(16). Les comportements d'échec ou de refus de l'école, du savoir, de la lecture et de la culture écrite, peuvent alors conforter une carapace que ces garçons confondent avec la virilité, et être renforcés par le désir de ne pas être rejetés du groupe.
Sans doute la lecture est-elle peu compatible avec des formes de vie très grégaires et suppose-t-elle, quand on est un garçon, une difficulté à se sentir partie prenante de ces formes-là, ou un désir de tracer un chemin différent. Mais l'individuation est tout autre chose que l'individualisme. Et il ne faut pas opposer la sociabilité à l'intimité - laquelle n'est évidemment pas à confondre avec l'exhibition narcissique de sa petite différence à laquelle la montée du registre visuel, dans nos sociétés, donne lieu. Ce dont il s'agit, avec le droit à l'intime, à l'intériorité, le droit de se retirer de temps à autre de l'espace où l'on est sous le regard des autres, c'est peut-être aussi du passage à d'autres formes de lien social que celles où le groupe a toujours le pas sur chacun. Du passage à d'autres partages, d'autres façons de vivre ensemble et de se parler.
Lire, c'est lier
Car si l'on est attentif à l'expérience des lecteurs, il s'avère que lire, cet acte apparemment sauvage, solitaire, s'avère plutôt propice aux relations - et c'est la dernière piste que je voulais vous proposer.
On l'a vu, au lieu même où la séparation a lieu, s'ouvre le champ de la symbolisation, du jeu, de l'art, de la littérature : on ne s'étonnera pas que quantité d'œuvres aient été écrites à partir d'un exil, d'un chagrin d'amour, d'un deuil. En écho, c'est peut-être à la part exilée de chacun que les livres, et plus encore la littérature, s'adressent(17). L'écriture littéraire est elle-même, dans une large mesure, une tentative de rattraper ce qui est perdu ou inachevé, de mettre ensemble ce qui est séparé, de reconstituer des terres disparues, des époques révolues. Et dans l'expérience des lecteurs, dès le plus jeune âge, la lecture met en relation des pôles qui sont habituellement sans continuité, elle est propice aux passages entre jour et nuit, passé et présent, corps et psychisme, pensée et émotion, inconscient et conscient, soi et l'autre, ou entre cultures qui se faisaient la guerre, etc. Elle est propice à l'établissement de liens.
En écoutant une histoire qu'on lui lit ou en lisant, l'enfant fait déjà l'expérience d'une autre langue que celle de la désignation immédiate : la langue du récit, de la narration, où les événements contingents prennent sens, dans une histoire mise en ordre, en perspective. Et c'est un peu comme si, par l'ordre secret qui émane d'une œuvre, le chaos du monde intérieur pouvait prendre forme.
Avant même que les enfants ne sachent déchiffrer, les livres déclenchent en eux toute une activité de fantasmatisation et de construction narrative, où ils lient entre eux des événements qui sont comme tenus ensemble par le cadre d'une histoire avec son début, sa fin, le cadre de l'objet-livre. Nombre d'entre vous auront observé un enfant, qui, après qu'on lui a lu un livre, le feuillette en se racontant à lui-même l'histoire, enchevêtrant des fragments de ce qu'il a entendu et ses propres préoccupations, sa propre fantasmatisation qui se greffe sur celle de l'auteur. Chaque récit rencontré vient à la rescousse des tentatives qu'il fait pour mettre ensemble les événements de sa vie. Et il en va ainsi à tous les âges, même si nous n'en avons pas toujours conscience : de temps à autre, nous levons les yeux de la page pour devenir les narrateurs de notre propre histoire, entre les lignes lues.
Remarquons-le, les psychanalystes contemporains ont accordé une importance grandissante à cette capacité d'établir des liens et à la narrativité. Retrouvant là, au fond, une vérité très ancienne : le récit peut avoir valeur thérapeutique. Par le simple fait d'être mise en ordre, en mots, en récit, une situation vécue dans la passivité et l'impuissance est transformée en action par un conteur, un écrivain. Et c'est un peu comme si des lecteurs retrouvaient, inconsciemment, le mouvement de l'écrivain, qui, la plupart du temps, écrit à partir du manque, de la perte, mais qui, par l'écriture, dépasse cette perte et va vers une reconquête de la vie.
Ne l'oublions pas, le besoin de récit, de narration, fait peut-être notre spécificité humaine : de tout temps, les humains se sont raconté et passé des histoires les uns aux autres. Comme le dit Pascal Quignard : " Nous sommes une espèce asservie au récit (...) Notre espèce semble être scrupuleusement tenue en laisse par le besoin d'une régurgitation linguistique de son expérience. " Et il ajoute : " Ce besoin de récit est particulièrement intense à certains moments de l'existence individuelle ou collective, lorsqu'il y a dépression ou crise, par exemple. Le récit fournit alors un recours à peu près unique" "(18).
D'une façon proche, Propp disait du récit qu'il représentait une tentative de faire face à tout ce qui est inattendu ou malencontreux. Et de fait, en nos temps de désarroi, de perte de nombre des repères qui donnaient sens, jusque-là, à la vie, où beaucoup s'interrogent sur les facteurs contribuant à une reconstruction de soi après un traumatisme, cette mise en récit de l'expérience apparaît essentielle, plus encore quand elle s'appuie sur des métaphores(19). Plus largement, alors qu'il incombe à chacun, bien plus que par le passé, de construire le sens de sa vie, et sa propre identité, on peut remarquer que le sens comme l'identité viennent en grande partie des histoires que l'on se raconte pour rassembler des fragments épars.
À cet égard, l'apport de la littérature, de l'art, à l'activité psychique, à la pensée, reste encore trop souvent sous-estimé. La littérature, sous toutes ses formes (poésies, contes, romans, théâtre, journaux intimes, bandes dessinées, essais - dès lors qu'ils sont " écrits " -, etc.) fournit un support remarquable pour éveiller l'intériorité, mettre en mouvement la pensée, relancer une activité de symbolisation, de construction de sens. Ce qui est attesté par nombre d'expériences menées dans des contextes difficiles, et notamment dans des contextes de guerre ou de violence, parmi des populations pourtant très éloignées, quelquefois, de la culture livresque. C'est d'ailleurs à l'étude de certaines de ces expériences, dont je n'ai malheureusement pas le temps de vous parler aujourd'hui, que je vais me consacrer dans les prochains mois.
La lecture va dans le sens de ces " processus de liaison " auxquels, vous disais-je, les psychanalystes ont accordé une importance croissante, voyant dans l'aptitude à établir des liens, en particulier à l'adolescence, un gage de développement relativement harmonieux, et dans la " déliaison " la source des pathologies les plus graves. D'ailleurs, alors même que tant d'enseignants ou quelquefois de bibliothécaires perdaient le sens qu'il pouvait y avoir à transmettre des livres, et en particulier des œuvres littéraires, d'autres professionnels redécouvraient, eux, cet apport irremplaçable de la littérature, de l'art, de la culture, à la pensée, à la vie : de plus en plus nombreux, des psychanalystes, des psychothérapeutes, recourent à des mythes, des contes, de la poésie, quelquefois des images, pour aider des enfants, des adolescents, à se construire ou à se reconstruire.
Mais il y a là quelque chose qui n'est pas du ressort des seuls psychanalystes. Tout médiateur, en transmettant des biens culturels, donne à un enfant, un adolescent, un adulte, l'opportunité de se saisir de quelque chose qui lui permettra peut-être de se dire, comme Norge : " heureusement qu'on est nombreux à être seuls au monde " ; il lui ouvre la possibilité d'y trouver un écho, mis en forme de façon articulée et esthétique, de régions de lui-même qu'il n'avait pas su dire ; de découvrir une métaphore, une version transposée de sa propre histoire, de ses souffrances ou de ses désirs, qui lui permettront peut-être de retrouver des émotions enfouies, de les symboliser, d'élaborer une distance ; il lui donne la chance de s'adonner à la rêverie, sans laquelle il n'est ni pensée, ni créativité(20).
Le passeur offre aussi une possibilité de ne pas appartenir seulement à son petit cercle. Lire c'est lier, et des liens multiples sont là dans l'acte de lecture, avec celui ou celle qui a écrit le livre, ceux qui l'ont transmis, traduit, fabriqué, celui ou celle qui l'a proposé, ceux dont les histoires sont contées dans ses pages. Ceux aussi, qui ont déjà lu ce livre ou le liront un jour. Le partage est même inhérent à la lecture, comme à toutes les activités de sublimation. Les livres eux-mêmes sont des médiateurs, des tiers entre nous qui ouvrent la possibilité de partager, de converser, d'appartenir.
Beaucoup de gens évoquent d'ailleurs cette sortie des espaces étroits qui sont leur lot, quand ils habitent dans des quartiers relégués ou des villages éloignés, cette sortie de la solitude. Aller en bibliothèque et lire, ou s'approprier d'autres biens culturels, quand c'est possible, c'est pour eux le moyen de s'ouvrir au nouveau, au lointain, à d'autres sociabilités. Comme pour cette femme, à la campagne, disant : " Avec les livres, on n'a pas seulement nous quand on se regarde vivre ". Ou cette jeune fille, dans un quartier périphérique : " Mes parents ne recevaient pas des collègues, des amis français, des amis algériens... C'est très difficile, quand on n'a que ce seul repère quand on est tout jeune. On a l'impression d'être complètement séparée. Le livre, ça a été la seule façon de m'en sortir, de m'ouvrir un peu. "
Mais pour elle comme pour d'autres, la " recréation du lien social " n'est pas seulement passée par des échanges personnalisés avec des professionnels et par des sociabilités, informelles ou organisées, auxquelles la bibliothèque a donné lieu ; elle est passée aussi par cette élaboration ou cette restauration de la capacité à établir des liens avec sa propre histoire, avec son monde intérieur, avec l'autre en soi, et, d'un même mouvement, avec le monde extérieur.
La distance à la lecture de livres
Multiplier les opportunités de médiation
Plus le contexte est difficile, plus il est vital de maintenir des espaces de répit, de rêverie, de pensée. Des espaces ouverts sur autre chose, des récits d'ailleurs, des visages que l'on découvre, des légendes, des savoirs. Et un livre, une bibliothèque, c'est cela. Ce sont aussi des espaces de résistance pour ne pas laisser le monopole du sens, le monopole des narrations, aux pouvoirs autoritaires, aux fanatismes religieux ou à l'" ordre de fer " télévisuel, pour parler comme Armando Petrucci.
On mesure la valeur du métier des médiateurs - enseignants ou bibliothécaires. Mais l'on voit aussi combien leur position est subtile à tenir : n'y a-t-il pas une aporie à proposer, voire imposer, ce qui, spontanément, se dérobe - comme le fit Martin Garzo en volant les livres de sa mère ? N'y a t-il pas une intrusion à intervenir dans ces registres sensibles, voire brûlants, qui réfèrent au plus intime de chacun, à ses désirs secrets, ses craintes, ses sentiments, son corps ?
À la différence de l'école, où ces apories sont particulièrement marquées, la bibliothèque s'avère l'espace privilégié d'un rapport aux livres et aux biens culturels qui, au-delà d'une recherche utilitaire ou d'une quête de distraction, contribue à cette découverte ou cette construction de soi, et qui permet en particulier ces temps de rêverie dont on ne doit rendre compte à personne, dans lesquels se forge le sujet, et qui, autant que les apprentissages, aide à grandir et à vivre.
Le métier de bibliothécaire a d'ailleurs été conçu en se démarquant de celui de l'enseignant, et l'idée de contrôler les usagers, de leur imposer quoi ce soit, répugne à la plupart des professionnels. Une fois initié au fonctionnement des lieux, chacun est censé savoir ce qui est bon pour lui. Mais on lui présuppose là une autonomie dont on attend, en même temps, que la bibliothèque l'aide à la construire. Et celui ou celle à qui l'autonomie fait défaut, ou peur, parce que son histoire familiale ne lui a pas permis de bien établir cette aire transitionnelle dont je parlais tout à l'heure, ou parce que ses repères culturels sont à des années-lumière de ceux de la bibliothèque, celui-là est perdu, exclu. Il déserte les lieux, ou se montre agressif, ou se cantonne à ce qui est familier. Certains relisent ainsi sans fin les trois mêmes livres et leur parcours tourne en rond, jusqu'au jour où ils cessent de lire. Ou ils ont une fois une expérience lumineuse, puis ne trouvent apparemment plus rien qui leur parle.
L'accompagnement, subtil et discret, d'un professionnel est ainsi décisif en plusieurs temps du parcours. Au début, pour déconstruire peurs et interdits, légitimer un désir de lire ou rendre désirable l'appropriation des livres ; puis pour s'ouvrir à du nouveau, décloisonner, aider aux passages difficiles, d'une section de la bibliothèque à une autre, du monde connu à des univers élargis.
Plus largement, on ne saurait trop insister sur l'importance de ces liens avec un professionnel, sur l'impact de ces temps de rencontre, de cette possibilité d'être écouté(21). Les bibliothécaires sous-estiment le fait qu'ils contribuent, parfois de façon décisive, à infléchir le destin de celles et ceux qu'ils accueillent, quel que soit leur âge, en particulier par des échanges personnalisés. Par leur biais, certains accèdent là, pourtant, à un sentiment d'appartenance, à une reconnaissance vitale, telle cette jeune femme disant : " Savoir que quelqu'un est là, qu'il vous écoute... Le fait d'avoir une certaine place dans la bibliothèque. On te dit bonjour, on t'appelle par ton prénom, "Ca va ?", "Ça va." Voilà, ça suffit... On est reconnu. On a une place. On est chez soi. "
Loin de voir en eux de simples techniciens de l'information, beaucoup d'usagers redoutent que les bibliothécaires ne voient leur travail glisser vers celui de " caissières de supermarché " et ils regrettent qu'il n'y ait pas plus d'échanges, tel Hadrien disant : "Ce sont des personnes qui connaissent énormément de choses, qui ont lu énormément, et on s'en sert comme des substituts d'ordinateur. C'est des gens qui manipulent du code-barre, c'est bien pénible pour eux. Ils ont des possibilités qu'on n'utilise absolument pas et c'est dommage". Ou Malik : "Ce qui manque le plus pour moi, c'est le conseil [...] Pour moi, une bibliothèque, c'est pas seulement un hangar à livres, c'est beaucoup plus".
C'est pourquoi il y a urgence, selon moi, à multiplier les opportunités de médiation, dans et hors les murs de la bibliothèque, et à réhabiliter la fonction de conseil, afin que des professionnels (et des bénévoles formés, là où le service public s'appuie sur eux ) puissent aider les publics à franchir des seuils, à faire des trouvailles imprévues, et à s'approprier des savoirs, des récits, des métaphores, pour construire du sens, et figurer quelquefois un monde intérieur chaotique, le rendant plus tolérable.
L'enquête montre également que la lecture de journaux et de revues est indépendante de la fréquentation des bibliothèques. Cela signifie que les non visiteurs se recrutent autant chez les lecteurs que chez les non lecteurs de journaux et de revues. Il en serait peut-être autrement si les bibliothèques proposaient et étaient davantage identifiées comme proposant un choix de revues ou de journaux. Cette ouverture à d'autres supports de lecture permet de capter une partie de la population qui n'est pas toujours investie dans la lecture de livres. Dans la Meuse, 43% de ceux qui déclarent lire moins de 3 livres par an, lisent un quotidien tous les jours ou presque. 54% de ces mêmes faibles lecteurs de livres déclarent lire au moins une fois par semaine une revue ou un magazine. Signe supplémentaire de l'attrait des revues : les plus faibles lecteurs (moins de 3 livres par an) répondent à plus de 80% à la question sur le type de revue qu'ils lisent le plus souvent. Au total, si les abonnements aux revues sont coûteuses pour les lecteurs individuellement, la charge est sans doute plus facile à supporter pour une collectivité. Cette offre de revues apparaît comme une demande forte des Meusiens puisque 23% souhaiteraient pouvoir disposer d'un vaste choix de revues ou de magazines dans une bibliothèque.
La distance à un réseau de relations tournée vers les loisirs culturels
J'ai évoqué ces enfants venant à la lecture parce qu'ils étaient fascinés par le mystère de leur mère lisant un roman ou conservant précieusement des livres qu'elle ne lisait pas. Au-delà, dans l'adolescence ou à l'âge adulte, il n'est pas difficile d'observer que la recherche avide d'un secret les concernant au plus haut point taraude de nombreux lecteurs, en chasse perpétuelle, tel Pierre Bergounioux disant : " J'ai espéré longtemps que le livre qui expliquerait tout existait(22). Ou tel cet homme qui raconte : " J'achète des livres sans toujours avoir le temps de les lire, pour ne pas risquer de laisser passer celui qui, enfin, saurait tout de moi. Si je le laissais passer, vous vous rendez compte ! "
Cette dimension de quête d'un secret, d'un trésor, des lecteurs de tous âges la réinventent sans cesse. Vous le savez mieux que moi, rien n'enchante les usagers comme ces partages discrets que permettent les " chariots des retours ", où sont temporairement entreposés les ouvrages empruntés et où ils aiment à piocher car chaque livre est encore marqué du désir de celui qui l'avait choisi. Vous le savez si bien que certains d'entre vous y glissent des ouvrages qu'ils souhaitent voir emprunter. D'une façon proche, peut-être avez-vous lu, la semaine dernière, dans Libération cet article sur ces lecteurs partageurs qui abandonnent un livre aimé dans un jardin, un train, chez un fleuriste ou entre deux packs de bières, dans un supermarché, et qui donnent ensuite des indices du cheminement à suivre pour le retrouver sur des sites Internet spécialisés. Cela s'appelle paraît-il passe-livres, ou bookcrossing, et des centaines de milliers de gens, de par le monde, s'adonneraient à ces jeux de piste romanesques(23)
Appelé à évaluer le Centre Georges Pompidou, quelques années après sa création, Michel de Certeau avait écrit : " Ce qui manque, c'est du secret, c'est de l'ombre, de l'invisible, et donc aussi la séduction qu'instaure le caché (24). " Une institution publique comme la bibliothèque peut-elle délibérément faciliter l'ombre, l'invisible, la quête d'un secret, si propices au goût de lire, ou bien est-ce que cela lui échappera toujours ? Gageons que des lecteurs et des lectrices sauront, en tout cas, inventer des chemins buissonniers, surprenants, pour que les livres restent désirables.
Notes
(1) Cette première " piste " reprend, dans une version légèrement modifiée, une partie d'un exposé fait au Centro Universitario de Investigaciones Bibliotecologicas de l'Université autonome de Mexico, le 29/9/2003, lors du Séminaire international : La lectura : pasado, presente, futuro. Des passages en ont aussi été repris dans " Le corps oublié de la lecture ", Argos, 33 (sous presse).
(2) Cf. par exemple Erich Schön, La fabrication du lecteur, in Martine Chaudron et François de Singly, Identité, lecture, écriture, Paris, BPI/Centre Georges Pompidou, 1993 ; François de Singly, Les Jeunes et la lecture, ministère de l'Éducation nationale et de la Culture, Dossiers Éducations et formations, 24, janvier 1993 ; et Hélène Michaudon, La lecture, une affaire de familles, INSEE, n°777, mai 2001 : en France, les deux tiers des gros lecteurs l'étaient déjà entre huit et douze ans.
(3) François de Singly, op. cit., p. 102.
(4) El caballero de los brezos, in El hilo azul, Madrid, Aguilar, 2001, p. 21-31.
(5) Il est même moins handicapant d'avoir des parents qui n'ont pas été alphabétisés, mais qui ont une représentation valorisée du savoir et du livre, et signifient à leurs enfants par des gestes, des paroles, leur désir qu'ils s'approprient cette culture livresque dont eux-mêmes ont été exclus, que des parents ayant fait un parcours scolaire chaotique, qui gardent un rapport ambivalent à l'école et aux livres, qu'ils transmettent, consciemment ou non, à leurs enfants. Voir notamment Bernard Lahire, Tableaux de familles, Paris, Gallimard, Le Seuil, 1995 ; Zaïhia Zeroulou, " Mobilisation familiale et réussite scolaire ", Revue européenne des migrations internationales, 1 (2), pp. 107-117 ; Bernard Charlot, Elisabeth Bautier et Jean-Yves Rochex, École et savoir dans les banlieues... et ailleurs, Paris, Armand Colin, 1992.
(6) Ecrire en pays dominé, Paris, Gallimard, 1997, p. 31.
(7) Voir notamment les ouvrages de Donald Winnicott, Wilfred R. Bion, Donald Meltzer, Daniel Stern, René Diatkine. Et Marie Bonnafé, Les Livres, c'est bon pour les bébés, Paris, Calmann-Lévy, 2001.
(8) Donald W. Winnicott, Jeu et réalité. L'espace potentiel, Paris, Gallimard, 1975.
(9) Voir Serge Boimare, L'enfant et la peur d'apprendre, Paris, Dunod.
(10) Chemin d'école, Paris, Folio, p. 161.
(11) De la bibliothèque au droit de cité (Michèle Petit, Chantal Balley et Raymonde Ladefroux, avec la collaboration d'Isabelle Rossignol), Paris, BPI, Centre Georges Pompidou, 1997.
(12) Hommage à René Diatkine, Les Cahiers A.C.C.E.S. n° 4, juillet 1999, p. 8.
(13) Voir les travaux de Vladimir Propp.
(14) Jean-Louis Fabiani et Fabienne Soldini, Lire en prison, Paris, BPI, Centre Georges Pompidou, 1995, p. 219.
(15) Cf. Raymonde Ladefroux, Michèle Petit et Claude-Michèle Gardien, Lecteurs en campagnes, Paris, BPI-Centre Georges Pompidou, 1993.
(16) Voir Serge Boimare, op. cit.
(17) Cf. Michèle Petit, " La lecture, c'est mon pays ", Lecture Jeune, Paris, n° 106, " Exils ", juin 2003, p. 13-16.
(18) " La déprogrammation de la littérature ", Entretien avec Pascal Quignard, Le Débat,54, mars/avril 1989.
(19) Cf. Michèle Petit, Éloge de la lecture : la construction de soi, Paris, Belin, 2002, p. 59-69. Sur l'importance de la métaphore, voir aussi Serge Boimare, op. cit., ou les ouvrages de Serge Tisseron.
(20) Op. cit., p. 39-45.
(21) Cf. Michèle Petit, " Pourquoi inciter des adolescents à lire de la littérature ? ", Bulletin des Bibliothèques de France, t. 48, 3, 2003, p. 29-36.
(22) Pierre Bergounioux, La Mort de Brune, Paris, Gallimard, 1996, p. 117.
(23) Libération, 6/11/2003, p. 38-39.
(24) " Le sabbat encyclopédique du voir ", Esprit, fév. 1987.