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Allocution de bienvenue

Jean-Yves Chamard (Vice-Président du Conseil Général de la Vienne)

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Merci Madame la Présidente d'avoir choisi la Vienne et le Futuroscope pour tenir cette Assemblée Générale. Il est vrai que le thème que vous avez retenu: "la société de l'information" est assez en rapport avec le site qui vous accueille.

Je souhaite la bienvenue à Monsieur le Recteur Groshens, à Monsieur Van Dam, à votre vice-président, Monsieur Caraco, qui semble très dynamique sur les sujets qui vous réunissent ce matin.

Le Président, René Monory, aurait souhaité vous accueillir lui-même. Vous savez combien Monsieur Monory est passionné par les technologies de l'information et comment, à tout moment de son existence politique, il a essayé de faire passer les messages sur ce que devrait être la bonne utilisation de l'information. Je vous dirais comment cette implication s'est concrétisée localement. Il m'a demandé de le représenter et de vous accueillir tous, de vous souhaiter un excellent séjour dans la Vienne, en espérant que vous prolongerez le week-end par une visite au Futuroscope, ou, si vous n'avez pas le temps de le faire, que vous y reviendrez, ça vaut le coup.

Un mot donc du Futuroscope, qui vous accueille. Jusqu'aux lois de décentralisation, les conseillers généraux étaient en fait comme les députés : ils votaient des délibérations que le préfet préparait et exécutait. Depuis 1983, les conseils généraux sont chargés de l'exécutif au sein des départements. C'est à ce moment-là que l'Assemblée Départementale s'est posé la question de savoir comment faire changer un peu l'image du département? La Vienne était connue par ses églises romanes (car il ne faut pas seulement aller voir le Futuroscope, mais aussi Notre-Dame-la-Grande, elle a été remise en jeunesse, elle est merveilleuse) ... mais il s'agit du passé et cela touche un public plutôt limité. On connaît également la Bataille de Poitiers... sans toujours savoir qu'elle ne s'est pas déroulée réellement à Poitiers!... Mais c'est aussi le passé.

Donc nous voulions donner au département de la Vienne une image tournée vers l'avenir. L'idée a donc été d'essayer de créer un espace où seraient présentées les technologies de l'avenir. En allant visiter de grandes expositions internationales, nous nous sommes aperçus que ce qui attirait le grand public, c'était l'image. Alors la technologie retenue, pour des raisons également de rapport qualité/prix, a porté sur l'image, non pas l'image habituelle avec des formats relativement réduits, mais l'image inhabituelle : le très grand écran, le relief, "le cinéma dynamique", etc... . Nous espérions à l'époque avoir un jour 1 million de visiteurs (nous étions donc en 84-85). La première année nous en avons eu 350 000. Aujourd'hui nous accueillons 3 millions de visiteurs. C'est un succès inespéré.

Mais l'idée ne consistait pas uniquement à faire venir beaucoup de Français et d'étrangers pour visiter la Vienne, elle portait également sur le projet d'associer 3 pôles: le pôle grand public, concrétisé par le parc, mais également un pôle formation et un pôle économique.

Il nous semblait que le pôle formation était incontournable : comment préparer l'avenir si on ne forme pas les jeunes et les moins jeunes et c'est ce que vous faites aujourd'hui. Immédiatement a été créé un lycée-université avec une partie second cycle et une partie universitaire (Deug et Magistère) ; puis nous avons installé progressivement le CNED (Centre National d'Enseignement à Distance) qui utilise évidemment les technologies nouvelles de communication et également un Centre européen "droit et médias". Donc, tout un pôle de formation qui grossit chaque année avec maintenant des équipes du CNRS.

Et puis, troisièmement, a été développé un pôle purement économique ciblant des métiers qui seront des métiers de demain de manière à créer des emplois. C'est ainsi que nous avons accueilli, il y a un an maintenant, la société Cegetel. Le Futuroscope est donc aujourd'hui une vraie réussite dans ces 3 pôles.

Un mot maintenant sur la Bibliothèque Départementale de la Vienne. : le Département depuis la décentralisation a mis un point d'honneur à ce que la lecture publique, et progressivement, autre chose que la lecture publique, se développe et cela grâce à une directrice particulièrement dynamique qui sait convaincre les élus. Nous avons très largement aujourd'hui rassemblé une grande partie des communes dans le réseau et nous leur apportons des aides en locaux, en matériel, bien entendu en collections, y compris pour les médiathèques, et pour l'informatisation.

Il reste à passer à l'étape suivante, c'est-à-dire connecter toutes nos bibliothèques, y compris dans la plus petite commune, au réseau Internet.

Mais avant de parler de cela, nous avons également un plan très ambitieux qui va être achevé l'année prochaine et qui est le suivant : Internet est une technologie qui se développe à une vitesse que l'on n'a jamais connue pour une autre technologie dans le monde. Le taux de progression de connexion est de 15 % par mois et nous nous sommes dit que si un jeune de la Vienne en arrivant dans le monde du travail n'est pas capable très facilement d'accéder au réseau il partira dans la vie professionnelle avec un handicap.

Donc, le Conseil Général a décidé (seul département en France) de doter toutes les écoles, dès les grandes sections de maternelles et tous les collèges, de matériels (ordinateurs et modems) en fixant le nombre à un branchement pour 10 élèves. Ceci va coûter environ 40 millions de francs d'ici la fin 1999.

Simultanément, nous avons équipé toutes les mairies, toutes nos structures et bientôt toutes les convocations adressées aux conseillers généraux arriveront par mail. Nous sommes vraiment persuadés que personne ne peut plus ignorer le Net. Qui peut aujourd'hui ignorer le téléphone ? Quelle BDP peut ignorer le fax, le portable? ... Et bien le Net c'est exactement la même chose, mais avec un handicap initial, que vous rencontrez sûrement, qui est la formation.

La plupart des gens éprouvent une réelle difficulté à dire qu'ils ne savent pas ce que c'est qu'un ordinateur et qu'ils ne savent pas l'utiliser ; peut-être même y en-a-t-il parmi vous. Je pense qu'il vaut mieux oser le dire et se lancer. Ceux d'entre vous qui dans 5 ans ne communiqueront pas aussi facilement par Internet qu'ils le font avec le téléphone devront penser à se reconvertir vers d'autres métiers ou prendre leur retraite ! Cette adaptation est incontournable et il faut se former : le premier pas est difficile psychologiquement (parce qu'en fait, ce n'est pas très compliqué) mais le deuxième pas l'est aussi. Il faut savoir se repérer, cibler les sites préférés...

Je reviens un peu à la Vienne. Si nous avons branché, ou si nous sommes en train de brancher toutes les écoles, toutes les mairies, la connexion des bibliothèques n'est pas encore assurée. Mais l'occasion était bonne pour nous de vous réunir ici : cela va nous obliger à le faire dès 1999. Madame Guitton m'a bien averti que dans ce domaine nous ne sommes pas les premiers ! Je vais dire à Monsieur Monory en rentrant : "Monsieur le Président., vous étiez invité ce matin, vous n'avez pas pu venir mais j'étais un peu ennuyé car je ne pouvais pas annoncer que nous étions les premiers dans ce domaine". Je suis sûr que le chèque est sur la table avant le début de l'après-midi... !

Et puis, faut-il s'équiper très vite de lecteurs de cédéroms, ou bien faut-il attendre la nouvelle technologie des DVD-Roms qui est, sans conteste, 5 à 10 fois supérieure en qualité. Le lecteur de DVD-Roms est cher mais il devrait baisser très vite. On ne peut pas se contenter du Net et il faut évoluer également vers ces nouvelles technologies ; le gros investissement sera probablement pour l'an 2001 et il faut donc le prévoir dès maintenant.

Je voudrais terminer par deux ou trois réflexions personnelles. Ce que j'ai trouvé de plus formidable dans cette nouvelle technologie c'est ce qu'on appelle les moteurs de recherche. Je cherche quelque chose, un thème ou un mot, et je voudrais savoir où, quelque part dans le monde, je peux trouver de l'information. Elle peut être fournie par une bibliothèque, par un particulier... et grâce à des moteurs de recherche très puissants, je la localise très rapidement. On réalise d'une certaine manière le rêve de la Bibliothèque Universelle à laquelle on a accès en temps réel et c'est, je crois, ce qu'il y a de plus extraordinaire. Pour votre profession, le réseau Internet est un plus considérable et si cette technique ne révolutionne pas l'écrit, elle révolutionne l'accès à l'écrit. Ne pas confondre l'autoroute et ce vers quoi elle mène. Avec le Net, nous sommes sur les autoroutes de l'information c'est à dire que nous avons la possibilité d'aller extrêmement vite d'un point à un autre, et en plus, en sachant que là où on va c'est vraiment l'endroit où l'on a envie d'aller. Mais ce n'est pas parce que vous prenez une autoroute pour voir le Mont-Saint-Michel que le Mont-Saint-Michel s'est transformé en autoroute ; ce n'est pas parce que vous avez peut être pris l'autoroute pour venir à Poitiers ce matin que Notre Dame La Grande est une autoroute!

J'entends certains dire "c'est la culture Coca-Cola ! Elle va tuer notre culture !" Je ne le crois pas. Cette technique permet de venir plus vite vers tel ou tel lieu de culture, à une condition, c'est que ce lieu de culture soit branché. Ceux qui sont réticents devant ces nouvelles technologies en disant qu'elles vont tuer notre culture font, à mon avis, un grave contre-sens. Si on laisse uniquement la "civilisation technique" s'emparer de ces moyens , le rouleau compresseur va passer, et ce que j'appellerais la culture de notre société, la culture de la France, de l'Europe, n'y résistera que très difficilement, se confinant dans des modes d'informations qui vont être obsolètes. Si, au contraire, ceux pour qui la culture est plurielle (pour reprendre une expression à la mode), ceux qui savent que le livre est une chose irremplaçable, s'ils ne s'investissent pas, d'autres mettront des autoroutes qui mèneront ailleurs. Donc, vraiment, quand on est imprégné de la force de ce que notre culture, notre civilisation de l'écrit peut apporter à l'humanité et notamment à tout ceux de nos concitoyens qui acceptent de venir et de l'approcher, il me semble essentiel de mettre en place des autoroutes qui mènent dans les BDP notamment. Mais pour mettre l'autoroute, il faut savoir la construire ; pour savoir la construire, il faut se former.

Alors je vous félicite encore Madame la Présidente d'avoir choisi comme thème aujourd'hui celui des technologies de l'information et de la société de l'information et je remercie aussi, si vous le permettez, Madame Guitton et toute son équipe qui se sont donné du mal pour vous accueillir ici, dans (je l'espère en tout cas) d'excellentes conditions.


ADBDP : Association des Directeurs de Bibliothèques Départementales de Prêt