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Les inforoutes : quelles perspectives pour les bibliothèques d'un département rural ?

Maurice Weiss (Maire adjoint de Saint-Agrève et administrateur des Inforoutes de l'Ardèche)

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Le projet

Le projet "Inforoutes en milieu rural" a été déposé lors de l'appel à propositions lancé par le gouvernement en janvier 1995 sur le thème des autoroutes de l'information. Il a été labellisé "Projet d'intérêt public" en octobre 1995. Ceci n'a pas apporté de subvention, mais seulement une reconnaissance.

Il s'agit tout d'abord d'un projet d'aménagement du territoire, à l'initiative de Jacques Dondoux, actuel maire de Saint-Agrève et ancien directeur général des Télécoms.

Il a pensé que ce département enclavé, à la traîne dans le développement, pouvait créer les conditions pour que se développent l'économie et la culture, en mettant en place un outil pour préparer les jeunes à la société de demain, qui sera une société de l'information.

Peu de foyers disposaient d'un ordinateur en Ardèche lors du lancement du projet. L'objectif était de permettre aux Ardéchois, en particulier les jeunes d'avoir accès aux nouvelles technologies dans des conditions aussi favorables qu'ailleurs en France et dans le monde.

La structure

104 communes (2 au départ) sur les 330 que compte l'Ardèche sont membres du Syndicat mixte à vocation unique des Inforoutes de l'Ardèche.

Une plateforme d'accès à Internet, accessible en tarification locale depuis tous les point du département, et un pont de visioconférence, offrant 8 accès simultanés, constituent le centre de l'organisation.

Chaque école de commune qui adhère reçoit un micro-ordinateur et une connexion à Internet. Une centaine sont équipées fin 1998. L'objectif est d'équiper 200 écoles mi-1999.

Des applications ont lieu dans le domaine de la santé : la formation médicale et la consultation à distance, grâce à la visioconférence, qui relie actuellement huit sites simultanés, dont les hôpitaux. Certaines écoles, choisies en concertation avec l'Inspection académique, sont également équipées. L'image, de qualité moyenne, le coût de l'image haute définition étant trop élevé, est néanmoins suffisante.

Les centres de communication sont des lieux de formation pour le public, les entreprises, les associations et les écoles. Une ou plusieurs personnes ressources assurent des formations, mais il est également possible de les utiliser en libre service, par exemple pour rédiger son CV. 8 sont opérationnels actuellement. 30 sont prévus, soit environ un par canton, pour la fin 2000.

Aujourd'hui, les Inforoutes ont environ 500 abonnés et hébergent 50 sites web, essentiellement d'entreprises.

Les partenaires

France Télécom, qui souhaitait faire une expérimentation dans un département rural, a été le partenaire initial déterminant.

L'Union Européenne, l'Etat et le Conseil Général de l'Ardèche soutiennent le programme.

Les Inforoutes se sont toujours appuyés sur les structures existantes (hôpitaux, administrations, communes), qui ont toujours été associées à la définition des solutions. Aujourd'hui, les Inforoutes s'intéressent aux entreprises, dont l'avenir dépend de la maîtrise des nouvelles technologies.

Les bibliothèques

L'installation d'entreprises et donc d'actifs, dépend de la qualité des services publics, au sein desquels la bibliothèque joue un rôle important. Les bibliothèques, en développant la lecture et l'écriture, permettent l'accès à la citoyenneté et rendent les gens acteurs.

La visioconférence a permis de décentraliser des formations de la BDP. Il est également prévu d'équiper trois bibliothèques, dans le cadre de l'appel à projet DATAR, avec des postes connectés à Internet et accessibles au public. Il s'agit aussi de rendre le lieu moins austère, y compris pour les non-lecteur, qui deviendront peut-être les nouveaux lecteurs de demain.

Il est aussi prévu de gérer plus facilement le transfert des notices des livres déposés par la BDP. Grâce aux catalogues accessibles sur le web, on pourrait améliorer le système des réservations d'ouvrages. La coopération, notamment autour des animations, pourrait être facilitée par la visioconférence.

Bien sûr, les bibliothèques pourront s'abonner à des services disponibles sur Internet. Elle devront aussi penser à mettre de l'information en ligne, y compris vidéo, grâce aux futures liaisons herziennes à haut débit.

Reste à trouver des contenus, mais je ne suis pas pessimiste : il y a largement matière à utiliser tous ces outils. Je souhaite que d'ici un an à un an et demi, toutes les bibliothèques soient connectées à Internet.

De nouveaux emplois pourront être créés dans ces métiers. Une convention a été signée avec l'Etat pour créer en Ardèche 150 emplois-jeunes autour des nouvelles technologies. Il faut cependant que la maîtrise des nouvelles technologies ne se limite pas aux spécialistes. Les Inforoutes assurent la formation des personnels des écoles, mairies, hôpitaux et bibliothèques connectées, car s'il n'y pas formation, les ordinateurs resteront dans les placards.

 


ADBDP : Association des Directeurs de Bibliothèques Départementales de Prêt