ADBDP Mise à jour / Update
7 mai 2002

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Les missions des bibliothèques départementales :
du modèle imposé au modèle libéré ?


La BDP centre de ressources
Bernard Voltzenlogel, Directeur de la Bibliothèque départementale de la Dordogne

Le titre de mon intervention, " La BDP centre de ressources ", met en lumière un champ d'intervention qui, s'il n'est pas nouveau en soi, recouvre néanmoins des enjeux tout à fait essentiels pour l'évolution future des BDP En effet, la fonction " centre de ressources " entendue comme la capacité pour une BDP d'apporter un service compensatoire là où il le faut et quand il le faut, recouvre une réalité plurielle qui doit inciter à une certaine prudence dans l'approche du concept.

Si toutes les BDP sont, de fait, des centres de ressources pour leurs utilisateurs, elles le sont à des degrés variables, ce qui implique de considérer toute expérience locale sur cette échelle de variabilité. Ainsi, l'expérience de la Dordogne n'a de sens que confrontée aux autres expériences, cette confrontation pouvant déterminer une tendance générale, étant entendu que ce que nous faisons dans nos départements respectifs ne peut avoir aucune vocation à une quelconque modélisation. Car chacun ici sait combien l'environnement local peut être déterminant dans la mise en œuvre ou la conduite d'une politique de développement de la lecture.

Cette première remarque me conduit à en faire une seconde, d'ordre plus général. En effet, s'interroger sur la fonction " centre de ressources " d'une BDP revient à s'interroger sur le pourquoi de nos modes respectifs de fonctionnement. Plus particulièrement, il me paraît essentiel de bien distinguer la fin des moyens ; l'exercice est en réalité plus difficile qu'il n'y paraît, car une fin peut devenir un moyen, et à l'inverse, un moyen peut, dans certains cas, devenir une fin. Tout dépend de l'échelle de temps prise en compte. Sur un temps long, la distinction apparaît facile à réaliser, sur un temps court, faute de recul suffisant, cela est plus difficile. Ainsi, pour reprendre la fonction " centre de ressources ", on pourrait imaginer qu'elle est davantage une fin qu'un moyen. Effectivement, cette fonction est une fin tant que le but recherché n'est pas atteint. Elle se décline par des moyens très différents : une politique documentaire donnée, un mode de desserte approprié, etc... Mais le jour où la BDP sera à 100% un centre de ressources, le jour où cette fonction, cette fin s'exercera dans toute sa plénitude et symbolisera l'action de la BDP, ce jour-là la fin deviendra un moyen au service d'une nouvelle fin. Ce qu'il faut comprendre ici, c'est qu'aucune finalité, aussi générique, aussi noble soit-elle, ne peut durer en tant que telle, tant l'environnement d'une BDP évolue sans cesse.

Et ceci m'amène à une troisième remarque, liée à la définition toute personnelle que je donnais, au début de mon exposé, de la fonction " centre de ressources ", c'est-à-dire la capacité,, pour une BDP de pratiquer durablement un service de compensation au profit des bibliothèques locales, mais aussi la capacité à une remise en cause . A ce jour, cette capacité n'est ni entière ni achevée. En cela, la fonction " centre de ressources " reste encore une fin, et ouvre la perspective de nombreux chantiers, et ce dans un environnement où les contraintes de tous ordres interfèrent avec les défis et sollicitations multiples que nous connaissons tous. A cet égard, il est important de souligner la nécessité d'une stratégie-ressources qui ne soit pas statique, mais qui au contraire évolue en permanence.

Les BDP centres de ressources des années 2010, 2020, etc... seront celles qui auront mis en œuvre des stratégies interchangeables selon ce que les économistes appellent l'état du marché.

Ces remarques liminaires faites, il convient maintenant d'aborder le sujet lui-même, en s'appuyant sur l'exemple de la Dordogne, dont je précise qu'il n'a d'autre valeur que par son caractère de compte-rendu d'expérience. Pour des raisons de clarté de l'exposé, j'ai choisi de déterminer quelques grands principes de base, qui structureront mon exposé.

Essai de définition du " centre de ressources "

Nul ne contestera que chaque BDP est un centre de ressources à part entière pour les bibliothèques de son réseau. Les applications de cette fonction peuvent être très différentes d'un département à l'autre. A cet égard, il me semble important de privilégier l'aspect prospectif, plutôt que de dresser le catalogue des ressources disponibles en BDP Nous prêtons tous des documents, nous faisons tous du conseil technique, nous organisons tous des formations, nous proposons tous des animations, nous avons tous développé des systèmes d'aide, bref, nous proposons tous des ressources à nos réseaux respectifs.

Faut-il pour autant considérer que la question est close, et que le tour en a été fait depuis longtemps ? Non, bien sûr. Car avant toute chose, il est important de tenter de définir la notion " centre de ressources " dans une perspective prospective. A cette fin, plusieurs éléments me paraissent indispensables :

  • la présence d'une capacité technique, logistique et budgétaire
  • la durabilité d'une telle capacité
  • la formalisation du cadre relationnel entre fournisseurs de ressources et bénéficiaires
  • la perspective d'une mutualisation des ressources existantes selon un objectif et un cadre opératoire prédéfinis
  • l'adaptabilité et l'évolutivité du dispositif-ressources
Cette liste n'est pas exhaustive, mais elle traduit la nécessité d'une réflexion en profondeur, la priorité des fins sur les moyens et la complexité inhérente à la définition des ressources les plus pertinentes à un moment donné.

Quelle organisation pour quelles ressources ?

En Dordogne, le choix a été fait de définir une carte documentaire départementale, qui est à la fois un catalogue de services et un principe d'organisation. Si cette carte documentaire consacre la BDP comme tête de réseau et centre de ressources départemental, elle garantit par ailleurs la définition d'un espace documentaire homogène et solidaire. Sa mise en œuvre a permis d'établir qu'en matière de fonction " ressources ", les bibliothèques locales préféraient de très loin un service à la carte, établi sur profil personnalisé, au prorata des besoins. La carte documentaire distingue quatre fonctions ressources , sous la forme de services adaptés à l'importance de la bibliothèque :

  • services documentaires
  • services bibliographiques
  • services experts
  • services en réseau
La carte documentaire privilégie, par les services proposés et leur adaptabilité, la réalisation d'objectifs majeurs : la constitution d'un véritable espace documentaire départemental, avec d'une part un réseau interactif de centres de ressources partagées, l'intégration des petites bibliothèques dans ce réseau de solidarité, la mise en œuvre d'un concept de lecteur départemental favorisant l'égalité d'accès à la lecture

Comme tout dispositif, la carte documentaire reste perfectible, d'où l'élaboration, en cours, d'une seconde carte documentaire qui représentera le transfert de la fonction ressources de la BDP vers un réseau de centres de ressources associés.

Ressources BDP ou ressources partagées et réparties sur le territoire départemental ?

Il s'agit ici de déterminer les contours et l'impact du futur centre départemental de ressources, étant entendu que l'optique privilégiée en Dordogne est de tendre vers un réseau de ressources réparties, la BDP ne pouvant ni ne voulant, à elle seule, assumer ce rôle. C'est pourquoi nous avons impulsé une politique de mise en réseau qui reprend à son compte cette affirmation de Michel Melot, selon laquelle toute bibliothèque d'une certaine importance a une responsabilité envers plus petite qu'elle.

De fait, cette politique consiste à déterminer quelle partie du réseau départemental doit assumer une responsabilité partagée avec la BDP , étant entendu qu'est posé le postulat selon lequel la BDP ne peut ni ne doit assumer à elle seule une responsabilité de centre de ressources.

Rôle des NTIC

Les NTIC ont évidemment un rôle déterminant dans la constitution d'un pôle départemental de ressources.

Tout d'abord, en Dordogne, elles ont permis d'envisager une informatisation en réseau avec la BDP et, de fait, la constitution d'un catalogue départemental de ressources partagées, avec en corollaire une égalité d'accès de chacun à ces ressources. Ce processus est en cours, avec la réalisation d'une phase-test avec trois bibliothèques municipales, puis, à partir de janvier prochain, l'extension à quinze sites supplémentaires.

En outre, l'intégration des NTIC et du multimédia en bibliothèque élargit considérablement l'offre de service des bibliothèques, et contribue à un impact social plus important : formations au multimédia et aux NTIC, formation bureautique, ateliers, forums renouvellent l'offre culturelle des bibliothèques. Cette évolution récente oriente la fonction " ressources " de la BDP à l'égard de son réseau, la BDP ayant dans ce cas un rôle accru d'impulsion , par exemple pour favoriser le développement du multimédia dans les bibliothèques locales, ou encore pour intégrer des supports numériques ou des expositions virtuelles dans l'offre départementale de biens culturels.

De nouvelles ressources ?

La réponse à cette question est positive, tant il est vrai qu'une BDP doit adapter son offre selon les besoins des bibliothèques du réseau départemental. De manière très inattendue, la BDP de la Dordogne s'est orientée vers le patrimoine, dimension tout à fait inconnue jusqu'alors, voire incongrue dans l'action de la BDP Plus particulièrement, la BDP pilote deux programmes de valorisation de fonds patrimoniaux, le tout sur fond de mise en réseau bien sûr.

Il s'agit de la mise en œuvre d'une bibliothèque virtuelle de la Préhistoire, par la mise en réseau, après rétro-conversion des fonds concernés (plus de 30 000 documents), de 17 sites documentaires : bibliothèques publiques, bibliothèques de musées, centres de documentation spécialisés, bibliothèques de sociétés savantes. Ce projet inscrit au contrat de plan Etat-Région représente actuellement un budget annuel de 3 ,MF, et emploie quatre chargés de mission.

Le Fonds Périgord départemental traduit une évolution similaire, par la mise en réseau des collections d'intérêt local, la plupart à statut patrimonial, de trois sites documentaires : BDP, Archives Départementales et bibliothèque municipale de Périgueux, soit un ensemble documentaire de près de 25 000 documents.

Enfin, ces deux programmes intègrent un ensemble plus vaste, en l'occurrence la Banque Numérique du Savoir d'Aquitaine, qui consiste à créer, puis interconnecter des bases patrimoniales régionales mais hétérogènes, et mettre en œuvre un portail (aquitain) du savoir, ainsi que des produits dérivés en ligne et hors-ligne.

En conclusion, s'interroger sur " la BDP centre de ressources " revient à définir les objectifs et les moyens des BDP dans un contexte où il paraît acquis que la BDP ne peut être considérée comme un centre de ressources unique fonctionnant en vase clos. Bien au contraire, l'enjeu pour les BDP réside plutôt dans leur capacité à agréger à leurs ressources propres d'autres ressources (l'exemple précité en matière patrimoniale illustre cette tendance), et d'en faire profiter les bibliothèques de leur réseau. Car ces ressources-là détermineront en grande partie la satisfaction des utilisateurs.

Poser la question du centre de ressources revient assurément à définir au préalable les contours et les moyens d'une solidarité réelle des plus grands au profit des plus petits. La BDP centre de ressources doit être considérée à la fois comme la tête d'un réseau départemental constitué lui-même de micro-réseaux locaux et comme l'agent d'impulsion qui relie ce réseau départemental aux réseaux extérieurs.

Pour en revenir au titre de ces journées, entre le modèle imposé (dont on a vu qu'il ne l'a finalement jamais vraiment été) et le modèle libéré qui conduit à une balkanisation positive des politiques, je choisis... non pas le premier... non pas le second... mais je choisis sans aucune hésitation une troisième voie, celle du modèle pragmatique : la BDP est le point d'articulation entre les deux niveaux entre lesquels se situe notre action, le niveau local et le niveau supra local ; cette articulation est un moyen de démocratiser l'accès au savoir.


Questions à Bernard Voltzenlogel et Anne Duquesne
Voir
à la fin de l'intervention d'Anne Duquesne

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