèque du réseau = un outil de discussion pour les bibliothèques
du réseau avec leurs élus.
- Fiche réseau (4 pages) = présentation de 20 ans de développement du réseau,
en trois instantanés.
Evalbib permet d’extraire les données, mais les présenter
est un travail de communication.
La synthèse départementale des Yvelines : des graphiques avant tout
Françoise Hecquard a présenté un document qui lui a demandé
3 semaines de travail ! Il comprend 8 pages en couleurs, des photos et des
comparaisons nationales. Il inclut les BM des communes de toutes tailles. C'est
un document fondateur de positionnement de la BDP comme acteur incontournable
de l'évaluation des bibliothèques dans le département.
Evalbib 35
Annie Dourlent et Nathalie Fels (BDP d'Ille-et-Vilaine) ont
présenté leur adaptation locale d'Evalbib. L'interface d'origine a été
remplacée par une autre, plus simple à utiliser, afin d'en faire un outil de
management pour mieux impliquer les bibliothécaires. L'export des données vers
un SIG a permis la réalisation de cartes, pour mieux convaincre les élus.
A quoi servent les chiffres ?
Didier Guilbaud (BDP d'Indre-et-Loire) a rappelé que les
élus avaient de la mémoire : il faut leur faire toucher du doigt les
évolutions du réseau. Par exemple, leur montrer que le passage du prêt direct à
une bibliothèque a fait passer le pourcentage d’utilisateurs de 2% à 25%
Les chiffres sont également utiles pour les relations avec les BM de communes
de plus de 10 000 habitants, notamment dans le cadre de l’intercommunalité. mais
il faut souvent faire preuve de diplomatie.
L’assemblée a convenu que la barre de 10 000 habitants et le "P"
de "BDP" n’ont plus de sens aujourd’hui.
Joëlle Pinard (BDP de la Drôme) a fait remarquer qu’il fallait avoir une base
de chiffres, mais qu’il ne fallait extraire et présenter que ceux nécessaires
aux besoins d’arguments du moment.
On a donc pu paraphraser le géographe Yves Lacoste : "La géographie,
ça sert d’abord à faire la guerre ! " et déclarer :
"Les statistiques, ça sert d’abord à convaincre !"
La réforme des statistiques DLL
Martine Blanchard, chef du bureau des bibliothèques
territoriales à la DLL, mais aussi ancienne présidente de l'ADBDP, a exposé son
objectif : avoir une couverture statistique nationale de la lecture
publique, sans lacune ni doublon. Elle a rappelé les obligations du contrôle
technique, grâce auquel la DLL dispose d’un historique depuis plus de 20 ans.
Les BDP sont en net progrès pour la connaissance de leur réseau. Ainsi en 2001,
70 BDP connaissaient les inscrits et les prêts de leur réseau et 20 savaient
répondre à toutes les questions sur leur réseau, contre moins de 5 il y a 10
ans. On aura remarqué, pendant ces journées d'étude, l'aisance des collègues
à manier l'ordinateur portable et le vidéoprojecteur.
Martine Blanchard a rappelé les critères actuels qui servent à définir quels
rapports de bibliothèques seront exploités par la DLL : il suffit d'employer
un demi poste de catégorie C ou d'ouvrir 6 heures par semaine et de dépenser
900 euros pour acquérir des documents. Il en résulte une base très hétérogène.
De
nouveaux critères, proposés par l'ADBDP, ont été adoptés par la DLL. Ils
tiennent compte des quatre éléments indispensables à l'existence d'une
bibliothèque digne de ce nom :
- des
crédits suffisants pour l'acquisition et le renouvellement des collections
- du
personnel qualifié
- des
horaires d'ouvertures suffisamment larges
- un
local réservé d'une surface minimale
Quelques difficultés d’interprétation persistent encore et
certaines BDP craignent que ces nouveaux critères fassent apparaître leur
réseau sous un jour moins favorable.
Le questionnaire DLL actuel, établi à l'époque où Bertrand Calenge (encore
un ancien président de l’ADBDP) était chef du département des bibliothèques,
avait besoin d’être refondu, pour tenir compte de l’évolution des activités
et des réseaux.
Il a été admis que les BDP devraient renoncer à envoyer un questionnaire spécifique
aux bibliothèques de niveau 1 et 2 et utiliser celui de la DLL. La DLL devra
fournir aux un formulaire de base, à personnaliser le cas échéant, pour recueillir
les données des bibliothèques de niveau 3, points lecture et dépôts.
Le problème de la place de la BDP (et de la DRAC) dans le retour de l’information
à la DLL n'est toujours pas résolu. Faut-il que, sur le modèle des archives
départementales, l'Etat transfère aux BDP ses compétences en matière d'évaluation ?
Ce transfert de charges sera t-il accompagné d'un transfert de moyens ?
Quant à l’évaluation de l’intercommunalité, c’est encore bien compliqué, d’où
la prochaine enquête commune réalisée par l'ADBDP et l'ADBGV.
Et si on évaluait l’activité des BDP ?
Nathalie Clerc (BDP de l'Indre), Annie Dourlent
(BDP
d'Ille-et-Vilaine), Françoise Hecquard
(BDP des Yvelines),
Sylviane Lachaune
(BDP d'Indre-et-Loire)
et Marie-Christine Pascal (BDP de Saône-et-Loire) ont
présenté l’enquête sur les activités des BDP.
Cette enquête, dont les résultat seront publiés dans Transversales, montre
la diversité des actions : conseil, formation, animation, communication,
aides et subventions, évaluation. Marie-Christine Pascal a ainsi pu dire que
"Le prêt n’est plus que la partie apparente de l’iceberg ".
Mais il prend encore beaucoup de temps, qu’on sait mal compter. Le bibliobus
n’a plus le monopole de la circulation des collections : accueil sur place,
réservations, navettes.
Attention à bien interpréter les pratiques actuelles. L'usage de caisses pour
effectuer des dépôts peut être le vestige d'une pratique archaïque ou résulter
d'un choix de desserte, faisant suite à la suppression volontaire du bibliobus.
De même, l'absence de plaquette de présentation du service peut témoigner d'un
manque de prise de conscience de la nécessité de communiquer ou d'une politique
de communication utilisant principalement l'internet !
Faut-il conserver l'appellation "Bibliothèque Départementale de Prêt"
(BDP), puisque le prêt n'est plus la vocation principale de ces établissements ?
Les Québécois ont renommé les leurs "Centres Régionaux de Service aux Bibliothèques
Publiques" (CRSBP) il y a une dizaine d'années. A leur imitation, verrons-nous
bientôt des "Centres Départementaux de Service aux Bibliothèques Publiques"
(CDSBP), ou encore des Directions Départementales des Bibliothèques et de la
Lecture (DDBL) ?
Et si on continuait ?
Malheureusement, nous sommes restés sur notre faim, faute de
temps pour ce dernier débat. Le conseil d'administration va très certainement
commencer à traiter la question. Quel avenir pour Evalbib et Gebib ?
Peut-on aboutir à un produit reprenant les avantages des deux, indépendant de
la base de données utilisée, et facilement portable sur le web ? De même,
quel avenir pour le "Guide des BDP
" et les informations statistiques sur les BDP présentées sur le site de l’ADBDP ?
Mais, sans trahir personne, on peut penser que chaque participant est retourné
dans sa BDP en se disant : "on va continuer !".
Alain Caraco
Président de l'ADBGV
Directeur des BM de Chambéry
Ancien vice-président de l'ADBDP