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25 mars 2005

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Les politiques d'acquisition en BDP



Peut-on démocratiser la lecture ?
Bryan Evans
Senior Manager, Dorset Country Library

Mesdames, Messieurs, bonjour !

Je suis anglais, comme vous pouvez entendre. Mais je dois être plus que cela car je commence à croire que je suis la personnification du point de vue anglo-saxon. Car, quand le conseil d'administration de l'association des directeurs de BDP, en organisant ses journées d'étude, a besoin d'un point du vue anglo-saxon, on m'appelle ! Donc je me trouve ici - le bibliothécaire anglo-saxon absolument typique. Je suis même le seul bibliothécaire anglo-saxon connu du conseil d'administration.

Eh bien ! Merci de m'avoir invité à vos journées d'étude. Quand on m'a parlé d'abord de ces journées, on m'a dit que mon sujet d'intervention serait " Peut-on démocratiser la culture ? ". Ma première pensée était " Quelle question ! ". La deuxième était " Mais pour un séjour en France je trouverai bien la réponse ! ". Et ma troisième pensée était " oui ! Il est clair qu'on peut démocratiser la culture ". Il faut se pencher sur le passé et retenir ce jour du 9 novembre1793 quand le Louvre fut ouvert au public pour la première fois. Je parie que je suis le seul ici à le savoir. Ceci, bien entendu, a représenté une innovation vraiment révolutionnaire. La démocratie pratique en action. Tony Blair l'aurait approuvé. Donc, si ceci avait été le sujet de cette intervention, je pourrais maintenant conclure, ayant répondu à la question.

En fait, comme vous le savez, je suis ici pour répondre à la question " Peut-on démocratiser la lecture ? ". Et, en plus, je dois en parler avec un point de vue anglo-saxon. A vrai dire je suis beaucoup plus à l'aise sur ce sujet, car j'ai entendu dire que certains croient que les mots " Culture " et " Anglo-Saxon " ne devraient pas être prononcés dans la même phrase ! Donc, pour moi, il est préférable de parler de la lecture !

Peut-on démocratiser la lecture ? La réponse est toujours " Oui ". On n'a qu'à penser à l'imprimerie. Mais, plus précisément, on m'a demandé de vous parler de l'histoire du changement dans les bibliothèques britanniques aussi bien que la situation actuelle.

Quand je préparais ce discours mon fils suivait un cours ayant comme sujet " comment faire un discours ". Il m'a dit que la chose la plus importante est de choisir le thème. Prenant exemple sur l'ouverture du Louvre je pense que mon thème est la lente révolution dans les bibliothèques britanniques qui les a fait passer de la politique de l'offre à celle de la demande. Cette révolution n'est pas comme la vôtre d'il y a deux siècles - elle est sans hémoglobine - mais elle se poursuit encore, de plus en plus vite.

Une loi de 1850 a permis l'ouverture des bibliothèques publiques en Grande Bretagne. Dorénavant, l'ouverture des bibliothèques publiques en Grande Bretagne. Maintenant les villes de plus de 10 000 habitants pouvaient entretenir une bibliothèque au lieu de compter sur les oeuvres de bienfaisance. Elles pouvaient mobiliser des fonds pour louer ou acheter des locaux, ou pour employer un bibliothécaire. Par contre, elles n'avaient pas le pouvoir d'acheter des livres - on supposait que les livres seraient donnés - mais c'était un début !

Au bout de cinq ans le Parlement a changé les détails de la loi. Désormais les villes pouvaient acheter des livres. Elles pouvaient aussi renvoyer des employés ! Cela était en effet devenu nécessaire car, peu de temps après, un bibliothécaire Cambridge était renvoyé pour " avoir été découvert dans un état d'ivresse, la bibliothèque étant dans un état déplorable et plusieurs livres ayant été rendus au bureau de prêt sans avoir été enregistrés ". Heureusement nous ne connaissons plus de bibliothécaires comme ça !

Quiconque a détérioré des livres d'une bibliothèque
peut être emprisonné pendant six mois, avec ou sans travail
forcé ; et, s'il est du sexe mâle, passible d'être fouetté.

Extrait d'une loi votée par le Parlement en 1861

Le développement des bibliothèques publiques s'est poursuivi - aidé par des philanthropes - comme Andrew Carnegie . Ce pauvre garçon écossais a émigré aux Etats-Unis, pour devenir l'homme le plus riche du monde... Il a ainsi pu distribuer des millions de livres sterling pour construire des bibliothèques partout au Royaume-Uni. Il avait une passion pour les bibliothèques et la démocratisation de la lecture. Il a dit " Le goût pour la lecture est un des biens les plus précieux de la vie. C'est mieux qu'une fortune en or. Quand une bibliothèque est entretenue par la communauté, toute œuvre de charité devient inutile. L'homme qui entre dans une bibliothèque est dans la meilleure société possible. Il est entouré par les bons auteurs et les grandes oeuvres, qui sont à son service. Et si lui-même, avec son propre argent, contribue à l'entretien d'une bibliothèque, il s'ennoblit ". Etonnant, n'est-ce pas ? Quelle argumentation en faveur de la démocratisation de la lecture !

Les services bibliothèques rurales ont commencé au début de ce siècle. Et en dix-neuf cent dix-neuf les Comtés étaient autorisés par le Parlement à dispenser des services de bibliothèque. Donc dès les années vingt le modèle pour les services d'aujourd'hui avait été établie.

Mais démocratique ? Pas entièrement ! L'objectif au dix-neuvième siècle était l'enseignement et l'amélioration de soi-même. Mais bien après le début de ce siècle, l'accès aux livres était toujours limité dans de nombreuses bibliothèques. Et dans les années trente, par exemple, le bibliothécaire de la grande ville de Bristol a enlevé tous les romans de ses rayons. Il ne les a pas considérés comme Il ne les a pas considérés comme conformes au but de la bibliothèque - qui est d'enseigner et d'instruire. Et jusqu'aux années cinquante les bibliothèques ont continué à supprimer des journaux les informations concernant le tiercé. Elles ne tenaient donc pas toujours compte des demandes des utilisateurs.

Il y avait toujours une forte image des bibliothèques comme des lieux sévères. Mais dans le Dorset on ne fouette plus les clients !

C'est depuis la deuxième guerre mondiale que es missions des bibliothèques auparavant limitées à l'éducation et à la culture ont été élargies aux loisirs et au divestissement. Dans les années cinquante presque toutes les villes avaient une ou souvent deux bibliothèques de souscription. Leur clientèle était principalement des bourgeois qui s'en servaient pour emprunter des livres propres et attirants - surtout les romans récents. Car depuis longtemps tout le monde savait que les livres des bibliothèques publiques étaient sans intérêt, sales et pas attirants. A partir des années soixante c'était les livres des bibliothèques publiques qui étaient modernes et attirants. Et les bibliothèques de souscription l'ont reconnu d'une façon la plus claire possible - elles ont fait faillite !

En 1964 le gouvernement a fait voter une nouvelle loi concernant les bibliothèques. Les conseils des comtés étaient désormais tenus de fournir " un service complet et performant ".

Dans les années soixante et soixante-dix beaucoup de nouvelles bibliothèques ont été construites. En soixante-cinq le Dorset, par exemple, a ouvert cinq bibliothèques en quatre mois. Et si un aspect de la démocratisation de la lecture est de donner l'accès aux livres, alors les bibliothèques y contribuent grandement, comme démontrent ces statistiques :

BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES BRITANNIQUES : CHIFFRES CLÉS

34 millions gens (58 % de la population) inscrits dans une bibliothèque.

10 millions d'entre eux se rendent dans leur bibliothèque au moins deux fois par mois

On compte 377 millions d'entrée par an dans les bibliothèques

Il y a 4 759 bibliothèques desservant 19 136 autres lieux - prisons, maisons de retraite, hôpitaux, etc.

Il y a 130 millions de livres dans les bibliothèques

Chaque livre est prêté en moyenne dix fois par an

Les bibliothèques étaient donc solidement établies, fréquentées par plus que la moitié de population, avec beaucoup de gens qui visitaient une bibliothèque fréquemment - souvent tous les jours, et avec des fonds très bien utilisés. Une bonne situation aurait-on pensé. Mais les prêts de livres diminuaient lentement.

Dans les années quatre-vingt un nouveau mot a paru dans le vocabulaire des bibliothécaires - Promotion.

En effet les bibliothèques ont promu leurs livres depuis longtemps. Un étalage de nouveaux livres peut-être, par exemple des livres sur au sujet de l'astronomie ou sur n'importe quel autre sujet. Mais il s'agissait toujours d'un effort individuel. C'était bien si on avait un sens artistique et si on avait beaucoup de temps. Mais sinon.... !

Dans les années quatre vingt mon service de bibliothèque - Dorset county Library - était un des précurseurs du changement. J'étais responsable, à l'époque, de la sélection des livres et une année nous nous sommes décidés, au lieu de promouvoir les livres nominés pour le prix littéraire the Booker Award, à promouvoir une vingtaine de livres qui n'avaient pas été nominés. La promotion s'appelait donc " Not the Booker Award ". Pas le Prix Booker. Nous avons décidé que nous voulions une liste de livres, une affiche et un marque-page - portant le même dessin fait par un professionnel. Nous n'avions pas de dessinateur à notre disposition, et nous n'avions pas d'argent pour en rémunérer un. Donc nous avions eu besoin du parrainage. J'ai parlé à un libraire et il a décidé de payer le dessin et promouvoir les mêmes livres lui-même.

Nous avons fait connaître au public vingt titres. Nous avons acheté trente exemplaires de chaque titre - six cents livres en tout, divisés en trois étalages alternant par roulement - donc chaque étalage ayant deux cents livres. Les étalages ont eu beaucoup de succès et de nombreux lecteurs ont fait des observations. Après deux jours, sur l'étalage à Dorchester il ne restait des deux cents livres d'origine que six livres.

Nous avons également publié des communiqués de presse. Et il y avait un article à la lune du Sunday Times avec le titre " Bibliothécaire condamne les choix ésotériques du Prix Booker ". Et l'éditeur de Newsweek m'a même téléphoné de Paris. Et plusieurs semaines plus tard, un client de la Dorchester Library a dit au bibliothécaire, qu'elle avait lu un article concernant Dorset County Library dans un magazine que son fils avait acheté... au Pérou. Ce fut notre moment de célébrité.

Ensuite l'Association pour les Arts dans le Sud de l'Angleterre a fourni cent mille francs pour un projet intitulé Well worth reading. (" La lecture vaut bien la peine "). Trois services de bibliothèque y compris le Dorset, ont coopéré pour produire du matériel publicitaire pour encourager la lecture des romans - surtout les romans littéraires mais aussi les bons romans populaires. Ils voulaient montrer que les bibliothécaires pouvaient avoir de l'influence en faisant connaître de nouveaux écrivains à un public plus large.

J'ai été le représentant du Dorset depuis le début du projet. Nous avons suivi un schéma semblable à Not the Booker.

" The empire writes back " par exemple portait sur des romans des écrivains contemporains des pays du vieil Empire britannique.

A cette époque-là Dorchester était une des bibliothèques qui établissait des statistiques pour mesurer les prêts pour calculer les paiements faits par le gouvernement aux auteurs. Le bureau qui faisait ces calculs nous a dit que Dorchester, où il n'y a guère d'immigrés, avait prêté plus de livres d'auteurs des Caraïbes, d'Inde, etc, que toutes les bibliothèques dans le reste du pays. Et c'était entièrement grâce à cette promotion.

Comme toujours nous avons distribué des publicités et il y avait des interviews concernant cette promotion fait dans une de nos bibliothèques par le service international de la BBC. Une des personnes interviewées a dit que les trois livres qu'elle avait lus, lui avait fait découvir la vie dans ces pays-là. Une autre personne a dit qu'en dix jours elle avait déjà lu dix livres et voulait bien lire tous les trente romans qui faisaient partie de la promotion.

Donc si la démocratisation de la lecture comprend la mise à disposition d'un plus grand choix de livres, alors clairement les bibliothèques peuvent avoir une influence. Et je dois affirmer que la démocratisation ne veut pas dire nécessairement la même chose que la popularisation.

Après avoir écouté le débat hier entre les mérites respectifs de la politique de l'offre et la politique de la demande, je dois dire que nous avons ce débat en Grande-Bretagne depuis plusieurs années et de plus en plus nous choisissons le compromis. Nous ne voulons pas perdre des prêts, parce que nous sommes partiellement jugé par des prêts. Nous ne voulons pas répondre seulement à la demande. Mais la politique de l'offre serait stérile si personne n'emprunte les livres proposés. Donc on essaie de créer une demande pour les livres proposés - une troisième voie si vous voulez entre les politiques de l'offre et de la demande.

Après avoir produit cinq promotions pendant deux ans l'organisation Well Worth Reading a décidé de voir si des autres services de bibliothèque seraient prêts à acheter des promotions. Sept ans plus tard nous avons vendu du matériel publicitaire, valant plus que deux millions de francs, non seulement à 130 services de bibliothèque, mais également aux écoles, aux prisons et aux hôpitaux. Voici la promotion la plus récente.

Et dans la même période nous avons attiré pour ces mêmes promotions le parrainage de grandes librairies ou d'organismes culturels pour un montant d'environ un million de francs.

Et maintenant il existe plusieurs organisations qui créent ces supports promotionnels.

Maintenant nous avons diversifié et nous avons aussi produit un magazine pour les jeunes - Boox.

En trois ans nous en avons vendu 100 000.

Je dois dire qu'au début notre objectif était simplement que nos promotions aient du succès, et cela nous faisait de la publicité. Et en tout cas il faut dire que presque n'importe quelle publicité est de la bonne publicité. Pourtant, je pense qu'il y a plusieurs raisons pour lesquelles les bibliothèques anglaises sont si intéressées à promouvoir les livres. Les promotions mettent en vedette les romans. Dans nos bibliothèques les romans représentent typiquement environ 30% des livres, mais près de 65% pour cent des prêts. Les romans sont très importants pour nos emprunteurs et donc pour les bibliothécaires aussi.

Mais qu'est ce qui se passe quand nos emprunteurs visitent nos bibliothèques - presque quatre cents millions de visites chaque année comme on a déjà vu. Il y a plusieurs années, le centre pour les recherches sur la lecture à l'université de Loughborough a montré que si un lecteur cherche un roman il a probablement une demi-douzaine d'auteurs préférés. Mais il a lu tous les romans de ces auteurs, ou au moins tous les titres de ces auteurs qui sont sur les rayons. Il feuillette des livres, pas pour le plaisir de feuilleter, mais parce qu'il cherche des auteurs semblables à ses auteurs préférés qui, avec de la chance, deviendront aussi ses favoris. Mais c'est une démarche hasardeuse. Le lecteur en effet manque de repères. Il manque de recommandations Il a besoin de noms d'auteurs à choisir

En ce cas là il est probable que la raison pour laquelle tant de personnes aiment choisir un livre qui vient d'être rendu, c'est qu'elles prennent en compte la recommandation de la personne inconnue qui vient de le rendre. D'une manière plus élaborée, les promotions donnent des repères. Les listes contiennent les recommandations d'autres lecteurs.

L'idée d'attirer le parrainage était aussi un signe des choses à venir. Maintenant l'État encourage l'association entre le gouvernement local et le monde commercial - qu'il s'agisse de construire une nouvelle autoroute ou une bibliothèque, d'un projet artistique ou littéraire

L'Etat ne cesse également d'encourager les collectivités locales à écouter ses usagers - le peuple - pour qu'ils reçoivent ce qu'ils veulent, et pas ce que les collectivités locales pensent qu'ils veulent sans jamais leur poser la question. Et ces promotions se rattachent à ces idées.

Et l'expression qui est entrée la plus récemment dans le vocabulaire des bibliothécaires est celle de Reader development - le " développement des lecteurs " - surtout à propos des lecteurs des romans. Il est devenu rapidement un des objectifs principaux des services de bibliothèque. Il y en a de nombreuses manifestations.

Je prendrai le Dorset comme exemple. Le Dorset, c'est un comté relativement petit peuplé de près de 400 000 habitants. Trente-quatre bibliothèques - la plus grande dans une ville de 50 000 habitants, et un budget d'environ dix millions de francs pour acheter des livres et d'autres documents.

Il y a un employé de grade supérieur - moi-même - responsable de la promotion. J'ai aussi d'autres responsabilités, mais il y a certains services de bibliothèque où il y a un emploi dédié à la promotion.

J'ai un budget pour la promotion - pas énorme, mais c'est mieux que rien.

Nous avons notre propre dessinatrice - pour aider la promotion du service et la promotion des livres et des autres matériaux.

Depuis une dizaine d'années il existe un Promotions Group - une demi-douzaine d'employés intéressés par la promotion.

Le groupe produit ceci pour nos employés [l'orateur montre un classeur] - des idées pratiques pour la promotion. Il y a un exemplaire sur la table par là. Nous l'avons vendu à d'autres services bibliothèques britanniques et pour l'amour de l'entente cordiale entre nos deux pays je suis prêt à les vendre à ce côté de la Manche à un prix très modeste.

Le groupe organise une promotion du mois - mettant l'accent sur une partie de notre fonds, produisant des publicités simples, et des idées pour aider le personnel à mettre en valeur le fonds.

Chaque mois nous essayons d'avoir au moins un événement phare sur lequel nous mettons l'accent.

LITTERATURE DEVELOPMENT OFFICER
DU DORSET COUNTY COUNCIL

Missions :

  • Encourager l'accès à toutes sortes de littératures
  • Développer des stratégies pour développer à long terme la littérature en Dorset
  • Développer des stratégies pour agrandir l'usage des collections des romans dans nos bibliothèques
  • Améliorer la connaissance par le public et le personnel du fonds de romans dans nos bibliothèques

INITIATIVES

Ecrivains en résidence
Groupes de lecture
Lecteurs en résidence
Chaînes de livres
Panneaux d'affichage pour les lecteurs
Livres en sacs

Par exemple toutes les bibliothèques anglaises célèbrent le World Book Day, la journée mondiale du livre - normalement le 23 avril, l'anniversaire de Shakespeare. J'ai dépensé un peu de mon budget pour engager le grand homme en personne. Nous avons parcouru, Shakespeare et moi, environ deux cent kilomètres le jour de son anniversaire, en visitant six bibliothèques avec des événements à chaque endroit.

Depuis six ans, le Comté de Dorset emploie un cadre pour le développement de la littérature. Elle est attachée au service de bibliothèque et est en partie sous ma responsabilité. Le poste est financé partiellement par l'Association pour les Arts dans le Sud de l'Angleterre.

La mission principale du poste est de donner accès à toutes espèces de littérature. Et pour moi l'accès est au coeur de la démocratisation. On y parvient en développant une large gamme d'activités dans les domaines de la lecture et de l'écriture - y compris les séances d'écriture, les lectures, les discussions, les représentations, les visites auteurs, les auteurs ou écrivains en résidence et la formation de nos employés.

On recherche les occasions pour les bibliothèques de travailler avec les agences locales, régionales et nationales pour développer les initiatives de coopération. Et les initiatives de coopération, qui sont appréciées par Tony Blair, bénéficient de crédits.

Et il y a eu beaucoup d'initiatives.

La lectrice en résidence dans une de nos bibliothèques conseille le public sur le choix des livres, elle organise le groupe de lecteurs de cette bibliothèque, et simplement parle aux lecteurs quand ils choisissent les livres. Et à ce moment nous, dans le Dorset, espérons recevoir 600 000 francs de la loterie nationale pour développer cette idée " Readers in Residence ".

Les chaînes de livres comprennent quatre ou cinq de nos lecteurs qui, sans se rencontrer, se transmettent des livres par l'intermédiaire de la bibliothèque et transmettent aussi des critiques personnelles des livres lus. Parfois ces commentaires sont fixés sur un panneau d'affichage réservé aux critiques de romans, aux questions les concernant et des renseignements sur les romans sont quelquefois affichés par le personnel. Nous sommes sur le point de commencer une chaîne sur un bibliobus.

Il y a aussi les livres en sacs. Moins sérieux peut-être, mais de temps en temps nos lecteurs peuvent choisir un livre scellé dans un sac. Il peut y avoir, par exemple, un étalage de livres en sacs avec une affiche portant cette inscription : " Osez essayer quelque chose de différent ". Ils ont du succès. Et parfois nous mettons les observations des lecteurs sur le panneau.

Il y a également des initiatives nationales.

Cette année est l'année de la lecture. Les bibliothèques à travers le pays l'ont marquée dans de diverses façons.

Une manifestation a eu lieu dans une de nos bibliothèques, parrainée par un supermarché qui a donné du vin, et a fourni son négociant de vins pour décrire chaque vin au public. Il y avait des lectures et des vins des pays différents - donc quand on écoutait l'oeuvre d'Isabel Allende, excusez mon espagnol, on buvait un vin chilien.

Un grand projet national, mis en oeuvre par trente-trois services de bibliothèques - et fondé par l'Etat avec de l'argent de la loterie nationale - a pour but de créer une base de données accessibles par l'Internet. Il sera ouvert au public l'année prochaine quand il contiendra des détails de mille romans. On en trouve une présentation sur Internet : www.forager.co.uk/html/scl4(1).

On pourra introduire ce qu'on cherche - un livre un peu sexy par exemple, sans trop de violence, et naturellement un dénouement heureux. Et, voilà, un livre sera recommandé. Toujours la démocratisation de la lecture.

Et, même plus récemment, on a annoncé la semaine dernière qu'une agence gouvernementale va fournir, l'année prochaine, vingt millions de francs pour " Reader development " ! Les services de bibliothèque doivent faire des enchères pour en profiter et, si leurs projets sont choisis, doivent financer à même hauteur que les fonds reçus. Donc, nationalement, quarante millions de francs seront dépensés pour le développement de la lecture. Toujours plus de démocratisation !

J'arrive au début de la conclusion. Quand j'ai commençé à préparer cette intervention je me demandais si j'aurais assez de matière pour une demi-heure. Puis j'ai commencé à noter des idées, des pensées et bientôt j'avais de la matière pour plusieurs heures. Donc pour conclure je vais vous donner, presque au hasard, quelques autres pensées qui concernent la question - " Peut-on démocratiser la lecture ? ".

Les bibliothécaires doivent toujours rechercher un équilibre dans la réponse aux demandes. La démocratisation ne veut pas dire qu'on doit essayer de satisfaire seulement la demande de la majorité. Mais on ne réalisera pas non plus la démocratisation si on ne tient pas compte des besoins de la majorité.

Et ce n'est pas seulement les gens qui entrent dans nos bibliothèques qui doivent être écoutés. - Les écoles, les prisons, les maisons de retraite, les hôpitaux sont aussi desservis par les bibliothèques anglaises.

Et, bien entendu, ceux qui n'utilisent pas les bibliothèques. Et nous les attrapons jeunes ! Il y a sept ans il y avait un projet pilote à Birmingham. Trois cents enfants, lors de leur examen médical à l'âge de neuf mois, ont reçu des livres gratuits. Leur développement était surveillé pendant cinq ans. A l'âge de trois ans ils avaient trois fois plus de chances de s'intéresser à la lecture que ceux qui n'avaient pas participé au projet. A l'âge de cinq ans ils avaient une avance sensible en lecture et en calcul. L'année dernière il y avait soixante projets semblables - mais ils comptaient tous sur des fonds locaux.

En septembre l'année dernier le Ministère de l'Education a lancé " Bookstart ", sponsorisé par une société de supermarchés et secondés par la Library Association et le Service de la Santé.

C'est un projet de soixante millions de francs. Il a pour objectif de garantir que tous les enfants entre l'âge de sept et neuf mois reçoivent, gratuitement, un sac de livres - plus qu'un millions livres en sacs. Le projet vise également à promouvoir et à encourager les parents à partager des lectures avec leurs enfants, et à encourager l'accès aux livres par la promotion des services de bibliothèque et aussi la promotion de l'achat des livres.

Comme a dit le directeur du projet " Il ne s'agit pas simplement de recevoir un livre gratuitement. Le projet Bookstart cherche à donner au livre un rôle important dans la vie d'un enfant dès le départ. Il est donc susceptible d'améliorer, d'une façon radicale, le niveau d'alphabétisation, quel que soit le milieu social de l'enfant ".

Toujours la démocratisation !

Voici enfin un très court guide pour débutant sur la démocratisation de la lecture, qui se lit en 60 secondes :

LA DEMOCRATISATION DE LA LECTURE !
GUIDE POUR LES DÉBUTANTS

Attirez les gens en leur proposant quelque chose qu'ils savent aimer

Retenez leur attention en les proposant des choses qu'ils veulent
sans le savoir

Soyez large dans la gamme des supports proposés

Faites de la publicité

Où sont les frontières de la lecture dans les bibliothèques ? Où commencent-elles ? Où finissent-elles ? Moi, je crois que, comme avec la culture, la lecture ne peut pas être exclusive. Le champ de la lecture est large, et un aspect peut en mener à beaucoup d'autres. Pour les bibliothèques il y a besoin d'un équilibre. Ne pas se contenter de répondre à la demande explicite du public, mais lui proposer ce qu'il veut sans le savoir. Révéler des nouvelles idées. Celles qu'ils ne rencontrent pas dans la vie quotidienne.

On ne doit jamais oublier que nos bibliothèques publiques ont été crées pour rendre accessible la lecture à tout le monde. Il est triste de constater que le foyer britannique moyen ne possède que huit livres.

Quel que soit les perspectives ouvertes par les nouvelles technologies, il y a toujours le besoin de rendre plus accessibles les livres par tous les moyens. Il faut que nous bibliothécaires soyons imaginatifs, enthousiastes, et que nous travaillions dur pour attirer les usagers et pour continuer à les attirer.

Et puis la révolution continuera.

 


Notes

(1) Page devenue inaccessible. Mais le site présentant ce service est en ligne : http://www.whichbook.net (Note ajoutée par l'éditeur en 2004).

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