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9 octobre 2000

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Les politiques d'acquisition en BDP



L'accompagnement d'un projet de service  : définition et mise en place d'une politique documentaire à la BDP de l'Aube
Nicole Giraud
Consultante

Présentation

De retour d'un séjour de plusieurs années à l'étranger, j'ai démarré une activité de formatrice et consultante indépendante, après plus de 25 ans de bons et loyaux services dans différentes bibliothèques en France et à l'étranger.

Je suis intervenue pour animer un stage CNFPT-Champagne Ardenne sur "la définition et la mise en place d'une politique documentaire", en automne 1998. J'ai alors réalisé, par la motivation des bibliothécaires à ce stage, et les nombreuses demandes sur ce thème dans d'autres régions, combien ce thème était d'actualité dans le monde des bibliothèques françaises.

Six agents de la BDP de l'Aube ont suivi ce stage. A l'issue de cette formation, ils ont, ainsi que leurs collègues non stagiaires, manifesté le désir de mettre en pratique les acquis du stage : réflexion de fond sur les missions de la bibliothèque, son contexte, et de là ses grandes orientations documentaires qui devaient être formalisées; analyse et réorganisation du service des acquisitions et rédaction des outils de gestion de la politique documentaire.

Cette demande a rencontré un écho tout à fait favorable de la part du chef de service. En effet, nouvelle depuis quelques années dans le service, la directrice cherchait l'occasion de motiver l'équipe autour d'un projet fédérateur qui permettrait d'aborder l'ensemble du fonctionnement du service. Elle souhaitait en particulier repréciser les responsabilités de chacun, chef de service, et bibliothécaires (sens large): ces derniers attribuant facilement à leur responsable seulement l'autorité administrative, se gardant une très grande indépendance pour la constitution des collections, refusant à leur chef tout droit de regard... Il était temps de travailler ensemble: le Conseil Général, sur proposition de la directrice, m'a confié l'animation d'une douzaine de journées pour "accompagner ce projet (3 journées sur 13 ont été prises en charge par le CNFPT comme "formation intra").

Les "sources"

Il s'agit d'abord de mes "impressions" en tant que personne extérieure au service, animatrice du projet: puisque c'est pour vous en faire part que je suis aujourd'hui parmi vous... .

Ensuite j'apporte des nuances à mes "impressions" en m'appuyant sur le bilan que j'ai fait de cette action avec les intéressés: l'équipe de la BDP de l'Aube et sa directrice. Enfin, Marie-Josée Rich conclura mon intervention en apportant son point de vue.

Comment est-ce que cela s'est passé  ?

Du fait que six membres de l'équipe aient suivi le stage de six jours sur ce thème, en aient débattu avec des collègues d'autres bibliothèques... tout cela a fait gagner du temps.

D'abord deux phases étaient prévues à l'action  ; :
- rédaction de la Charte de politique documentaire de la BDP  ; ;
- analyse du fonctionnement du service acquisitions et réorganisation si nécessaire.

L'originalité des BDP vous le savez mieux que moi, c'est que les équipes ne sont souvent pas très importantes (contrairement aux grosses et moyennes BM) et que la hiérarchie entre collègues n'est pas trop prononcée, l'Assistant étant quotidiennement avec le chauffeur dans le travail de desserte auprès des dépositaires.

C'est pourquoi, dans ce contexte, l'ensemble du personnel a été invité à participer aux travaux de réflexion (surtout sur tout ce qui a précédé la rédaction de la Charte). Les chauffeurs et agents ont été intégrés aux groupes de travail (si ils le désiraient : leur connaissance du terrain étant un élément important pour l'ensemble).

1ère phase donc : objectif LA CHARTE

L'intérêt de mener un travail sur la charte des collections, avec l'ensemble du service c'est que tout d'un coup, les agents se disent " stop " : on regarde, on analyse, on fait l'état des lieux et on se pose des questions : à quoi est-ce que je sers ? pourquoi des collections, pour qui ? lesquelles ? selon quels critères ? quel est le contexte dans lequel j'évolue ? qui est mon lecteur ? comment le connaître via le dépositaire...

J'arrête : vous connaissez la problématique. L'équipe de la BDP de l'Aube croyait la connaître, mais elle a finalement découvert beaucoup de choses.

L'objectif était que tout le monde soit actif dans ce travail autour de la Charte. C'est évidemment le travail préliminaire qui a le plus mobilisé, la rédaction, ensuite étant assez aisée.

Des groupes de travail ont été formés  ; :

  • Un groupe travaillait sur les grandes missions : recherche des textes fondamentaux, réaffirmation des grands principes de la lecture publique en milieu rural. Ce groupe s'est attaché à formuler les grands objectifs propres à la BDP de l'Aube dans le cadre de son contexte géographique, économique et sociologique et des réseaux documentaires locaux (BMVR).
  • Un 2ème groupe a travaillé sur la définition des grands secteurs documentaires de la BDP et a précisé la politique du Conseil général quant à la diversification des supports.
Un 3ème groupe a précisé des points particuliers mais importants, méritant discussion et décision de service : nombre d'exemplaires, attitude face aux dons, place à donner à la gestion des demandes de lecteurs, desherbage et conservation.
  • Chaque groupe a travaillé indépendamment, seul ou avec moi-même lors de mes journées à la bibliothèque. Et des réunions de mises en commun ont été organisées où chaque groupe a présenté plusieurs " points à débattre " qui relevaient de sa responsabilité. Ayant débroussaillé le problème, le groupe était en mesure de faire des propositions quant à l'attitude de service à adopter : discussion et recherche d'un " consensus ".

    Car le but est bien le suivant : se mettre d'accord pour avoir une politique cohérente, car au cours de ce travail, on s'est rendu compte que sur des points importants (exclusions avouées ou non ; réponse systématique ou non à une suggestion d'achat du lecteur)... Les attitudes des bibliothécaires étaient très variées quelquefois en contradiction... Besoin de cohérence.

    Ensuite un " comité de rédaction " a été mis en place pour rédiger la charte et après accord de l'ensemble de l'équipe le projet a été proposé aux responsables (secrétaire général et Directeur du service culturel) avant qu'il ne soit proposé aux Elus.

    En définitive, ce travail sur la Charte a été indispensable mais il laisse un peu insatisfait.

    Indispensable parce que les agents ont apprécié d'avoir l'occasion de réfléchir et de discuter sur le fond. Ils ont senti combien actuellement, moment où les bibliothèques étaient en pleine mutation, il était important d'être clair sur ses missions et ses choix.

    L'insatisfaction, elle vient de plusieurs choses : d'abord l'impression d'avoir fait le travail à moitié quant à l'évaluation des publics, des collections, des besoins... et surtout le fait de n'avoir pu, ni en temps, ni en lieu, associer les dépositaires (ou au moins certains d'entre eux) à ce travail : comme les bibliothèques de la BDP je le regrette et je pense effectivement que leur association à cette démarche est indispensable...

    Insatisfaction ou plutôt scepticisme, quant à la discipline de chacun de suivre les décisions d'ensemble qui ont été prises dans un souci de cohérence...

    La charte est actuellement sur le bureau de la Directrice à la Culture qui veut (et c'est normal) y apporter quelques points de détail. Et il est amusant de voir le personnel, qui dit que finalement cette charte est certes importante mais non primordiale, défendre son texte et ne pas vouloir en changer un mot : il se l'est donc bien approprié.

    2ème phase : analyse et proposition de réorganisation du service acquisitions

    Le travail cette fois s'est fait par secteur : les secteurs de la BDP de l'Aube sont : jeunesse, adultes, fonds professionnel, fonds local, discothèque (disques et cassettes, livres-cassettes... Bientôt cédéroms. Pas de vidéo) et même individuellement à l'intérieur des secteurs. Il s'agissait d'arriver à faire une photographie du fonctionnement du service pour que l'équipe en voit elle-même les points forts et les points faibles.

    Enquête de ma part : entretiens individuels sur les pratiques de chacun et son positionnement dans le processus. Puis réunion " pleinière " où j'ai dessiné le schéma du service et mis en lumière les points à discuter.

    Bilan :

    Sérieux, professionnalisme, mais grande indépendance et même manque de communication entre secteurs parfois même très proches... donc redondance, incohérence...

    Le principal objectif a donc été d'essayer de se faire " rencontrer " les bibliothécaires : non pas forcément dans les formelles commissions d'acquisitions, mais plus à propos de réunions à thème où le responsable d'un secteur présente, informe et fait part de ses hésitations quant à certaines décisions : afin que chaque agent se sente concerné et soit apte à faire correctement son travail dans le camion ou avec les dépositaires.

    Les dépositaires... Souci ou non... ils sont toujours présents parce que seul " retour " pour le bibliothécaire de ses choix. Donc la mise en valeur des collections acquises a forcément été l'objet de nombreuses discussions : formation du dépositaire, accueil du dépositaire dans le camion (comment saisir ce moment...) accueil du dépositaire dans le magasin de la bibliothèque (cela se pratique beaucoup dans l'Aube) : les tables de coups de coeur, les bibliographies... associer les " dépositaires-ressources " celles qui ont des compétences (BD), des réseaux...

    L'autre point important vu dans l'organisation du service a été : le besoin d'oxygène... " se décoller " de son Livres-hebdo, ouvrir sa gamme de sources (imprimées ou humaines).

    Le schéma classique des acquisitions d'un secteur : 1 bibliothécaire + les rubriques concernées de Livres-hebdo (et encore on s'est aperçu d'oubli de rubriques lorsqu'elles sont sur deux secteurs Dewey... chacun pensant que l'autre assurait).

    Solitude donc + peu de diversité dans les sources. Sérieux, mais petit à petit appauvrissement, et surtout rien pour évaluer son travail : ni retour du lecteur, ni avis du collègue et méfiance envers le dépositaire qui est " à former " et donc pas " mûre " pour juger.

    Prise de conscience par l'équipe qu'il faut travailler autrement. On a parlé de comité de lecture, de réseaux de personnes ressources,... D'enquêtes auprès de collègues d'autres bibliothèques...

    Chaque étape du circuit des acquisitions a été identifié et précisé : les deux étapes sélection et décision ont bien été réindividualisées car dans les faits pour ainsi dire toujours confondues ; empêchant (sous prétexte de rapidité de traitement) tout recul...

    La responsabilité de chaque bibliothécaire sur un secteur ou un sous-secteur a été réaffirmée mais a été introduite la notion de concertation qui n'existait plus : ce qui a permis de reconsidérer d'une manière plus saine le traitement des demandes de lecteur qui dans cette bibliothèque était un enjeu important et de commencer à penser multimédia même si la " gestion " des autres supports reste pour des questions pratiques du ressort de la discothèque.

    Etape très riche : pour l'animatrice comme pour l'ensemble de la bibliothèque, je crois. Comme a dit l'un des bibliothécaires : il faut apprendre à travailler ensemble maintenant, cette action nous a montré le chemin...

    Le désir d'ouverture est maintenant fort et il est formulé : projet de visiter des collègues, de s'enrichir d'autres expériences...

    3ème phase : aide à la rédaction des plans de développement des collections et des protocoles de sélection

    A la demande des agents qui trouvaient le travail sur la Charte intéressant mais devant être complété, le CNFPT a pris en charge trois journées formation-intra pour l'aide à la rédaction des plans de développement des collections et des protocoles de sélection.

    Là encore travail par secteur : précision secteur par secteur des objectifs en fonction d'une évaluation quantitative et qualitative (une grosse opération de désherbage a été faite cet été, ce qui apportait une bonne connaissance du fonds). Des objectifs ont pu être formulés pour 3 ans et chaque secteur devait rédiger au moins un protocole de sélection pour un sous-domaine.

    Chaque secteur a présenté son travail : échanges très intéressants entre le responsable du secteur et ses collègues praticiens du secteur en tant qu'agent dans le camion et donc face à la demande des dépositaires.

    Problèmes, tendances, choix ont été évoqués : l'équipe a vécu à propos de ce travail ce qui pourrait devenir plus habituel dans le cadre de réunions de concertation.

    Je ne conclurai pas mais je tiens à dire comme ce travail a été riche je crois pour tout le monde.

    Pour le personnel de la BDP je le pense, ils me l'ont dit, mais ils m'ont fait part aussi de leurs craintes que la routine se réinstalle, que le quotidien ait le dessus... ils m'ont fait part aussi de tout ce que cela n'a pas résolu et j'en suis consciente... mais le rôle de l'animatrice dans ce genre de démarche est d'ouvrir : ouvrir les horizons, apporter de l'oxygène, valoriser ce qui est fait (et bien fait) mais aider à " imaginer " un nouveau fonctionnement une nouvelle manière de travailler qui démultiplie toutes les pontentialités quelquefois étouffées par les habitudes.

     

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