Les cédéroms à la BDP de Meurthe-et-Moselle
André Ansroul (Directeur de la BDP de Meurthe-et-Moselle)
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C'est une vieille BCP.
Si l'Etat n'a créé le service qu'en 1968, 20 ans avant, en 1948, soit 2 ans et 1/2 après l'ordonnance du 2 novembre 1945, le Conseil Général de Meurthe et Moselle créait l'Association du bibliobus, avec les missions qui étaient celles des BCP.
Vieille BCP par la quasi absence de renouvellement : à part les postes créés avec la décentralisation, ce sont les mêmes personnels, notamment les mêmes chauffeurs. Vieille BCP encore par l'empillement des tâches : dépôts, dépôts scolaires, prêt direct, voire le prêt direct scolaire.
Je dis tout ça pour expliquer que j'ai cherché des marges de manoeuvres : il y a quelques années l'illéttrisme, grâce aux crédits d'insertion du RMI, puis le musibus et la constitution d'une collection importante de CD ; il y a 2 ans, le lancement des cédéroms, qui sont devenus un support en voie de banalisation.
Je vais dire ce que nous avons fait qui me paraît spécifique :
Un mot de la responsable (ce n'est sans doute pas spécifique) : je rêvais que chaque bibliothécaire (assistant, assistant qualifié) achète les cédéroms dans son domaine, mais ma proposition n'a intéressé qu'une collègue, celle qui était déjà responsable de la vidéo. Les responsables des livres ont boudé le cédérom : trop de travail, etc ..)
Après :
- la parole prophétique de François Reiner,
- le propos commercial de Olivier Demilly,
- le discours hautement technique de Dominique Lahary et Alain Caraco,
vous allez entendre des considérations plus prosaïques de la vie
quotidienne d'une BDP.
Où achetons-nous nos cédéroms, quels genres de cédéroms achetons-nous, comment les prêtons-nous ?
Nous n'achetons ni dans des librairies, ni à la FNAC, ni à l'ADAV.
J'ai le sentiment que la mondialisation très rapide de l'édition et la concentration de l'impression des livres en France vont modifier fortement la librairie. Après tout, les disquaires ont bien disparu sans que cela suscite beaucoup d'émotion. Habitant près de Nancy, qui est une ville de 100.000 habitants avec un réseau exceptionnel de librairies, je continue à considérer comme de mon devoir de faire travailler le commerce local. Pendant combien de temps ?. Bibliothéca, ce n'est pas mal !
En tout cas, pour ce qui est des cédéroms, aucun libraire, à part la FNAC n'avait de stock ni même de rayon quand on a commencé, en 1996.
Je suis déjà client de l'ADAV pour la vidéo : la vidéothécaire y tient absolument, pour être en règle : on viens de payer Titanic plus de 500 F. Je connais les catalogues de cédéroms de l'ADAV et j'ai lu les assurances de Varda Lérin sur la négociation des droits.
Il s'en faut de beaucoup que je sois convaincu. D'ailleurs, les catalogues se multiplient : CD & Co, la SFL, Médiane et même Decitre.
J'ai rencontré, un peu par hasard, à Nancy, le patron d'une petite boite de formation, spécialisée au départ dans les métiers de la banque, qui proposait à des cadres bancaires des méthodes de formation avec des programmes sur disquette : il est donc passé tout naturellement de la disquette au cédérom.
Au départ, il nous proposait de venir visionner chez lui des cédéroms, ce qu'on n'a pas eu le courage de faire bien longtemps. Naturellement, il n'a pas de stock, il commande pour nous et il est vrai qu'on n'a pas tout à fait tout. Mais ma résistance à l'ADAV se conforte de la résistance à la FNAC.
Je dois avouer avoir cédé à quelques tentations, peu nombreuses mais dont je garde un exquis souvenir, comme l'achat d'Encarta à Auchan (mais il est moins cher, à la SFL !). S'il y a des agents de Microsoft dans la salle, Monsieur Guillaume Porte devrait nous décorer : nous contribuons à créer le besoin de cédéroms dans les campagnes. Se croire de hautes responsabilités culturelles et n'être qu'un petit soldat du grand capital, c'est parfois dur surtout si, dans ses plaisirs minuscules, on n'a ni la gorgée de bière, ni la tournée du bibliobus.
Vous savez où j'achète et où je n'achète pas mes cédéroms.
Quel genre de cédéroms achetons-nous :
- quelques encyclopédies
bien sûr : je vous ai parlé d'Encarta, et même l'Encyclopédia
Universalis et bien sûr Hachette.
- le culturel, et bien sûr, le Louvre, Orsay, etc.
- problème avec l'éducatif : où s'arrêter, pour ne
pas enfermer à nouveau les bibliothèques dans les salles de classe.
?
- si nous refusons l'éducatif pur, les programmes sur cédéroms,
nous achetons des apprentissages de langues, nous avons entièrement cédé
aux jeux, pour enfants mais aussi pour adultes.
Comme il existe une catégorie du socio-culturel, les services de marketing ont créé, avec le cédérom, la catégorie du ludo-éducatif. Le dernier Livre-Hebdo nous explique même que les cédéroms liés à la culture recourent de plus en plus au jeu.
Le jeu a encore mauvaise réputation dans les bibliothèques : nos institutions sont plus sérieuses que ça. Bien que tous nous tenions à nous en dissocier, nous gardons la nostalgie de l'Education Nationale.
Je ne sais pas si on peut apprendre en s'amusant, et je ne dirai pas non plus que la culture est de l'ordre du divertissement, je constate seulement qu'il y a beaucoup de jeux dans les cédéroms, aussi bien pour les enfants que pour les grands.
Comme par hasard, ce sont les jeux qui ont le plus de succès. Ce n'est sans doute pas un hasard, mais doit-on bouder son succès ?. Sans parler de culture ni d'éducation, on peut penser que le jeu facilite l'apprentissage de la micro-informatique - et c'est une nouvelle médaille que Bill Gates pourrait nous décerner. Pour aider encore plus directement cet apprentissage nous achetons aussi des utilitaires.
Dernière question : les modalités de prêt.
Les bibliothèques municipales, les médiathèques, ont d'abord proposé des postes en consultation sur place : des catalogues, des encyclopédies, des documentaires, du culturel - mais pas de jeux. Avec, sans doute, une autre motivation, qui était la difficulté de gérer le temps imparti à chaque lecteur : il est très difficile de s'arracher à un jeu, même au bout d'une heure.
Par ailleurs, très
peu de petites bibliothèques de notre réseau sont informatisées
ou équipées de micro-ordinateurs :
la consultations sur place des cédéroms condamnait ce support
à rester très marginal.
Nous avons pris une autre option : considérer le cédérom comme un support comme les autres et le prêter, comme on prête les livres, à domicile :
Il y avait deux types d'objections :
1. dans les campagnes, personnes n'est équipé, ou ceux qui le sont, ce sont les riches, (ex. les médecins). Or il n'y a pas que les médecins qui soient équipés : beaucoup de gens sans grands moyens achètent un micro-ordinateur, pour les enfants dont, après avoir dit qu'ils risquaient l'épilepsie, on dit qu'ils seront les meilleurs élèves, argument sans prix pour les parents.
2. les gens ne sauront pas s'en servir. C'est un point sur lequel je suis peu assuré de mes réponses. En effet, nous n'avons pas de retour d'information sur l'incompatibilité entre le cédérom et le micro (nous achetons des cédéroms compatibles Mac/PC), ce qui devrait arriver pour les possesseurs de micro-ordinateurs plus anciens, avec une mémoire insuffisante. Il y a aussi le problème des logiciels, d'installation et de désinstallation.
J'ai deux réponses, l'une positive, l'autre négative.
La réponse positive est que le public qui emprunte nos cédéroms est familier de la micro-informatique, sans doute ou peut-être plus familier que les responsables des petites bibliothèques.
La réponse négative est que ceux qui n'ont pas su installer tel ou tel cédéroms se sentent honteux de leur maladresse et n'osent pas le dire. Il est vraisemblable que les maladroits sont minoritaires, sinon ils auraient bien fini par se rencontrer et s'encourager à plusieurs pour réclamer.
Je dois parler d'une dernière modalité de prêt : les cédéroms ne sont pas dans les bibliobus, pas plus que les vidéos d'ailleurs. Nous avons naturellement rénoué avec l'archéologie des BCP, avec la caisse de livres. Nous avons des valises de vidéos et des valises de cédéroms, c'est-à-dire que la constitution de la valise est faite par la bibliothécaire, il y a une présélection, pour que chaque bibliothèque ait en dépôt tous les types de cédéroms.
Nous avons une classification large en 4 catégories :
- programmes culturels
- documentaires
- enfants
- jeux
Chaque valise, qui est en réalité une caisse en plastique (alors que pour les vidéos il s'agit vraiment de valises), contient 18 cédéroms, qui sont changés chaque trimestre.
Nous ne prêtons actuellement des cédéroms qu'à 16 bibliothèques, dans les communes de plus de 1000 habitants, sauf deux.
En conclusion
1. l'introduction du cédérom n'a pas été une révolution, c'est un support de plus, à côté des autres, en attendant le DVD.
J'ai commencé ma carrière en BU : on attendait des microformes la révolution dans les bibliothèques : on évaluait savamment les mérites respectifs de la microfiche et du microfilm, des taux de réduction, des supports chimiques, avec une cote d'amour pour le film argentique.
Il n'y a pas si longtemps, nous avons pu être tentés par le vidéodisque. La Direction du Livre n'a-t-elle pas soutenu avec force le format 3/4 de pouce pour la vidéo, avec le prêt de magnétoscopes, eux aussi très onéreux, pour un visionnement collectif ! Et les collections de disques 78 tours et microsillons !
2. Le cédérom n'a pas été non plus une révolution dans nos budgets : j'ai dépensé en 1996 et 1997 environ 75 000 F par an, soit 5% du budget d'acquisition de documents - et je ne suis pas bien placé dans les statistiques, le CNL ne se prive pas de le rappeler chaque année.
3. Nous avons pris le parti de la visibilité; si les médiathèques sont fréquentées par 31% de la population de plus de 15 ans, selon la dernière enquête d'Olivier Donnat, il faut prendre les trains quand ils passent.
Je vous recommande cependant pour les séquences longues (la lecture d'Anna Karenine, si vous voulez) le texte de Pascal Quignard dans "Vie Secrète" pages 213 - 214 sur la lecture, sans partager son pessimisme, pour la finale, où il parle des écrans gris, rectangulaires et fascinants.
ADBDP : Association des Directeurs de Bibliothèques Départementales de Prêt