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26 mars 2000

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Azouz Begag

Bernard Pivot

André Schiffrin

Ils ont dit



Azouz Begag

Et Vincent fouillait à présent la blouse de la bibliothécaire.
- Une culotte ! grommela-t-il en jetant à terre l'objet de rechange de la gardienne des livres. Mais où elle l'a planquée cette caisse, la vieille !
- P't-être que tu l'as jamais vu cette caisse, j'ai dit.
Il m'a regardé dans les yeux avec un air de fatigue. Puis il m'a demandé pourquoi je ne l'aidais pas à chercher le magot au lieu de rester planté là comme un arbre. Alors j'ai fait semblant de chercher dans les rayons en ouvrant quelques livres comme si des billets de 100 allaient s'en détacher telles les feuilles mortes de l'automne.
- Tu vas faire ça avec tous les bouquins qu'y a là ? a lâché Vincent ironiquement.
- Si t'as vraiment vu de l'or, il est forcément dans les livres. C'est toujours plein de richesses dans les livres ! j'ai fait remarquer sur un ton décisif.
- En tout cas, personne pose ses sales mains sur mon magot à moi !" a dit Momo jubilant sous le poids de son trésor qu'il traînait derrière lui en venant nous rejoindre.
"Primo, je vais tous les bouquiner tranquillement ; deuxièmo, je vais les revendre 20 ou 30 balles pièce ; et troisièmo, je vais me faire un pognon d'enfer ! Pas besoin de chercher la caisse, moi !"

in Les voleurs d'écritures


Bernard Pivot

Que pensez-vous du débat sur le droit de prêt, qui oppose depuis plusieurs années éditeurs et auteurs d'une part, et bibliothécaires d'autre part ?

J'imagine la petite bibliothèque de Quincié-en-Beaujolais que j'approvisionne deux fois par ans en livres. Les gens y paient un abonnement très bas, un abonnement familial. S'ils devaient payer pour chaque livre, ils ne viendraient plus. Je crois qu'il faut garder la gratuité de l'accès aux bibliothèques, parce que je pense que ceux qui vont dans les bibliothèques sont aussi des acheteurs de livres. Est-ce qu'il faut prévoir un système de dédommagement des éditeurs et des auteurs ? Peut-être, je ne suis pas expert en la matière. J'ai vu que Jean-Marie Borzeix a été nommé médiateur et je lui souhaite bien du plaisir. Ce n'est pas parce que les gens n'iront plus dans les bibliothèques qu'ils vont se ruer pour acheter des livres. Je ne le crois pas du tout.

Bernard Pivot, interviewé par Livres Hebdo, n°277 du 23 janvier 1998, p.60

 


André Schiffrin

Le développement de l'idéologie du marché va de pair avec des modifications budgétaires qui ont changé elles aussi le paysage de l'édition. En Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis les fonds alloués aux bibliothèques ont été massivement réduits, ce qui a compromis l'une des infrastructures de base de l'édition sérieuse, tant pour la non-fiction que pour le roman. Dans ces deux pays, il fut un temps où les achats des bibliothèques suffisaient à couvrir une bonne part des coûts éditoriaux.

[...]

Nous ne savons pas encore comment sera facturé l'accès à l'information dans le futur, mais le fait que ceux-là mêmes qui conduisent le changement y voient une source de profit potentiel doit être considéré comme un signal de danger. Face à la politique du gouvernement américain sur les "autoroutes de l'information" certains s'inquiètent, craignant que les bibliothèques publiques et autres institutions d'accès gratuit aient de moins en moins de facilités pour obtenir l'information. On peut imaginer une situation, dans un avenir pas très lointain, où il faudra payer cher pour obtenir des données jusque-là gratuites. Comme le communisme, qui a péri de la limitation de l'accès à l'information, nous pouvons voir apparaître un système où la carte de crédit remplacera la carte du Parti pour obtenir ce qui doit être accessible à tous, et gratuitement.

L'édition sans éditeur, d'André Schiffrin (La Fabrique, 1999) pp. 63 et 69

 

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