Réponse à Jérôme Lindon
suite à l'article paru dans Livres Hebdo n°322 sur la table ronde sur le droit de prêt
ADBDP > Association > Non au droit de prêt !
Le 22 janvier 1999, le ministère
de la culture a convié à une table ronde les représentants
des principaux acteurs professionnels du livre pour débattre de la douloureuse
et complexe question du droit de prêt.
En ouvrant la réunion, Mme Trautmann constatait qu'après la lecture
de rapport Borzeix, et une certaine décrispation des positions, les avis
étaient de nouveau assez tranchés et qu'il n'existait pas de consensus
sur le sujet. C'est le moins que l'on puisse dire, à en juger par la
Tribune de Jérôme Lindon, publiée dans le Livres-Hebdo n°322.
Répondant à cette invitation, l'ADBDP avait réaffirmé son opposition à un droit de prêt, si modique soit-il, appliqué aux usagers des bibliothèques ou aux collectivités locales. Attentifs à faire valoir le point de vue de nos bibliothèques, nous étions néanmoins animés d'un esprit d'ouverture et de dialogue, propre à instaurer un échange fructueux avec les autres partenaires du livre.
Les déclarations de Monsieur Lindon, en déformant les propos et les chiffres cités au cours de la réunion, témoignent assez bien de l'état d'esprit qui prévalait au cours des premières heures de ce débat : méconnaissance totale du fonctionnement et des missions des bibliothèques publiques, abus de langage et provocations ("vous tuez l'édition", "les illettrés ne nous intéressent pas"...)de la part des éditeurs et de quelques auteurs, aboutissant à un dialogue de sourds.
Il serait inutile et vain de rentrer dans la polémique. Il nous semble plus constructif de tenter de dégager ce qui, malgré tout, nous a semblé positif dans le fait d'assister à cette table ronde et d'y rester jusqu'à la fin.
Les positions des éditeurs,
et des auteurs peuvent se résumer succinctement :
Un droit de prêt appliqué aux usagers, pouvant aller d'un droit
forfaitaire annuel de 50, 100 ou 200F, selon les positions à un coût
de un euro par prêt, des dérogations pouvant être accordées
et prises en charge par les collectivités locales. Ces positions étant
sous-tendues par un discours de type commercial ou libéral : tout consommateur
doit payer, même dans le cas d'un service public.
Face à ces exigences, les bibliothécaires dans leur ensemble ont fait valoir le rôle social et culturel des bibliothèques, leur souci de constituer, conserver, valoriser des collections et des auteurs qui restent accessibles au public. Ils ont aussi ,et de façon très claire, affirmé leur souci d'une rémunération équitable des auteurs. Les bibliothécaires ne s'opposent pas à un droit de prêt, mais ils n'acceptent pas de le faire payer à leurs usagers ou de le faire supporter à leur collectivité territoriale ou à leur budget d'acquisitions.
Enfin, de nouvelles pistes
de réflexion ont été suggérées. Non retenues
dans le rapport Borzeix ou non envisagées, elles mériteraient
pourtant d'être creusées : prise en charge par l'Etat , comme dans
la plupart des pays européens qui ont mis en place le droit de prêt,
redéfinition des missions et aides du Centre National du Livre, taxation
à l'achat dans le cadre d'un plafonnement négocié des remises
en librairie, redistribution de la TVA.
Il nous avait semblé être entendus. Les propos de M. Lindon augurent
mal de la suite des débats. Soyons assez optimistes pour penser qu'il
n'engage que lui-même.
La Présidente de
l'Association des Directeurs de Bibliothèques Départementales
de Prêt
Martine Blanchard
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