C’est en marge du congrès international de l’IFLA qui se réunissait à Oslo, qu’une centaine de bibliothécaires, architectes, aménageurs, se sont rencontrés à Helsinki du 10 au 13 août autour du thème de l’évolution des bibliothèques et de la nécessaire transformation des bâtiments.
Quelle est aujourd’hui la pertinence d’un bâtiment bibliothèque devant l’accroissement du nombre de ressources documentaires accessibles en ligne en tous lieux et à tous moments ?
Ne doit-il pas devenir, non plus un lieu exclusif de recherche d’information mais aussi un lieu de convivialité, d’apprentissage, de partage des savoirs et de proximité ? favoriser de nouveaux usages tels que l’accès aux informations publiques, les cybercafés, les self-services en tous genres ? développer de nouveaux services hors les murs tels que l’accès aux collections de documents électroniques, les références virtuelles, l’accès à des ressources extérieures ?
Quels seront les besoins des bibliothèques physiques et des bibliothèques virtuelles à échéance de 5 ou de 10 ans ?
Comment préparer l’avenir en préservant un juste équilibre des collections, des services et des ressources humaines entre l’univers physique et l’univers virtuel ?
Les solutions proposées par les intervenants qu’ils viennent du Japon, de San Francisco, ou du Québec, de Copenhague, de Rotterdam ou d’Helsinki sont sensiblement les mêmes.
En ce qui concernent les espaces, tous prônent la transparence, la flexibilité, la fluidité, les self-services et le multifonctionnel. Ils préconisent un accroissement des surfaces de l’espace public, la banalisation de la présence de la WIFI, et la présence renforcée de matériel et d’équipements technologiques. La connexion est omniprésente.
Mais on comprend qu’il faut essayer de voir plus loin que la technologie du moment et certains (Californie) jugent qu’il faudrait envisager une transformation de espaces tous les 10 ans.
Du coté des services, ils adaptent ou ils développent l’individualisation des usages par la multiplication des points de self-service pour les opérations de prêt et retour, les accès intranet et Internet, l’accès aux informations publiques. La digitalisation des collections est généralisée. On met en place des outils de formation et d’éducation permanente. On favorise les approches multiculturelles, les activités de loisirs et les occasions de rencontres.
Les collections sont réduites de 20% par exemple à la Bibliothèque publique de Rotterdam et on tend à la centralisation et à la mutualisation des collections. Le prêt inter est alors généralisé ; voir les exemples de portail national aux Pays-Bas ou en Finlande, où on étudie même les possibilités de " livraison " des documents dans d’autres points que les bibliothèques.
On étudie toutes capacités d’évolution et de flexibilité, et on développe les services logistiques, en particulier ceux qui sont liés aux réservations et livraisons de documents, qui absorbent jusqu’à 30% des coûts de fonctionnement en Finlande
Du coté du management, on effectue une nette séparation entre le travail interne et le service au public. Le personnel d’accueil est plus mobile (on recherche des signes d’identification). Les équipes de logistique sont plus importantes, celles des techniciens de l’information le sont moins. On favorise le travail en équipe et la mutualisation des tâches.
.Ainsi ce ne sont pas seulement les bâtiments qui doivent s’adapter à de nouveaux usages, mais aussi les équipements et les personnels, qui vont évoluer vers plus de personnel technique et de personnel d’accueil et de surveillance des usages et de la sécurité. La recherche documentaire étant de plus en plus pratiquée par les usagers eux-mêmes, on peut envisager des espaces numériques en self-service ouverts 24x24 h, sans personnel, comme à la Bibliothèque Universitaire d’Helsinki.
Le constat donc est général : la bibliothèque n’est plus un lieu uniquement dédié à l’information documentaire ou culturelle, celle-ci étant de plus en plus accessible de l’extérieur. Certains intervenants estiment que dans trois ans plus de 50% des activités des bibliothèques seront virtuelles.
La baisse des emprunts est constatée partout, entraînant logiquement une diminution des collections. D’où l’important travail engagé par les pays du nord sur l’intégration de leurs réseaux : constitution d’une collection mobile au Danemark, projet de réseau national en Finlande, portail national aux Pays-Bas, bientôt accessible à domicile avec une carte de lecteur comme identifiant
De ces interventions on retiendra l’éblouissante présentation de la bibliothèque publique de Sendai au Japon, entièrement transparente et modulable, les cloisons même étant le plus souvent remplacées par des tentures ; la très habile transformation de la bibliothèque publique de Rotterdam et son évolution vers un espace élargi et souple de rencontre, de formation et d’activités culturelles On retiendra aussi la formule d’un professeur de l’école de bibliothéconomie de San José, Californie : la bibliothèque publique de demain " un living room pour la cité ".
Le 21 octobre 2005
