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16 octobre 2000

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Les politiques d'acquisition en BDP



Le choix des livres par les bibliothécaires

Madeleine Deloule

Directrice de la bibliothèque municipale de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

Peut-on démocratiser la lecture ?

Cette interrogation me touche, parce que c'est sans doute ce que j'ai recherché pendant toute ma vie professionnelle.

C'est aussi ce qui m'est demandé dans la ville où je travaille. Un objectif qui sous-tend l'ensemble de mes pratiques et de celles de mes collègues.

Ce qui m'est demandé, aujourd'hui, c'est : la politique d'acquisition peut-elle jouer un rôle dans la démocratisation de la lecture. Démocratiser, c'est rendre accessible à tous, populariser, c'est aussi être respectueux de la volonté de chacun. Permettre au plus grand nombre de gens de devenir lecteur, mais on peut se poser la question : lecteur de quoi ? On parle donc de contenu. Avoir une politique d'acquisition, c'est définir des axes d'enrichissement des collections, définir des valeurs, des niveaux de lecture, en fonction de publics forcément très hétérogènes. Avoir une politique d'acquisition, c'est faire des propositions qui tiennent compte de cet objectif de démocratisation, et c'est là toute la difficulté :

Si on acquiert ce que les gens demandent, on n'a pas de politique d'acquisition, mais on les satisfait, au moins superficiellement. On limite la lecture à ce qui est déjà connu, voire archi connu, puisque de l'inconnu il n'y a pas de désir. On ne fait donc aucun travail de découverte, de mise en appétit, de titillement des esprits, titillement qui fait avancer, réfléchir, qui permet de rebondir, d'explorer des voies nouvelles....

Si on cherche au contraire à faire des propositions différentes de ce qui est déjà connu, on s'éloigne des lecteurs, et on court le risque de ne pas répondre à notre mission de démocratisation de la lecture, puisque les usagers ne se retrouvent pas dans nos propositions.

Faire des acquisitions, c'est travailler en permanence dans cette tension, à la fois de satisfaction des besoins immédiats, exprimés, des lecteurs.. et être force de proposition de lectures différentes, inattendues, surprenantes, plus ou moins bien accueillies dans l'immédiat, ce qui est souvent très décevant pour nous.

Naturellement, je n'ai pas de recettes toutes faites. Pas de certitudes. Je n'ai pas la science infuse, pas de vérité toute prête, je n'ai pas particulièrement autorité pour parler de tout ça, mais j'espère que nos discussions nous ferons avancer ensemble.

Donc, je vais tenter de donner mon point de vue de bibliothécaire, responsable d'une bibliothèque municipale, avec des points de vue forcément différents de ceux d'un bibliothécaire de BDP.

Je voudrais préciser qu'il y a quelques années, j'ai fait une recherche universitaire sur les acquisitions de romans dans quelques bibliothèques municipales, en Seine-Saint-Denis. Cela m'a donné un peu de recul sur ces questions.

A première vue, et en discutant entre collègues au moment de cette enquête, nous avions tous l'impression de cheminer dans les mêmes voies, d'acheter de manière identique, les mêmes best-sellers, les mêmes titres très médiatisés, tout en défendant, toujours dans le domaine du roman, ce qu'on appelle la création littéraire, ou la petite édition. (Comme si les deux allaient de pair !) Or, les résultats ont été très différents du discours, ce qui prouve qu'il est toujours intéressant de gratter un peu.

Sans doute est-ce parce que tout le monde travaille dans l'urgence, et ne prend pas le temps de faire une analyse rétrospective des acquisitions. Certains pensent être fidèles à tel type d'auteurs, à telle maison d'édition, tout en étant suffisamment ouvert pour présenter un nombre important d'éditeurs.

Quand on regarde de près, c'est plutôt le contraire qui se passe. Les grands éditeurs (Gallimard, Grasset, Seuil..., mais aussi Laffont, Albin Michel) sont très bien représentés, mais dès que l'on se rapproche de Minuit, POL, c'est plus compliqué. Il y a donc un effet de grossissement sur certains titres ou auteurs, qui n'est pas forcément voulu, mais qui est réel.

L'enquête avait révélé aussi beaucoup d'informations sur les modalités de sélection. Quelles sources étaient utilisées, quel type de réflexion en équipe, etc.

Mais plutôt que d'évoquer une enquête ancienne, je préfère parler de ce que nous sommes en train de faire à Saint-Denis, en espérant que cela ne sera pas trop éloigné de vos préoccupations. En précisant que notre bibliothèque n'est vraiment pas un modèle, loin de là.

En préambule, un mot sur le rôle des directions

Quelle est la fonction des directions dans les acquisitions ? Évidemment, tout est affaire de dimension d'équipements, et je parle naturellement surtout des bibliothèques municipales.

Les fonctions de direction sont toujours tellement surchargées de tâches administratives qu'il y a pratiquement toujours délégation sur les acquisitions. Je connais des responsables qui reconnaissent ne plus avoir le temps de suivre la production. De lire la presse, d'avoir un regard critique sur les nouveautés, et qui font confiance à leurs collègues pour choisir au mieux les documents.

Une politique d'acquisition écrite

Pour que la délégation soit efficace, il faut que les orientations soient clairement précisées et écrites. La littérature professionnelle s'est beaucoup enrichie ces dernières années, et les conseils ne manquent pas. Mais ils ne sont pas faciles à mettre en oeuvre.

D'abord, les manuels décrivent des situations presque idéales. Qui requièrent du temps, beaucoup de temps. Bertrand Calenge en parlera très savamment demain.

Des préconisations assez complexes. L'analyse des collections existantes, les plans de développement, les protocoles, l'analyse des publics, outils à mettre en place, procédures, etc. Quand on a le sentiment de courir après le temps, de devoir sans cesse parer au plus pressé, on a aussi le sentiment que tout cela n'est pas pour nous.

Dans la bibliothèque que je dirige, nous avons choisi, dans le courant de 1999, la simplicité, le pragmatisme. Quand il faut assurer en même temps le service public, les acquisitions, le traitement des collections, et dans notre cas informatiser (une première informatisation sans fermeture et sans grands moyens supplémentaires) il était hors de question de suivre le manuel au pied de la lettre. Je crois que nous en avons respecté l'esprit : travailler autrement sur les collections, plus rationnellement, plus intelligemment.

Nous sommes partis d'un constat : personne dans l'équipe n'était satisfait de nos procédures. Lesquelles consistaient à parer au plus pressé : c'est-à-dire que chacun (les assistants) cochait Livres-Hebdo, et chaque mois une réunion permettait de faire des commentaires à partir de ces choix. Rien de bien construit, la référence presque unique à Livres-Hebdo, l'absence trop fréquente de références critiques, pas de spécialisation des collègues, peu de réflexion sur les publics visés... pas d'informations fiables sur les emprunts et la rotation des fonds (mais notre système de prêt ne le permettait pas). Bref, les acquisitions dépendaient du bon vouloir de chacun, de sa culture générale, de ses désirs, voire de ses dégoûts... En l'absence de responsabilités clairement définies, personne ne faisait d'effort, et les réunions étaient assez ternes.

Nous avons d'abord réfléchi à ce que nous faisions. Pourquoi cela ne nous plaisait pas. Les réunions suivantes nous ont fait progresser dans la réflexion, pour aboutir à la mise au point d'une nouvelle organisation, prenant en compte les attentes mais aussi les principes qui avaient été énoncés au départ. Pour chaque grand secteur, nous avons un seul responsable des acquisitions, chargé de rassembler les propositions, d'envoyer les commandes, de suivre le budget global. Nos acquisitions restent centralisées.

Je passe rapidement sur le partage des acquisitions, en soulignant simplement que nous avons cherché la responsabilisation des assistants. Leur responsabilité s'exerce en principe sur la totalité d'une classe : connaissance des fonds existants, budget analytique, circulation des documents.

Naturellement les autres collègues peuvent intervenir sur les classes qui en sont pas les leurs, et faire des propositions, à condition q'elles soient étayées. La réunion d'acquisition permet la mise en commun des observations et avis de chacun, personne ne reste isolé.

Les responsables de section (par équipement) ont une double responsabilité intellectuelle et budgétaire : celle d'une classe, comme les autres, et celle de leur section. Après tout, ce sont eux qui connaissent le mieux leur public, et qui peuvent donner des indications sur les besoins et sur les orientations qu'ils souhaitent défendre.

Cette étape de réflexion collective a été très importante dans l'équipement. Les secteurs jeunesse, adultes et discothèque n'ont pas l'habitude de réfléchir ensemble. Des points assez difficiles ont été évoqués : par exemple l'implication personnelle des acquéreurs, comment certains livres pouvaient être refusés ou acceptés en fonction de l'histoire individuelle, des convictions politiques religieuses, etc. Nous avons tenté de sortir du non-dit. Cela nous a permis aussi d'évoquer la question de la neutralité, qui sous couvert de respect des usagers peut aussi être un refuge. Refus de s'engager sur des livres à risque, refus d'achat pour ne pas créer de problèmes. (Finalement je me méfie de la neutralité : cela fait des fonds inodores et sans saveur...)

Aujourd'hui les méthodes commencent à changer, avec un bénéfice certain pour les usagers. La volonté a été de ne pas figer les choses. A la fin de l'année, nous analyserons les résultats, les satisfactions ou les insatisfactions. Sans doute serons-nous obligés de modifier nos pratiques.

Nous n'avons pas encore atteint nos objectifs : en particulier le travail sur les collections existantes est embryonnaire, mais va se développer au fur et à mesure de notre informatisation. La responsabilité intellectuelle n'est pas vraiment développée. Tout cela est trop jeune. Mais l'idée d'avoir pour chaque classe une personne de référence fait son chemin, séduit. Certaines personnes ont acquis une place nouvelle dans la maison, plus assurée.

Nous en sommes à écrire un document pour les élus. Ma pratique professionnelle m'oblige à dire que ce document n'est jamais réclamé par les élus. Comme si le contenu de la bibliothèque ne posait pas de problème et que les livres étaient tous équivalents... Comme si les livres n'avaient pas de contenu... Cela tient sans doute à la méconnaissance de nos structures par les élus. Les bibliothèques sont un service connu, que l'on remet peu en cause, qui est plus dans la répétition que dans la novation.

Notre travail de réflexion nous a obligé à verbaliser les points essentiels de la mission de la bibliothèque. Saint-Denis est une ville intéressante, car elle a une dimension historique très présente (basilique, tombeaux des rois de France, fouilles archéologiques très importantes...) Et en même temps c'est une ville de banlieue avec tous les problèmes de la banlieue, dont malheureusement la presse s'est faute souvent l'écho ces derniers mois. La vie dans les quartiers est très difficile, violence, drogue, racket, etc. Mais il y a aussi, par exemple, un des plus gros marché de la région parisienne, très attrayant, et une multitude d'associations vivantes.

La ville fait un gros travail social dans les quartiers, met en place une foule de mesures qui sans doute permet que cela n'explose pas davantage. Je parle de tout ça parce que c'est une donnée incontournable, qui pèse dans les répartitions budgétaires, les priorités à définir etc.. Quant à la vie culturelle à proprement parler, elle est dominée par des structures poids lourds, le festival de musique, le Théâtre Gérard Philippe, dont la presse parle beaucoup en ce moment.... un musée d'art et d'histoire. Par rapport à ces structures qui monopolisent les regards, la bibliothèque est un peu à la traîne.

C'est une ville qui a une université, des IUT, des lycées, et depuis peu la plus grande BU de France. 13 500 m2, accessible aux habitants, moyennant paiement d'une cotisation, très belle architecture, desservie par le métro... Cela aussi compte dans nos orientations. Nous avons donc été amenées à parler longuement des publics, et des conséquences en termes d'acquisitions.

Nous avions peu d'éléments chiffrés pour appuyer nos réflexions. Des résultats de cartes de lectorat peu fiables, anciens, à peu près rien sur les catégories socioprofessionnelles, et rien sur les nationalités (mais c'est un souhait de la municipalité, que je partage, de ne pas faire de catégories d'usagers à partir de leur nationalité). Parler du public qui fréquente la bibliothèque, mais se préoccuper aussi de celui qui ne vient pas, et chercher à comprendre pourquoi il ne vient pas (horaires d'ouverture, qualité des collections...)

Évoquer la mission de la bibliothèque, dans ce cadre là, c'est être très concret. Nous nous sommes appuyés sur les préconisations de l'Unesco, du Conseil supérieur des bibliothèques. En tout cas, l'équipe est au courant, on sait de quoi on parle, et pourquoi on fait les choses. Les relations entre centrale et annexes, la notion de réseau, qui pour nous est une nouveauté.

Nous avons aussi relié la question des acquisitions au travail de promotion qui peut être fait, ou non, dans les équipements. Pour en venir à l'idée que sans doute nous faisions quelquefois des achats défendables sur le plan d'une politique affirmée, mais que derrière la promotion ne suivait pas, pour tout un tas de bonnes raisons d'ailleurs.

Ce système (répartition des achats par classe et par section) ne peut fonctionner que parce qu'il y a un responsable des acquisitions par grands secteurs, adulte, jeunesse, discothèque. C'est ce responsable qui veille au grain, mais pas seulement sur le plan technique. Dépassement de budgets, budgets non dépensés, mais aussi adéquation d'ensemble aux orientations. Ce sont des postes difficiles : difficiles à faire accepter, car leur mission de contrôle n'est pas exactement une position hiérarchique. Ce sont des postes transversaux, et il faut des personnalités particulières pour les occuper. En plus des compétences intellectuelles certaines, il faut du doigté, beaucoup, de diplomatie, et ne pas être dominateur.

A mon avis, et après pas mal d'années de pratiques, la question principale des bibliothèques, ce sont les collections. Diderot disait : le réceptacle et des productions du génie et des immondices des lettres... D'autres ont parlé d'un immense amoncellement de livres...

1) comment éviter les immondices des lettres ?
2) comment faire pour que la bibliothèque ne soit pas cet amoncellement de livres ?

Comment éviter les immondices des lettres ? Comment choisir ?

La difficulté, c'est que personne ne peut prédire l'avenir, et que nous ne savons pas trier...

Donc, on ne peut pas les éviter, soyons clairs. Ce n'est même pas souhaitable. Après tout, la production imprimée est énorme, mais elle est le reflet de l'air du temps. Il y a, selon l'expression de Michel de Certeau, les livres du temps court et les livres du temps long. Ce qui relève de l'un ou de l'autre, on ne le sait pas, pas plus que l'on ne sait ce qui survivra. Mais les deux sont sans doute nécessaires, pour l'économie du livre, je ne sais pas, je ne suis pas compétente, mais pour les lecteurs. Les besoins de lecture ne sont pas identiques selon les moments, et les effets de la lecture ne se mesurent pas qu'à l'aulne de la qualité intellectuelle ou littéraire des ouvrages. A cet égard, les témoignages ne manquent pas.

Ne manquent pas non plus les exemples de livres qui ont peiné à trouver leur public : les romans de Stendhal n'étaient vendus qu'à 2 000 exemplaires, ceux de Balzac à ses débuts à 1 000, alors que les romans sentimentaux tiraient allégrement à 40 000 exemplaires. Je ne sais pas si j'aurai acheté La chartreuse de Parme à sa parution...

Nous voyons déjà que nous sommes plus exigeants, plus vigilants aussi sur les kyrielles de livres pratiques, sur ce que j'appelle les faux livres, sans contenus, séduisants mais sans grand intérêt. Qui ont surtout une durée de vie très brève, car destinés à être remplacés par leurs clones l'année suivante. Cette brièveté estimée de la vie des livres n'est évidemment pas un motif de refus a priori. Certains ouvrages d'hommes politiques n'ont d'intérêt que quelques mois. Nous avons discuté de notre position là dessus. Le fait de mettre par écrit nos décisions permet de simplifier les discussions.

Les choix présentés dans la bibliothèque induisent des comportements de lecteurs : l'offre crée le lecteur. Acheter des chaussures chez André ou chez Jourdan ne relève pas du même processus, même s'il s'agit toujours de chaussures. Schématiquement, on sait ce que l'on va trouver dans le magasin que l'on a choisi. Je crois qu'il en est de même pour la bibliothèque.

Rappeler aussi que les politiques culturelles sont des politiques d'offre, puisque toute culture commence par la connaissance des oeuvres, et que les oeuvres existent sans répondre à une demande explicite. En tout cas s'il s'agit vraiment d'oeuvre.

A travers les fonds, quelle image est donnée de la bibliothèque ? La bibliothèque a une fonction de prescription, que vous connaissez tous... On retombe sur la question de la valeur, des bons et des mauvais livres, de la légitimité etc.. Exclure un type de livres des fonds, c'est exclure un type de public. Cela peut être légitime, mais il faut le faire en toute connaissance de cause, et pouvoir s'en expliquer. Le mieux est de pouvoir en parler en amont, avant la mise en circulation. Ne pas oublier qu'il y a des livres qui changent de statut, par le biais de la médiatisation, statut qui donc n'a peut-être pas grand chose à voir avec la qualité de l'oeuvre. Par exemple, il y a quelques années : L'année de l'éveil de Charles Juliet, d'abord publié chez POL, relativement confidentiel, puis republié après la sortie du film en Presses Pocket. Cela devrait nous rendre plus circonspect sur la difficulté relative de lecture de certains livres. On dit que c'est difficile, mais qui est allé voir réellement ? Notre propre culture est souvent une culture par ouï dire.

Pour revenir plus précisément à la production, il faut évoquer l'augmentation continue du nombre de titres publiés. Tout le monde le dit, l'éprouve techniquement. Mais faites un test : demandez à vos bibliothécaires quelle a été le nombre de titres publiés en 1998. Les bonnes réponses sont rares. Nous sommes des professionnels du livre, mais nous avons des notions assez floues en la matière. L'économie du livre n'est pourtant pas un sujet annexe,

Depuis que la production s'est industrialisée, le système éditorial a besoin de produire pour vivre, et donc il produit de fait plus d'immondices que de livres géniaux. Des livres fabriqués artificiellement par des directeurs qui n'ont de littéraires que le nom. C'est la repro-culture, dont parlait Jean-Marie Bouvaist. Les faux livres que j'évoquais tout à l'heure.

Naturellement ce ne sont pas vraiment les chiffres qui sont intéressants : mais surtout connaître le monde de l'édition, savoir quelles sont les alliances entre les groupes. Savoir qu'un livre chez Glénat appartient au groupe Lagardère, ou Armand Colin à Vivendi... Et encore, je ne suis plus très sûre de ces renseignements qui datent, déjà, de février.

Comment définir des critères de choix

Il n'y a pas de règle...

Pour cela nous sommes partis des missions de la bibliothèque, et des objectifs documentaires qui en découlent. Établir ensuite des repères d'acquisitions, points sensibles sur lesquels l'acquéreur doit pouvoir donner des informations. Auteur, éditeur, repères que nous pouvons relier à des préconisations par classe Dewey, autour de l'actualité, des publics à desservir, des éditeurs importants pour la classe, les auteurs incontournables liés à l'actualité, les classiques, etc. au bout du compte, à terme, nous devrions parvenir à une spécialisation des acquéreurs, dans le bon sens du terme. Plus compétents, plus critiques, plus exigeants, et plus convaincants ! Nous souhaitions aussi assurer une certaine continuité. Au changement de personnel, donner à son successeur les éléments de la collection. Que tout le travail ne soit pas à refaire à chaque fois.

Nous avons travaillé la question de la rotation des livres : il nous semble qu'il faut être prudent sur cette question : la rotation de la collection dépend des moyens qui sont consacrés à tel ou tel rayon, et ce n'est pas parce qu'un livre ne sort pas qu'il faut le condamner.. On peut par ailleurs faire des prêts mirobolants avec des niaiseries. Pour ma part, je me méfie beaucoup de l'argument fondé sur le nombre de prêt. Ponctuellement indispensable, à manier avec précautions,

Éviter l'amoncellement des livres ?
Comment rendre le plat appétissant ?

Donner du sens à la collection...

Réfléchir à l'état de la collection... même si les problèmes financiers sont très présents, peut-on rendre une bibliothèque attrayante avec des éditions démodées, salies, dépareillées...

Désherbage attentif, à relier à toute la problématique de la conservation.

J'ai souvent entendu dire que la politique d'acquisition n'avait pas la même portée selon la taille des équipements. Dans les grosses bibliothèques, et à plus forte raison dans vos réseaux, c'est l'effet de masse qui compte. Quand on achète certains titres par dizaines d'exemplaires, on ne s'attache pas aux minorités. Ce qui se voit, c'est en effet les masses. Mais justement, cela vaut le coup d'y réfléchir. On ne peut pas dire, par exemple, que l'on défend la petite édition, ou tel auteur, si l'on se contente de quelques exemplaires, qui vont devenir invisibles, noyés dans le nombre. C'est ce qui se passe aujourd'hui sur les tables des libraires. Par le biais des offices, les grands groupes et leurs filiales occupent tout l'espace disponible. Plus de place pour les indépendants, les petits. C'est une stratégie économique. Sans nous situer, dans la même perspective économique, nous faisons sans doute souvent de même dans les bibliothèques. Quelle représentation réelle des auteurs ou éditeurs rares, mal connus, etc. ? La question mérite d'être posée, et surtout de lui donner une réponse. Je crois même que plus l'équipement est important, et plus la politique d'acquisition doit être travaillée, construite en équipe, verbalisée, et confrontée au réel. Comme je le disais au début, les discours sont quelquefois très loin de ce que l'on fait réellement.

Quelques réflexions qui ont été dégagées par le travail de l'équipe :

  • la notion de séduction : il y a des logiques de marché, des images qui sont véhiculées largement et que nous ne pouvons ignorer. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout accepter, sinon c'est le marais... Revenir à une politique, qui est une ligne de conduite raisonnée. La notion de séduction est toujours à prendre en compte dans la réflexion sur les acquisitions. Dans les villes il n'y a pas de librairies, c'est la maison de la presse qui reflète le monde du livre. Si la bibliothèque est trop loin de cet univers là, on rate le coche... Il faut être prudent, je ne préconise pas la collection complète d'Harlequin dans la bibliothèque... Pour ma part, je visite assez souvent le Carrefour de la ville. C'est très instructif.

  • la participation : la bibliothèque ne devrait pas être un lieu où les choses tombent d'en haut. Quelles places ont les lecteurs dans nos pratiques ? La citoyenneté peut aussi s'exercer là... Quelles explications donne-t-on sur ce qu'on fait ? Je n'ai pas encore trouvé la solution... mais je la cherche..

  • le dépaysement : en contrepoint à la maison de la presse le métissage des cultures, l'ouverture aux autres cultures, la découverte de l'inconnu, l'enrichissement à travers la nouveauté, le développement des curiosités, les lectures plus difficiles que ce qu'on lit d'habitude.. (Michel Serres). Créer la surprise, sortir du Galligrasseuil, dénicher des livres goûteux, stimulants. De toute façon, c'est stimulant pour les bibliothécaires.

  • le patrimoine : mettre en valeur la richesse de notre culture, voire de nos cultures, la mémoire collective, les grands auteurs. Peut-on en même temps s'occuper de séduire, de rassurer, constituer le patrimoine de demain, oser présenter des auteurs moins connus mais qui constituent le vivier des lettres ? Naturellement, je pense que oui, et que même c'est fondamental.

Conclusion

Je suis persuadée comme vous que la politique d'acquisition a un rôle majeur dans la démocratisation de la lecture. Mais que ce n'est pas suffisant, naturellement. Les moyens, locaux, budgets, personnels... Je mesure bien l'insuffisance de mon intervention. Les pratiques d'une bibliothèque municipale de taille moyenne peuvent-elles vous intéresser ?

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