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9 octobre 2000

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Les politiques d'acquisition en BDP



Quelques questions sur les principes d'élaboration d'une politique documentaire
Françoise Hecquard
BDP des Yvelines

La Bibliothèque départementale des Yvelines a commencé une démarche d'évaluation de ses collections en 1996, principalement au secteur livres adultes. Je n'entrerai pas ici dans les détails de cette démarche que j'ai décrite dans un article du Bulletin des bibliothèques de France (1999, n°2, p. 34-44).

Notre besoin à l'époque était avant tout d'analyser l'existant à travers l'examen de l'état des collections et de nos pratiques d'acquisition. Nous avons utilisé pour ce faire plusieurs moyens essentiellement statistiques :

  • des statistiques de prêts par disciplines de la Dewey et des statistiques sur le fonds, en utilisant notre logiciel de gestion de bibliothèque (Advance de GEAC) ;
  • des statistiques sur les acquisitions à la réception des documents, par disciplines de la Dewey et par fournisseurs, en utilisant une petite application développée spécifiquement en interne sur Microsoft Excel ;
  • une enquête par questionnaire réalisée en 1998 auprès de nos correspondants sur le thème de leurs souhaits en matière d'emprunt de livres pour adultes.

Nous avons fait des comparaisons entre les résultats et avons mis en oeuvre :

  • une répartition budgétaire par domaines documentaires et de fiction, par fournisseurs et par types de pratiques (offices, commandes, choix sur place, accueil de représentants...) ;
  • un désherbage systématique de tous les secteurs ;
  • un effort de mise en valeur de certains secteurs par un désherbage et un réassort, des journées d'information auprès du réseau, des bibliographies, un réaménagement d'un des bibliobus à titre expérimental. Les secteurs concernés ont été jusqu'ici essentiellement la science-fiction et les sciences exactes.

A ce stade et avant de formaliser un véritable plan de développement des collections, un certain nombre de questions se posent à nous.

Premièrement, il nous apparaît dorénavant comme évident qu'aucune politique documentaire adéquate ne peut se construire sans faire un choix exclusif pour le service de la BDP entre les deux objectifs suivants :

  • Approvisionner les petites bibliothèques municipales pour la totalité de leurs fonds. C'est-à-dire jouer le rôle de grosse bibliothèque municipale et constituer des collections encyclopédiques et pluralistes pour le public courant. A terme se posent des problèmes de budget et... de place.
  • Ne proposer qu'un complément de fonds à des bibliothèques municipales sensées se procurer par elles-mêmes leurs collections de base grâce à un budget d'acquisition. Jouer plutôt, dans ce cas, un rôle de centre de ressources. A terme cela exclut de l'offre de service les petites bibliothèques qui ne peuvent constituer et développer elles-mêmes leurs collections. Une solution pour y remédier, outre l'augmentation de l'offre de formation, serait d'utiliser une partie du budget d'acquisition de documents de la BDP sous forme de dotations documentaires afin de constituer d'emblée ces fonds de base lors de l'ouverture des petites bibliothèques.

A mon sens, nous sommes là devant le véritable choix définitif entre le partenariat et l'assistanat, entre le réseau et le centralisme. Il n'est pas possible de mener de front ces deux objectifs dans le cadre d'une politique documentaire cohérente.

Deuxièmement, nous avons pu constater qu'une politique documentaire est bien autre chose qu'une mise à jour raisonnée des collections. C'est à la fois

  • une politique d'acquisition
  • une politique de désherbage
Mais aussi
  • une politique de valorisation
  • une politique d'information et de publication
  • une politique de formation

Et, en premier lieu dans ce dernier domaine, une politique de formation du personnel tout spécialement dans le domaine de la médiation.

En effet, il ne suffit pas de bien acheter si le réseau n'en est pas informé et si l'équipe n'est pas à même de bien conseiller les correspondants.

Nous avons pu confirmer cette idée par l'exemple du secteur science-fiction qui "dormait " depuis plusieurs années. Nous avons profité de nombreuses rééditions d'auteurs importants pour mettre à jour le rayon, nous avons organisé une journée d'information, ajouté un cours sur le sujet dans la formation ABF, réalisé une bibliographie de référence et une " mini-bibliographie " (15 titres très récents avec résumé et prix). Au travers de ces diverses actions, l'équipe a elle-aussi découvert le domaine et est devenue capable d'aider les responsables de petites bibliothèques dans leurs choix. Les chiffres de prêt de l'année suivante ont montré une véritable explosion du taux de rotation de ce secteur.

La difficulté est d'agir de la même façon sur tous les secteurs à la fois et aussi de maintenir l'effort car, malheureusement, les effets peuvent assez vite s'atténuer.

Troisièmement, c'est une évidence peut-être mais il vaut mieux le souligner : la formation professionnelle dispensée aux bénévoles modifie leur demande. Ils ont moins le réflexe idéologique, le comportement "lecteurs ". Ils deviennent plus exigeants, plus "professionnels ". Ils cherchent à mieux équilibrer leurs emprunts, à varier les titres et les types de documents, deviennent plus pointus dans leurs demandes de documentaires... Selon les résultats de l'enquête sur questionnaire que nous leur avons adressée en 1998 au sujet de leurs souhaits en matière de livres pour adultes, ce sont en effet les bibliothèques qui empruntent le plus, qui ont un budget d'acquisition et sont gérées par des personnes formées, qui désirent un meilleur équilibre entre les documentaires et la fiction, mais aussi entre les romans de littérature générale, les policiers, la SF et la BD pour adultes. Bien sûr, il faut faire la comparaison entre les réponses sur questionnaire et les pratiques réelles : on ne retrouve pas toujours dans les chiffres de prêt les intentions manifestées. Mais la tendance est là et elle est très nette.

Quatrièmement enfin, et c'est la conclusion logique des interrogations qui précèdent, tenter de définir une politique documentaire mène à redéfinir le rôle qu'on veut voir jouer à la BDP.

Nous sommes dans les Yvelines, il est vrai, à une période de grands bouleversements : nous déménageons dans des locaux neufs (enfin !) construits par l'Etat, nous nous éloignons à 20 kilomètres de Versailles dans une zone mal desservie par les transports en commun, nous modifions notre système informatique et, pour clore le tout, nous changeons de directeur. C'est donc probablement le bon moment pour se poser des questions de fond.

Je crois que les questions de politique documentaire en BDP sont assez différentes de celles des bibliothèques municipales. Nous devons déterminer si notre rôle principal est de prêter nous-mêmes à un public le plus large possible ou d'aider au développement de bibliothèques, de conseiller, de former, de soutenir les animations du réseau de lecture publique de notre département. Jouer ce rôle de centre de ressources départemental nous pousse à mettre en œuvre une véritable démarche pédagogique et nous oblige à l'exemplarité. Nous ne pouvons raisonner comme si nous nous adressions directement au lecteur. Nous avons des intermédiaires qui sont les responsables de petites bibliothèques. La question est de savoir comment mutualiser nos efforts pour couvrir l'ensemble des besoins.

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